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17 août 2014

Aristote, mon père [Annabel Lyon]

L'auteur : Née en 1971, Annabel Lyon est une auteur canadienne. Son premier roman, Le juste milieu, a été publié en 2009.

L'histoire : Pythias, la fille d'Aristote, a été élevée à l'égal des hommes. Elle fait figure d'exception à Athènes, puis en Macédoine où elle est contrainte de s'exiler : c'est elle, et non son frère cadet, qui assiste Aristote dans ses travaux, provoque les collègues de son père par ses remarques pointues, et se rêve en philosophe, scientifique ou sage-femme. La mort d'Aristote disperse ses biens et sa famille à travers la Macédoine, laissant Pythias seule, en décalage avec cette société qui nie l'existence d'une conscience féminine, et l'oblige à se confronter à la réalité d'un monde dont elle s'était toujours tenue écartée.

Mon avis : Il faut d’entrée de jeu que je vous dise : je fais partie de ceux qui n’ont pas, encore, lu Le juste milieu. Et je me dis, à la lecture de ce roman, que cela m’a probablement manqué. Non parce qu’il s’agirait d’une suite étroitement liée, pas du tout. Le roman se tient parfaitement par lui-même. Mais j’ai un peu le sentiment d’avoir lu un roman qui ne se comprendrait totalement que par le tout qu’il forme avec son prédécesseur. Comme si je ne voyais qu’une seule facette d’une pièce : aussi intéressante soit cette facette, une pièce est composée de deux faces qui définissent cet objet. Une seule face n’est pas suffisante.

Ce roman est centré sur une femme, et pas n’importe laquelle, rien de moins que la fille d’Aristote, Pythias. Il semble qu’on ne connaisse véritablement pas grand-chose à son sujet : ayant reçu une bonne éducation de son père et mariée trois fois, dont la première par la volonté de son défunt père qui aura couché le nom de son époux sur son testament. Alors Annabel Lyon imagine les difficultés à s’intégrer que peut rencontrer une fille, éveillée aux plus hauts principes de philosophie, dans un monde pensé par et pour les hommes.

Jeune fille, Pythias suit son père dans ses discours, bénéficie d’un accès à un savoir inimaginable. Devenue femme, elle est immédiatement rejetée par ce père qui l’aime pourtant tendrement. Comme si le statut de femme la rendait forcément inférieure et indigne des sciences qu’on lui montrait jusque là. Mais c’est trop tard. Son esprit est déjà corrompu par cette liberté et cette curiosité qui ont été éveillées ; elle sait, parfois mieux qu’un homme. Comment entrer dans le moule ensuite et accepter les conventions ? Tenir une maison, être une bonne épouse, donner des enfants, se contenter du peu accordé aux femmes à cette époque : quelques métiers leurs sont réservés et elles peuvent y exercer un pouvoir certain, mais à quel prix.

Comme son père lui a lui-même enseigné, la théorie n’est rien sans la pratique. Elle va donc se confronter à la réalité, tenter de faire son propre chemin, seule, de trouver une place dans ce monde dont elle a été jusque-là protégée. J’ai trouvé qu’il était parfois difficile de suivre Pythias dans ses tentatives de trouver sa voie : prêtresse, sage-femme ou prostituée, on passe un peu trop vite d’une tentative à l’autre, sans forcément comprendre le cheminement de la jeune femme. C’est d’autant plus étonnant que, avant la mort d’Aristote, tout est plus explicite. A croire que l’auteur essaie de nous faire ressentir par ce biais les doutes qui saisissent son personnage. Mais ce n’était peut-être pas le meilleur moyen de les souligner.

Au bout du chemin, Pythias comprendra que les femmes ne sont peut-être pas aussi opprimées qu’elle le croit. A s’exercer discrètement, leur pouvoir existe pourtant bel et bien. A elle de s’entourer des bonnes personnes, de celles qui lui laisseront exprimer ses talents sans lui reprocher son statut de femme. Sa liberté, à être moins évidente, pourra toutefois s’exprimer, autrement.

