ShareThis

24 avril 2015

Caché [David Ellis]

L'auteur : David Ellis est avocat à Chicago et auteur d'une douzaine de romans, dont Caché, premier d'une série centrée sur le personnage de l'avocat Jason Kolarich.

L'histoire : Avocat à Chicago, Jason Kolarich se voit offrir une forte somme par un certain "Mr Smith" pour défendre un homme accusé d'homicide. A priori, l'affaire est simple : à un an et demi, la petite soeur de Sammy Cutler a été victime d'un enlèvement jamais élucidé. Vingt-cinq ans plus tard, Sammy aurait retrouvé et exécuté le principal suspect de l'affaire, Griffin Perlini.

Mais Perlini était-il réellement coupable ? Qu'est devenu le corps de la petite fille ? Et qui est ce mystérieux Mr Smith ?

Mon avis : Voici un roman qui trainait dans ma PAL depuis une visite à la librairie La griffe noire. Sûrement un avis dithyrambique de l'équipe m'avait fait l'acheter mais je ne m'étais pas précipiter pour le lire. J'ai profité de mes dernières vacances pour le lire.

Dès les premières pages, on retrouve le ton typiquement américain. Le personnage principal n'est pas un flic ou un enquêteur mais un avocat qui va se retrouver aux prises avec une affaire judiciaire liée à son enfance. En parallèle, sa vie personnelle se dévoile par l'intermédiaire de flash-backs et le lecteur découvre un homme qui n'est pas un super héros : il a des failles, il a fait des erreurs, il tâtonne et cherche. Assez lucide sur lui-même, Jason Kolarich est un personnage du coup très sympathique.

La facture est classique mais honnête, même si on pourrait reprocher une fin peut être un peu rocambolesque. En acceptant de se laisser guider, le lecteur prend du bon temps car l'intrigue est prenante. Et par bonheur, l'auteur évite de tomber dans le trash ou le gore, d'autant que le sujet est assez atroce en soi pour ne pas donner plus de détails. Pas d'hémoglobine plein les pages donc. En contrepartie, David Ellis juge sur l'émotion que suscite Jason, entre les malheurs qui lui sont arrivés et les ennuis dans lesquels il se débat. Et puis, ce polar est plein de manipulations en tout genre qui sont un vrai bonheur à suivre. S'il n'est pas ultra-original, cela fait du bien pour une fois de trouver une histoire bien ficelée et avec des personnages crédibles.

Au final, un policier assez classique mais très habilement mené. Un polar que je vous recommande : avec les beaux jours qui reviennent, se serait une lecture parfaite pour lézarder au soleil.

PS : Une seule petite phrase du livre me laisse sur ma fin, car elle indique que Jason a 3 enfants, hors il ne parle que de la seule Emily.

Ce roman s'inscrit dans le cadre du challenge Petit Bac d'Enna, catégorie Titre en un seul mot.

Caché, de David Ellis
Traduit par Marion Tissot
Pocket
Octobre 2013

22 avril 2015

Les déferlantes [Claudie Gallay]

L'auteur : Née en 1961, Claudie Gallay est une institutrice et écrivain française. Les déferlantes a reçu de nombreux prix.

L'histoire : La Hague... Ici on dit que le vent est parfois tellement fort qu'il arrache les ailes des papillons. Sur ce bout du monde en pointe du Cotentin vit une poignée d'hommes. C'est sur cette terre âpre que la narratrice est venue se réfugier depuis l'automne. Employée par le Centre ornithologique, elle arpente les landes, observe les falaises et leurs oiseaux migrateurs. La première fois qu'elle voit Lambert, c'est un jour de grande tempête.

Sur la plage dévastée, la vieille Nan, que tout le monde craint et dit à moitié folle, croit reconnaître en lui le visage d'un certain Michel. D'autres, au village, ont pour lui des regards étranges. Comme Lili, au comptoir de son bar, ou son père, l'ancien gardien de phare. Une photo disparaît, de vieux jouets réapparaissent. L'histoire de Lambert intrigue la narratrice et l'homme l'attire. En veut-il à la mer ou bien aux hommes ? Dans les lamentations obsédantes du vent, chacun semble avoir quelque chose à taire.

