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19 janvier 2018

Islande #3 : la région de Myvatn

C'est parti pour la suite de notre découverte de l'Islande. Cette fois, je vous entraine dans la région de Myvatn, littéralement le lac aux mouches. Elles grouillent dès qu'on entre dans cette région, de tout petits moucherons qui envahissent les demeures et les voitures. On découvre certains touristes avec une moustiquaire sur la casquette, ce qui est assez amusant, jusqu'à ce que vous commenciez vous aussi à agiter vos mains dans tous les sens pour vous débarrasser des agaçants insectes.

Peu importe, le paysage reste splendide. Le sous-sol est bouillonnant et le lac, déclaré zone protégée attire autour de ses eaux paisibles des milliers d'oiseaux qui trouvent une nourriture facile avec tous les insectes présents.






Dimmuborgir, littéralement "les châteaux noirs". C'est le nom d'un groupe de musique norvégien, certes, mais aussi le nom d'un site présentant une multitude de colonnes de lave vieilles de 2000 ans qui s'élèvent jusqu'à 20m de haut.





Créé lors d'une éruption il y a 2500 ans, le cratère de Hverfell est un cône de tephra, c’est-à-dire d'éboulis volcaniques. Il faut monter un sentier abrupt pour distinguer son cœur, d'un diamètre d'1km. De là-haut, une vue sur la région s'offre à vous et les retombées des éruptions vous apparaissent.


Le lendemain, direction la côte Nord pour arriver à Húsavík, petite ville qui vit autour de son port de pêche. De là partent les bateaux qui vous emmène voir les baleines en pleine mer. On annonce 99% de chances d'apercevoir des cétacés : baleines à bosse et baleines de Minke furent au rendez-vous.




En redescendant vers Myvatn, on passe par le parc de Jökulsárgljúfur qui se situe près des chutes de Detifoss, puisque c'est le même fleuve qu'on y trouve. Ce parc a été formé par un événement rare : l'éruption d'un volcan directement sous un fleuve. On voit la violence de cet épisode dans les structures hallucinantes qu'on croise lors d'une randonnée à Hljoðaklettar, notamment la Krikjan que vous pouvez voir plus bas, d'une hauteur impressionnante. Notez que les colonnes de basalte sont horizontales et non verticales comme à l'accoutumée.








La puissance de la nature à l'état pur, on la découvre à Dettifoss. Pourtant peu haute, seulement 44 mètres, et large de 100 mètres, elle déverse pourtant 193 m3 par seconde, s'il vous plait ! Ça fait une écume repérable de loin.


Partout dans la région, une odeur de soufre vous titille les narines. À Hverarönd peut-être plus qu'ailleurs. Des marmites de boue et des évents entre lesquels les visiteurs peuvent circuler vous surprennent et l'argile multicolore est spectaculaire.







Vers 1975, la région est secouée par de violents tremblements de terre. Le mont Krafla manifeste sa colère pendant plusieurs années et des secousses se produisent encore aujourd'hui, même si elles ne sont plus humainement ressenties. L'activité souterraine reste importante et les volcanologues s'attendent à une nouvelle colère à tout moment.Une centrale géothermique a été installée dans la zone volcanique en 1973. Un réservoir de magma est caché à une profondeur de 3 à 8 km. Et les fumerolles qui s'aperçoivent de loin sont spectaculaires.




Prochain billet : excursion à Askja !

17 janvier 2018

Le beau voyage [Zidrou & Benoit Springer]

Les auteurs : Zidrou n'a plus à être présenté sur ce blog, la plus récente lecture remontant à la fin de l'année dernière avec Les folies Bergère en collaboration avec Porcel. Ici, c'est avec Benoit Springer aux crayons qu'il collabore, un illustrateur mais également auteur lui-même de bandes dessinées.

L'histoire : Comme Léa, chacun de nous voyage avec, dans ses bagages, son souvenir préféré, son numéro 1. On le gonfle de temps en temps, à la manière d'une bouée, pour s'aider à rester à la surface de la vie. Chacun a également, dans ses poches, un souvenir lourd comme une poignée de cailloux, un souvenir qui l'entraine au fond de la piscine. Qui a dit que la vie était un "beau voyage" ? 

