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22 avril 2014

Melisande ! Que sont les rêves ? [Hillel Halkin]

L'auteur : Né en 1939 à New York, Hillel Halkin est un biographe, traducteur et critique littéraire juif américain, qui vit en Israël. A 73 ans, il publie ici son premier roman.

L'histoire : "Si nous n'avions qu'une vie à vivre ensemble, je la passerais avec toi dans la joie, en souhaitant encore davantage. Si toi et moi pouvions renaître encore et encore, je voudrais que ce soit toujours toi, toujours moi, pour qu'à chaque renaissance nous soyons toujours ensemble."

Dans le New York des années 1950, au club de littérature du lycée, Hoo, un adolescent timide, écoute avec ravissement la belle Melisande. Vingt-cinq années passeront, il ne cessera de l'aimer. Vingt-cinq années, de la chasse aux sorcières à la guerre du Vietnam, depuis que, le temps d'un été, ils formèrent avec le fougueux Ricky un inséparable trio...

Mon avis : Voici un roman sur lequel je suis tombée un peu par hasard, et que j’ai commencé je dois l’avouer sans grande conviction. Et pourtant, j’en ressors touchée par la prose poétique de l’auteur et par cette histoire si banale mais oh combien transcendée.

Car l’histoire, justement, est classique. C’est celle d’un triangle d’amis, deux garçons et une fille, qui va se transformer en triangle amoureux. Parce que Ricky est moins timide que Hoo, c’est avec lui que Mellie commence à sortir. Seulement Ricky, si adorable parce que fantasque et original, est difficile à vivre. Et un peu atteint du ciboulot. Il finit par passer par la fenêtre et Hoo et Mellie peuvent enfin se mettre ensemble. Malheureusement, un avortement mal pratiqué les empêche de devenir parents. Petit à petit, dans cet amour s’infiltre les regrets, l’amertume et la frustration. De famille ils deviennent amants avant tout, comme pour se protéger. Mais cela ne suffit pas.

Le récit se dessine sur fond de 25 ans d’histoire des Etats-Unis, où on retrouve la chasse aux communistes, le power flower, la guerre du Vietnam et le réveil de la jeunesse qui devient une société adulte piégée dans les contingences économiques et sociétales. Ils rêvaient de refaire le monde ; ils en sont les prisonniers.

C’est sous la forme d’une longue lettre de Hoo à cette femme qui donne un sens à son existence que l’auteur décide de nous rapporter cette histoire. Il entrecoupe son récit de flash-backs et de petits mots du quotidien que Mellie lui à laisser, donnant une construction qui se précise au fur et à mesure. Le tutoiement évite la distance que pourrait induire certains passages philosophiques et l’écriture d’Hillel Halkin est pleine de poésie et de tendresse. Malgré les erreurs, le récit n’aucune aigreur, juste une douceur empreinte de sagesse et de recul que l’âge apporte dans son regard sur la vie.

La forme et l'histoire d'amour m'ont fait pensé à La lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson, sans la campagne islandaise dépaysante, mais avec des personnages que j'ai trouvé bien plus attachants. Il faut dire que contrairement à Bjarni, Hoo vit sa vie et assume ses choix. Il peut les regretter mais espère pourtant reconstruire. Le roman se termine sur une note d'espérance folle, comme le moteur de toute vie.

De cette histoire banale Hillel Halkin a su faire une histoire poétique universelle, pleine de tolérance, une ode à l’acceptation de l’autre, à l’amitié et bien sûr à l’amour. Une jolie découverte.

Merci aux éditions Folio pour ce partenariat.

Je fais entrer cette lecture dans le challenge Petit Bac 2014 d'Enna, catégorie Prénom.


20 avril 2014

La plume empoisonnée [Agatha Christie]

Et un nouveau titre d'Agatha Christie, sorti exprès pour le challenge Petit Bac d'Enna.

