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22 novembre 2017

Fraise et chocolat [Aurélia Aurita]

L'auteur : Aurélia Aurita, de son vrai nom Hakchenda Khun est une auteur française de bande dessinée née en avril 1980. Elle s'est faite remarquée dans le milieu avec son double album Fraise et chocolat.

L'histoire : Récit hautement érotique, Fraise et chocolat retrace les premières semaines d'une passion amoureuse à travers le regard d'une jeune dessinatrice de 25 ans.

Observatrice attentive de ses propres élans, de ses désirs mais aussi de ses doutes, Aurélia Aurita parle d'amour et de sexe avec fraîcheur et franchise.

Mon avis : Encore une fois un titre noté après avoir lu Les ignorants d’Étienne Davodeau et, malheureusement pour moi, encore une lecture qui ne m'a pas convaincue.

Fraise et chocolat ce sont les premières semaines de la rencontre entre Chanda et Frédéric. La jeune femme de 25 ans parle de ses émotions et de ses expériences, sans pudeur ni fausse honte. Elle livre aussi bien ses envies que ses doutes. C'est cru mais jamais vulgaire. Et on y lit un récit hautement autobiographique puisque Aurélia Aurita met en scène le couple qu'elle forme avec le dessinateur Frédéric Boilet, qui a écrit L'épinard de Yukiko et qui a 20 ans de plus qu'elle.

Planche de Fraise et chocolat d'Aurélia Aurita

Si lire sur la sexualité ne me pose pas de problème, et qu'il est même nécessaire que la parole se libère sur ce sujet, j'avoue ne pas m'être intéressée aux prouesses sexuelles de ce couple. Après, cela dédramatise très bien les choses du sexe.

Fraise et chocolat, d'Aurélia Aurita
Éditions Les impressions nouvelles
Septembre 2007

20 novembre 2017

La femme de l'ombre [Arnaldur Indridason]

J'ai lu dernièrement Étranges rivages d'Arnaldur Indridason (billet à paraître bientôt) où on semble abandonner notre commissaire Erlendur. Après avoir lu Bettý, j'avais très envie de découvrir une autre ambiance de l'auteur, d'autres personnages. Et je n'ai pas été déçue.

L'histoire : Une jeune femme attend son fiancé à Petsamo, une ville tout au nord de la Finlande. Tous deux doivent rentrer en Islande sur le paquebot Esja pour fuir la guerre qui vient d'éclater dans les pays nordiques, mais le jeune homme n'arrive pas.

Au printemps 1943, dans une Islande occupée par les troupes alliées, la découverte d'un corps rejeté par la mer sème l'émoi à Reykjavik. Au même moment, un jeune homme est victime d'une agression d'une sauvagerie inouïe non loin d'un bar à soldats, et une femme qui fréquente avec assiduité les militaires disparaît brusquement. Les jeunes enquêteurs Flovent et Thorson suivent des pistes contradictoires et dangereuses : officiers corrompus, Gestapo, vulgaires voyous...

Mon avis : Bon, voilà que j'ai recommencé : j'ai entamé une série sans m'en rendre compte, et en plus j'ai commencé par le tome 2. Mais ici, ce n'est pas très grave, il semble qu'il me manque juste la genèse de la rencontre entre Flovent et Thorson, les deux enquêteurs qui vont essayer de résoudre les différentes énigmes qui se présentent à eux, disparition et meurtres. Cela ne m'a gênée à aucun moment dans ma lecture.

Au départ, ça part un peu dans tous les sens. Une jeune femme qui prend le paquebot pour retourner en Islande en 1941. Puis, en 1943 sur l'île, le corps d'un homme noyé retrouvé, celui d'un jeune militaire passé à tabac et une jeune femme qui a disparu. Le lecteur suit tous ces fils évoluer, puis, avec habileté, ils se croisent et se mêlent pour faire un tout. Comme d'habitude, pas de déferlement d'hémoglobine ou de courses poursuites effrénées. Pas de révélations surprises, mais une ténacité des enquêteurs qui ne lâchent pas et recoupent patiemment tous les témoignages qu'ils peuvent recueillir jusqu'à ce qu'ils aient le fin mot de l'histoire.