Mon avis : Un album de Zidrou, c'est forcément une belle histoire. Mais "belle" ne veut pas dire "marrante", loin de là. Typiquement, ici, fiouuuuu, il faut s'accrocher et ne surtout pas entamer cette lecture un jour de petite déprime.

Ce qui fait le charme des histoires de Zidrou, c'est que ce sont de vrais instants de vie. Il y a du vécu sans que ça tourne pour autant au pathos. Ici, l'auteur aborde le sujet du deuil qui peut prendre des facettes multiples : celle d'un parent avec qui Léa ne s'est jamais entendu, ou qu'elle a si peu connu ; celle d'une vie qui n'est pas telle qu'elle l'imaginait, poussée par son besoin de reconnaissance dans une carrière médiatique qui lui ressemble peut être moins qu'elle ne l'imagine... Léa est un personnage complexe qui se livre petit à petit, dont les secrets et non-dits familiaux ont façonné la personnalité. Le deuil qu'elle subit avec la perte brutale de son père fera exploser tout son petit monde bien plus qu'elle ne le laisse voir.

Seul le lecteur, témoin de ses flashbacks, va comprendre ce qui a construit Léa telle qu'elle est aujourd'hui. Et c'est là que ça se corse un peu : Zidrou en rajoute peut être un peu trop à mon goût, il charge la barque sans réel intérêt. Je comprends bien que tout est lié, mais j'ai eu l'impression que certains n'étaient là que dans la surenchère et non pour être réellement creusé : la carrière médiatique de Léa ou encore les circonstances de sa rencontre avec l'autre Léa par exemple.
Planche Un beau voyage
Un bon dessin aurait pu sauver cette impression, sauf que je n'ai pas du tout aimé le dessin de Springer. Je l'ai même trouvé franchement laid. Il m'a laissé en dehors de l'histoire. Comme celle-ci est déjà passablement chargée, rendant difficile la crédibilité de tout ce qui est arrivé à Léa, un dessin plus impliquant aurait pu faire des merveilles, ce qui n'est pas du tout le cas ici.

Une déception donc que cette lecture qui, sur la trame, aurait pourtant pu me séduire. Sur des sujets tout aussi graves, Zidrou a su faire bien mieux avec Pendant que le roi de Prusse faisait la guerre, qui donc lui reprisait ses chaussettes ?

Un beau voyage, de Zidrou et Benoit Springer
Éditions Dargaud
Janvier 2013

15 janvier 2018

Le professeur [Charlotte Brontë]

Je vous parlais en 2010 d'une lecture qui m'a énormément marquée étant jeune, Jane Eyre de Charlotte Brontë. Après avoir découvert les écrits de sa sœur Anne, puis relu Les hauts de Hurlevent d'Emily, je me lance maintenant à la découverte des autres romans de Charlotte, en commençant par son premier roman publié à titre posthume, Le professeur.

L'histoire : Orphelin depuis l’enfance, William Crimsworth étudie dans la prestigieuse école d’Eton, grâce à l’aide financière de sa famille.

À la fin de ses études, il rejoint son frère aîné Edward, qui mène carrière dans l’industrie. Mais les deux frères ne s’entendent pas : victime du caractère irascible d’Edward, William choisit de s’exiler en Belgique. Une nouvelle vie s’offre à lui dans un pensionnat pour garçons à Bruxelles, où il devient professeur d’anglais.

Mon avis : C’est avec bonheur que je me suis plongée dans ce roman et que j’ai retrouvé les tournures de phrase et le style que j’aime chez Charlotte Brontë. Elle sait comme personne décrire les passages les plus sensibles des liens que tissent entre deux protagonistes, comme par hasard, au fur et à mesure. Le professeur est fortement inspiré par son expérience personnelle, puisqu’elle et Emily sont allées étudier dans un pensionnat de Belgique, où elle semble avoir puisé l’inspiration et appris énormément. Sauf que ça donne ici un premier roman raté.

