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05 juin 2020

Fleurs #67


Fleurs offertes le 06/03/2020

03 juin 2020

BD Express #20

Fatale, de Cabanes et Manchette

L'histoire : Elle s'appelle Aimée Joubert. Ou peut-être pas. Elle s'installe à Bléville. Ça aurait pu être ailleurs. Cette ville portuaire a-t-elle quelque chose de spécial ? Non, justement, c'est une ville comme les autres. Confinée dans ses certitudes, rongée par ses doutes. Un vase clos où les notables nagent en eaux troubles. Comme toujours, comme partout. Alors pourquoi Aimée Joubert a-t-elle choisi de remuer la vase ici ? Parce que lorsque son doigt appuie sur la détente, il est aussi celui du destin. Aimée est venue apporter la tempête. Fatale.

Mon avis : Tiré du roman de Jean-Patrick Manchette, paru en 1977, voici un album adapté par Max Cabanes. Je n’ai pas lu l’œuvre originale, c’est donc avec un œil innocent que je me suis plongée dans cet album.

Tout tourne autour d’Aimée, jeune femme énigmatique qui arrive dans une petite ville portuaire. Elle s’installe, se mêle aux notables locaux. On la sait, dès la scène d’ouverture, capable du pire. Mais qu’est-ce qui la motive ? Quel mystère cache-t-elle ? L’action se met lentement en place. La tension monte. Mais la chute est juste totalement ratée. Au final, le personnage d’Aimée est peu crédible et c’est assez décevant. On ne comprend pas bien ce qui l’habite réellement et pourquoi elle se livre à de tels stratagèmes. On sort de ce récit sans savoir grand-chose sur elle.

Par contre, ce récit écorne passablement la bourgeoisie provinciale. Le graphisme et les couleurs sont particulièrement adaptés pour rendre l’ambiance noire de l’intrigue. C’est donc très dommage de ne pas avoir su complètement exploiter ce contexte pour livrer une histoire qui aurait pu être beaucoup plus forte.


Je vais rester, de Trondheim et Chevillard

L'histoire : Fabienne et Roland débarquent à Palavas pour passer la semaine. Roland a tout payé, tout organisé et scrupuleusement consigné chaque étape du séjour dans un carnet. Ils s'apprêtent à déposer leurs bagages à l'appartement.
Soudain, elle se retrouve seule.
Stupeur, déni...
Contre toute attente, elle décide de rester.

Mon avis : Tout commence comme des vacances classiques : Roland et Fabienne arrivent à Palavas et doivent récupérer les clés de leur location. Roland à tout prévu, tout est noté sur son petit carnet. Mais Fabienne se retrouve bien vite seule et décide, contre toute attente, de rester, en suivant le programme concocté par Roland.

Est-ce du déni ? Du soulagement ? Une pause qu’elle s’accorde ? Le moment de faire le bilan d’une vie ? Fabienne ne dit pas grand-chose. Mais par la puissance du dessin, Trondheim et Chevillard surtout savent évoquer sans mot. Fabienne erre, de lieu en lieu, d’activité en activité, un peu détachée, ébahie. Regard dans le vide, pensées suspendues. Elle avance comme un automate. La rencontre avec un homme original va lui permettre d’être accompagnée et la ramener, tout doucement, sur le chemin de la vie. Comme une redécouverte. Et pour la ramener vers la lumière, le dessin est lumineux et chaud au possible. Un album doux et mélancolique plein de charme.


Il était 2 fois Arthur, de Carlé et Antico

L'histoire : Barcelone, le 23 avril 1916. Sur le ring dressé au centre de la Plaza de Toros, gants de boxe aux poings, les 2 Arthur s'affrontent. Jack Arthur Johnson et Arthur Cravan. Le premier est né aux États-Unis, premier boxeur noir à avoir remporté le titre de champion du monde des poids lourds. Le second est né en Suisse, neveu d'Oscar Wilde et boxeur dandy surnommé "Le poète aux cheveux les plus courts du monde". Tout semble opposer les deux hommes, à l'exception d'une attitude identique face à une société corsetée dans le racisme et le puritanisme : ce sont deux hommes libres. Sur le ring de la Plaza de Toros, peu importe qui sera le vainqueur. Première performance artistique pré-dada ou supercherie sportive et financière, le match des 2 Arthur s'est désormais inscrit dans la légende.

