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05 février 2016

Abandon de lecture #3

La condition magique de Hubert Haddad

L'histoire : Dans la mouvance d’une génération d’étudiants désemparés, Hiel Akangelos et Marghrète, jeunes Suédoises, suivent ensemble les cours de Roland Desargues sur Descartes, dans une université de la banlieue nord. Hiel, parce que son frère disparu en montagne a été son disciple, Marghrète parce que son père, richissime industriel, possède des documents inédits du philosophe. Après une phase d’errance et de solitude, Hiel parvient à sortir Marghrète de l’influence d’une secte. Quant à Desargues, il ne résiste pas longtemps à partir sur les traces de Descartes, à ses risques et périls, dans l’archipel de Stockholm. Entraînés par la folie d’un homme - le père de Maghrète -, tous trois prendront part à une expédition scientifique dans l’Himalaya...

Mon avis : J'ai essayé, vraiment essayé. D'autant que je sais que la personne qui m'a offert ce livre, dédicacé en plus, lira ces lignes. Mais vraiment, je n'ai pas pu.

Ce roman m'a furieusement fait penser au Loup des steppes d'Hermann Hesse. Il y a en effet la même contemplation narcissique, le même décorticage des sentiments et sensations que je ne sais pas apprécier. Le style est dense et foisonnant, non dénué d'une certaine poésie, dans laquelle il faut savoir se perdre. Le récit navigue de l'analyse des écrits de Descartes, à la folie des personnages et certainement, si vous tenez jusque là, la passion des grandes hauteurs montagneuses. Pour ma part, j'ai laissé tomber avant.

"- On sent chez toi quelqu'un qui cherche une terre pure. Sans même le savoir, tu voudrais te libérer des mauvaises incarnations. Mais pour cela il faudrait provoquer en toi un changement de seuil radical, atteindre l'être profond par l’auto-réalisation du Soi...
Hiel observait l'éclair d'incisives recourbées et très blanches sous la pulsation labiale. Compliments et assertions se perdaient en volutes sonores. De nouveau exposé à cette charge de malaise que tout vis-à-vis soulevait en lui, sorte d'oppression brouillant ses facultés, il n'était guère attentif qu'aux nébulosités des physionomies - sourires, crispations de paupières, rides d'expression, poussière de regards. Contre un billet de banque tout froissé, on lui avait glissé un livre dans les mains. Une autre fille, appelée Dewanthura, joliment vêtue de beige et de mauve, aux yeux très écartés et d'une fixité minérale, l'accapara plus d'une heure, à l'interroger sur ses goûts alimentaires et ses lectures. Il répondit à peine, fasciné par l'épaisseur des sourcils et le beau fruit de ses lèvres. Tant d'intérêt et de sollicitude l'étourdissaient un peu". (p°44)

Abandon page 95.


La dernière leçon de Noëlle Châtelet

L'histoire : Lorsque sa mère, à l'âge de 92 ans, décide de mettre fin à ses jours, la narratrice est submergée d'effroi. Comment se prépare-t-on à une telle épreuve ? Elle accompagnera jusqu'au bout celle qui lui a donné la vie et partagera les derniers instants de tendresse et de complicité. Elle apprendra par amour sa dernière leçon : celle qui lui manquait pour apprivoiser la mort.

Mon avis : Un roman gagné lors d'un concours. En l'entamant, je ne connaissais que le sujet, compliqué. Vu la couverture, je m'attendais à la description d'instants de complicité forte entre une mère et sa fille. Malheureusement, c'est davantage ici de l'introspection et de la dissection de sentiments, sans aucun appui sur des événements concrets, du quotidien ou exceptionnel, des choses vécues par les deux protagonistes de ce récit pour les derniers mois ensemble.

Ajoutons que le style de l'auteur me donne l'impression de relire sans cesse la même chose, de page en page... J'ai préféré arrêter là.