La plume d’Annabel Lyon m’a rappelé celle de Leonor de Récondo dans son Pietra Viva. Un style moderne propre a évoqué les riches heures d’antan, celles qui sont le creuset de notre monde moderne, celles qui ont nourri et construit notre vision actuelle du monde. On sent la chaleur de l’été grec, le sable sous les pieds, la fraicheur des temples, l’importance des déesses, la fragilité des êtres, leur quête de transcendance. Il me manque maintenant l’aspect masculin de ce tableau sur l’Antiquité grecque. Ce deuxième volet qui permettrait avec ce roman de former un tout. D’où le besoin que je ressens de découvrir Le juste milieu, qui semble décrire le quotidien des hommes, en se basant sur le personnage peu ordinaire du futur Alexandre le Grand. En dehors de ce sentiment d'incomplétude que j'ai ressenti, ce roman est vraiment intéressant et riche en découvertes sur un temps assez rarement utilisé en littérature.

Merci à Livraddict et aux éditions de La Table Ronde pour ce partenariat.


Aristote, mon père d'Annabel Lyon
Traduit par David Fauquemberg
La table ronde
Août 2014

13 août 2014

Mister Babadook, de Jennifer Kent

Film australien de Jennifer Kent, sorti le 30 juillet 2014, avec Essie Davis, Noah Wiseman et Daniel Henshall.

L'histoire : Depuis la mort brutale de son mari, Amelia lutte pour ramener à la raison son fils de 6 ans, Samuel, devenu complètement incontrôlable et qu'elle n'arrive pas à aimer. Quand un livre de contes intitulé 'Mister Babadook' se retrouve mystérieusement dans leur maison, Samuel est convaincu que le 'Babadook' est la créature qui hante ses cauchemars. Ses visions prennent alors une tournure démesurée, il devient de plus en plus imprévisible et violent. Amelia commence peu à peu à sentir une présence malveillante autour d’elle et réalise que les avertissements de Samuel ne sont peut-être pas que des hallucinations... 

Mon avis :  Une envie d'aller au ciné, un billet de Cachou sur ce film, se dire "un film d'horreur, tiens, ça fait longtemps" et voilà comment je me retrouve dans une salle obscure à visionner Mister Babadook. Mon billet risque d’être très court car je suis totalement d’accord avec tout ce que dit Cachou sur ce film, qui aura obtenu beaucoup de récompenses au festival de Gérardmer de cette année, notamment le prix du jury.

Voilà 6 ans que Amelia a perdu son mari dans un accident de voiture, alors qu’il l’emenait à la maternité pour accoucher de son fils Samuel. Voilà 6 ans que cette mère courage élève seule son enfant, à la fois le meilleur d’elle-même, sa chair et son sang, mais aussi le pire. L’anniversaire de son fils correspond à la mort de son mari. Difficile d’oublier et d’avancer dans ces conditions. D’autant que Samuel est perturbé par des terreurs nocturnes qui ne laissent aucun répit à sa mère et l’empêche de faire une seule nuit complète. Image même de la mère courageuse, Amelia va peu à peu être poussée à la limite de la folie et de l’infanticide.

Samuel est une véritable horreur à lui tout seul : stressé, stressant, hyperactif, bruyant, agressif… Jennifer Kent dresse, au travers de la relation mère-fils, une réflexion sur la maternité : ce petit être tellement chéri qui dévore sa propre mère. Elle l’aime mais elle le hait et n’en peut plus. À toujours faire passer les besoins de son fils avant les siens, Amelia est au bout du rouleau. Forcément, on pense à un Rosemary’s Baby et je me suis demandée si tout ceci n’était pas une simple création mentale de la mère, victime de stress post-traumatique mâtiné de baby blues. Ou bien est-ce le pouvoir de Samuel que de concrétiser ses peurs les plus atroces ? Fan de magie, Samuel possède un costume qui n’est pas sans rappeler la parure de Bababook : cape, doigts effilés, chapeau,… seule la couleur les distingue.

La maison elle-même est un personnage à part entière. Glauque à souhait, elle est pleine de recoins, vieille et grinçante, sombre, propice aux cachettes. Et le lieu de scènes étranges comme ce repas en famille, glacial, où le fils et la mère se font face et mangent en silence dans une cuisine assez dénudée.