Mon avis : On découvre ici deux personnages atypiques, Jack Arthur Johnson et Arthur Cravan, deux boxeurs, l'un noir l'autre blanc mais pourtant tous les deux épris de liberté. Tout au long de ce récit, les auteurs s'attachent à nous montrer qu'au-delà de leurs différences, beaucoup de choses rapprochent ces deux hommes.

Jack Johnson était un grand boxeur qui faisait fi des remarques et du contexte raciste pour atteindre son rêve : prouver sa supériorité sur un ring. Pour autant, dans la vie, il aimait les femmes et la provocation. Les deux lui coûteront un exil. Arthur Cravan était par contre un piètre boxeur mais un dandy assumé, prétentieux et pugiliste. Le combat qui les oppose est truqué mais c'est surtout le contexte dans lequel ils évoluent qui est intéressant.

Malheureusement, j'ai trouvé la narration beaucoup trop brouillonne. A force de vouloir faire dans le psychologique, de vouloir créer du symbolique, on perd de vue les faits et le contexte qui ne sont plus que vaguement évoqués. Et cela ne suffit pas à faire vraiment découvrir ces deux êtres étonnants.

01 juin 2020

Deux chemins [Séverine Jolly]

L'auteur : Auto édité, Deux chemins est le premier roman de Séverine Jolly, presque quarantenaire et habitante de la Côte de lumière en Vendée, où elle situe d'ailleurs l'action. Son roman est vendu sur Amazon et dans les librairies locales.

L'histoire : Il vagabonde à travers le monde, embrassant chaque expérience de sa curiosité maladive, goûtant chaque excès sans aucun remords. Il veut tout voir, tout comprendre, s'enrichir de chaque rencontre, de ce qui forge l'Humanité, déçu d'une vie trop linéaire sur sa côte natale et d'un diplôme qui ne l'a mené nulle part. Jusqu'au jour où il prend conscience de l'Essentiel, qu'il a finalement laissé s'échapper...
Elle, carriériste éreintée aux tendances insomniaques, mène de front sa vie de mère désenchantée et d'épouse transparente. D'incertitudes en déboires, elle plonge dans un infernal surmenage qu'elle ne parvient plus à stopper, n'accordant plus aucun sens à cette vie pourtant si parfaite. L'appel de cette ordonnance lui promettant tranquillité et joie de vivre sera-t-il plus fort ?
Après des années de séparation, leurs chemins se rejoignent aux abords de la Départementale 38 : une route imperturbable, éternelle, douce métaphore du temps qui se fige. Les deux amis se redécouvrent, pleurent, se jalousent, mais gardent en tête le même rêve : arrêter ce temps qui file inexorablement, pour pouvoir contempler le monde, le vrai, en retrouvant l'insouciance de leurs yeux de gosses.

Mon avis : Où je n'abandonne pas ma recherche de romans régionaux de qualité... J'avais lu en 2015 Dernier parking avant la plage de Sophie Loubière qui se déroulait en Vendée et beaucoup aimé. Il faut dire que l'auteur n'en était pas du tout à son premier coup d'essai. J'ai donc voulu récidiver mais trouver un roman qui se déroule dans un lieu particulier n'est pas toujours chose facile. Ma deuxième tentative avait été un fiasco qui avait mené à un abandon de lecture. Cette fois, c'est motivée par l'envie de rendre un roman prêté que j'ai lu celui-ci.