Mon avis : Ce roman, j'en ai beaucoup entendu parlé au moment de sa sortie. Les critiques positives fleurissaient et encourageaient à sa lecture. Pourtant, sans vraiment savoir de quoi il était question, je n'étais pas tentée. Je n'ai d'ailleurs pas vu non plus le film qui en a été tiré. Et puis, il y a quelques mois, en flânant dans la bibliothèque de ma belle-mère, je suis tombée sur ce gros pavé de plus de 500 pages et je lui ai fait subir le test de la page 99, l'ouvrant et commençant ma lecture directement à cette page. Je me suis retrouvée à avoir lu une petite dizaine de pages sans m'en rendre compte. Alors, j'ai demandé à l'emprunter et je l'ai lu.

La force de ce roman, bien avant l'histoire, c'est la narration. Dès les premiers mots, le vent de la mer fouette le visage du lecteur, la pluie ruisselle, les bateaux tanguent et une odeur iodée règne dans l'air. Les descriptions de Claudie Gallay sont magistrales.

La narratrice, dont on ne saura jamais le nom, se retrouve dans un petit village marin à la pointe de La Hague pour panser ses blessures intimes, dans ce décor sauvage et hostile, où la météo est à l'aune de ses sentiments. Il pleut tout le temps. Elle a quitté une place de professeur d'université à Avignon pour venir se terrer et compter les oiseaux pour le Centre ornithologique de Caen. Elle n'a guère envie de vivre, préférant regarder les autres. Se sont donc les vies des autres protagonistes qui la pousseront petit à petit à retrouver le goût d'être et de ressentir. Jusqu'à l'arrivée de Lambert, un homme qui surgit du passé et va réveiller les habitants et les sortir de leur silence. Entre ces deux errants, un lien indescriptible va se tisser.

Le sujet, raconté comme ça, pourrait annoncer du morose voire du sinistre. Pas du tout. C'est au contraire plein de sensations et donc de vie. Par petites touches, les non-dits sont révélés, le voile se déchire et laisse place à des êtres à nu. Le lecteur, suivant pas à pas les révélations par les yeux de la narratrice, va découvrir au fur et à mesure des pages le pourquoi des comportements bizarres, la vie d'une petite ville du bord de mer rythmée par les marées. Les personnages se livrent doucement : c'est qu'ils sont rugueux et pudiques, peu aptes à se raconter.

Il faut accepter de prendre le temps, de se laisser porter et envoûter par la plume de Claudie Gallay pour apprécier pleinement cette lecture. Mais si vous le faites, vous serez marqué positivement par ce roman qui souffle un vent frais et remarquable.

Les déferlantes, de Claudie Gallay
Editions du Rouergue
Mars 2008

20 avril 2015

Les vieux fourneaux tome 2 : Bonny and Pierrot [Lupano & Cauuet]

Tout de suite après avoir tourné la dernière page du tome 1 des Vieux fourneaux, je me suis précipitée chez mon libraire pour avoir la suite. Toujours de Lupano et Cauuet.

L'histoire : Déjà le deuxième tome des Vieux Fourneaux ! Lupano et Cauuet décrivent avec toujours autant de drôlerie la chute libre de notre société. Restent Mimile, Antoine, Pierrot et ses anars malvoyants pour redresser la barre. Un versement inattendu de la « finance carnassière » arrive à point nommé, mais réveille également de douloureux souvenirs pour Pierrot. Sa muse libertaire, Ann Bonny, réapparaît…

Mon avis : Immédiatement après avoir acheté ce deuxième tome, je l'ai lu. Et j'ai adoré. J'avais pourtant beaucoup entendu dire qu'il était un peu moins bien. En fait, je le trouve surtout différent.

D'abord les similitudes : le verbe reste haut, le mot toujours juste. Et nos papys n'hésitent pas à croquer la vie qu'il leur reste à pleines dents. C'est un délice à lire et à voir. Car le trait de Cauuet est parfaitement adapté aux caractères colorés et pas faciles de nos héros. Le récit alterne entre présent et flashbacks de l'ancien temps, dans lequel on découvre les amours de Pierrot, notre fouteur de m*rde professionnel au sein du collectif "Ni Yeux ni Maître".