Ce n'est jamais gai les histoires de meurtres mais l'ambiance est tout de même moins triste et sombre que dans les derniers Erlendur. Il faut dire que je me suis passionnée pour l'aspect historique du roman. J'en ai appris un peu plus sur l'Islande des années 40, durant la seconde guerre mondiale : l'invasion par les Anglais et les Américains pour éviter celle des Allemands, les sympathies nazies de certains locaux, les différences de traitement entre Islandais et soldats, Reykjavik, la prostitution et l'homosexualité à cette époque...

Et bien sûr, ayant voyagé sur cette île pas plus tard que cet été, j'ai aimé retrouver des lieux qui me parlent ou des mets typiques (les kleinur notamment).

Une lecture très agréable donc, et qui va me faire vite lire le premier tome de la trilogie, en attendant le dernier qui parait au printemps prochain !

Un grand Merci à Babelio et aux éditions Métailié pour cette lecture.

La trilogie des ombres tome 2 : la femme de l'ombre, d'Arnaldur Indridason
Traduit par Éric Boury
Éditions Métailié
Août 2017

17 novembre 2017

Au revoir là-haut, d'Albert Dupontel

Film français d'Albert Dupontel, sorti le 25 octobre 2017, avec Albert Dupontel et Laurent Lafitte.

L'histoire : Novembre 1919. Deux rescapés des tranchées, l'un dessinateur de génie, l'autre modeste comptable, décident de monter une arnaque aux monuments aux morts. Dans la France des années folles, l'entreprise va se révéler aussi dangereuse que spectaculaire.. 

Mon avis : J'avais adoré le roman de Pierre Lemaître. Alors forcément, son adaptation au cinéma ne pouvait que m'attirer. Avec une pointe de réticence tout de même : la réalisation et la présence d'Albert Dupontel, dont je suis loin d'être fan (j'ai par exemple détesté Enfermé dehors).

Les premières images ont renforcé mes inquiétudes : d'emblée, le ton est comique et les images colorées, bien loin de l'ambiance que j'avais construite dans ma tête. Et pourtant, au fil des minutes, je me suis laissée prendre à cette adaptation. Car s'en est une dans le bon sens du terme : Dupontel propose là sa vision de l'histoire de Pierre Lemaître, une vision donc différente de la mienne mais qui révèle petit à petit son charme, sa cohérence et reste globalement fidèle à l'esprit de l'original.

Certes, on retrouve les tiques de mise en scène de Dupontel : jeu d'opposition des caméras, abus de travelling, surenchère du comique... Il exagère parfois trop à mon goût son personnage, alors que Nahuel Perez Biscayart l'habite totalement par son simple regard. Laurent Lafitte, qui a une furieuse tendance à m'horripiler, fait du coup un parfait salaud de Pradelle qu'on aime détester.

C'est un beau mélange de comédie, de tragédie, d'émotions et d'aventures, tout en montrant un pan de l'Histoire d'après-guerre peu connu : celui des arnaqueurs aux monuments aux morts. Cependant cet aspect m'a semblé moins exploité que dans le roman. Le film s'attarde davantage et plus classiquement sur le difficile retour à la vie civile et les antagonismes entre les différents personnages. Le film appuie par petites touches sur les défauts d'un patriotisme à outrance alors que les Grands de la République envoient leurs enfants devenir de la chair à canon. Et lorsque cette chair à canon ose revenir de ce voyage en enfer, elle n'est pas forcément bien accueillie. Mais tout cela est traité de façon assez anecdotique en fait, sans noircir le récit et pour faire un film plus léger que le roman.

Une belle adaptation donc, typiquement française mais avec un vrai souffle épique comme on en voit trop peu souvent. Avec une mention particulière pour les costumes et les masques, somptueux et qui pourtant n'étouffent pas la narration. Ils l'habitent tout simplement. Cependant, il manque selon moi la véritable émotion que Lemaître avait su insuffler, une émotion plus sombre et plus poignante qu'un simple vaudeville.

15 novembre 2017

Shangri-La [Mathieu Bablet]

Mister avait apprécié, il y a plus de six ans maintenant, La belle mort de Mathieu Bablet. Alors l'auteur ne nous était pas inconnu lorsqu'il a fait partie de la sélection officielle d'Angoulême en 2017 pour Shangri-La.

L'histoire : L'espace infini.
L'Homme et Tianzhu Enterprises.

Tianzhu TV, TZ-Phones, Tianzhu-Tab, Tianzhu Fitness, Tianzhu Burgers, Tianzhu Immobilier, Tianzhu Bank...

Le monde est parfait car Tianzhu Enterprises veille à votre bonheur.