Je dirais que pour un roman auto-édité celui-ci est honnête. En début de lecture, mon attente était simple : une évasion livresque facile et sans prise de tête. Et le contrat a été parfaitement rempli. J'ai été étonnée d'adhérer aussi bien à l'histoire proposée par l'auteur, celle des destins de Lucie et Joshua qui vont s'entremêler tout au long du récit. Ce n'est certes pas toujours très fin, ça manque un peu de psychologie, quelques ficelles sont grossières, pas toutes ceci dit. Cependant l'écriture est tout à fait correcte.

Quant à l'aspect terroir que je recherchais, il est bien là, même si j'aurais aimé en avoir bien plus. Allez savoir pourquoi, l'auteur ne nomme pas explicitement les lieux par contre ? Je n'ai pas compris l'intérêt de cette dissimulation alors que, celui qui connait la ville repérera très exactement où se situe l'action. J'ai trouvé cela dommage, car ça aurait participé bien davantage à l'immersion au lieu de rendre des lieux abstraits et flous.


Deux chemins, de Séverine Jolly
Auto édition Amazon
Juillet 2019

29 mai 2020

Séries #18

ZeroZeroZero


Une immersion dans les arcanes du marché mondial de la cocaïne, depuis sa naissance, jusqu’à la livraison finale sur les lieux de consommation. Par le réalisateur de Gomorra.

Bof. Alors oui, on voit bien comment la drogue pourrit la vie de toutes les personnes qui l'approche, à quelque endroit de la chaîne : production, transport ou distribution. C'est indéniablement bien filmé, visuellement la photographie est belle et les lenteurs de caméra sur certains protagonistes qui provoquent des flashbacks sont habiles. Mais l'émotion n'est pas vraiment au rendez-vous, surtout par le découpage en 3 lieux qui finir par fatiguer et rendre le tout assez longuet, surtout pour, somme toute, du déjà-vu. Une saison assez courte qui se limite à 8 épisodes.



The man in the high castle



Les Américains ont perdu la Seconde Guerre mondiale et l’Amérique est désormais partagée entre l’Empire du Japon et l’Allemagne Nazi. En 1962, un groupe de résistants cherche à envoyer de précieux vieux films dans la zone neutre, mais les transporter coûte la vie de beaucoup de monde. Après près de deux décennies de cohabitation entre les deux grandes puissances, les rumeurs persistantes rapportant la santé déclinante du Führer laissent présager l'arrivée d'une période de troubles...

Musique, costumes, ambiance, un sujet difficile mais passionnant : tout le potentiel est là pour proposer une série de qualité si elle est bien menée. Malheureusement, ça pêche sacrément sur le rythme, d'une lenteur soporifique, tout étant mis sur le même plan, tout étant murmuré et susurré ! Jamais un mot plus haut que l'autre, jamais d'accélération de l'action ou du récit mais au contraire des scènes qui s'étirent inutilement. Une déception.



The loudest voice



De son implacable réussite à sa honteuse disgrâce pour harcèlement sexuel, voici l'histoire de Roger Ailes, le faiseur d'opinion le plus puissant des Etats-Unis. L'homme qui a permis l'avènement de Donald Trump. Tout commence en 2006. Roger Ailes a une obsession : faire de Fox News, la chaîne 100% républicaine qu'il a créée dix ans plus tôt, la première chaîne d'infos du pays. Il y contrôle tout, de ce que disent les journalistes à la longueur des jupes des animatrices de ses talk-shows...

Après avoir vu au cinéma Scandale, je suis tombée par hasard sur la série (terminée en une seule saison de 7 épisodes) The loudest voice qui traite exactement du même sujet : la chute de Roger Ailes, puissant magna de la Fox. Et la série est indéniablement meilleure que le film ! Elle se centre sur le personnage qu'elle entend peindre en abordant tous les aspects de sa personnalité et de l'affaire : puissance médiatique, hiérarchique, financière, politique ; sexualité ; justice... Roger Ailes sape toute tendance à l'intégrité et s'ingère dans tous les pans de la société. L'interprétation par Russell Crowe et Noami Watts est parfaite et le tout est bien repositionné dans son contexte. C'est visuellement moins léché que le film mais surtout moins gentil, plus agressif. Le portrait d'un égocentrique, harceleur, menteur invétéré, pur produit de la société américaine qui n'en est certainement pas encore sortie.

