La citadelle [A.J. Cronin]

L'auteur
: Né en juillet 1896 et mort en janvier 1981, Archibald Joseph Cronin est avant tout un médecin écossais auprès des pauvres au Pays de Galles avant de développer une riche clientèle à Londres. À 37 ans, il se lance dans l'écriture et devient un des plus grands écrivains écossais, s'inspirant fortement de sa vie dans ses récits. La citadelle est peut être le plus connu de tous.

L'histoire : Pour sa première affectation, le jeune médecin Andrew Manson découvre la frange industrielle du Royaume-Uni, abandonnée à sont et accablée par la pauvreté. Le travail est pénible, pourtant Manson est bien décidé à accomplir au mieux sa mission : soigner. Des lugubres mine galloises aux quartiers chics de Londres, il lui faudra résister à l'incurie d'un système médical corrompu qui mettra à mal son intégrité.

Mon avis : Voici un roman étonnamment prenant malgré un sujet qui pourrait sembler aride : le regard d'un jeune médecin sur le système de santé britannique au début du XXe siècle. Ce récit est largement autobiographique et, après avoir trouvé un grand écho dans la société de l'époque, aurait influencé la création de l'équivalent outre-Manche de notre Sécurité sociale.

Nous suivons donc Andrew Manson, tout juste diplômé, qui prend son premier poste d'assistant dans une petite ville minière profonde du Pays de Galles. Son enthousiasme initial se heurte vite à la réalité qui met à mal ses idéaux : rien n'est fait par la société médicale dans son ensemble pour venir au mieux en aide aux malades ; tout est construit pour s'enrichir personnellement et maintenir cette élite au pouvoir. Manson se bat pour tenter de changer les choses, mais se retrouve en permanence à devoir faire face à une caste qui refuse de se remettre en question. Au fil des différents postes qu'il occupe, il se décourage parfois, se perd aussi et accepte de compromis dont il aura honte. Car, lorsqu'on a financièrement du mal à joindre les deux bouts, comment ne pas se laisser tenter ?

A.J. Cronin nous décrit une époque incroyable où le titre de médecin permettait à des hommes des comportements hallucinants et leur parole n'était jamais remise en question par qui que ce soit. Les querelles ne pouvaient qu'être internes, entre médecins eux-mêmes. Ces hommes bénéficiaient d'une aura de respectabilité qui ne pouvait entraîner que des dérives. A contrario, l'auteur et son personnage sont fortement engagés pour le droit des patients, et souvent parmi les plus pauvres. C'est une vision de la médecine au service des autres novatrice à l'époque, même si aujourd'hui on considère qu'elle doit être au cœur de tout système de santé. Si cela semble évident de premier abord, on voit encore en ce moment même à quel point c'est difficile à mettre en place, quand on constate le délabrement de nos hôpitaux et de la médecine de proximité. Bien que l'action se déroule dans la première moitié du XXe siècle, c'est donc un sujet terriblement d'actualité !

En plus, la plume de l'auteur est très facile à lire. On s'attache à Andrew, on le suit dans ses aventures sans difficulté aucune, et même les termes les plus techniques sont habilement amenés et ne plombent jamais le récit. Le lecteur ne peut que s'émouvoir des situations que croisent le jeune médecin. Un roman qui pourrait facilement susciter des vocations chez les plus jeunes.

 
La citadelle, d'A.J. Cronin
Traduit par Maurice Rémon, entièrement révisée par Michael Belano
Éditions Livre de Poche
Octobre 2019

Commentaires

keisha a dit…
Ah Cronin cela me rappelle des lectures bien anciennes...
Alex Mot-à-Mots a dit…
Je crois que je ne l'ai jamais lu, et le sujet m'intéresse.
La chèvre grise a dit…
@ Keisha : une découverte toute récente pour moi, au détour de déambulation à la Griffe Noire.

@ Alex Mot-à-mots : une de mes dernières lectures avant l'arrivée de bébé. Je l'ai dévoré même si cela a un peu vieilli dans le style.
dasola a dit…
Bonjour La chèvre grise, jamais lu de roman de cet écrivain et pourtant, dans ls années 50 et 60, il était beaucoup, c'était ma maman qui m'en avait parlé. C'est le genre d'écrivan qui comme Pearl Buck sont un peu dans le purgatoire. Ils reviendront peut-être à la mode. Bonne après-midi.