Mon avis : Je pense être largement passée à côté de cette BD encensée pourtant partout. Elle a pourtant d'indéniables qualités, la plupart tenant aux thèmes abordés. Car comme nombre d’œuvres de science-fiction, elle dénonce les travers de notre société : consommation à outrance, dérives scientifiques, racisme...

Shangri-La propose une vision glaçante de notre futur si nous ne décidons pas de changer de comportement. Cela fait terriblement écho à notre situation actuelle. Comme nous qui venons de voter par l’intermédiaire de nos élus la banalisation de l’état d’urgence, les protagonistes de Shangri-La adhèrent à la suppression de leurs droits les plus fondamentaux, si tant est qu’on leur garantisse en échange de ne plus avoir à se préoccuper de rien. Une scène aussi est particulièrement atroce, celle de l’utilisation d’humanoïdes « ratés » pour fabriquer les produits industrialisés vendus comme absolument nécessaires. À défaut d’être intégrés dans la société, il ne faudrait pas gâcher la main d’œuvre qu’ils peuvent représenter ! Je n’en dirais pas plus mais clairement, quelques planches peuvent donner la nausée. L'homme semble se perdre lui-même dans une volonté implacable de contrôler tout, au point d’en devenir Dieu. Tout ça est parfaitement rendu et fait froid dans le dos.

Visuellement, par contre, je n'ai pas adhéré. J'ai trouvé que c'était déséquilibré. Entre le rendu des bâtiments et des décors en général, simplement impressionnants, et la mocheté des visages humains, je ne sais pas s’il faut crier au génie ou à la duperie.

Page 134 - Shangri-La, de Mathieu Bablet
Et puis, au-delà des thèmes génériques abordés, je n’ai pas compris grand-chose à l’histoire elle-même. Je suis passée au travers du lien entre les premières planches et la suite, de l'explication de la recherche scientifique elle-même…

Bref de très belles idées mais une exploitation globale qui m'a laissée de marbre.

Shangri-La, de Mathieu Bablet
Éditions Ankama
Mars 2017

13 novembre 2017

Rester groupés [Sophie Hénaff]

Après Poulets grillés, Sophie Hénaff nous offre ici la suite des aventures de sa brigade de bras cassés.

L'histoire : Ça bouge au 36 quai des Orfèvres. De nouvelles recrues rejoignent les rangs de la brigade maudite de la commissaire Anne Capestan, dont Saint-Lô, sorti de l'hôpital psychiatrique dans la peau de d'Artagnan, et Ratafia, rat policier.

Sale affaire pour l'équipe de bras cassés : trois assassinats éparpillés sur le territoire. Un point commun : le tueur a prévenu ses victimes. Cerise sur le gâteau : l'ex-beau-frère de Capestan est l'une d'elles.

Mon avis : C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai retrouvé les personnages saugrenus proposés par Sophie Hénaff. Ils sont toujours aussi barges, pour le plus grand plaisir du lecteur. Et deux petits nouveaux apparaissent : un lieutenant qui ne tourne pas rond dans sa tête et se prend pour d’Artagnan et un rat dressé pour détecter la drogue. Autant vous dire qu'ils seront à l'origine de conversations assez marrantes.

L’avantage, c’est que le lecteur connait déjà les personnages qui composent cette brigade. Du coup, l’auteur, tout en gardant son humour et en plaçant des situations cocasses (mention spéciale à la réalisation du portrait robot du suspect à partir du jeu en ligne WoW), se concentre plus sur l’intrigue, mieux ficelée que sur le premier opus. Au passage, on en apprend plus sur le passé de la commissaire Capestan : son mariage, sa belle-famille,…

Bref, j'ai beaucoup aimé et j'espère un troisième opus tout aussi bon !

"Non, mais il ne va pas nous coller tous les débiles d'Île-de-France, le père Buron, quand même ? Parce que nous, OK, on est au placard, mais y a  du niveau. Moi je suis quand même auteure, bordel ! Capestan, c'était The Winneuse, toi, un cador du Raid, Orsini, il est chiant mais c'est un érudit, Évrard, elle a un petit problème de jeu mais grosso modo elle est normale. Limite trop, remarque. Même Merlot, c'est un emmerdeur et un alcoolo, mais il connaît son boulot. Dax et Lewitz, les lapins crétins, je dis pas. Et encore, ils peuvent surprendre. Mais là, le type, il se croit né en 1593 ! Il est bon pour l'Entonnoir d'Or !" (p°81)


Rester groupés, de Sophie Hénaff
Livre de poche 
Mars 2017

10 novembre 2017

Islande #1 : La péninsule de Snaefellsnes

Et c'est parti pour quelques billets vous racontant notre voyage en Islande. Histoire peut-être de vous donner envie de découvrir à votre tour cette belle île aux paysages magnifiques.