Alors, oui, sur l'histoire elle-même, j'ai trouvé cela peut être un peu moins bien. Il y a un peu moins de tendresse, mais toujours autant de verve. La jeune Sophie a enfin accouché et se révèle totalement, alternant coup de gueule et retenue devant sa petite fille et les papys sont tous gâteaux. Et il y a quelques scènes qui m'ont fait éclater de rire, comme par exemple le hackage du site de Nadine Morano, la bombe humaine emmenée au meeting de Jean-François Copé, le canon à mouton (qui aime ça) ou les saillies sur les noms des baguettes de pain. Ce sont des dialogues et des situations qui se savourent et qui font, pour certains, terriblement écho à la vie de tous les jours, à la société actuellement, notamment la politique, ce qui n'était pas forcément le cas du premier tome.

J'ai hâte maintenant de lire un troisième tome, qui, je suppose, se concentrera sur Mimile le tatoué. Et vive le troisième âge plein de pêche !

Les vieux fourneaux tome 2 : Bonny and Pierrot, de Lupano et Cauuet
Dargaud
Octobre 2014

06 avril 2015

Joyeuses Pâques

source
L'occasion de vous souhaitez à tous de joyeuses fêtes de Pâques ! Ne vous goinfrez pas trop de chocolat, que ce soit sous la forme d’œufs, de lapins ou de poules.

Le temps de prendre quelques jours de vacances et on se retrouve bientôt !

03 avril 2015

Le voleur de regards [Sebastian Fitzek]

Après avoir lu Thérapie de Sebastian Fitzek, j'avais bien envie de découvrir un autre titre de l'auteur. L'occasion s'est présentée sous la forme d'une offre éclair sur Kindle pour Le voleur de regards. À peine acheté, aussitôt lu.

L'histoire : Une vague de crimes d'une cruauté sans précédent s'abat sur Berlin. Un tueur en série s'infiltre dans les foyers en l'absence du père de famille, tue la mère, enlève l'enfant et accorde un ultimatum à la police pour le retrouver.

Passé cet ultimatum, l'enfant est assassiné. En référence à l’œil gauche qu'il prélève sur ses victimes, les médias lui ont attribué un surnom : le Voleur de regards...
Alexander Zorbach, un ancien policier devenu journaliste, se rend sur une nouvelle scène de crime. Une mère de famille a été assassinée et son fils de 9 ans a disparu.
Alexander se retrouve pris dans l'engrenage du jeu machiavélique auquel se livre le Voleur de regards, qui veut lui faire porter le chapeau.

Zorbach a 45 heures pour retrouver l'enfant et prouver son innocence. Le compte à rebours est lancé...

Mon avis : Ce qui frappe dès le début, ce sont les chapitres numérotés par ordre décroissant. Mais rapidement j’ai senti là un artifice pour retranscrire l’ultimatum, le temps qui passe pendant 45 heures avant la mise à mort d’un enfant. Un peu facile donc. Si l’auteur ne peut pas faire monter le suspens sans cet artifice, cela augurait mal. C’est le sentiment que j’ai eu jusqu’à la toute fin. Car les dernières pages révèlent un twist de folie. Très bien trouvé. Mais qui arrive après que je me sois ennuyée pendant toute ma lecture.

La plongée dans l’horreur est immédiate. Et peut-être un peu trop brutale. Difficile quand tout arrive trop vite d’aller crescendo, de faire monter l’angoisse. Et du coup, je n’ai pas adhéré à la course poursuite, n’entendant guère le tic tac de la montre quand le temps s’écoule.

En plus, les personnages sont vraiment caricaturaux. Certes, je ne suis pas naturellement portée sur la voyance. Alors une aveugle qui aurait des visions ? Hum. Mais les premières pages passées avec Alina Gegoriev m’ont fait croire que, bien dosé, cela pourrait passer. Sauf que, rapidement le personnage ne tient plus la route, du genre fort mais avec des faiblesses, et les situations sont ahurissantes comme lorsqu’elle se balade toute nue dans son appartement plein de miroirs, comme ça, pour le plaisir. J’ai beau ne pas trop chercher entre les lignes en général, quand je lis ça, je vois tout de suite que quelqu’un va entrer et l’espionner. Et ça ne fait pas un pli.

Du coup, les surprises sont totalement gâchées. Les grosses ficelles étaient déjà là dans Thérapie et j’avais pourtant bien apprécié ma lecture. Mais cette fois, je suis plutôt passée à côté. Comme dans cet autre roman, l’auteur pousse ici le lecteur à douter des dires et des actions de son personnage principal, Alexander Zorbach, journaliste-enquêteur de talent, ex-flic qui a quitté la fonction suite à un événement traumatisant. Ne serait-il pas le coupable justement ? À vouloir mettre des fausses pistes partout, le lecteur doute de tous les personnages. Et comme il y en a peu qui arrivent en plein milieu de l’histoire, on sait que le coupable est parmi les premiers présentés.