On frôle souvent l’ennui voire l’agacement à cette lecture. D’abord, par le personnage de William, d’une grande froideur alors qu’étant le narrateur du récit, c’est à lui d’apporter de la vie et de l’émotion. Sauf qu’à vouloir le décrire absolument comme intègre et honnête au milieu d’êtres viles et corrompus, il en devient terriblement rigide. Son penchant pour sa jeune élève se poursuit sans qu’on ne sente chez lui poindre de vrais sentiments. Charlotte Brontë semble bien en peine de les mettre en mots alors qu’elle excelle déjà à rendre ceux de son élève avec une simple histoire couchée sur papier ! William geint, se plaint tout en disant ne pas vouloir le faire. Il ne veut rien devoir à personne mais dépend fortement d’autrui puisqu’il n’a ni esprit d’initiative ni commencement de financement pour se lancer dans le monde. Pourtant, ce n’est pas la reconnaissance envers son bienfaiteur qui l’étouffe ! Et quel regard critique et sombre il porte sur les étrangers, alors que ce sont eux qui lui offrent l’opportunité qu’il n’a pu avoir sur son sol natal !

Et puis la construction même du roman ne va pas. C’est certainement un roman de formation puisqu’on commence l’histoire avec un jeune homme tout juste sorti de ses années d’études. Mais ce personnage ne change pas. Aucune tension ne tient le lecteur en haleine, aucune revendication particulière ne tend le récit. Est-ce aussi mon regard moderne qui me fait tiquer de voir un homme en position d’autorité s’attarder autant sur les détails des toilettes de ses élèves et de leur apparence ? Possible, mais j’ai trouvé ça presque malsain. En tout cas, on ne sent pas dans cette histoire la recherche de grandeur, la critique d’une société. À être trop ancré dans la réalité, l’ensemble est ennuyeux sans prise de recul qui donnerait la touche nécessaire intéressante. On ne ressent pas la passion qui devrait habiter les personnages, que ce soit dans la violence ou dans l’amour, dans la confrontation ou dans l’acceptation.

Bref, une lecture totalement dispensable à moins de ne devoir faire un mémoire sur l’auteur. On comprend mieux après pourquoi aucun éditeur ne l'avait accepté du vivant de l'auteur.

"Si les romanciers observaient consciencieusement la vie réelle, les peintures qu'ils nous donnent offriraient moins de ces effets de lumière et d'ombre qui produisent dans leurs tableaux des contrastes saisissants. Les personnages qu'ils nous présentent n'atteindraient presque jamais les hauteurs de l'extase et tomberaient moins souvent encore de l'abîme sans fond du désespoir : car il est rare de savourer la joie dans toute sa plénitude, plus rare peut-être de goûter l'âcre amertume d'une angoisse complètement désespérée."

Le professeur, de Charlotte Brontë
Éditions Bibebook pour Kindle

12 janvier 2018

Le crime de l'Orient Express, de Kenneth Branagh

Film américain de Kenneth Branagh, sorti le 13 décembre 2017, avec Kenneth Branagh, Johnny Depp et Michelle Pfeiffer.

L'histoire : Le luxe et le calme d'un voyage en Orient Express est soudainement bouleversé par un meurtre. Les 13 passagers sont tous suspects et le fameux détective Hercule Poirot se lance dans une course contre la montre pour identifier l'assassin, avant qu'il ne frappe à nouveau.

Mon avis : Visuellement, voici encore un film très  beau : les décors, les jeux de lumière et les couleurs, les paysages grandioses, tout contribue à mettre en valeur ce fabuleux train qu'est l'Orient Express. Le jeu des caméras est habile pour donner un peu de dynamisme à une histoire confinée dans un train à l'arrêt.

Ce qui me gêne le plus, c'est que Branagh n'a pas osé aller au bout de l'idée. Il navigue trop entre une adaptation exacte et ré-interprétation. Il se permet des entorses au récit d'origine mais ne pousse pas cet angle d'approche à fond. Certes, ça aurait été risqué, mais ça aurait pu donner quelque chose de vraiment novateur. Ici, tout est trop lisse.