"Mais toi, disais-tu, tu ne voulais ni de la punition ni du chagrin.
Tu voulais que la punition ne fût pas une punition mais tout le contraire, qu'elle soit un cadeau, et que le chagrin nous soit, pour cette raison même, épargné. "Je ne veux pas que vous ayez du chagrin !" Ainsi souhaitais-tu, pour toi et pour tes enfants, ce départ volontaire comme une dernière preuve d'amour.
Que nous voulions ou non de ce cadeau n'était pas au programme. Tu nous le destinais, c'est tout. En ton âme, en ta conscience. N'était-ce pas cela, ta toute-puissance de mère et la preuve ultime que tu l'étais encore ?
Le cadeau, ton dernier cadeau de mère, tu le voulais magnifique, magnifié. Pour toi, ce ne pouvait être que ta propre mort. Maintenant." (p°71)

Abandon page 88.

03 février 2016

Star Wars VII : Le réveil de la Force, de J.J. Abrams

Film américain de J.J. Abrams, sorti le 16 décembre 2015, avec Daisy Ridley, John Boyega, Adam Driver.

L'histoire : Dans une galaxie lointaine, très lointaine, un nouvel épisode de la saga "Star Wars", 30 ans après les événements du "Retour du Jedi".

Mon avis : Par égard pour ceux qui ne l'auraient pas encore vu, moi-même détestant passablement me faire pourrir un film ou un livre, je resterai assez vague et donc brève dans cette critique.

Sans être une fan de la saga, j'ai vu les épisodes IV, V et VI dans mes années adolescentes. Lorsque George Lucas a sorti la trilogie suivante, c'est avec plaisir que je suis allée la découvrir au cinéma. Et malgré quelques défauts certains, dont le côté agaçant de Jar Jar Binks n'est pas le moindre, j'avais bien aimé. Il faut dire que je suis bon public.

Je n'ai pas particulièrement suivi l'engouement autour de la communication orchestrée par Disney. J'ai gentiment attendu la sortie de cet épisode VII, puis encore quelques semaines avant d'aller dans une salle obscure le découvrir, histoire qu'il y ait un peu moins de foule. Ceci dit, près d'un mois après, la salle restait bien complète.

Alors, que vaut-il ce nouvel opus ? Et bien il est sympathique. C'est avec grand plaisir qu'on redécouvre l'ambiance de guerre interstellaire, l'affrontement entre le côté obscur de la Force et les Jedis, les clins d’œil à la trilogie originelle (Leïa, Han Solo, Chewbacca, R2D2 et C3PO...). Le scénario pouvait difficilement satisfaire tout le monde : entre un scrupuleux respect de l'univers existant qui bride toute originalité et un renouveau total de l'histoire, il fallait choisir. C'est donc une histoire assez cousue de fil blanc qui nous est livrée, avec quelques énormités un poil gênantes certes, mais dans laquelle le spectateur trouve vite ses marques.

Le couple Rey - Finn est une belle découverte. Les deux personnages sont sympathiques et leurs répliques font mouche.Kylo Ren est lui ridicule. C'est LE gâchis du film à mon sens. Enfin, le spectateur peut s'amuser à chercher les rôles endossés par les acteurs Daniel Craig et Gwendoline Christie (alias Brienne de Torth dans la série Game of Thrones).

En bref, un spectacle très agréable et qui ne peut se manquer pour les fans de la saga, mais qui pourra également satisfaire les non-initiés, pour peu qu'ils ne soient pas trop regardants sur le scénario.

01 février 2016

Le revers de la médaille [Olga Lossky]

L'auteur : Née en 1981 à Paris Olga Lossky est une auteur française. Le revers de la médaille est son 4e roman. Elle s'inspire pour ce récit de la vie de son  grand-oncle Paul Wincze, sculpteur de médailles.