Toute la première partie est vraiment bien construite. La peur s’installe petit à petit. Si à mon âge je sais bien qu’aucun monstre ne se cache sous le lit, l’ambiance sombre et les terreurs nocturnes de l’enfant me poussais cependant à craindre ce que j’allais voir lorsque Amelia ouvrait les placards. J’ai passé une bonne partie du film recroquevillée dans mon siège, la tête de côté, la main devant la bouche, tellement l’angoisse montait au fur et à mesure. Les références sont classiques et ultra connues (Rosemary’s Baby ou Candyman avec son méchant dont la simple répétition du nom suffit à le matérialiser, L'exorciste aussi sur la fin), mais la mise en scène est plutôt habile : pas d’effets spéciaux, un minimalisme plutôt bienvenu, notamment avec l’astuce de ce livre popup qui donne une réalité au monstre sans trop en montrer. L’angoisse augmente sans que le spectateur ne voie rien, ne subisse rien. Il entend au travers de la porte, il regarde dans les coins en même temps que la mère et l’enfant, il sent une présence sans pouvoir l’identifier.

Dommage que la fin vienne presque ruiner l’ensemble. Dès que Babadook prend forme, les choses se gâtent. Comme souvent, la suggestion fonctionne bien mieux que la matérialisation. Jusqu’à la scène finale en trop, apothéose qui vient gâcher ce qui était jusqu’alors un pari réussi par une vraie justesse.

09 août 2014

Exposition : Motion Factory


Rappelez-vous, j’avais été très déçue par l’exposition Pixar : 25 ans d’animation au musée d’Art ludique qui manquait trop à mon sens d’explication sur la conception des films de la célèbre firme. Du coup, quand j’ai vu la présentation de l’exposition Motion Factory à la Gaïté Lyrique, je n’ai pas hésité.

Autant vous le dire tout de suite, l’exposition ne déçoit pas, elle est vraiment très intéressante. Par contre, il faut du temps si vous voulez tout voir. Arrivées vers 18h30, nous avons fait la fermeture de 20h et nous avons dû choisir sur la fin plutôt qu’être exhaustives.

Étapes de construction de la CaméraUsine
La première œuvre présentée, qui correspond à ce qu’on peut voir sur l’affiche de l’exposition, est la caméra-usine réalisée par Kyle Bean. Derrière, le visiteur découvre le processus de création de cet objet (d’art ?) et annonce du coup le fil conducteur de la visite qui commence.

Dessins pour un film d'animation
À travers les réalisations de 15 équipes, l’exposition explore les procédés utilisés pour arriver au résultat, qu’il s’agisse d’un long ou d’un court-métrage, d’une publicité ou d’un clip. Le visiteur peut à la fois observer, dans l’ordre qu’il veut, le film d’animation produit et le making of, ainsi que des croquis, des maquettes, des figurines en matières très diverses : laine, bois, pâte à modelé, papier… Il faut bien sûr y combiner les jeux de lumière et d’échelle, parfois un surplus numérique...

Storyboard des images prises pour le film d'animation
24 images sont nécessaires pour produire une seconde de film et il faut compter une journée pour produire entre 2 et 3 secondes. On imagine dès lors le travail colossal que représente la production d’un film comme Wallace et Gromit.
Écran montrant tous les plans du plateau et la succession des photographies

Ce qui m’aura le plus impressionnée c’est certainement l’atelier KinoFactory qui propose un plateau de tournage permanent. On peut regarder, poser des question voire participer à la réalisation du film d’animation en stop motion. Le résultat est ensuite projeté en continu par les visiteurs suivants. Bouger d’un milli-chouilla tel personnage avant de faire la photo, puis bouger davantage pour accélérer son mouvement… bref, le séquençage de ce qui donne le mouvement réaliste d’un personnage est une science et relève du travail d’un vrai professionnel.

Figurines d'un film d'animation
Maquette pour un film d'animation

On comprend dès lors que l’animation soit un art à part entière, méritant une grande patience. Et surtout, je suis ressortie en visualisant un peu mieux comment les choses étaient faites !