L'histoire : Le notaire, le médecin, la femme du pasteur... tout le monde y passe. Et le doute s'insinue dans les esprits. Il n'y a pas de fumée sans feu... Pourtant les accusations portées par les lettres anonymes qui déferlent sur Lymstock sont tout à fait grotesque. Ne serait-il pas judicieux de s'attaquer aux petits scandales qui émaillent la vie du village ? Mais non... L'auteur des lettres préfère donner dans la fantaisie.

Il n'empêche qu'a force de bombarder la petite commu-nauté de propos aussi invraisemblables qu'orduriers, il finira bien par toucher juste un jour. Et qui sait s'il ne déclenchera pas un drame ?

Mon avis : Cette fois la reine du crime nous plonge dans l'ambiance d'un petit village de campagne. Alors que Jerry et Joanna Burton arrivent à Lymstock en espérant y trouver tranquillité et calme, des lettres anonymes injurieuses arrivent à presque chaque habitant. Lorsque les lettres arrivent, la remarque la plus entendue est "Pas de fumée sans feu". C'est l'occasion de nous présenter les personnages emblématiques du village et les relations que chacun entretient, le tout mâtiné d'un soupçon de comédie sentimentale. Ce n'est qu'assez tardivement qu'intervient le premier mort, et encore plus tardivement que Miss Marple apparaît pour tout résoudre, de façon assez anecdotique.

Je disais donc étude de mœurs, car nos deux jeunes londoniens posent un regard sans a priori sur ceux qui les entourent. Ils présentent ce qui fait la vie dans un petit village situé loin de la folie de la capitale : les visites aux voisins, les ragots et rumeurs, la place des domestiques dans la maisonnée... Au détour de ces aspects ruraux, il est aussi question de la condition féminine à cette époque. Pointe l'idée qu'une femme peut subvenir à ses besoins sans dépendre d'un homme, pour s'assurer une vie. Ce petit regain de liberté est vite tempéré par le mariage vite proposé à une jeune fille qui a disparu une journée entière avec un homme et dont l'honneur pourrait être compromis. Vous l'aurez compris, la vie des gens prend le pas sur l'enquête.

Le tout n'est pas dénué d'humour grâce aux échanges entre frère et sœur qui ne s'épargnent pas et se parlent avec une franchise rafraîchissante dans cette ville où tout finit toujours par se savoir. La façon de raconter de Jerry laisse entendre les dénouements romantiques que lui et sa sœur connaitront.

Un bon moment de lecture, sans être pour autant à mettre au panthéon de l'auteur.

Je fais entrer cette lecture dans le challenge Petit Bac 2014 d'Enna, catégorie Matière.


Et bien sûr, il participe au Challenge Agatha Christie de George.

18 avril 2014

Le monde selon Garp [John Irving]

L'auteur : John Irving est un romancier américain né en mars 1942. C'est son roman Le monde selon Garp, son 4e roman, paru en 1978 et en partie autobiographique, qui le fit connaître et reconnaître de tous.

L'histoire : Ce roman raconte la vie de l'écrivain S.T. Garp, en commençant avant sa conception et se terminant après avoir fait le tour des destins des proches de Garp après sa mort.

Sa mère, Jenny Fields, est infirmière dans un hôpital militaire à Boston en 1942. Elle souhaite avoir un enfant sans s'encombrer d'un homme ou même de relations sexuelles. Elle profite alors d'un soldat réduit à l'état de légume mais qui a encore spontanément des érections, et tombe enceinte. Elle élève seule son fils, en travaillant à plein temps. Après des études médiocres, Garp devient écrivain pour séduire les jeunes filles. C'est pourtant sa mère qui connaît le succès avec un livre qui fait d'elle la figure de proue du mouvement féministe.