L'histoire : Fin des années trente, Pál est un jeune artiste hongrois, étudiant à la faculté des beaux-arts de Budapest. En quête de modèle pour un projet de médaille, il fait la connaissance d'une jeune pianiste, Erzsebet. Fasciné par sa beauté, il réalise son portrait. Avec cette esquisse, Pál espère remporter le prestigieux concours organisé par la Monnaie de Budapest. Mais les événements décident autrement de son destin et le prix obtenu n'est pas celui qu'il attendait...

Mon avis : Olga Lossky ne cherche pas à nous livrer un personnage attachant. Loin des êtres auxquels les lecteurs s'identifient trop facilement, elle nous confronte à un être complexe. Car Pál préfère ne pas savoir plutôt que de se confronter à la réalité. Nul doute pourtant qu'il tient profondément à sa famille, mais il s'agit chez lui d'un mécanisme de défense. Comment supporter, en plus de sa sensibilité extrême d'artiste, de faire face à un passé certainement douloureux ? Jusqu'à ce que cela finisse par affecter son art. Il envoie alors sa femme Nicky mener l'enquête auprès d'un nonce à la retraite.

Ce roman est plein de digressions sur l'artiste et ça quête perpétuelle de la meilleure esthétique. Les interrogations de Pál montre ce qui l'habite, voire le hante. Sauf que, pour autant, cela n'en fait pas un personnage plus sympathique. Dès les premières pages, il apparaît comme quelqu'un prêt à sacrifier beaucoup pour son art. Il faut vraiment que celui-ci soit perturbé par l'émotion qu'il ne peut plus contenir pour qu'il accepte de chercher à savoir ce que ses proches ont pu devenir, sans attendre davantage que la vérité lui arrive sans effort. Et encore tout cela n'ira-t-il pas si facilement et n'arrivera-t-il que sur le soir de sa vie.

Entre des passages lents décrivant en détail les sentiments de Pál et de grosses ellipses de temps, le lecteur a parfois un peu de mal à raccrocher le fil temporel du récit. Par contre, le décor historique est fort intéressant, entre l'arrivée au pouvoir des Croix fléchées et le destin de Raoul Wallenberg et sa distribution de passeports aux Juifs dans un programme de sauvetage. Je ne connaissais pas du tout l'Histoire de la Hongrie durant ces heures sombres que l'Europe a traversées et j'ai été passionnée par les détails fournis.

"À l'issue des événements de ces dernières semaines, elle voyait Pál sous un nouveau jour : un égoïste retranché dans son art tout-puissant, n'acceptant de vivre qu'avec des fantômes. Il s'était tant réfugié en lui-même que plus rien du monde alentour n'existait à ses yeux, sinon ce qui lui parlait de sa création. En prenant conscience de la mort des siens, le médailliste semblait avoir achevé le processus de pétrification qui s'opérait depuis des années. Il s'était tout à fait tranformé en statue et son coeur ne battait plus pour quiconque, froid comme les pièces de métal qu'il s'ingéniait à sculpter." (p°184).

Le revers de la médaille, d'Olga Lossky
Éditions Denoël
Décembre 2015

29 janvier 2016

Oumpah-Pah, l'intégrale [René Goscinny & Albert Uderzo]

Les auteurs : Albert Uderzo, né en avril 1927, est un dessinateur français de bande dessinée. Lui et son compère René Goscinny, né en août 1926 et scénariste de bande dessinée, sont connus pour être les créateurs d'Astérix.

L'histoire : Amérique du Nord, XVIIIe siècle. Hubert de la Pâte Feuilletée est un jeune noble français à la recherche d'aventures lui assurant gloire et renommée. Il va rencontrer Oumpah-Pah, valeureux guerrier de la tribu des Shavashavas et vivre beaucoup d'aventures.

Mon avis : Oumpah-Pah est le grand-frère d'Astérix. On y trouve d'ailleurs les prémices de ce qui fera le succès des aventures du petit gaulois blond : de l'humour, des réparties, des dessins colorés et des personnages caricaturaux auxquels le lecteur ne peut qu'adhérer. Ne serait-ce que leur nom, comme celui du vieux N'a-qu'une-dent, qui deviendra au fil des aventures N'a-qu'une-dent-mais-elle-est-tombée-alors-maintenant-n'en-a-plus, ou encore du sorcier Y-pleuh.