27 mai 2020

Betty Boob [Véronique Cazot et Julie Rocheleau]

Les auteurs : Véronique Cazot est une scénariste française de bandes dessinées. Elle s'associe à Julie Rocheleau, illustratrice canadienne de bandes dessinées notamment connue pour son travail avec Olivier Bocquet sur La colère de Fantômas.

L'histoire : Elle a perdu
son sein gauche,
son job
et son mec.
Elle ne sait pas encore,
mais c'est le meilleur jour de sa vie.

Mon avis : Voici un sujet déjà traité et qui aurait pu être casse-gueule : la réappropriation du corps et de la féminité après un cancer et l’ablation d’un sein. C’est aussi un sujet toujours très délicat à traiter. Cazot et Rocheleau optent pour un album sans paroles et pourtant plein de poésie et de gaieté : une véritable ode à la vie. On entame cette œuvre directement par un cri de rage : nous ne savons rien des tourments psychologiques et physiques subis par Elisabeth lors du traitement de son cancer. Nous la découvrons directement à l’hôpital, après l’ablation. Ce sein, ce symbole si évident de la féminité, lui a été enlevé. Elle veut le récupérer. S’engage alors une bataille contre elle et contre les autres. Quitte parfois à voir des adversaires là où il n’y en a pas. Car c’est surtout son regard à elle qui doit changer désormais. Elle sert les dents, se bat certes mais parfois le désespoir lui tend un peu trop les bras : les moments de faiblesse font aussi partie du chemin.

Le dessin de Julie Rocheleau est beau, délicat, et plein de peps. Beaucoup se cache dans les détails, dans le sens du découpage, de l’ombre et de la lumière. Tout ce qu’il faut à ce récit.

C’est tour à tour drôle, touchant, grave, pétillant… un florilège d’émotions qui ne peut pas laisser indifférent. Un album lumineux récompensé à juste titre par le Prix de la BD Fnac 2018.


Betty Boob, de Véronique Cazot et Julie Rocheleau
Éditions Casterman
Août 2017

25 mai 2020

Les dix voeux d'Alfréd [Maude Mihami]

L'auteur : Bretonne d'origine, Maude Mihami a été libraire en Allemagne et en France avant de s'installer à Lyon. Les dix voeux d'Alfréd est son premier roman.

L'histoire : 1970, Le Camboudin, petit village breton. Alfréd, 9 ans, a un prénom dont l'accent aigu lui déplaît, une mère qui picole trop et un grand-père qui tient à lui comme à la prunelle de ses yeux. Il adore traîner au bistrot avec ses copains, une joyeuse bande de vieux qui lui apprennent la vie. Avec l'aide de son vénérable papi, il va décider de passer le cap de ses 10 ans en établissant une liste de voeux à réaliser avant le grand jour. Rencontrer un vrai cow-boy, boire de la trouspignôle ou encore conduire un tracteur marqueront le début d'une série d'aventures aussi rocambolesques que réjouissantes. De voeux gâchés en moments de pure félicité, il va vire l'année la plus incroyable de sa vie.

Mon avis : Vu les difficultés actuelles rencontrées pour se concentrer et apprécier une lecture, j’avais besoin de quelque chose de facile. Et c’est avec ce petit livre de Maude Mihami, croisé encore une fois chez Clarabel, que j’ai trouvé mon bonheur.