Mon avis : J'ai réussi à traîner Loesha pour cette lecture commune que nous projetions depuis quelques temps déjà. Sauf que nous avions été toutes les deux passablement refroidies par une lecture précédente de John Irving : pour moi, L’œuvre de Dieu, la part du Diable trouvé passablement long et ennuyeux malgré des passages vraiment intéressants sur la condition féminine et le droit à l'avortement ; pour Loesha, c'était L'hôtel New Hampshire qui ne lui avait vraiment pas plu. Sauf que, d'un je ne me voyais pas passer à côté de la lecture de ce livre culte et de deux, je suis tombée l'été dernier sur l'adaptation cinématographique avec Robin Williams et Glenn Close et j'ai adoré cette histoire. Alors, en insistant bien, j'ai décidé ma comparse à tenter l'aventure.

Et autant vous dire que c'est avec entrain que j'ai entamé cette lecture. Au final, si je continue à adorer cette histoire, je ferai le même reproche à ce roman qu'au précédent que j'ai pu lire : il y a des passages vraiment longuets. Je pense spontanément, par exemple, au voyage à Vienne de Garp et de sa mère, qui à mon sens n'apporte pas grand chose (à l'exception peut être de la naissance d'un écrivain, mais il y avait moyen de faire plus court dans ce cas). Pour certains lecteurs, peu habitués à ce genre de roman, il faudra accepter d'entrer dans l'univers un peu loufoque, en tout cas au début, que l'auteur nous propose, et cela sans a priori.

Ce roman est fortement autobiographique et on y retrouve bon nombre de sujets de prédilection de l'auteur : la Nouvelle Angleterre, où Irving a fait ses études ; la lutte, qu'il a pratiqué à l'université ; Vienne, où il est lui-même allé ; il est également question de prostituées, de parent absent, d'ours (je me demande tout de même quel est le problème d'Irving avec ces bêtes-là !) et bien sûr, le plus intéressant, la condition féminine.

Car si ce roman propose au lecteur de suivre, de sa conception à sa mort, la vie de l'écrivain ST Garp, ce sont surtout les femmes qui l'entourent qui sont intéressantes, à commencer par sa mère qui a voulu un enfant sans s'engager auprès d'un homme de quelque façon que ce soit. Elle profite donc d'un sergent technicien revenu de la guerre à l'état de légume pour obtenir un enfant, qu'elle élève seule, selon des principes un peu bizarres, mais en l'entourant néanmoins d'affection. Elle devient plus tard, un peu contre son gré, une égérie du mouvement féministe. Sa nature profonde l'amenant à aider son prochain, c'est assez naturellement qu'elle se retrouve à diriger un refuge pour les femmes en perdition. Tout en affirmant que la femme doit être maîtresse de son corps et de sa destinée, Irving n'hésite pas à dénoncer les extrémismes du féminisme en créant les ellen-jamesiennes.

Le tout n'est pas dénué d'humour, bien au contraire. Garp est un personnage vraiment attachant, et les énergumènes dont il est entouré sont forts, que ce soit sa mère, Roberta (dont j'ai adoré les répliques), les ellen-jamesiennes qui questionnent tant Garp et le lecteur... Il y a beaucoup de drames également, ce qui en fait bien le récit d'une vie telle qu'elle est dans la réalité. Les frontières entre le réel et la fiction deviennent plus floues. On aborde alors le questionnement sur le métier de l'écrivain, la source d'inspiration, le souffle qui nourrit l'auteur pendant la création. Un auteur écrit-il pure fiction qui doit sembler réel ou s'inspire-t-il de la réalité pour la transformer en fiction ? John Irving intercale d'ailleurs dans son récit les histoires que Garp écrit, mais cette mise en abîme provoque elle aussi des longueurs dispensables à mon sens.

Au final, et comme le montrait le film, c'est bien davantage le personnage de la mère qui m'aura marquée dans cette lecture que Garp et ses interrogations. J'ai vraiment adoré tout ce qui touchait à Jenny Fields et à l'évolution de la condition de la femme. Un roman sur la liberté de chacun donc, qui m'aura quelque peu réconciliée avec l'auteur, même si je ne pense pas devenir une inconditionnelle. Ceci dit, A moi seul bien des personnages, son dernier roman, m'intrigue maintenant :-)


Retrouvez l'avis de Loesha sur ce roman, avis que je file voir !