Voici un volume que le père Noël m'a apporté et j'en suis ravie ! C'est typiquement le genre de bande dessinée que j'apprécie, et qu'on peut relire à volonté. Notamment lorsque la maladie vous cloue au fond du lit, ou en cas de petite déprime un jour de pluie. C'est drôle et sans prise de tête, avec un trait classique qui ravira aussi bien les adultes que les enfants, et qui est abouti et réussi dès le départ. Malheureusement, il n'existe pas beaucoup d'aventures du guerrier peaux-rouges et de son ami chevalier, Uderzo et Goscinny étant très pris par d'autres engagements, notamment sur Astérix qui remporte à ce moment-là un grand succès.

Outre les cinq aventures d'Oumpah-Pah et Double scalp, cette intégrale comporte quelques feuillets additionnels : des planches de la toute première version, jamais publiée, et des dessins et documents originaux.

Oumpah-Pah l'intégrale, de Goscinny et Uderzo
Éditions Albert René
Octobre 2011

27 janvier 2016

Statue de la liberté

La Statue de la liberté est peut-être le monument américain le plus connu. Il existe diverses répliques à travers le monde, dont plusieurs à Paris.



Celle-ci se situe sur l'île aux Cygnes, au niveau du pont de Grenelle. Elle a été réalisée par la fonderie Thiébaut Frères en 1885 et offerte à la France par le Comité des Américains de Paris à l'occasion du centenaire de la Révolution. Elle est de dimensions plus réduites que l'originale, mesurant 11m50 et pesant 14 tonnes, soit une réplique au 1/4 de la version New Yorkaise.

Inaugurée le 4 juillet 1889, la statue était à l'origine tournée vers l'Est, car le président Français Sadi Carnot refuse de procéder à la cérémonie depuis un bateau. Il faudra attendre 1937 et l'exposition universelle pour que la statue soit tournée vers l'Ouest, vers les États-Unis, comme le désirait Bartholdi.

Sur la plaque gravée à ses pieds, on peut lire : IV JUILLET 1776 = XIV JUILLET 1789 La colonie Parisienne Des États-Unis d’Amérique A LA VILLE DE PARIS 1889 : Non exercitus neque thesauri Praesidia Regni, sunt verum amic (qui se traduit par : "Ce ne sont ni les armées ni les trésors, mais les amis qui sont les soutiens d’un état").

Source

25 janvier 2016

L'île du serment [Peter May]

L'auteur : Plus d'un an après ma lecture du dernier volet de la trilogie de Lewis, Le braconnier du lac perdu de Peter May, difficile de tourner la page. Alors j'ai replongé dans l’œuvre de l'auteur avec son tout dernier, L'île du serment.

L'histoire : De mémoire d'homme, aucun meurtre n'a jamais eu lieu sur l'île d'Entrée, située dans l'archipel de La Madeleine, à l'est du Canada, et peuplée par une poignée de familles d'origine écossaise pour la plupart. Jusqu'à cette nuit de tourmente où James Cowell est poignardé à mort. Sa femme prétend qu'un assaillant s'en est pris à elle avant de tuer son mari, mais tous suspectent cette épouse d'un couple vacillant. Tous, sauf Sime Mackenzie. Seul anglophone parmi les enquêteurs envoyés sur place, il éprouve un choc en découvrant Kristy Cowell. Le sentiment irréfutable de la connaître depuis toujours. Isolé dans une équipe où œuvre comme spécialiste des scènes de crime son ex-femme Marie-Ange, meurtri par l'échec de son mariage, rompu par l'insomnie, Sime sombre dans un état second où la réalité se mêle à des rêves étranges, faisant ressurgir l'histoire de son aïeul, expulsé de l'île de Lewis dans les années 1850, au moment de la Famine de la pomme de terre. Avec la certitude folle que le destin de Kirsty comme le sien se sont noués là, quelque cent cinquante ans plus tôt, dans un amour interdit qui n'a cessé de brûler ni de le hanter. Le face-à-face entre le détective et la suspecte sur une falaise escarpée de l'île d'Entrée se superpose à l'image sépia d'une adolescente embrassée à l'ombre des pierres levées puis perdue sur un quai de Glasgow, dans le tumulte d'un navire qui déporte des milliers de misérables vers le Nouveau Monde.