On commence donc avec la péninsule de Snaefellsnes, c'est-à-dire la péninsule où se trouve le volcan Snaefellsnes dans lequel Jules Verne fait descendre le héros de son roman Voyage au centre de la Terre. Culminant à 1446m, il est recouvert par une calotte glaciaire, le Snafellsjökull. On y trouve des fjords, des pics volcaniques, des coulées de lave, le tout formant un paysage incroyable et déjà dépaysant au possible.

Sur la route de Snaefellsnes

Cratère de Eldborg

Premiers moutons, nous en verrons bien d'autres !

Tours de basalte de Gerduberg

Tours de basalte de Gerduberg, qui jaillissent de la plaine lorsqu'on suit la route 54

Ytri Tunga Beach, à la recherche des phoques

Église de Bodir, autrement dit Budakirkja

Vue plongeante sur la côte Sud de la péninsule

Première route non goudronnée

Clou du séjour sur la péninsule, Kirkjfell, ou la montagne-église
Snaefellsjökull

Plage de sable doré de Skardsvik, qui tranche avec les falaises de lave charbonneuses

Cratère rouge de Saxhöll, et ses scories

Vue depuis le cratère de Saxhöll

Plage de Djupalon, avec l'épave de l'Épine-Grimsby, chalutier échoué le soir du 13 mars 1948

Formation rocheuse sur la plage de Djupalon

Maison de trolls

Colonnes de pierre de Londrangar, des formations de lave transformées en église par les troll

Premiers chevaux islandais
 Prochain rendez-vous : le Nord de l'île.

08 novembre 2017

L'épinard de Yukiko [Frédéric Boilet]

L'auteur : Frédéric Boilet est un essayiste, photographe et auteur français de bande dessinée né en janvier 1960. Il a vécu et travaillé longtemps au Japon.

L'histoire : Ce livre raconte l'histoire d'un jeune homme qui tombe amoureux d'une jeune fille. Cela se passe au Japon et leur rencontre, d'abord professionnelle, devient plus intime.

Mais l'Amour est rarement aussi simple: Yukiko (la jeune fille) est aussi éprise de quelqu'un d'autre. Elle ne sait plus trop qui voir et qui choisir car le narrateur européen ne manque pas de charme non plus.

Mon avis : L'épinard de Yukiko est un des albums dont j'ai noté le titre après avoir lu Les ignorants d'Étienne Davodeau. Noté sans en connaître rien, sans savoir ce que j'allais lire. Bon, clairement ce n'est pas ma tasse de thé, mais le travail graphique et le point de vue adopté par l'auteur sont intéressants.

En effet, Frédéric Boilet n'apparaît quasiment jamais, il se contente d'être le vecteur par lequel le regard s'oriente, le cadrage changeant en fonction de là où il choisit de poser les yeux. L'angle de vue est subjectif et l'auteur croque alors ce qu'il voit : une Yukiko rencontrée lors d'un vernissage et dont il dessine les moindres faits et gestes, nue parfois. La jeune femme est au centre de tout. Elle et lui vont s'accorder quelques instants à eux, ceux d'une japonaise qui semble tomber petit à petit sous le charme de ce français qui a du mal à prononcer les h, ce qui est d'ailleurs à l'origine du titre étrange de cet album. Les deux personnages vivent donc une sorte de parenthèse dans leur vie ce qui, avec le parti pris graphique, donne une impression d'apesanteur au récit.

J'avoue ne pas avoir gouté l'histoire. Cette rencontre avec Yukiko, remplacée par une autre quasi-identique, rencontrée elle dans un train, comme si chaque femme était interchangeable, juste un prétexte pour l'art de l'auteur. Par contre, j'ai été impressionnée par les dessins, à se demander parfois s'il ne s'agirait pas de photographies noir et blanc ensuite crayonnées. Une force s'en dégage qui étonne et qui m'a poussée à scruter les détails.