Prenons l'idée de faire du détective à moustache un personnage plus actif tout autant que cérébral, par exemple. Pourquoi pas, mais autant dessiner le portrait d'un vrai homme d'action en assumant et exagérant. L’exagération est bien présente, mais mal dosée à mon goût. Les saillies en Français de Poirot sont peu crédibles et ridiculisent son personnage. Au lieu d'un homme dont la conception cartésienne du Monde est chamboulée, on assiste à des belles paroles sans grand intérêt. Les autres personnages ne sont pas plus intéressants. Et pourtant, nous avons là une belle brochette de stars, mais tous sont tellement grotesques qu'on ne croit pas en eux, ce qui casse l'effet de surprise lorsque les masques tombent sous les révélations de Poirot.

C'est beaucoup trop sage en fait. Au point que ça en devient même mou et que je me suis endormie au milieu du film. Bon, je connaissais le coupable, donc point de suspens pour moi, mais tout de même. Ce qui fait peur également, c'est l'ouverture possible à une suite en fin de séance, puisque le détective est appelé pour enquêter sur un meurtre commis sur le Nil. Pourvu que cela n'annonce pas une série !

10 janvier 2018

Le tour de valse [Denis Lapière & Rubén Pellejero]

Les auteurs : Né en août 1958 à Namur, Denis Lapière est un scénariste belge de bande dessinée. Il s'associe ici avec le dessinateur espagnol  Rubén Pellejero né en décembre 1952.

L'histoire : Vosto, le 14 juillet 1953.

Youlie, Seriojenka, mes chéris, mes chéris.

Vous me manquez beaucoup. Aujourd'hui, comme les autres jours, je porte de la tourbe volée pour mémère Grounia. Elle ne parle toujours pas des camps ni des prisonniers, mais je saurai la convaincre, croyez-moi. Parfois, dans ses regards muets, je lis une envie brûlante de dire, mais les mots ne lui sortent pas de la bouche, elle se méfie. Du reste, moi aussi. Il nous reste du chemin à parcourir. J'ai capturé un moustique - un gros, un de plus - pour le livre de papa. Ici, l'été, on dirait qu'il en naît dix sous chaque caillou.

La Sibérie est un pays carnivore.

Je vous embrasse.

Maman.

Mon avis : On reprend les billets BD du mercredi avec une histoire pas vraiment gaie. Direction l'URSS dans les années 50. Une femme a laissé ses deux enfants pour partir en Sibérie et tenter de retrouver son mari, déporté dans un goulag sous un prétexte fallacieux. C'est que la dénonciation va bon train, chacun s'espionne et la méfiance règne. Vitor, son mari, a connu les horreurs de la seconde guerre mondiale et en est revenu. Il a réussi à se construire une vie de famille avec Kalia. Mais rapidement, les déportations internes dans les goulags sont à leur apogée. Vitor est condamné à sept ans loin des siens. Il sera un zek jusqu'en 1953, à la mort de Staline, où la discipline sera petit à petit assouplie et les ordres de libération signés par Khrouchtchev.

C'est donc une famille somme toute ordinaire dont le destin est brisé par l'idéologie communiste alors toute puissante. Le scénario prend son temps et ne sombre pas dans l'horreur. Mais du coup, ça m'a semblé manquer de lignes de force, d'élément choc pour porter l'ensemble du récit.

Le tour de valse, planche
Le trait de crayon de Pellejero est appuyé, bon nombre de planches sont très sombres pour illustrer la dureté des conditions de vie. J'ai trouvé cependant le dessin moins bon pour rendre la panoplie des sentiments qui doivent envahir les protagonistes : peur, espoir, joie... j'ai eu l'impression que tout était rendu de la même façon.

Cet album illustre un moment sombre de l'Histoire, mais aussi une belle histoire de femme prête à tout pour retrouver l'homme qu'elle aime. Mais si j'ai apprécié l'aspect historique, je n'ai pas été vraiment embarquée dans le récit.

