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10 octobre 2018

Ces jours qui disparaissent [Timothé Le Boucher]

L'auteur : Né en octobre 1988, Timothé Le Boucher est un auteur de bande dessinée français.

L'histoire : Que feriez-vous si d'un coup vous vous aperceviez que vous ne vivez plus qu'un jour sur deux ? C'est ce qui arrive à Lubin Maréchal, un jeune homme d'une vingtaine d'années qui, sans qu'il n'en ait le moindre souvenir, se réveille chaque matin alors qu'un jour entier vient de s'écouler. Il découvre alors que pendant ses absences, une autre personnalité prend possession de son corps. Un autre lui-même avec un caractère bien différent du sien, menant une vie qui n'a rien à voir. Pour organiser cette cohabitation corporelle et temporelle, Lubin se met en tête de communiquer avec son "autre", par caméra interposée. Mais petit à petit, l'alter ego prend le dessus et possède le corps de Lubin de plus en plus longtemps, ce dernier s'évaporant progressivement dans le temps. Qui sait combien de jours lui restent-ils à vivre avant de disparaître totalement ?

Mon avis : Ce qui fait l'intérêt de cet album, c'est son sujet original, au moins pour la bande dessinée. Il est en effet question d'identités multiples. Lubin perd un jour sur deux de sa vie. Il comprend alors qu'une autre personnalité prend le pas sur lui, menant une vie dont il n'a aucun souvenir au réveil le lendemain. Lui-même est plutôt léger, hédoniste qui profite de la vie et se laisse porter par le courant. Son double est beaucoup plus maniaque, prévoyant et carriériste. Si au début chacun montre une envie de collaborer au mieux, ce n'est pas toujours évident avec des caractères si différents. Le récit se construit alors comme un thriller. On se demande si Lubin va trouver un moyen de reprendre le contrôle et comment il pourra vivre au mieux cette situation.

Timothé Le Boucher prend le parti de suivre le point de vue du premier Lubin qu'il nous fait rencontrer. Durant une bonne partie de l'histoire, on l'imagine comme étant la personnalité initiale et il faut attendre un bon moment avant que cet axe soit distordu : pourquoi l' "autre" prend-il le pas ? Est-ce parce que son caractère le pousse plus facilement à suivre une thérapie dont il pourra sortir maître ou parce qu'il est vraiment la personnalité la plus fusionnée ? Si la question de la thérapie n'est quasiment pas abordée au-delà d'aspect assez anecdotique, celle de la vision des proches et de la famille est davantage traitée : certains s'éloignent, ne pouvant gérer ; d'autres s'accrochent. Dans tous les cas, la pathologie de Lubin a aussi des répercussions sur les gens qui l'entourent.  On notera au passage que ces personnages secondaires sont variés, dans leurs origines ou leur sexualité, ce qui fait du bien ! Ce sont eux qui ancrent le premier Lubin dans ce qui lui reste de vie et lui révèlent le monde dans lequel il reprend conscience.

Le dessin ne m'a pas du tout convaincue. Le travail trop numérique de l'auteur, sa ligne claire et les aplats de couleurs gomment les sentiments et les fractures des personnages qui ne transparaissent alors plus que par le récit. Cette part de l’œuvre dessert donc le propos, ce qui est bien dommage. Je suis restée à distance, voyant devant mes yeux défiler la vie des Lubin.


En bref, une histoire originale mais qui ne m'a pas pleinement convaincue ni émue, contrairement à beaucoup de lecteurs.


Ces jours qui disparaissent, de Timothé Le Boucher
Éditions Glénat
Septembre 2017

1 commentaires :

Faurelix a dit…

J'avais bien envie de la lire, ce sera sûrement un emprunt médiathèque du coup !