L'épinard de Yukiko, de Frédéric Boilet - page 21

L'épinard de Yukiko, de Frédéric Boilet
Éditions Ego comme X
Août 2001

06 novembre 2017

Dans la forêt [Jean Hegland]

L'auteur : Née en 1956 à Pullman aux États-Unis, Jean Hegland a fait pas mal de petits boulots avant de se lancer dans l'enseignement et dans l'écriture. Dans la forêt était son premier roman, paru en 1996 mais pas encore traduit en France.

L'histoire : Rien n'est plus comme avant : le monde tel qu'on le connaît semble avoir vacillé, plus d'électricité ni d'essence, les trains et les avions ne circulent plus. Des rumeurs courent, les gens fuient. Nell et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent depuis toujours dans leur maison familiale, au cœur de la forêt. Quand la civilisation s'effondre et que leurs parents disparaissent, elles demeurent seules, bien décidées à survivre. Il leur reste, toujours vivantes, leurs passions de la danse et de la lecture, mais face à l'inconnu, il va falloir apprendre à grandir autrement, à se battre et à faire confiance à la forêt qui les entoure, emplie d'inépuisables richesses.

Mon avis : Je l’avais pas mal vu circuler sur les blogs, mais l’étiquette Nature writing m’avait rebutée. Il aura fallu qu’on me le conseille chaudement de vive voix pour que je tente cette lecture. Et j’ai attendu pas mal de temps avant d’écrire ce billet car, à la lecture, je n’ai pu m’empêcher de penser à deux autres romans de post-apo, l’un bien plus ancien de 20 ans Arslan de M.J Engh, et l’autre plus récent mais qui m’avait fait une énorme impression La route de Cormac McCarthy. Et si Dans la forêt est indubitablement un excellent roman que je vous conseille, il n’a pas eu chez moi l’impact de ce dernier, qui m’avait totalement chamboulée.

On entre dans l’histoire par le biais du journal de Nell, la plus jeune des sœurs et c’est ainsi que nous allons suivre leur quotidien basculer petit à petit, leur monde changer du tout au tout. Comme elle, sa sœur Eva et leur père qui se rendent comptent que leur univers n’est plus fait de certitudes. Car si elles ont grandi dans cette maison en pleine forêt, si elles ont été habituées à vivre presque seules, la disparition de la civilisation telle que nous pouvons la connaître finit forcément par les impacter. Pour tenir le coup, chacune se raccroche à sa passion : la danse pour Eva, les études pour Nell.

L’auteur évite habillement tous les pièges : elle ne s’attarde pas à expliquer pourquoi la civilisation est tombée (elle aurait même pu ne pas l’évoquer du tout d’ailleurs), elle ne tend pas vers le gore. Son style est limpide pour tout ce qui est des descriptions de la nature et des sentiments de Nell, flirtant parfois avec le poétique. Le choix de la narration à la première personne permet de retranscrire tous les doutes et les émotions qui affleurent chez la narratrice, la tentation de l’égoïsme le plus total et le choix de la solidarité et du partage.

Dans ce cocon rassurant que ne peut qu'être une maison dans laquelle les sœurs ont toujours grandi, l’angoisse monte pourtant inexorablement, faite de petites choses dont elles apprennent progressivement à se passer, ces manques qui rythment leur quotidien jusqu’à ce qu’on ne voit plus qu'eux. À moins de trouver un refuge physique et spirituel dans cette forêt si proche. Mais comment vivre dans cette nature qu’elles n’ont en fait jamais apprivoisée ? Être à l’écoute l’une de l’autre sera le point de départ d’un retour à la nature primitive, dangereuse mais salvatrice. En apprendre sur soi, sur la nature humaine, mais aussi sur celle qui nous entoure. Peut-être la vie en devient-elle aussi plus savoureuse d’être durement méritée. En tout cas la lumière surgit ici dans la plus sombre des situations.

"Depuis quelques jours, je rêve de hot-dogs. Des hot-dogs - une saucisse fade sur un petit pain blanc, un ruban de moutarde jaune gribouillée dessus. Quand on mord dedans, il y a l'élasticité moelleuse du pain, le léger piquant de la moutarde, la toute petite résistance quand les dents percent la peau de la saucisse et s'enfoncent dans la viande lisse, et enfin le délicieux fondant du pain, de la moutarde et du porc." (p°72)

Dans la forêt, de Jean Hegland
Traduit par Josette Chicheportiche
Éditions Gallmeister
Janvier 2017