Mon avis : Lire ce roman en plein hiver, alors qu'il fait gris, qu'il pleut et que le vent souffle, c'est se mettre dans l'ambiance, comme il faut, pour le savourer.

Encore une fois, Peter May balade ses lecteurs entre le temps présent, l'enquête sur le meurtre de James Cowell sur l'île de La Madeleine, et le passé des ancêtres de Sime Mackenzie, à des milliers de kilomètres de là, sur l'île de Lewis. Encore une fois, il mélange Histoire, traditions, modernité, ruralité pour nous parler d'un homme un peu perdu, chamboulé, qui se cherche. Il touche son lecteur par ces histoires d'hommes et de femmes, parfois d'enfants, qui quittent tout, sans en avoir le choix, pour un autre monde qu'ils ne connaissent pas, dans des conditions de transport abominables, dans le plus grand dépouillement. Peter May sait comment rendre tout cela captivant. Je ressors de cette lecture avec une idée bien plus précise des Highlands clearance, nom donné à la purge, au XVIIIe siècle, menée par les propriétaires terriens anglais, visant à récupérer la terre des paysans écossais, en pleine Famine de la pomme de terre.

Soyons franc, l'intrigue en elle-même n'a que peu d'intérêt. Seule la rencontre entre Kristy et Sime, qui se justifie par l'enquête que mène le policier, est importante. C'est elle qui provoquera le flot de souvenirs qui nous transporteront dans le passé, sur les traces de cet autre Sime qui du s'expatrier. Les personnages sont bien dessinés et tout à fait crédibles. Les rapports parfois complexes qu'ils entretiennent sont passionnants à suivre. Et l'auteur montre qu'un homme se construit par rapport aux traces de ses ancêtres, lié par le sang qui coule dans ses veines.

Le tout sous un climat atroce, aussi bien au Canada qu'en Écosse, fait de pluie, de vent, de tempête et parfois un rayon de soleil qui vient habiller le paysage d'un petit air de paradis. La fureur des éléments est totalement perceptible mais ne décourage pas de visiter, un jour, pourquoi pas, ces contrées lointaines.

"Gus am bris an latha agus an teich na sgàilean (Jusqu'à ce que le jour se lève et que les ombres s'enfuient)."

L'île du serment, de Peter May
Traduit par Jean-René Dastugue
Rouergue noir
Septembre 2014

22 janvier 2016

Elle s'appelait Tomoji [Jirô Taniguchi]

L'auteur : Début d'année dernière, je vous parlais de ma deuxième lecture de Taniguchi, Le journal de mon père. En voici une nouvelle pour cette nouvelle année, apportée par le père Noël et repérée chez Sabeli.

L'histoire : Avec la délicatesse qui le caractérise, Jirô Taniguchi brosse le portrait de Tomoji Uchida, une jeune femme qui vécut au Japon dans les années 1920.
À travers ce personnage charismatique, au parcours jalonné d'événements douloureux, l'auteur redonne vie à cette époque rurale, pauvre et attachée à ses traditions qu'il affectionne tant.

Mon avis : Encore une fois, Taniguchi nous livre ici une oeuvre d'une grande humilité en mettant en scène un personnage vraiment attachant. Tomoji a une vie simple et sereine, pourtant jalonnée d'événéments douloureux. C'est une fille de la campagne : de cet environnement qui peut être rude, elle tire sa persévérance. À plusieurs reprises, elle va croiser sans le savoir le jeune Fumiaki, garçon de la ville qui deviendra des années plus tard son mari. À distance, ces deux êtres semblent faits l'un pour l'autre : ils sont habités par le même calme et, songeurs, contemplent le même ciel, à distance, absorbés par leurs pensées. Ils vont grandir, se construire puis se rencontrer.

