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21 mars 2018

Ar-Men, l'enfer des enfers [Emmanuel Lepage]

Après ma lecture de La lune est blanche des frères Lepage, je retrouve le travail d'Emmanuel Lepage grâce à l'opération La BD fait son festival 2018 de Price Minister, qui m'a permis de découvrir son tout dernier album Ar-Men, l'enfer des enfers.

L'histoire : Au loin, au large de l’île de Sein, Ar-Men émerge des flots.
Il est le phare le plus exposé et le plus difficile d’accès de Bretagne, c’est-à-dire du monde. On le surnomme « l’Enfer des enfers ».
Germain en est l’un des gardiens. Il y a trouvé sa place exacte, emportant avec lui sa solitude et ses blessures. La porte du phare cède sous les coups de butoir de la mer en furie, et l’eau vient griffer le crépi de l’escalier. Sous le crépi, médusé, Germain découvre des mots, des phrases, une histoire. Un trésor. Le récit de Moïzez. Fortune de mer trouvée parmi les débris d’un bateau fracassé, Moïzez grandit à l’écart des autres sur l’île de Sein. Merlin, natif de l’île, est son compagnon d’aventure, Ys la magnifique son royaume perdu. Sur la Chaussée de Sein glisse le Bag Noz, le bateau fantôme, piloté par l’Ankou, le valet de la mort, et Moïzez est aux premières loges.
 Plus tard il participera à la folle entreprise de la construction d’Ar-Men, quatorze ans durant, de 1867 à 1881.

Fébrilement, Germain note tout sur un carnet.
Après le travail quotidien, une fois répété les gestes précis et nécessaires à l’entretien du phare et de son feu, Germain raconte encore et encore.
Blottie au fond de la salle de veille, une silhouette est tout ouïe…

Mon avis : Encore un album exceptionnel que nous offre Emmanuel Lepage ! Si, comme toujours son dessin et la mise en couleur sont splendides, c'est surtout pour sa capacité à m'emporter dans des sujets qui, a priori, ne me passionnent pas, que j'admire cet auteur. Il avait su m'enthousiasmer avec son documentaire sur les TAAF. Et cette fois, moi qui ne suis pas une fille de la mer, il me passionne avec le récit de la construction de l'Ar-Men.

La nature est grandiose et l'Homme a bien du mal à la dompter. Les phares bretons sont le symbole de cette haute lutte, teintée d'un fort respect. Ce sont des bâtiments bien difficiles à construire, que rien ne doit ébranler et qui offrent un confort très relatif. Par équipe de deux et pendant 150 ans, les gardiens se sont relayés, venant s'isoler sur ce caillou battu par vents et marées pendant des semaines, chacun ayant une raison propre de s'éloigner du monde. Ar-Men, c'est le phare le plus difficile d'accès et le plus exposé de Bretagne. C'est aussi l'espoir pour nombre de marins lorsque la nature se déchaîne.


Des légendes moyenâgeuses au témoignage de la découverte par l'auteur lui-même, il mélange les genres pour raconter ce phare mythique, de sa construction à son automatisation, et choisit de s'attarder sur Moïzez, enfant de l'eau qui éprouve une vraie fascination pour ce phare à l'extrémité de la chaussée de Sein, battu par la mer d'Iroise.  Il évoque ou invoque aussi d'autres gardiens de phare, et les fantômes qui les accompagnent, qu'ils soient de légende ou plus personnels. Ce sont des hommes un peu à part, ni de la mer ni de la terre. Le lecteur découvre leur vie par temps calme et par tempête, toujours à veiller sur la flamme, raison d'être suprême. Les enfers, se sont ces phares de pleine mer où la vie est rude, en comparaison du purgatoire d'un phare sur une île ou du paradis d'un phare sur le littoral.




L'opération Price Minister demande à mettre une note, je donnerai donc un 18/20. Et c'est en tout cas un véritable coup de cœur !

Ar-Men, l'enfer des enfers, d'Emmanuel Lepage
Éditions Futuropolis
Novembre 2017

2 commentaires :

Lilly a dit…

J'aime beaucoup cet auteur, et pour ma part je trouve ses sujets intéressants. J'aime les histoires de phares avec la mer furieuse et les gardiens toujours un peu étranges. J'ai hâte de lire cet album.

La chèvre grise a dit…

@ Lily : une merveille !