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24 mai 2019

Fleurs #58


Fleurs offertes le 08/03/2019

22 mai 2019

Abymes [Mangin, Griffo, Malnati et Bajram]

Les auteurs : Valérie Mangin est une scénariste française de bande dessinée, née en août 1973. Elle s'associe ici aux crayons successifs de Griffo, dessinateur belge de bande dessinée né en mai 1949, puis Malnati, dessinateur et scénariste français né en mai 1973, et enfin à Denis Bajram son compagnon, scénariste et dessinateur français de bande dessinée né en février 1970.

L'histoire : Entre enquête policière, conte philosophique et farce macabre, variations biographiques sur la vie de Balzac. Balzac est furieux. Non seulement la Revue de Paris a suspendu la publication de La peau de chagrin, mais en plus celle-ci a été remplacée par un feuilleton anonyme qui raconte dans un style tout balzacien la vie, et donc les turpitudes, d'un certain... Honoré de Balzac. Tout ce que l'écrivain a cherché à cacher avec le plus grand soin tout au long de son existence se retrouve exposé au grand jour, au risque de ruiner sa vie sociale, sa carrière, et même de le mener en prison ! Prêt à tout pour découvrir l'auteur de ce canular, il s'engage dans une quête qui le mènera au bout de lui-même.

Mon avis : Abymes est un triptyque original, qui ne fait sens que si on lit bien les trois tomes dans l’ordre. Le scénario est pensé par Valérie Mangin qui s’est entouré de trois dessinateurs différents pour chaque tome, chacun ayant du coup une couleur propre, ce qui passe d’autant mieux que les histoires se déroulent à trois époques différentes. Le titre l’indique immédiatement, il va être question de mise en abyme, chaque tome suivant l’évoquant avec une profondeur supplémentaire, jusqu’au dernier qui remet en question le travail même de l’auteur de bande dessinée.

Le premier est consacré à Balzac. C’est celui qui m’aura le plus perturbée car j’imaginais assez un fond véridique et j’ai été un peu frustrée de ne pas trouver une note expliquant ce qui était historique de ce qui ne l’était pas. Cela aurait permis de faire la part des choses plus facilement. Le récit commence comme une farce avant de partir dans une ambiance bien plus sombre.

Le deuxième est consacré au cinéaste Henri-Georges Cluzot, réalisant un film sur Balzac. Le récit joue exactement sur le même ressort : le cinéaste découvre des scènes privées rendues publiques. Cet épisode souffre d’une forme de redite.

Le troisième apporte une cohésion à l’ensemble et redynamise le tout, l’auteur nous prouvant qu’elle savait parfaitement où elle allait. Le virage fantastique est totalement assumé.

Personnellement, si l’exercice est intéressant, je n’ai pas été emportée : entre policier, fantastique et biographie non historique, je ne savais jamais trop sur quel pied danser et comme je n’ai pas particulièrement été sensible ni aux personnages ni à l’histoire, j’ai un peu l’impression d’être passée à côté.

Abymes, 3 tomes de Mangin, Griffo, Malnati et Bajram
Éditions Aire libre Dupuis
2013

20 mai 2019

Eleanor Oliphant va très bien [Gail Honeyman]

L'auteur : Gail Honeyman est une auteur écossaise née en 1972. Eleanor Oliphant va très bien est son premier roman.

L'histoire : Même l'être le plus solitaire a parfois besoin d'un ami...
Eleanor Oliphant est un peu spéciale. Dotée d'une culture générale supérieure à la moyenne, peu soucieuse des bonnes manières et du vernis social, elle dit les choses telles qu'elle les pense, sans fard, sans ambages. Fidèle à sa devise " Mieux vaut être seule que mal accompagnée ", Eleanor évite ses semblables et préfère passer ses samedis soir en compagnie d'une bouteille de vodka. Rien ne manque à sa vie minutieusement réglée et rythmée par ses conversations téléphoniques hebdomadaires avec " maman ".
Mais tout change le jour où elle s'éprend du chanteur d'un groupe de rock à la mode. Décidée à conquérir de l'objet de son désir, Eleanor se lance dans un véritable marathon de transformations. Sur son chemin, elle croise aussi Raymond, un collègue qui sous des airs négligés, va lui faire repousser ses limites.
Car en naviguant sur les eaux tumultueuses de son obsession amoureuse et de sa relation à distance avec " maman ", Eleanor découvre que, parfois, même une entité autosuffisante a besoin d'un ami...