Enfin, les rebondissements forcés à chaque fin de chapitre auraient plutôt tendance à me faire refermer le livre qu’à poursuivre ma lecture jusqu’à pas d’heure. Et comme ils apparaissent à chaque chapitre, c’est vraiment lassant.

C’est vraiment dommage car la fin est très très bien trouvée. Mais je ne peux pas qualifier de bonne lecture un roman dont seules les 4 dernières pages sur 390 m’ont plu.

Le voleur de regards, de Sebastian Fitzek
Edition l'Archipel pour Kindle
Mars 2013

01 avril 2015

Big eyes, de Tim Burton

Film américano-canadien de Tim Burton, sorti le 18 mars 2015, avec Amy Adams et Christoph Waltz.

L'histoire :  Big eyes raconte la scandaleuse histoire vraie de l’une des plus grandes impostures de l’histoire de l’art. À la fin des années 50 et au début des années 60, le peintre Walter Keane a connu un succès phénoménal et révolutionné le commerce de l’art grâce à ses énigmatiques tableaux représentant des enfants malheureux aux yeux immenses. La surprenante et choquante vérité a cependant fini par éclater : ces toiles n’avaient pas été peintes par Walter mais par sa femme, Margaret. L’extraordinaire mensonge des Keane a réussi à duper le monde entier. Le film se concentre sur l’éveil artistique de Margaret, le succès phénoménal de ses tableaux et sa relation tumultueuse avec son mari, qui a connu la gloire en s’attribuant tout le mérite de son travail. 

Mon avis : Une après-midi disponible, une envie d'aller au ciné, et mon choix s'est porté sur le tout dernier Tim Burton. Autant j'ai pu adoré des films de ce réalisateur, comme Beetlejuice, Batman ou Sleepy Hollow, autant d'autres de ses films comme Charlie et la chocolaterie ou Dark shadows ont été une grosse déception. Au point que je me suis quelque peu tenue éloignée de ses réalisations. L'occasion, donc ici, de se redécouvrir, en évitant la dose massive de maquillage qu'il a tendance à aimer appliquer sur ses acteurs.

Commençons par l'histoire, que je ne connaissais pas. Elle est assez révélatrice de l'évolution de la société et de la place de la femme. Même si du chemin reste à parcourir, il est évident que dans les années 50 l'existence d'une femme était réduite à ses trois étapes : enfant, femme puis mère. Rien d'autre. Margaret peint comme pour y trouver un refuge. Son premier mariage est un échec, elle prend sa fille et s'enfuit. C'est déjà terriblement courageux à cette époque. Mais elle tombe dans les mains de Walter Keane qui lui propose son aide au moment où elle est la plus fragile. En échange, il lui volera son succès de peintre lorsque les "big eyes", ces tableaux d'enfants aux yeux immenses qui mangent tout le visage, vont se faire connaître. Une histoire vraie intéressante donc, mais y a-t-il vraiment là matière à faire un film ?

L'interprétation et la réalisation ne le justifient pas en tout cas. J'avoue que le sourire de Christoph Waltz a eu le don de me crisper dès qu'il apparaissait à l'écran. Fait exprès ou pas, en tout cas le personnage de Walter est tout de suite fortement antipathique. À côté, Amy Adams est filmée avec beaucoup trop de complaisance. Et on se retrouve avec une mise en scène simpliste ou l'escroc au sourire ravageur affronte la pauvre petite femme emprisonnée dans le mensonge. Si j'étais contente de pouvoir découvrir un film pour une fois sans trop de noirceur et de maquillage, on est au final bien loin de l'univers de Burton et c'est dommage. À vouloir faire autre chose et sortir de ses éternelles réalisations, il se perd. Le spectateur attend inutilement la touche burtonnienne qui viendrait éveiller un peu ce film, en vain.

À côté, la place de la femme n'est qu'illustrée sans être davantage creusée. Et la question artistique est totalement laissée de côté : le succès suffit-il à distinguer l'art ? Les "big eyes" ont connu plus de succès par l'exploitation marketing qui en a été faite (poster, cartes) que par la qualité des tableaux peints par Margaret. Et je me demande si l'escroc ne serait pas Tim Burton lui-même, qui me semble à bout de souffle créateur...