16 avril 2014

Lac d'Aiguebelette

Une fois n’est pas coutume, je vous sors un peu de Paris et je vous emmène respirer le bon air de la montagne. J’ai fait une balade dans le massif de l’Épine, en Savoie : montée par la voie sarde et romaine jusqu’au col du Crucifix puis descendue au belvédère qui offre le point de vue sur le lac d’Aiguebelette.

Savoie, Col du Crucifix, 915m

Ce lac est un lac naturel de l’avant-pays savoyard, dans l’extrémité sud du massif du Jura. Il est bordé à l’est par la chaîne de l’Épine. Cette chaîne court du nord au sud, en partant du col de l’Épine à La-Motte-Servolex, jusqu’au massif de la Chartreuse. Le lac d’Aiguebelette a une profondeur maximale de 71 mètres, des eaux souvent de couleur verte, et deux îles.

Savoie, lac d'Aiguebelette depuis le belvédère de l'Épine (cliquez sur l'image pour la voir en plus grand)

Une légende, trouvée sur le site du Conseil général du 73, dit que : Il était une fois une petite ville riche et prospère au bord du lac ; ses habitants menaient grande vie ; oisifs, ils ne pensaient qu’aux plaisirs. Un jour, un miséreux bien mal vêtu se présenta pour mendier un peu de pain et de chaleur. Toutes les portes restèrent égoïstement fermées. Une seule s’ouvrit : celle d’une femme déshéritée de la ville et celle-ci accepta de partager son frugal repas. Or, ce mendiant était le Christ qui s’était déguisé pour éprouver ces villageois au cœur dur. En punition, le lendemain, toute la ville se retrouva recouverte par les eaux du lac sauf la maison de la vieille dame et celle de sa fille que le Christ avait épargnées et qui demeuraient intactes sur deux îles reliées par un chemin à pied sec.

Difficile de s’imaginer ce qu’était le cheminement par cette voie sarde et romaine dans les conditions qui étaient les leurs au moment de la création. Déjà avec de bonnes chaussures de marche, ce n’est pas toujours très évident (sans être bien compliqué non plus, je vous rassure)…Il n'empêche que c'est une jolie balade que je recommande.

14 avril 2014

Manabé Shima [Florent Chavouet]

L'auteur : Florent Chavouet, né en février 1980, est un dessinateur français. Séjournant régulièrement au Japon, il a tiré de ses voyages deux bandes dessinées dont voici la deuxième (le hasard a fait que je n’ai pas commencé dans l’ordre !) Manabé Shima, qui a été sélectionnée pour le Festival d’Angoulême en 2011.

L'histoire : Le Japon est tellement une île qu'il est un archipel. Dans le catalogue japonais, on trouve des îles industrielles, des îles artificielles, des îles sacrées, des îles musées, des îles formol, des îles atoll, des îles balnéaires, des îles bleu-vert, des îles sauvages, des îles sans âge, des îles connues, Shikoku, et même des îles où l'on pêche et l'on boit.
Parmi ces miettes de terre, il y a Manabeshima, une île dont on parle peu, mais où poussent très bien les poissons.

Mon avis : J’ai découvert l’auteur et ses deux romans graphiques – carnets de voyage lorsque je travaillais dans une grande banque française où une demoiselle, Loesha pour ne pas la nommer, me les a fait découvrir. J’ai tout de suite été attirée par le parti pris original de narration et de perspective dans le dessin. Par contre, n’étant pas forcément une inconditionnelle du Japon, j’hésitais beaucoup. Jusqu’à ce qu’il soit offert lors d’un pot de départ et que j’ai l’occasion de le feuilleter longuement.