Mon avis : A force de voir ce roman sur la blogosphère, je me suis laissée tenter. Je savais qu’il était un peu particulier. Effectivement, Eleanor est loin d’être un personnage classique. A 30 ans, elle vit seule, sort peu de chez elle sauf pour se rendre à son travail, n’a pas d’amis et des relations compliquées avec ses collègues. Elle mène une vie faite de rituels et son visage porte une cicatrice due à un incendie dans son enfance. La solitude est son univers mais elle ne s’en plaint pas. Jusqu’à ce que sa route croise celle de Raymond qui va la forcer à sortir de sa coquille.

Eleanor est un personnage attachant et captivant. On s’amuse beaucoup au début du roman avec ses manies et sa franchise qui déstabilisent son entourage. On ne sait pas trop s’il faut ressentir de la pitié tant elle semble vivre la vie qu’elle souhaite. Une fois passée la surprise, le roman commence à trainer un peu en longueur mais c’est pour mieux nous surprendre à nouveau : Eleanor est bien plus que ce qu’elle parait. Un lourd secret la hante.

Moins léger que ce qu’il parait, ce roman propose une ambiance assez nouvelle, sous des aspects feel-good. L’auteur a su mêler les codes de genres bien différents habilement. Eleanor fait face à son passé et pour cela elle va devoir s’appuyer sur des amis. Au passage, elle découvrira qui elle est vraiment et ce, sans niaiserie ou romance particulière, ce qui est bien agréable. Je pense cependant que l’auteur Gail Honeyman aurait pu éviter les longueurs du milieu et trouver un autre moyen de bousculer son personnage sans la lancer dans un projet qui n’apporte pas grand-chose.

Eleanor Oliphant va très bien, de Gail Honeyman
Traduit par Aline Azoula-Pacvon
Éditions 12/21 pour Kindle
Septembre 2017

17 mai 2019

Louvre #15 : L'homme au gant

L'année dernière je vous parlais du roman Le Turquetto de Metin Arditi, que j'avais beaucoup aimé et qui brodait une fiction autour du tableau L'homme au gant. Au cours de ma dernière visite du Louvre, je me suis fait fort d'aller le voir. Et pour cela, il faut jouer un peu des coudes, car il se trouve exactement derrière le panneau présentant La Joconde !

Salle de la Joconde au Louvre

L'homme au gant est un tableau, une huile sur toile du Titien, signé « Ticianvs f. » et datant de la période de 1520 à 1523. Sur un fond sombre, un jeune homme est représenté de la tête aux genoux, tourné de trois quarts vers la droite, faisant face au spectateur alors que le visage est tourné vers la gauche et regarde autre chose au loin. Aucune émotion particulière ne se dégage de son visage. Il est vêtu de noir, laissant supposé qu'il est aisé, d'autant plus qu'il porte des bijoux de prix. La lumière vient essentiellement du col et des pans de sa chemise blanche qui illuminent le visage, ainsi que des poignets qui mettent en valeur les mains. Son bras gauche repose sur un bloc de marbre, celui portant la signature du maître. Sa main gauche est gantée et tient le deuxième gant. Sa main droite est ornée d'une bague et son index est pointé.

L'homme au gant de Titien

Si son visage n'exprime pas grand chose, il se dégage une forme de douceur et surtout l'impression d'une personnalité complexe. Tout passe par le regard. C'est le type de portrait psychologique que Titien a élaboré par excellence.

15 mai 2019

Miss Endicott [Fourquemin et Derrien]

Les auteurs : Né en juillet 1971, Jean-Christophe Derrien est un scénariste français de bande dessinée. Il s'associe ici avec Xavier Fourquemin, dessinateur belge.

L'histoire : Officiellement, Prudence Endicott est revenue à Londres pour y enterrer sa mère et occuper un poste de gouvernante. Mais, les femmes de la famille ont leurs petits secrets et Prudence a reçu en héritage la lourde tâche de devenir la nouvelle «conciliatrice» de la capitale anglaise. Le principe est simple : résoudre les problèmes des gens ! Même s'il faut pour cela défier le peuple des Oubliés qui règnent sur le Londres souterrain...

