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27 février 2012

Prodigieuses créatures [Tracy Chevalier]

L'auteur : Tracy Chevalier est une auteur américaine vivant à Londres, née en octobre 1962.

L'histoire : Dans les années 1810, à Lyme Regis, sur la côte du Dorset battue par les vents, Mary Anning découvre ses premiers fossiles et se passionne pour ces "prodigieuses créatures" qui remettent en question les théories sur la création du monde. Très vite, la jeune fille issue d'un milieu modeste se heurte à la communauté scientifique, exclusivement composée d'hommes. Elle trouve une alliée en Elizabeth Philpot, vieille fille intelligente et acerbe qui l'accompagne dans ses explorations. Si leur amitié se double de rivalité, elle reste, face à l'hostilité générale, leur meilleure arme.

Mon avis : : J’avais déjà lu et adoré La jeune fille à la perle puis La dame à la licorne. Mais ce titre-ci me rebutait à cause du sujet : les fossiles, ce n’est pas vraiment ma tasse de thé. Lorsque Loesha (encore elle) l’a lu et aimé, elle me l’a prêté, insistant pour que j’essaie. Je me suis décidée après quelques semaines à l’ouvrir. Et le début a confirmé mes craintes : le premier quart du roman nous plonge dans des descriptions de fossiles et de roches en tout genre.
J’ai tout de même apprécié la plongée dans l’Angleterre du XIXe siècle, où Tracy Chevalier embarque son lecteur à la découverte d’une autre époque, suivre 2 femmes que tout oppose mais qui vont s’unifier pour défier les normes en vigueur. Et, bien vite, c’est cet aspect qui est mis en avant. Au-delà de simples cailloux fascinants, c’est le combat de deux femmes pour le droit au respect, quel que soit la condition sociale ou le sexe, qui est ici exposé. En plus, leurs découvertes d’un ichtyosaure puis d’un plésiosaure risquent de remettre en cause les fondements même de la religion : le monde n’est pas tel que Dieu l’a créé, il évolue en permanence, et certaines espèces disparaissent. Cette confrontation entre croyance et science balbutiante est vraiment très intéressante : géologie et paléontologie se cherchent. Des experts viennent jusque sur les falaises de Lyme Regis pour trouver des échantillons voire des spécimens exceptionnels. L’afflux de curieux en tout genre permet à certains habitants du village, en vendant leurs trouvailles, de subsister.
Nous suivons précisément deux femmes : Mary Anning et Elizabeth Philpot. L’une à la fraicheur, la naïveté, la joie de vivre de l’enfance et l’autre est une vieille fille qui n’a plus aucun espoir de se marier. L’une est issue d’un milieu très modeste, fille d’ouvrier qui n’a laissé que des dettes derrière lui et l’autre se réfugie à Lyme avec deux de ses sœurs pour vivre tranquillement de sa rente. L’une utilise des termes vulgarisés pour désigner ses curios, l’autre des mots savants et latins. L’une veut simplement vivre comme elle l’entend, peu importe les convenances ridicules et obtuses et l’autre est consciente du poids que la société du XIXe siècle exerce sur son existence. Mais les deux sont habitées de la même passion et se lient rapidement d’amitié pour chasser ensemble. En alternant un pour un la narration de Mary et la narration d’Elizabeth, l’auteur construit bien le parallèle entre ses deux personnages. Chacune a son point de vue et ses préoccupations, mais toutes les deux se heurtent à la même hégémonie du sexe masculin. Là aussi, c’est un aspect vraiment bien écrit, comme souvent chez Tracy Chevalier d’ailleurs.
Ces personnages de femmes, qui ont réellement existés, sont attachants et intéressants, sans à aucun moment sombrer dans la romance. Car oui, Mary étant une toute jeune fille d’une douzaine d’années lorsque le lecteur la rencontre, forcément, il est question de ses prétentions à l’amour et au mariage. Mais bien vite, le village entier la considère comme étrange : elle passe ses journées à la plage, le dos vouté pour chercher des fossiles. Son manque d’attraits n’étant pas compensé par une dote, elle se rend bien vite compte qu’elle ne trouvera pas chaussure à son pied parmi sa condition. Lui reste l’espoir de rencontrer quelqu’un qui partagerait la même passion qu’elle pour les curios. Mais là encore, les mœurs de l’époque empêchent toute prétention à un mariage avec quelqu’un d’une condition sociale bien supérieure à la sienne.
Ce roman sent bon la brise marine, les embruns, la poussière de roche qui détonne d’autant plus avec la vieille bourgeoisie anglaise coincée de Londres, quand notre Miss Philpot fait de petites visites à son frère et à sa famille. Je vous le recommande. Même si, comme moi, vous n’êtes pas très porté sur les fossiles, ne vous laissez pas rebuter, ce serait passer à côté d’un roman historique vraiment intéressant !

9 commentaires :

Alex Mot-à-Mots a dit…

Je crois que je vais commencer par le premier "La jeune fille à la perle" car, comme toi, les fossiles ne me disent rien.

Petite Fleur a dit…

@ Alex Moy-à-Moys : teste et tu m'en diras des nouvelles !

Kllouche a dit…

J'ai juste lu "le récital des anges" de cette auteur. Je l'ai trouvé horriblement triste :(

Mais je sais que ma mère possède tous ces livres ^^

J'aimerai beaucoup m'attaquer à "prodigieuses créatures". Il me semble l'avoir commencé il y a longtemps et avoir arrêté contrainte par d'autres obligations livresques mais je ne suis plus sure que c'était celui là :)

Clara a dit…

J'ai adoré !

Alinea Book1 a dit…

je viens justement d'acheter La jeune fille à la perle, je vais découvrir cet auteur que je n'ai encore jamais lu;

Karine:) a dit…

Tiens, moi aussi j'avais renoncé pour le côté "fossiles"... du coup, tu me donnes envie...

Loesha a dit…

Contente que tu ais aimé... Après le flop de mon Bifteck ;)
Je ne pensais pas que le côté fossile rebutais autant en revanche :x

Manu a dit…

Je vais juste le commencer. Le sujet m'intéresse beaucoup mais de mon côté, c'est la plume de Tracy Chevalier qui me fait peur car je me suis profondément ennuyée en lisant La jeune fille à la perle.

yueyin a dit…

Il me tente celui-là et en plus moi j'aime les fossiles donc vraiment ça devrait me plaire :-))))