Informations utiles :

Du 24 avril au 10 août 2014 (il ne reste plus que 2 jours, foncez-y !)
Du mardi au samedi, de 14h à 20h, et de 12h à 18h le dimanche. Nocturne le mardi jusqu’à 22h.

La Gaïté Lyrique 
3 bis rue Papin 
75003 Paris 
Tel : 01 53 01 52 00

Tarif normal : 7.50€ Tarif réduit : 5.50€

Site de la Gaïté Lyrique ici

06 août 2014

La proie des ombres [John Connolly]

L'auteur : John Connolly est un romancier irlandais né à Dublin en 1968. Après avoir quitté le lycée, il travaille pour un journal local et mène des études d'anglais et de journalisme à l'université de Dublin. Il écrit par la suite dans le Sunday Tribune et le Sunday Press, puis à plein temps pour l'Irish Times, avant de délaisser le journalisme pour écrire ses livres.

L'histoire : Cinq ans que le docteur Daniel Clay, pédopsychiatre à la réputation trouble, n'a plus donné signe de vie. Comment expliquer que les enfants ayant subi des abus sexuels qu'il suivait retombaient invariablement dans l'enfer du viol ? Quelle horrible réalité se cache derrière le témoignage énigmatique fait par les victimes : un vieux clocher, des hommes à têtes d'oiseaux ? Autant de questions auxquelles le privé Charlie Parker doit répondre, et vite. Car un père en deuil, ex-tueur à gages, compte bien faire justice lui-même. Aveuglément.
Quand les rapaces deviennent les proies, difficile de distinguer le bien du mal : dans les forêts profondes où le conduira cette course-poursuite, Parker devra faire l'apprentissage de la pitié. Et peut-être, enfin, faire taire ces voix qui chuchotent dans la nuit…

Mon avis : Je dois commencer en vous disant que cela fait plus de 5 ans que j’ai ce roman dans ma PAL, d’après la date que j'ai écrite au crayon sur la première page. Et je n’ai pas la moindre idée de comment il y est arrivé. Il était donc largement temps de l’en sortir !

Ce titre est le 6e de la saga Charlie Parker mais, dans l’ensemble, rien n’empêche de débuter par lui. Le personnage de Parker fait bien quelques références à son passé, des personnages qu’il semble avoir déjà croisés ressurgissent bien, et le lecteur se doute que leur psychologie a évolué, mais cela est fait par l’auteur avec suffisamment de légèreté pour ne pas gêner la lecture.

Bon, parlons de l’histoire maintenant. Elle est glauque et dans la veine de ces thrillers américains qu’on trouve à foison. La fille d’un pédopsychiatre disparu depuis 5 ans est harcelée. Elle fait appel à Charlie Parker, ex-flic et détective privé, pour régler le problème. Mais le harceleur cherche sa fille, que le docteur disparu aurait suivie. Il n’entend donc pas abandonner. En creusant, Parker va tomber sur une grosse affaire de pédophilie, et aborder sur les rives de l’horreur.

C’est bien écrit, indubitablement, puisque je me suis enfilée les presque 600 pages rapidement sans broncher. Pas très original dans la construction, en dehors d’un aspect fantastique donné par petites touches au récit, qui ne m’ont d’ailleurs pas convaincue : le détective, ainsi que quelques autres personnages, voient des fantômes, êtres sombres et glaçants, qui les accompagnent dans leurs tourments. Parker se retrouve aux prises avec son passé et ses remords. S’il ne veut pas se poser un justicier, un désir farouche de vengeance le tient. Il refuse de tourner la page, de s’apaiser et de donner une chance à sa deuxième famille. Quelques touches d’humour aussi sont bienvenues pour alléger un tout petit peu l’atmosphère pesante de l’affaire et décelables notamment dans les dialogues entre Parker et Merrick, ou avec les deux anges gardiens que le détective appelle à sa rescousse, Louis et Angel (si on peut dire, car sans que tous les détails ne soient donnés dans ce tome, le lecteur comprend bien qu’il ne s’agit pas d’enfants de chœur).