Mon avis : Voici un diptyque qui propose un univers steampunk victorien. De quoi me plaire sur le papier. Et tout commence en effet très bien avec le retour à Londres de Prudence Endicott. Après avoir quitté les Indes, elle rentre au bercail pour offrir une sépulture à sa mère. Elle trouve un emploi de gouvernante le jour, charmant le majordome et le garçonnet dont elle a la charge, et la nuit elle reprend le rôle de Conciliatrice de la ville qu’occupait sa mère. Cette tâche est moins simple qu’il n’y parait : au-delà des querelles de voisinages, il y a dans les bas-fonds tout un monde insoupçonné qui révèle bon nombre de dangers.

Le personnage de Prudence m’a rappelée furieusement celui d’Alexia Tarabotti dans Le protectorat de l’ombrelle : dans un monde d’hommes, elle trouve sa place en faisant preuve d’assurance et de culot. A ceci près que le monde proposé est bien moins riche. Alors certes, on construit moins dans 2 tomes de bandes dessinées que dans 5 romans. Mais il n’empêche qu’il m’a manqué cette étincelle d’originalité pour me convaincre ou pour en faire une lecture marquante.
Planche de Miss Endicott, de Fourquemin et Derrien

Le dessin de Fourquemin est agréable et on suit l’histoire sans déplaisir pour autant, car tout fonctionne parfaitement. Les dialogues sont très sympathiques, avec la dose d’humour qui fait mouche. Un diptyque à découvrir donc à l'occasion.


Miss Endicott, 2 tomes, de Fourquemin et Derrien
Éditions Le Lombard collection Signé
Septembre et Octobre 2007

13 mai 2019

Fugitive parce que reine [Violaine Huisman]

L'auteur : Violaine Huisman est née en 1979. Elle vit à New York où elle organise festivals et événements littéraires et réalise des traductions. Fugitive parce que reine est son premier roman ; il a remporté les prix Marie Claire du roman féminin et Françoise Sagan.

L'histoire : À travers ses yeux de petite fille, la narratrice raconte son enfance tumultueuse auprès d'une mère rayonnante, malgré ses fêlures et sa défaillance. Mais la plume de Violaine Huisman porte aussi la voix déchirante d'une femme, une femme avant tout, qui n'a jamais cessé d'affirmer son droit au rêve et à la liberté.

Mon avis : Erreur d'envoi lors du partenariat Folio, voici un roman que je n'aurais pas lu autrement. Je lis essentiellement pour m'évader du quotidien, vivre par procuration des aventures hors du commun. J'ai donc toujours du mal avec ce type de récit, en grande partie autobiographique, qui détaille la vie d'un personnage perdu dans une vie de tous les jours, il se refuse à une banalité tout à fait normale, et fait de sa vie et souvent de celles de ses proches un enfer. Même ci ceux-ci refusent de l'avouer. Et c'est bien le cas ici.

Violaine est la deuxième fille de Catherine Cremnitz. Diagnostiquée maniaco-dépressive, Catherine fait vivre des montagnes russes émotionnelles à ses enfants, passant de l'amour fou à la folie, de l'excessif à l'imprévisible, réalisant mille choses sans jamais s'en satisfaire, sombrant dans l'alcool et la drogue, fréquentant la bourgeoisie parisienne qui ne l'accepte pas, elle fille de prolétaires de banlieue. Parce qu'elle ne veut surtout pas reproduire avec sa progéniture le manque d'amour maternel qu'elle a subit et qui l'a profondément déchirée, elle va passer dans l'extrême inverse. Mais elle est tiraillée entre sa volonté de liberté et celle d'être une bonne mère, habitée par une soif de vivre et une folie destructrice.