On y fait la connaissance d’Alfréd, avec un é pour faire plus chic, petit garçon de 9 ans qui vit avec sa maman et juste en face de chez son grand-père dont il partage les amis, une bande de vieux roublards tous plus attachants les uns que les autres. Alfréd veut réaliser dix vœux avant son prochain anniversaire. Si certains sont assez facilement réalisables, d’autres risquent de chambouler le quotidien de la famille. Et ce n’est peut-être pas plus mal…

Le style de Maude Mihami est très simple, tout comme l’histoire qu’elle nous raconte, mais elle est efficace et attachante. On sent beaucoup de tendresse pour chaque personnage, pourtant tous bourrés de défauts. On se régale à lire les aventures d’Alfréd et de son vénérable papi pour réussir ces dix vœux, non sans mal. Car la vie n’est pas toujours facile ni rose bonbon. Les adultes ont bien des difficultés. Mais chacun est fier aussi, alors il est difficile de faire le premier pas. A la fin, les choses iront peut être un petit mieux, mais tout ne sera pas réglé pour autant, car ce n’est pas une utopie mais plutôt une tranche de vie que l’auteur nous offre.

Le duo intergénérationnel Alfréd et Alfred est savoureux et on le quitte à regret à la fin de ce trop court roman bien ficelé.

Les dix voeux d'Alfréd, de Maude Mihami
Éditions Pocket
Juin 2019

22 mai 2020

Familistère de Guise

Après avoir découvert l'existence du Familistère de Guise dans De briques et de sang de Hautière et François, j'ai eu envie de visiter cet établissement et toute l'idéologie qui l'accompagne. Direction donc Guise dans l'Aisne.

Pavillon central du Familistère

Aile droite du Familistère, en réaménagement pour accueillir hôtel de luxe et auberge de jeunesse

Voulu par Jean-Baptiste André Godin sur le modèle du phalanstère de Charles Fourier, le familistère est un établissement où plusieurs familles ou individus vivent en communauté, trouvant ce qui leur est nécessaire dans des magasins coopératifs. Construit de 1859 à 1884, à proximité de l'usine de poêles en fonte, il s'agit d'une cité de 2 000 habitants, qui est aussi une expérimentation sociale du monde industrialisé. Utopie qui fonctionna jusqu'en 1968 sous le régime d'une association coopérative du capital et du travail, l'objectif était de proposer aux ouvriers de ses usines un hébergement et tout ce qui était nécessaire à une vie sur place : scolarisation pour les enfants, jardins potagers, magasins, présence d'un médecin... bref, divers équipements de service.

Maquette du familistère

Comme le montre la maquette ci-dessus, le site est très étendu. Au fond, l'usine, toujours en activité. A gauche, le jardin d'agrément construit en 1856 pour la promenade. En se rapprochant, on peut voir sur la gauche la buanderie-piscine, le palais social avec ses deux ailes (l'aile gauche accueillant entre autre l'appartement du fondateur) et les jardins avec le kiosque à musique. Sur la droite, on distingue les économats, permettant de supprimer les intermédiaires commerciaux pour approvisionner les ouvriers et leur famille au meilleur prix, et le théâtre en face du pavillon central qui servait aussi d'école.

Buanderie piscine du familistère
La buanderie-piscine a été construite en 1870 à proximité de la fonderie pour bénéficier à moindre frais d'une eau chaude pour pouvoir laver le linge, se laver soi-même et apprendre à nager grâce à un ingénieux plancher mobile qui peut limiter le niveau d'eau en fonction du niveau des nageurs. Ce bâtiment est un atelier d'hygiène et de santé physique.

Pavillon central

Cour intérieure du pavillon central du familistère
Le pavillon central a une capacité de 150 appartements à son achèvement en 1864. La cour est le lieu des rassemblements et fêtes. Aujourd'hui, il est pour partie encore habité et pour partie musée qui permet de découvrir les anciens logements et surtout une coupe grandeur nature du bâtiment qui montre l'ingéniosité dont il a fallu faire preuve pour garantir une égalité de traitement. En effet, c'est jusqu'à la taille des fenêtres qui est réfléchie, celle-ci étant plus réduite au fur et à mesure qu'on monte dans les étages pour garantir le même niveau de luminosité.