Dans Manabé Shima, c’est dans le Japon intime et profond, pittoresque et absolument pas touristique que nous convie Florent Chavouet. Nous sommes loin de la surpopulation de Tokyo. L’île qui se trouve dans la mer intérieure de Seto, ne compte guère plus de 300 habitants d’après Wikipédia. L’auteur a décidé d’y passer deux mois et de vivre au plus près des habitants pour partager leur quotidien. Il nous présente les dessins issus de ce séjour. D’anecdotes en présentations des personnages et des lieux, en passant par quelques histoires un peu plus construite, c’est par un trait tout en rondeur et haut en couleur que Florent Chavouet attrape son lecteur. On y sent du vécu et de l’

Il ne faut pas hésiter à attraper le livre à deux mains et à le retourner, à pencher la tête, pour bien lire le moindre détail de ces dessins si riches et si colorés. La lecture est du coup forcément plus lente et longue qu’une simple bande dessinée. Il faut prendre son temps pour se laisser porter et apprécier. Les perspectives peu orthodoxes utilisées, comme en plongée immersive, donne une sensation de vie impressionnante.

Peu familière des personnages et de leur nom, j’ai parfois eu un peu de mal à les distinguer. Il n’empêche que chacun à sa façon est attachant. Plongé parmi eux, le lecteur français est fortement dépaysé. Les relations entre chacun sont bien posées : aller à la pêche au crabe par exemple, ou faire un tour au temple. Et les pages expliquant la façon de vivre ou la nourriture participent aussi à l’exotisme. Le côté voyageur occidental qui découvre une culture inconnue est vraiment bien rendu.

Un roman graphique qui ravira ceux qui rêvent de partir au Japon, mais aussi ceux qui aiment tout simplement être dépaysé. Une sorte de guide touristique nouvelle génération qui prônerait non pas la visite des lieux les plus connus ou représentatif mais au contraire de se poser et de prendre le temps de vivre comme les autochtones.

12 avril 2014

Barbe Bleue [Amélie Nothomb]

L'auteur : Amélie Nothomb est une auteur belge née en juillet 1966 à Etterbeek.

L'histoire : Saturnine Puissant, jeune professeur à l'École du Louvre, répond à une annonce de colocation trop avantageuse pour être tout à fait normale et pénètre dans le monde à la fois luxueux, surprenant et macabre de l'aristocrate espagnol Don Elemirio Nibal y Milcar. L'évolution de leur relation poussera la jeune femme à réfléchir et peut être reconsidérer sa conception des normes relationnelles et de la rationalité du mode de vie de son insolite colocataire, Barbe Bleue philosophe des temps modernes.
« La colocataire est la femme idéale ! »

Mon avis : Amélie Nothomb et moi, ce n'est pas une histoire d'amour. L'idée qu'un auteur puisse sortir un roman tous les ans me laisse fortement sceptique sur la qualité desdits romans. Un ami m'ayant prêté un jour Attentat, vite lu, j'ai pu me faire un avis, guère positif puisque je n'en ai jamais relu. Je ne suis pas l'actualité de l'auteur, et je serai totalement passée à côté de celui-ci si George n'en avait parlé sur son blog. L'idée de la réécriture d'un conte m'a séduite et j'ai tenté l'aventure. Mais, définitivement, je crois que Amélie Nothomb n’est pas pour moi. Comme le précédent que j’ai eu l’occasion de lire, celui-ci aura été vite lu et sera vite oublié.

À l’époque actuelle, dans un Paris où le marché de la location est épouvantable. Saturnine ne trouve pas d’appartement dans ces modestes moyens et se doute que l’annonce passée par Don Elemirio est surement une arnaque. Qu’importe, elle va tenter le coup, et remporter l’appartement.