Le tour de valse, de Pellejero et Lapière
Éditions Dupuis, Aire libre
Octobre 2004

08 janvier 2018

Notre famille [Akhil Sharma]

L'auteur : Né en juillet 1971 à Delhi en Inde, Akhil Sharma a émigré à l'âge de 8 ans aux États-Unis. Il est professeur à l'université et Notre famille est son deuxième roman.

L'histoire : Ajay n'a pas dix ans lorsque sa famille quitte l'Inde pour s'installer aux États-Unis. Lui et son grand frère Birju découvrent émerveillés ce pays plein de promesses. Mais un drame va bouleverser toute la famille. Alors que Birju ne sera plus jamais le même, le père s'enfonce dans l'alcool, la mère dans le bigotisme et Ajay se réfugie dans la littérature. Dans l'ombre de son frère aîné, ce dernier reste seul à porter les espoirs de ses parents. Adolescent rêveur, tiraillé entre deux cultures, il va devoir lutter pour trouver sa voie - sans jamais oublier les siens.

Mon avis : Akhil Sharma livre ici un roman racontant les difficultés et la douleur d’une famille indienne immigrée aux États-Unis plongée dans la tragédie.

Toute la première partie du roman est consacrée à la question de l’immigration, en comparant la vie d’Ajay en Inde et son arrivée aux États-Unis. S’intégrer dans un pays d’adoption ne veut pas dire s’oublier, oublier qui on est ni d’où on vient, oublier son attachement à ses origines et ses traditions. Comment ne pas se renier tout en adaptant sa façon de vivre ? Comment faire sa place dans une société dont on ne comprend pas tous les codes ? Ne risque-t-on pas de créer un fossé entre la génération des parents et celles des enfants, plus adaptés ? Cette partie est intéressante et écrite avec une plume à la fois légère et drôle, malgré le sujet.

J’ai moins aimé la seconde partie, qui se dessine à partir de l’accident de Birju. Cet événement va complètement bouleverser la vie de cette famille et fait dévier le livre vers le drame intime. Le père ne sait pas gérer la situation et s’enferme dans l’alcoolisme. La mère se tourne vers ses traditions religieuses. Ajay ment à tout le monde et espère s’en sortir en étudiant. Ou cherche-t-il tout simplement à rendre à ses parents ce fils qu’ils ont perdu un jour d’été ? On nous décrit les difficultés d’une prise en charge médicale, les séances aux Alcooliques Anonymes, les concours d’entrées dans les grandes écoles, le racisme, les recours aux tribunaux… Ça part dans tous les sens, en fait. À tout évoquer, l’auteur s’éparpille et m’a un peu fatiguée. Ce corps immobile et silencieux de Birju est à la fois le point central de cette famille et la raison pour laquelle elle explose.

Il n’y a pas vraiment d’espoir dans ces lignes, on ne sait pas ce qu’Ajay va pouvoir devenir et il n’y a pas de perspective d’amélioration. C’est triste, mais c’est aussi surement le reflet des espoirs déçus d’un eldorado que beaucoup d’immigrés ont connu.

Merci Lili pour cette lecture en tout cas !

Notre famille, d'Akhil Sharma
Traduit par Paule Guivarch
Éditions 10/18
Août 2016

25 décembre 2017

Joyeuses fêtes de fin d'année 2017

Le moment est venu de prendre un peu de repos et de se ressourcer avant d'entamer la nouvelle année. Je vous quitte donc pour quelques jours et je vous souhaite à tous de très belles fêtes de fin d'année. On se retrouve en janvier !


22 décembre 2017

Exposition : Le verre, un Moyen-Âge inventif


En entrant dans la salle d'exposition, il ne faut pas rater la courte vidéo qui explique comment le verre est produit : à base de sable et de fondants, ces derniers variant entre la France (fougères et hêtres) et l'Italie/Moyen-Orient (salicorne), le tout chauffé à très haute température. C'est simple, didactique et important pour avoir les bases de compréhension.