Reconstitution d'une chambre d'appartement du familistère

Reconstitution d'un salon d'appartement du familistère
Reconstitution d'une chambre d'appartement du familistère
Il s'agit pour Godin de garantir les "équivalents de la richesse" à tous ses travailleurs. Ceux-ci pourront par la collaboration s'offrir des conditions de confort et de salubrité jusque là inédite pour eux. Électricité, accès à l'eau courante à chaque étage, air pur... mais aussi entretien du corps et de l'esprit. L'école est obligatoire pour tous les enfants. Un système de protection sociale est mis en place par l'instauration de caisses de secours qui garantissent salaire en cas de problème et retraite. Les travailleurs participent à la gestion et aux décisions, devenant propriétaires de l'usine et du Palais social.

Cuisinière Godin

Poêle Godin

Les guerres mondiales et les crises vont être des coups durs dont le familistère aura du mal à se relever : usine partiellement détruite, modèles pillés, population en décroissance, apparition d'un marché fortement concurrentiel qui cristallise les conflits entre les dirigeants et les ouvriers... L'association coopérative du capital et du travail est dissoute en juin 1968. Les services collectifs disparaissent, la société est intégrée au groupe Le Creuset qui vend les appartements et tous les bâtiments autres que les unités de production. Les habitations sont repris en copropriété et d'anciens Familistériens continuent d'y vivre. En 2000, le projet Utopia vise à réhabiliter l'ensemble : ouverture du musée, rénovation des appartements, relance de la dimension sociale du Palais social.

Une visite passionnante que je vous conseille fortement !


Informations utiles :

tous les jours de 10h à 18h, du 1er mars au 31 octobre.
tous les jours de 10h à 18h sauf le lundi, du 1er novembre au 29 février.

Le Familistère de Guise, Place du Familistère, 02120 Guise
Tel : 03 23 61 35 36

Tarif : 9€
Site du Familistère : ici

20 mai 2020

L'anniversaire de Kim Jong-Il [Ducoudray & Allag]

Les auteurs : Né en 1973, Aurélien Ducoudray est un scénariste français de bande dessinée. Il collabore avec Mélanie Allag, autrice et illustratrice de bande dessinée française, spécialisée plutôt sur les livres et la presse pour enfants.

L'histoire : "Je suis un jeune de la Corée libérée. La vie me tient à cœur. L'espoir en un avenir radieux aussi. Cependant, ma vie, mon espoir, mon bonheur valent moins que la patrie."

Mon avis : La dictature de Corée du Nord vue par le prisme du regarde d’un enfant. N’ayant jamais rien connu d’autre, complètement endoctriné, Jun Sang trouve cette horreur tout à fait normale. Il fait partie des jeunesses patriotiques de son quartier et en est très fier. Le dessin est d’ailleurs coloré, vif, le trait joyeux et rond. Le petit garçon nous raconte son quotidien dans le pays le plus fermé de la planète. Le lecteur, lui, sait bien que la situation est tragique et le décalage entre les deux visions provoque une forme d’humour.

Mais au fil de l’histoire, le décor s’effrite et le petit garçon va prendre conscience de la réalité. La famille de Jun Sang essaie de ne pas se faire remarquer mais lorsque la famine éclate, il va falloir tenter le tout pour le tout. Par de tout petits détails du quotidien, l’enfer se dévoile et il n’est plus possible de rester ainsi. Les traits des visages sont alors moins ronds, les couleurs plus grises et tristes. On invoque les conditions climatiques, les adversaires politiques… qui oserait aller jusqu’à remettre en cause le Parti et son grand leader ?

La force de cet album, c’est que les deux auteurs n’éludent aucun aspect de la situation : mensonge d’état, famine, violence, torture, tout est dit. C’est dessiné avec légèreté, ce qui émeut d’autant plus ! Un très bel album qui rappelle l’effroyable quotidien de tout un pays et de ses habitants.

L'anniversaire de Kim Jong-Il, de Ducoudray & Allag
Éditions Delcourt Mirages
Août 2016