Les thèmes de la confiance, de l’obéissance, sont développés. Qu’est-ce que l’amour entre deux êtres ? Qu’est ce qui fonde la relation à l’autre et y a-t-il possibilité dans un couple de garder un jardin secret ? La modernité du conte insufflée par Amélie Nothomb tient en ce que la femme ici décrite, Saturnine, n’est pas bêtement guidée par le caractère supposé féminin de la curiosité maladive. Elle réfléchit, cherche à comprendre, sans être plus que ça tentée d’ouvrir la fameuse porte défendue. Au détour des dialogues entre Don Elemirio et Saturnine, d’autres thèmes sont abordés également : religion, inquisition, folie, les caractères humains comme palette de couleurs…

Pour le décor, tout baigne dans un luxe et un faste à la limite de l’écœurement. Tout est or et le champagne coule à flots. Les marques citées doivent d’ailleurs se frotter les mains.

Ce récit qui se veut pseudo-philosophique reste en fait assez superficiel. Et c’est un sentiment renforcé par la construction faite à 80% de dialogues, relevant davantage de l’affrontement verbal entre deux personnages que de la construction d’une réflexion.

En bref, totalement dispensable à mon sens.

10 avril 2014

Patéma et le monde inversé, de Yasuhiro Yoshiura

Film d'animation japonais de Yasuhiro Yoshiura sorti le 12 mars 2014.

L'histoire : Après une catastrophe écologique, la terre se trouve séparée en 2 mondes inversés ignorant tout l'un de l'autre. Dans le monde souterrain, Patéma, 14 ans, adolescente espiègle et aventurière rêve d'ailleurs.

Sur la terre ferme, Age, lycéen mélancolique, a du mal à s'adapter à son monde totalitaire.

Le hasard va provoquer la rencontre des 2 adolescents en défiant les lois de la gravité.

Mon avis : Depuis le début de l'année 2014, je vais moins souvent au cinéma. La faute à des tarifs réduits auxquels je n'ai plus guère accès du fait d'un nouveau boulot au CE plus limité. Et puis aussi à une programmation qui m'enthousiasme peu. L'opération promotionnelle d'une grande banque m'a permis de gagner deux contremarques pour une place de cinéma à 3.50€. Voilà qui ne se refuse pas. C'est comme ça que je suis allée voir ce film d'animation dont je n'avais quasiment pas entendu parler et qui n'était quasiment plus diffusé, déjà !

En même temps, après l'avoir vu, je me dis que j'aurais peut être mieux fait d'aller voir autre chose. Premier défaut, la musique, bien trop forte et parfois pas du tout adaptée aux séquences. Le générique par contre est bon et bien trouvé. Mais voilà qui est symptomatique de ce film : des éléments vraiment intéressants contrebalancés voire totalement gâchés par de erreurs grossières.

Après la musique, parlons du scénario. Il tient à peu près la route et les thèmes abordés sont vraiment intéressants : propagande, dictature, intolérance, peur, catastrophe provoquée par l'homme, soif de pouvoir... Je dis à peu près parce que beaucoup de choses sont évoquées sans être creusées, juste effleurées. Et c'est bien dommage car c'est là que ce film aurait vraiment pu faire mouche que ce soit en proposant une vraie réflexion sur ces thèmes et en étant plus clair sur le positionnement de certains éléments du récit : qu'est-ce que cette planète sur laquelle arrivent Patéma et Age ? Comment la gravité a-t-elle été inversée ? Comment vivre ensemble avec une différence de gravité si fondamentale ? Qu'est ce que cette lettre trouvée dans le carnet ? En fait, j'ai eu l'impression d'être dans un film pour enfants qui n'ose pas les vraies questions et reste au final très manichéen et simplet. En tant qu'adulte, j'en ressors frustrée par un tas de questions sans réponses.

Au tour du graphisme maintenant, plutôt réussi, que ce soit dans l'esthétique différentielle entre Aïga et le monde souterrain de Patéma, ou dans les personnages, à l'exception du vilain chef méchant qu'on croirait sorti d'un manga de bas étage. La réalisation me questionne davantage. J'entends bien que la bascule permanente de la caméra permet de passer d'un monde à l'autre et de retranscrire le malaise que chaque adolescent ressent tour à tour, au point que le spectateur ne sait dans quel monde il est que par la position des deux héros tête-bêche, sauf pour la scène finale qui perturbera personnages et spectateurs. Ceci dit, le spectateur est parfois à la limite du mal de mer à force de passer brutalement de l'un à l'autre. Et il y a aussi de vraies erreurs de mise en scène, comme des images figées ou un retour sur la même image pendant un laps de temps bien trop long.