Sachant que l’auteur est Irlandais, je me demande pourquoi il situe l’action aux États-Unis. J’ai un peu l’impression que, comme pour un Maxime Chattam, il s’agit surtout de trouver un moyen de vendre outre-Atlantique. Alors qu’à mes yeux, cela aurait apporté une toute autre saveur de situer le récit en Irlande.

Pas très original donc, mais efficace. Un bon roman de vacances pour ne pas se prendre la tête. Une lecture agréable qui ne me laissera guère de souvenir d’ici quelques temps.

La proie des ombres, de John Connolly
Traduit par Jacques Martinache
Pocket
Février 2009

02 août 2014

Ainsi naissent les fantômes [Lisa Tuttle]

L'auteur : Née en septembre 1952, Lisa Tuttle est une écrivaine américaine de romans d'horreur et de fantastique. Féministe convaincue, elle a rédigé un ouvrage sur le sujet. Elle est assez peu traduite en français alors que reconnue comme produisant une œuvre d'importance. Elle a notamment travaillé avec G.R.R Martin. Ce recueil de sept textes a reçu le Grand Prix de l'Imaginaire en 2012.

L'histoire : Une petite fille séquestrée par un pervers parvient à lui échapper, mais personne ne la croit. Pour enfin parvenir à écrire, une femme s'aménage un bureau dans une pièce qui n'existe pas. Une génération entière d'enfants est dans l'incapacité d'apprendre à parler. Un homme féru d'alchimie fait un bébé d'un genre particulier à sa maîtresse. Une gravure mystérieuse semble surgie de nulle part. Sans trop savoir pourquoi, une étrange jeune femme, obnubilée par les dragons, refuse de se rendre en Angleterre. Une dame de quatre-vingt-seize ans se meurt paisiblement sur un lit d'hôpital à Houston, en pensant à son bon ami, le vieux M. Boudreaux.

Mon avis : Ce qui frappe dans ce recueil de nouvelles, et comme beaucoup d'autres lecteurs ont déjà pu le faire remarquer, c’est le cadre de la vie quotidienne que prend chacune, à l’exception peut-être de la première, qui reste assez à part, je trouve. On suit une femme dans sa volonté de se dégager du temps pour écrire son roman, ou bien un couple qui s’inquiète pour son enfant handicapé, ou encore une jeune femme tombée enceinte de son amant. Toutes ces histoires se situent dans un décor de foyer dans lequel le fantastique va survenir par un détail. La question pour le lecteur est de trouver ce détail qui représente la clé de lecture. Parfois, il n’est donné qu’à la toute fin du texte, ce qui fait que le lecteur doit se remémorer et le comprendre dans une perspective totalement différente. D’autres fois, il est bien donné dès le début mais le lecteur n’est pas à même de juger de son importance et de ses conséquences.

Ce côté familier, on le retrouve également sur deux autres points. D’abord sur la notion de corps (quoi de plus familier), chaque histoire se rapportant au corps de la femme, à sa sexualité ou à une grossesse. Et aussi dans l’histoire elle-même qui est racontée : rien de très novateur pour toute personne ayant déjà lu du fantastique ou faisant des cauchemars. Du coup, certains verront bien vite venir la conclusion quand d’autres seront plus étonnés, en fonction du vécu de chacun, mais tous auront un sentiment perturbant d’univers familier dans lequel quelque chose cloche.

Personnellement, j’ai eu plus du mal à apprécier ma lecture lorsque le fantastique était trop facilement accepté par le personnage principal. Typiquement, j’ai beaucoup aimé la découverte d’une pièce à soi dans L’heure en plus mais eu beaucoup plus de mal à me sentir concernée par les déboires de Bess dans Ma pathologie tellement elle ne se pose pas de question sur la santé mentale de son amant qui recherche la pierre philosophale. Et je me dis que, là encore, le format nouvelle me dérange : j’imagine que le point de bascule entre la rationalité de Bess et ce qui confine à la folie ou à l’endoctrinement serait amené de façon plus subtile dans un récit plus long. Souvent, lorsque le fantastique prend la place après être apparu de façon plus progressive, les personnages semblent plus enclins à l’accepter. Mais la temporalité du progressif du personnage n’est pas la mienne et cela créé un décalage dans ce phénomène d’acceptation. En tant que lectrice, et en plus assez sceptique, je ne suis pas embarquée.