Le verre exerce au Moyen-Âge une véritable fascination sur les hommes. Le miroitement des surfaces et la lumière filtrée sont une façon de rendre grâce à Dieu. 

La scénographie présente ensuite 3 sections. En premier le verre Architecture, c'est-à-dire celui des vitraux et des fenêtres. C'est celui qu'on connait le plus, devant lequel on a l'habitude de s'émerveiller dans les églises. Aux larges vitres d'époque romaine, succèdent les premiers vitraux au plomb (Ve - VIIe siècles), qui se rehaussent d'une peinture "grisaille" (IXe -Xe siècles). Mais les vitraux s'imposent avec la commande de l'abbé Suger pour Saint Denis, puis avec celle de Saint Louis pour la Sainte Chapelle. Au-delà de la matière, le vitrail exige également une technique de décor, celle des peintres-verriers.
Arbre de Jessé - Abbatiale de Saint Denis, 1140-1144 - La baie atteint 4 mètres de haut sur 2 mètres de large, et les figures se détachent sur un magnifique fond bleu, dit "bleu de Chartres" ou "verre saphir", spécifique au XIIe siècle.
Le verre de l'habitat civil évolue également, notamment avec le développement de la croisée. On garde bien évidemment la priorité à la transparence, à la circulation de la lumière et de l'air. Si les Italiens et les Allemands adoptent les cives, petits disques de verre, en France, en Hollande et en Espagne on préfère les petits losanges réalisés à partir de verre soufflé en plateau.

Fenêtre de losanges de verre, assemblés au plomb et retenus par des vergettes à l'intérieur d'un cadre en bois.

Puis vient la section des verres creux, ceux qui servent de contenant en tout genre : boisson, liquide médicaux, parfums... Le verre est longtemps considéré comme un élément de luxe, car sa cuisson, qui nécessite de monter à 1600 degrés, est dangereuse. Signe de richesse donc, on l'utilise à table comme contenant des boissons, et il s'orne de décor. J'ai été surprise par la pureté et la finesse extrême de certaines pièces, vraiment très belles. Bizarrement, on retrouve également les gobelets et coupes dans les tavernes

Verres à tige creuse, XIVe siècle
Puis les médecins s'en servent également : alambics et contenants pour les produits de la pharmacopée se répandent.

Alambic et casque de distillation - Empire germanique XVIe siècle


Livre des propriétés des choses de Barthélémy l'Anglais, XVe siècle et l'urinal en arrière-plan

Enfin, on termine avec le verre de précision, celui des lunettes, des miroirs ou des œuvres d'art. Pour ces dernières, le verre est pareil à une pierre précieuse. On parle de tableaux "églomisés" : il semble que l'artiste choisisse une plaque de verre, la plus plane possible, y colle au revers et au blanc d’œuf une feuille d'or qu'il incise ensuite à la pointe avant de recouvrir le tracé de couleurs à l'huile. Les lunettes, elles, progressent fortement : fini les loupes ; on insère dans des cercles de bois des lentilles de quartz ou de verre polis

Deux docteurs de l'Église, XIVe siècle - verre dit "églomisé" à feuille d'or appliquée au revers, gravée et peinte


Lunettes clouantes XVe siècle en os et verre altéré

Lunettes et leur étui, XVIe siècle en corne, verre et cuir
Une belle exposition, simple et efficace, qui vous en apprendra beaucoup. Et aussi l'occasion d'aller voir ou revoir la tapisserie de la Dame à la Licorne (billet à venir), compris dans le prix du billet d'entrée. N'hésitez donc pas à aller visiter le musée de Cluny, d'autant que ce sont les derniers jours.

Et merci à Elsa d'Arts & Stuffs qui m'a offert l'entrée !

Informations utiles :

Du 20 septembre 2017 au 08 janvier 2018
Du mercredi au lundi de 9h15 à 17h45
Musée de Cluny
6 place Paul Painlevé
75005 Paris
Tel : 01.53.73.78.00

Tarif : 9€
Tarif réduit : 7€

Site du Musée de Cluny ici