Au final, un film d'animation totalement dispensable. Je voulais voir autre chose qu'un Miyazaki et ouvrir mon horizon. Je vais retourner voir du Miyazaki, c'est beaucoup plus intéressant !

08 avril 2014

Mauvais genre [Chloé Cruchaudet]

L'auteur : Née en novembre 1976, Chloé Cruchaudet est une scénariste et dessinatrice de bande dessinée. Avec Mauvais genre, elle remporte le prix du public Cultura au Festival d'Angoulême 2014.

L'histoire : Paul et Louise s'aiment, Paul et Louise se marient, mais la Première Guerre mondiale éclate et les sépare. Paul, qui veut à tout prix échapper à l'enfer des tranchées, devient déserteur et retrouve Louise à Paris. Il est sain et sauf, mais condamné à rester caché dans une chambre d'hôtel. Pour mettre fin à sa clandestinité, Paul imagine alors une solution : changer d'identité. Désormais il se fera appeler... Suzanne. Entre confusion des genres et traumatismes de guerre, le couple va alors connaître un destin hors norme.

Mon avis : Mauvais genre est une bande dessinée terriblement d'actualité, traitant du sujet de l'identité sexuelle (en plein débat sur le mariage pour tous et la théorie des genres) et du traumatisme d'un soldat de la Première guerre mondiale (dont nous célébrons le centenaire). Je l'ai repéré avant tout pour les nombreuses critiques positives de la blogosphère et puis parce que je trouvais que les sujets étaient originaux pour une bande dessinée. Et c'est encore une fois grâce à l'opération La BD fait son festival de Priceminister que j'ai eu l'occasion de la découvrir.

La première chose que l'on remarque en ouvrant cette bande dessinée, c'est la qualité des dessins et le parti-pris chromatique : tout est en noir et blanc, à l'exception de quelques rares détails en rouge, qui apportent toute l'énergie vitale au récit. Le rouge est à la fois le symbole du sang et donc de la mort, mais aussi du désir et de la vie. Assez contradictoire, tout autant que ce personnage de Paul, qui développe tour à tour deux facettes : son côté masculin et macho lorsqu'il vit ouvertement avant de partir au front, puis son côté féminin et libertin lorsqu'il est déserteur.

Car c'est avant tout échapper au peloton d'exécution que Paul se travestit. Il ne doit sous aucun prétexte être reconnu, alors qu'un avis de recherche pour déserteur est placardé. Il va donc se déguiser, ce qui va lui permettre de sortir de la petite chambre où il était enfermé. Il redécouvre la liberté. Y prend goût. L'argent venant à manquer, il va chercher un travail. En tant que femme, il postule à un boulot de couturière. Et le lecteur découvre avec lui le harcèlement moral et sexuel enduré par les petites mains. Petit à petit, Paul va devenir littéralement Suzanne. Perdu entre sa personnalité première, la peur que la guerre et les atrocités subies lui ont vissée au corps et à l'âme, et une nature féminine qui n'est plus jouée mais complètement intériorisée, Paul ne sait plus qui il est.

Inspirée de faits réels, cette histoire s'appuie sur un dessin fort qui la sert merveilleusement, se faisant tendre par moment, plus âpre et cru à d'autres. Elle pose la question de ce qui fait le féminin ou le masculin en chacun de nous et de la quête d'une identité, le tout dans un décor posttraumatique. Un mélange détonnant.

Comme vous le savez, je ne donne pas de note à mes lectures, mais l'opération de Price Minister le demande, alors je mettrais un 17/20.