Pour le reste, les ambiances sont très variées d’une nouvelle à l’autre : le lecteur passe du soulagement à l’horreur, de l’étonnement à la compréhension, parfois au malaise voire à l’horreur. Dans l’ensemble, je reconnais la qualité des idées à la base de chaque nouvelle mais j’adhère moins à l’exploitation qui en est faite. Peut-être encore une fois à cause du format qui décidément ne me convient pas.

Ainsi naissent les fantômes, de Lisa Tuttle
Traduit par Mélanie Fazi
Folio
Mai 2014

29 juillet 2014

Le braconnier du lac perdu [Peter May]

À peine deux mois après ma lecture du deuxième volet de la trilogie de Lewis, je n'ai pu m'empêcher de lire le dernier tome, Le braconnier du lac perdu, de Peter May.

L'histoire : Depuis qu'il a quitté la police, Fin Macleod vit sur son île natale des Hébrides, à l'ouest de l'Écosse. Engagé pour pourchasser les braconniers qui pillent les eaux sauvages des domaines de pêche, il se trouve confronté à Whistler, son ami de jeunesse qui vit désormais comme un vagabond, privé de la garde de sa fille unique. Alors qu'ils viennent de traverser ensemble une nuit d'orage, ils découvrent l'épave d'un avion abritée depuis dix-sept ans par un lac. L'appareil, qu'on avait cru abîmé en mer, recèle le corps d'un homme assassiné.

Opus final de la trilogie de Lewis, Le Braconnier du lac perdu en est aussi le plus apocalyptique. Tandis que ressurgissent les démons enfouis et que les insulaires affrontent une nature dévastatrice, l'heure des comptes a sonné et les damnés viennent réclamer leur lot de victimes.

Mon avis : Je m’en doutais ! Je savais bien que je quitterais Fin à regret juste avant de commencer ce dernier tome de la trilogie de Lewis. Il faut dire que je me suis passablement attachée à lui, aux autres personnages de l’île, à l’ambiance que décrit si bien Peter May.

Cette fois, point d’encrage historique. On retrouve l’alternance des époques de la vie de Fin, entre sa vie de jeune roadie pour un groupe de rock celtique il y a près de 20 ans et l’enquête à l’époque actuelle pour trouver le meurtrier de la star de ce même groupe. Le lecteur tente avec plaisir de déceler les démons du passé qui font porter leurs ombres jusque dans le présent.

Par contre, le récit n’a plus de facette « documentaire » comme dans les deux premiers tomes où nous apprenions beaucoup sur la population de l’île de Lewis. Exception faite de cette histoire de figurines trouvées sur l’île, qui est véridique et très intéressante.

Figurines de Lewis (source)
Encore une fois, bien plus qu’un simple policier, c’est un roman d’ambiance qu’écrit ici l’auteur. Le style est fluide, les mots justes. Petit bémol peut être pour la conclusion du drame qu’a connu Fin et qui est à l’origine de son arrivée sur son île natale : cela sonne un peu trop comme une façon artificielle de mettre un point final à la trilogie. C’est surement parce que j’aimerais, comme beaucoup, pouvoir espérer une suite (d'ailleurs l'auteur ne nous a pas révélé qui sont les braconniers !), même si je reconnais aussi qu'il ne faudrait pas en faire une dizaine de tomes au risque de dénaturer ce qui fait le charme de cette série.

En bref, une lecture que je recommande à tous !


Le braconnier du lac perdu, de Peter May
Traduit de l'anglais par Jean-René Dastugue
Babel
Janvier 2014

25 juillet 2014

Cathédrale Notre Dame de Paris

Plus d'un an après vous avoir proposé un premier billet sur la Cathédrale Notre Dame de Paris, et une photo sous la grisaille, je ne peux résister à l'envie de vous reproposer un billet sur cet édifice, mais sous un grand soleil cette fois-ci, et avec des vues depuis l'arrière.