30 mars 2015

Les vieux fourneaux, tome 1 : ceux qui restent [Lupano & Cauuet]

Les auteurs : Wilfrid Lupano est un scénariste qui a su me charmer plus d'une fois, notamment avec Le singe d'Hartlepool ou Un océan d'amour. Alors je n'ai pas hésité à découvrir sa nouvelle bande dessinée, issue d'une collaboration avec le dessinateur Paul Cauuet. D'autant qu'elle a reçu le Prix du public au dernier festival d'Angoulême.

L'histoire : Pierrot, Mimile et Antoine, trois septuagénaires, amis d'enfance, ont bien compris que vieillir est le seul moyen connu de ne pas mourir. Quitte à traîner encore un peu ici-bas, ils sont bien déterminés à le faire avec style : un œil tourné vers un passé qui fout le camp, l'autre qui scrute un avenir de plus en plus incertain, un pied dans la tombe et la main sur le cœur. Une comédie sociale aux parfums de lutte des classes et de choc des générations, qui commence sur les chapeaux de roues par un road-movie vers la Toscane, au cours duquel Antoine va tenter de montrer qu'il n'y a pas d'âge pour commettre un crime passionnel.

Mon avis : Comme je le disais un peu plus haut, lorsque l'opération La BD fait son festival de Priceminister a proposé ces Vieux fourneaux, je n'ai pas hésité et j'ai sauté sur l'occasion.

Pierrot est un emmerdeur professionnel. Antoine a un caractère emporté, prêt à s’enflammer. Mimile est plus discret, mais qu’on soupçonne dur à cuire (tatouages à l’appui). Les convenances, c’est trois là s’en fichent. Le lecteur va le découvrir au fil d’un voyage en direction de la Toscane, après le décès de Lucette, femme d’Antoine, qui a laissé une lettre à l’attention de son époux. Lettre qui va le mettre dans une rage folle et le jeter sur les routes pour retrouver son ancien patron, Garan-Servier. Et nos 3 papys ont encore de la vigueur ! Ils sont accompagnés par Sophie, portrait craché de sa grand-mère et qui n’est pas la petite fille d’Antoine pour rien. Le caractère est aussi une histoire de famille. Si le lecteur sent bien qu’elle cache des failles, elle n’a pas sa langue dans sa poche pour autant.

Le verbe est haut et le mot toujours juste. Les dialogues sont donc savoureux, bourrés d’humour mais aussi de tendresse. Pourtant, on ne s’embarrasse pas de délicatesse chez ces trois briscards. Une longue amitié les rassemble et le voile va petit à petit se lever pour le lecteur : du syndicalisme dans l’usine de Garan-Servier à l’histoire d’amour secrète, en passant par la critique des générations passées ou encore les ravages d’Alzheimer (et de la vieillesse de façon plus générale). Leurs aventures sont un plaisir à suivre et malgré leur âge ces papys sont pleins de vie et de volonté. Des personnages vrais et terriblement attachants donc. Qui nous rappellent que la vieillesse peut être un âge drôle et en mouvement.

J’avais quelques craintes sur le coup de crayon de Cauuet. C’est que je n’aime guère les graphismes pointus et agressifs. Mais celui-ci sert parfaitement le dessin de ces personnalités hautes en couleurs. Il leur donne une vraie « gueule ». Si les corps sont parfois courbés, les traits marqués de ride, ils dégagent une furieuse énergie. Les couleurs s’adaptent au fil des cases pour dire le temps qui passent et illustrer les flash-backs.

Des bandes dessinées comme je les aime, originales, qui racontent une belle histoire. J’ai tellement aimé que je me suis déjà ruée dans ma librairie pour commander la suite !

http://www.priceminister.com/blog/la-bd-fait-son-festival-2015-12976

Note : 17/20

Les vieux fourneaux tome 1 : ceux qui restent, de Lupano et Cauuet
Dargaud
Avril 2014

27 mars 2015

American sniper, de Clint Eastwood

Film américain de Clint Eastwood, sorti le 18 février 2015, avec Bradler Cooper et Sienna Miller.