À la lecture de ce roman, on se pose forcément la question : qu'est-ce qu'une bonne mère ? Celle qui réussit ? Celle qui aime ? Il est indéniable que les filles de Catherine l'aiment : le récit de Violaine est en soi une déclaration d'amour. Mais cet amour fait des dégâts des deux côtés. Comme je m'y attendais, je n'ai pas aimé la première partie de ce roman, faite des souvenirs d'enfance de l'auteur : décousu, fait d'images qui a mon sens se rapprochent de la maltraitance et pourtant racontées avec une bienveillance qui m'échappe. Étonnament, les deuxième et troisième parties sont plus intéressantes et faciles à lire, qui racontent chronologiquement l'histoire de cette femme, de son enfance à sa mort, jetant un éclairage différent sur ce destin familial. On découvre toute la complexité d'un être humain et toutes ses déchirures.

Je ne peux pas parler de coup de cœur, puisque je n'aime pas les récits malheureux et que ce roman génère en moi un sentiment ambivalent qui me met profondément mal à l'aise. Mais je reconnais ici un grand talent à l'auteur pour décrire une situation complexe et ne peux que conseiller cette lecture à tous les amateurs de ce genre de littérature.

Fugitive parce que reine, de Violaine Huisman
Éditions Folio
Mars 2019

10 mai 2019

Coeurs ennemis, de James Kent

Film britannique de James Kent, sorti le 1er mai 2019, avec Keira Knightley, Jason Clarke et Alexander Skarsgård.

L'histoire : Hambourg, 1946. Au sortir de la guerre, Rachel rejoint son mari Lewis, officier anglais en charge de la reconstruction de la ville dévastée. En emménageant dans leur nouvelle demeure, elle découvre qu'ils devront cohabiter avec les anciens propriétaires, un architecte allemand et sa fille. Alors que cette promiscuité forcée avec l'ennemi révolte Rachel, la haine larvée et la méfiance laissent bientôt place chez la jeune femme à un sentiment plus troublant encore.

Mon avis : Un film qui met trop en avant la romance, oubliant au passage de développer des thèmes pourtant très intéressants : la mort d'un enfant, la dénazification de l'Allemagne (j'aurais aimé en savoir plus sur ces membres du 88) la nécessité d'avancer pour se réconcilier et construire l'avenir en opposition avec  un sentiment de haine / rencœur envers ces Allemands qui les ont trainé dans une guerre qui a tant couté à l'humanité entière.

Pourtant, il y avait de quoi faire et le film se lançait bien. Les acteurs sont plutôt beaux mais semblent perpétuellement retenus d'aller chercher les aspects intéressants, se contentant de développer une histoire classique d'amour inapproprié dans le contexte des protagonistes, chacun étant une victime de l'Histoire. Du coup, la romance tend vers la mièvrerie au lieu de prendre de la profondeur et de l'intensité.

La mise en scène est classique et élégante, sans surprise. Bref, l'ensemble est décevant.

08 mai 2019

Moins qu'hier (plus que demain) [Fabcaro]

L'auteur : Après Zaï Zaï Zaï Zai, je n'ai bien sûr pas résister à découvrir un peu plus l'univers de Fabcaro.

L'histoire : Acceptez-vous d’être débordés par les tâches du quotidien ? D’aller déjeuner chez vos beaux-parents chaque premier dimanche du mois ? De mettre une liste sur le frigo pour savoir qui fait quoi dans la maison ? Et d’avoir des idées divergentes sur l’éducation de vos enfants ? Alors félicitations, vous voici unis par les liens d’un mariage précaire et conflictuel !

Mon avis : Du pur Fabcaro, voilà ce qu’est cet album. On y retrouve son ton cynique et vachard pour croquer le quotidien des couples, avec son lavis en bichromie. Cette fois, c’est un couple par planche, une situation donnée, quasi pas de mouvement, ce qui renforce l’impact des répliques qui fusent et font mouche, parfois avec plus de plaisir grinçant que d’autre. Les rapports de couple sont passés à la loupe dans ce qu’ils ont de moins glamour.

Planche Moins qu'hier (plus que demain), de Fabcaro
C’est un peu déjà vu, la faute à son style désormais reconnaissable entre mille, mais ça fonctionne bien. On retrouve les sujets de prédilection de l’auteur : relations humaines et situations du quotidien, assaisonnées avec une pointe d’absurde. C’est clairement bien observé et on regarde ensuite son couple d’un autre œil. Et vous vous direz que le bonheur conjugal n’est qu’un absolu inatteignable.

Moins qu'hier (plus que demain), de Fabcaro
Éditions Glénat
Mai 2018