Façade de la Cathédrale Notre Dame de Paris

Vue sur la Cathédrale Notre Dame de Paris depuis le square Jean XXIII

Vue sur la Cathédrale Notre Dame de Paris depuis le pont de l'Archevêché au dessus de la Seine

21 juillet 2014

L'homme qui marchait sur la lune [Howard McCord]

L'auteur : Né en 1932, ancien professeur à l'université, Howard McCord est un auteur américain. Auteur de nombreux recueils de poésie et récits, L'homme qui marchait sur la lune est son unique roman.

L'histoire : Qui est William Gasper, cet homme qui depuis cinq ans arpente inlassablement la Lune, une "montagne de nulle part" en plein coeur du Nevada ? De ce marcheur solitaire, nul ne sait rien. Est-il un ascète, un promeneur mystique, un fugitif ? Tandis qu'il poursuit son ascension, ponctuée de souvenirs réels ou imaginaires, son passé s'éclaire peu à peu : ancien tueur professionnel pour le compte de l'armée américaine, il s'est fait de nombreux ennemis. Parmi lesquels, peut-être, cet homme qui le suit sur la Lune ? Entre Gasper et son poursuivant s'engage alors un jeu du chat et de la souris.

Mon avis : Il faut que je vous dise. A mon boulot, j'ai un chef qui aime lire. Alors forcément, nous parlons souvent livres. Et comme il est fan de la maison Gallmeister, il m'en conseille souvent certains titres. Il a tellement insisté sur ce petit livre-ci, que je n'ai pu résister et le lire dans la foulée.

Le problème c’est que je ne me sens pas particulièrement attirée par le nature writing. Et, sans vouloir résumer ce genre à ce seul livre, après ma lecture, je continue à penser que ce n’est pas fait pour moi.

Le narrateur, William Gasper, est un être solitaire. Il connait par cœur la Lune, cette montagne située dans le Névada, qu’il a arpenté à de nombreuses reprises depuis 5 ans. Il y marche encore une fois et nous raconte qu’il se sent suivi, par une femme et un homme, tous les deux armés et dangereux. Entre deux descriptions de sa marche et de son environnement, des digressions nous donnent à voir de petits bouts de sa vie. Souvenirs réels ou imaginaires ? Le lecteur ne saura jamais vraiment. Il n’empêche que bien vite, la santé mentale du personnage est questionnée. Il n’est pas un simple marcheur, un peu baba cool. Il a été un assassin professionnel. Il sait survivre en milieu hostile, y prend même du plaisir, se contente de peu. Et pourtant, il voit Cerridwen, déesse galloise de la mort et de la fertilité et un homme qu’il identifie comme son serviteur et qu’il appelle le chat Palug.

Entre roman naturaliste, conte philosophico-lyrique, polar, ce livre ne se limite à aucune case. Bourré de références bien qu'autodidacte, Gasper s’appuie dans son récit aussi bien sur la mythologie, la philosophie de Kierkegaard ou les valeurs morales d’une société prête à condamner un meurtre qu’elle peut justifier par ailleurs quand ça l’arrange. L’homme est un nihiliste.

Le style d’Howard McCord est un savant mélange d’horreur et de poésie. Mais j’avoue avoir été davantage intéressée par les souvenirs de William Gasper, qui semblent les éléments les plus réels du récit, que par la description de sa marche sur cette montagne et de ses sensations, déstabilisantes pour le lecteur, lorsqu'il observe ses poursuivants.

Enfin, j’ai eu l’impression d’un récit sans queue ni tête. Si j’aime parfois me laisser porter et surprendre par un récit, j’aime aussi réussir à reconstituer une trame. C’est ce qui me manque ici. Je ne sais pas pourquoi l’histoire se termine ainsi, ni pourquoi Gasper nous a convié dans sa tête à cet instant de sa vie. Est-il fou ? Qui est cette femme ? J’accepte parfois de rester sans réponse à toutes les questions que je me pose lors d’une lecture mais il faut tout de même que je comprenne un minimum du récit proposé par l’auteur. Ce n’est pas le cas ici, et, du coup, si je reconnais l’originalité dérangeante de l’œuvre, je ne suis certaine de vite l’oublier.


L'homme qui marchait sur la lune, de Howard McCord
Traduit par Jacques Mailhos
Gallmeister
Mars 2011