L'histoire : Tireur d'élite des Navy SEAL, Chris Kyle est envoyé en Irak dans un seul but : protéger ses camarades. Sa précision chirurgicale sauve d'innombrables vies humaines sur le champ de bataille et, tandis que les récits de ses exploits se multiplient, il décroche le surnom de "La Légende". Cependant, sa réputation se propage au-delà des lignes ennemies, si bien que sa tête est mise à prix et qu'il devient une cible privilégiée des insurgés. Malgré le danger, et l'angoisse dans laquelle vit sa famille, Chris participe à quatre batailles décisives parmi les plus terribles de la guerre en Irak, s'imposant ainsi comme l'incarnation vivante de la devise des SEAL : "Pas de quartier !" Mais en rentrant au pays, Chris prend conscience qu'il ne parvient pas à retrouver une vie normale.

Mon avis : Comme je le disais dans mon billet sur Jersey Boys, le précédent film de Clint Eastwood, le réalisateur est capable du pire comme du meilleur. Et parfois d'un film honorable sans être marquant. Et c'est le cas ici.

Comme d'habitude, rien à redire sur la qualité de la mise en scène. C'est du Eastwood pur jus, bien réalisé, sans surprise ou effet particulier. Rien à dire non plus sur les prestations de Bradley Cooper ou Sienna Miller. Eastwood sait s'entourer d'acteurs qui ont de la présence tout en faisant vivre réellement leurs personnages. Le débat est donc plus sur le sujet : un héros de la guerre en Afghanistan. Le personnage a réellement existé et les grandes lignes de sa vie sont respectées, même si le réalisateur ne s'intéresse ici qu'aux faits.

Chris a été élevé à la dure, son père n'hésitant pas à sortir le ceinturon, confondant terreur et admiration dans l’œil de sa femme et de ses enfants. Son crédo auprès de Chris pourrait se résumer à "soit un homme mon fils, ne pleure pas, bats toi". Chris doit donc défendre les faibles, en l'occurrence son petit frère, et s'occuper de la ferme familiale. À aucun moment il n'est autorisé à réfléchir et à remettre en cause la parole des plus grands pour se construire sa propre idée. En grandissant, il va trouver tout naturellement son destin dans l'armée. Il veut défendre son pays, en danger après les attentats du 11 septembre. Un rapide mariage et il part donc en Afghanistan.

Certes, la légitimité de l'engagement de l'armée américaine n'est jamais remise en cause. En même temps, ce n'est absolument pas le propos. Le film se concentre bien plus sur les séquelles des horreurs que les hommes voient ou font sur le terrain. Une fois rentrés chez eux, ils ne peuvent pas retrouver si aisément le quotidien de leur vie d'avant. Leurs proches ont continué alors qu'eux étaient au front. Impossible de se réadapter. La guerre reste présente et Chris surveille le moindre comportement bizarre, le moindre bruit suspect. Toujours sur le qui-vive. Le stress post-traumatique est là. Les camarades ont beau tous crier Hooyah dès qu'ils se croisent, les marques de l'horreur sont présentes sur leurs corps, quand ils survivent.

Ce qui gêne le spectateur, c'est qu'à aucun moment Chris ne s'interroge. Tout ce qui le ronge, c'est de ne pas pouvoir protéger ses camarades. À aucun moment il ne se questionne sur ce qu'il fait là. Il est un idéaliste béat. Un peu neuneu par moment. Il ne respire pas l'intelligence, mais semble, à défaut, plein de bonnes intentions. Un brave type en somme. Habilement cependant, Clint Eastwood fait porte la prise de recul par les personnages secondaires : la femme de Chris ne reconnait plus son mari, son frère ne supporte pas le combat, les membres de son équipe ne rempilent pas où se demandent pourquoi ils sont en guerre et contre qui exactement.

Seule la fin, édulcorant passablement le travail intérieur des militaires pour retrouver un équilibre, est bien trop simpliste. À mon goût, c'est elle qui porte un peu trop la glorification d'une Amérique toute puissante, toujours dans son bon droit, qui ne se pose aucune question. Mais elle est rapidement corrigée par le générique de fin, sans aucune bande son, qui permet au spectateur de se poser des questions. Le sujet n'est-il pas davantage la ruine d'une nation, incapable d'aider et de protéger les siens, plutôt que celle d'un homme ?

Des bizarreries donc, pour un film plutôt réussi, sans être une réelle révolution. On n'y trouvera pas le questionnement inhérent d'un Full Metal Jacket ou d'un Apocalypse Now sur la guerre du Vietnam. Mais il ne s'agit aucunement d'un film patriotique de plus. À chacun de se poser les questions car personne ne peut le faire à notre place.