Tomoji est un personnage qui ne parle pas forcément à la culture européenne : elle est la créatrice d'un temple bouddhiste de la région de Tokyo, fréquenté par Taniguchi et sa femme. Il s'agit ici d'une œuvre de commande. L'auteur donne vraiment tous les éléments pour que le lecteur soit happé par la sérénité qui berce la jeune femme. Pour cela, il fictionne la vraie vie de Tomoji, ajoutant ou enlevant librement des épisodes, montrant comment son parcours de vie va façonner sa personnalité et sa spiritualité. Le trait tout en douceur sert encore une fois magnifiquement le propos, que ce soit en noir et blanc ou pour les quelques planches en couleurs.

Une œuvre qu'il faut prendre le temps de savourer pleinement. Elle incite à l'introspection et au calme, alors autant en profiter. Ça vaut le coup !

Elle s'appelait Tomoji, de Jirô Taniguchi
Traduit par Corinne Quentin
Rue de Sèvres
Avril 2015

20 janvier 2016

Le voyage d'Arlo, de Peter Sohn

Film d'animation américain de Peter Sohn, sorti le 25 novembre 2015, avec les voix de Jean-Baptiste Charles, Olivia Bonamy et Xavier Fagnon. 

L'histoire : Et si la catastrophe cataclysmique qui a bouleversé la Terre et provoqué l'extinction des dinosaures n'avait jamais eu lieu ? Et si les dinosaures ne s'étaient jamais éteints, et vivaient parmi nous de nos jours ?
Arlo, jeune Apatosaure au grand cœur, maladroit et craintif, qui va faire la rencontre et prendre sous son aile un étonnant compagnon : un petit garçon sauvage, très dégourdi, prénommé Spot.

Mon avis : Entre Noël et Jour de l'An, ma moitié travaillant, je suis allée voir seule Le voyage d'Arlo. Est-ce le changement en cours de projet du réalisateur qui a ainsi pénalisé ce film ? Je ne sais pas. Toujours est-il qu'on est loin ici de ce que Pixar sait faire de mieux et des sommets que la compagnie a pu atteindre avec Là-haut.

Cela commence d'entrée de jeu par un dessin abominablement grossier des apatosaures. Qui n'aide guère à l'empathie. Seul Arlo lui-même rattrape le gachis par une grande expressivité, notamment au niveau des yeux. Les T-Rex eux aussi sont mal dessinés, ce qui fait qu'aucun dinosaure de tire son épingle du jeu. Dommage pour un film les mettant en scène. La beauté des paysages est par contre impressionnante, mais cela créé un fort déséquilibre dans le travail de l'image.

L'histoire elle est certes mignonne et le mais trop convenue. On sourira facilement, on regardera tout cela gentiment, sans ennui mais sans surprise malheureusement. Je n'ai pas retrouvé la magie, l'ingéniosité des réalisations précédentes de Pixar. Le voyage d'Arlo est d'un conformisme décevant tant on attend beaucoup beaucoup beaucoup plus du studio. L'alchimie entre Arlo et Spot peine à prendre et le propos, mettant en parallèle l'animal et l'humain, bien trop cousu de fil blanc. Les personnages secondaires, à commencer par la famille d'Arlo, sont totalement creux et juste là pour la décoration. La seule réussite est au final celle de Spot, le plus attachant dans son rôle d'animal de compagnie. Le tout se conclut par contre bien trop vite, comme si les scénaristes ne savaient comment se débarrasser de leur histoire.

Bref, allez-y si vous avez un peu de temps à perdre. Sinon, cela ne vaut guère la peine de se déplacer.