Au fil de l'eau [Juan Díaz Canales]

L'auteur : Né en 1971 à Madrid, Juan Díaz Canales est scénariste de bande dessinée espagnol notamment connu pour sa série Blacksad.

L'histoire : Dans l'Espagne contemporaine marquée par la crise, Niceto et ses compagnons retraités arrondissent leurs fins de mois en commettant divers petits délits.
Leur quotidien prend une tournure réellement inquiétante lorsque les amis de Niceto meurent les uns après les autres, dans des circonstances de plus en plus étranges et violentes...
Quand ce dernier disparaît à son tour, c'est une véritable course contre la montre qui démarre pour son fils et son petit-fils.
Mais qui peut bien en vouloir à cette bande de vieillards ? Et si Niceto en savait plus qu'on ne le croit ?

Mon avis : Juan Díaz Canales est connu pour être le scénariste la série Blacksad, avec le dessinateur Juanjo Guarnido. Cette fois-ci, c’est seul qu’il œuvre et se met donc pour la première fois au dessin. Enfin, pour la première fois à la bande dessinée car il a été longtemps dessinateur d’animation. Il fait ici le choix du noir et blanc pour s’attacher davantage aux personnages qu’au décor et porter haut le message pessimiste. Son trait épouse le moindre détail des visages, véritables miroirs de l’âme des personnages.
La société espagnole est à la peine : les résistants à la dictature de Franco d’hier, ceux qui ont lutté pour une Espagne libre, sont aujourd’hui des grands-parents qui ont à peine de quoi vivre. Au lieu de tendre la main, ils font le choix d’alternatives pas toujours très légales, sans rien en dire à leurs descendants. Niceto et sa bande d’amis sont de ceux-là. Jusqu’à ce que la mort de l’un d’eux remettent tout en question.

Les liens filiaux sont au cœur d’une intrigue philosophique et policière, un mélange étonnant. Ces liens se font et se défont en fonction des attentes et aspirations à chaque âge. Au fil de l’eau, le temps s’écoule, immuable, vers une fin déjà connue pour chacun. Même à un âge avancé, la question du sens de la vie continue à se poser et vieillir n’est jamais un chemin facile à prendre.

La fin de l’album, elle, reste ouverte, laissant planer un peu de mystère. Que s’est-il réellement passé ? C’est un peu à chaque lecteur de s’en faire sa propre idée et d’y projeter ce qu’il veut. Un scénario original qui peine toutefois à prendre toute son ampleur et son envergure pour faire de cet album un incontournable de la bande dessinée.


Au fil de l'eau, de Juan Diaz Canales
Éditions Rue de Sèvre
Septembre 2016

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