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24 février 2017

Tous en scène, de Garth Jennings

Film d'animation américain de Garth Jennings, sorti le 25 janvier 2017, avec les voix de Patrick Bruel et Laurent Gerra.

L'histoire : Buster Moon est un élégant koala qui dirige un grand théâtre, jadis illustre, mais aujourd’hui tombé en désuétude. Buster est un éternel optimiste, un peu bougon, qui aime son précieux théâtre au-delà de tout et serait prêt à tout pour le sauver. C’est alors qu’il trouve une chance en or pour redorer son blason tout en évitant la destruction de ses rêves et de toutes ses ambitions: une compétition mondiale de chant. Cinq candidats sont retenus pour ce défi: Une souris aussi séduisante que malhonnête, un jeune éléphant timide dévoré par le trac, une truie mère de famille débordée par ses 25 marcassins, un jeune gorille délinquant qui ne cherche qu’à échapper à sa famille, et une porc épic punk qui peine à se débarrasser de son petit ami à l’égo surdimensionné pour faire une carrière solo. Tout ce petit monde va venir chercher sur la scène de Buster l’opportunité qui pourra changer leur vie à jamais.

Mon avis : Voici la nouvelle production des studios Illumination, parents des Minions mondialement connus. Et ces studios commencent à concurrencer sérieusement les studios Pixar rachetés par Disney qui ont des difficultés à séduire depuis 2009 et Là-haut. Car ce film d'animation a tout pour plaire : il est bourré d'humour et de tendresse sans être niais. Et en plus, il s'appuie sur la fascination actuelle pour le monde musical et tout ce qui l'entoure, comme on peut le voir avec les télé-crochets à la sauce The Voice ou Qui a un incroyable talent.

L'histoire commence sur les chapeaux de roue : le spectateur est directement plongé dans le monde de Buster Moon, dirigeant d'un théâtre qui ne fait plus recette depuis bien longtemps. Les factures s'entassent et Buster doit louvoyer entre ces créanciers. Acculé, il finit par organiser le concours de la dernière chance, celui qui devrait lui permettre de renflouer ses caisses. Mais rien ne va se passer comme prévu. Dans l'aventure cependant, le spectateur sera bien diverti et amusé. D'autant que les musiques sont habilement choisies, de celles qui vous entrainent et vous invitent à hocher la tête et taper des pieds, dans un panel large qui va des crooners comme Sinatra à la pop actuelle. Et le film ne subit aucune baisse de régime, jonglant intelligemment avec les espoirs et les impératifs de chacun.

On pense clairement à la dernière production Disney qui vaille le coup, Zootopie, du fait de l'anthropomorphisme. Les personnages sont tous étonnants à leur façon, c'est un vrai régal de les voir évoluer. Et Buster Moon, qu'on pourrait facilement imaginer comme un être intéressé uniquement par l'argent est étonnamment à l'écoute des artistes qu'il découvre. Il est émerveillé par les prestations que lui offre Rosita, Ash, Meena ou Johnny. Beaucoup de personnages sont proposés, tous riches et enthousiasmants.

Un film que je conseille, plein de fougue et d'humour.

22 février 2017

Chroniques birmanes [Guy Delisle]

L'auteur : Né en janvier 1966, Guy Delisle est un auteur de bandes dessinées québecois.

L'histoire : Guy Delisle a suivi sa compagne durant 14 mois en Birmanie alors qu'elle y collaborait avec Médecins sans Frontières. Il raconte son expérience du pays, comment il a fini par apprivoiser son environnement, et petit à petit, comment il a découvert la réalité politique, sanitaire et sociale de ce pays dominé par une junte militaire, soutenue elle-même par de puissants groupes industriels.

Mon avis : Voici pas mal de temps maintenant que je croise Guy Delisle sur les blogs et dans la presse, et encore plus récemment avec la sortie de S'enfuir, récit d'un otage l'année dernière. En faisant ma liste de bandes dessinées à emprunter à la bibliothèque, j'ai donc assez naturellement pensé à cet auteur, et je me suis spontanément dirigée vers une de ces chroniques. Ce jour-là, ce sont les Chroniques birmanes qui ont croisées mon chemin.

Je ne savais pas forcément à quoi m'attendre mais j'ai été agréablement surprise du ton qu'emploie Guy Delisle : auteur de bandes dessinées, il suit sa femme qui travaille pour MSF et va raconter son quotidien : il reste très en retrait et se contente de constater les différences de culture, le climat qui l'assaille dès sa décente d'avion, les différentes formes que peuvent prendre la dictature, tout en promenant son fils nouveau né. On navigue entre désillusion et curiosité, jugeant très peu ce qui l'entoure, mais frustré de ne pas entrer en contact avec Aung San Suu Kyi à l'époque assignée à résidence par les autorités.

Son point de vue reste celui d'un occidental et on sent parfois affleurer la critique car les situations décrites ne sont pas toujours simples ni dénuées de danger. Il est à la fois un observateur privilégié, protégé par son statut d'étranger au sein d'une ONG, mais en même temps soumis à la surveillance des autorités.

Planche 128 de Chroniques birmanes de Guy Delisle
C'est aussi le microcosme des expatriés et des humanitaires que nous montre un peu l'auteur. Les arcanes et les jeux de pouvoir entre les différentes associations, pourquoi certaines acceptent les contraintes gouvernementales alors que d'autres jettent l'éponge, les aberrations auxquelles il faut faire face pour tenter d'atteindre au moins un peu le but premier fixé...

Un joli témoignage, totalement personnel mais qui jette un regard nouveau sur ce pays et qui m'a bigrement intéressée. J'ai dévoré ce pavé. L'auteur mêle savamment et intelligemment constatations géopolitiques et anecdotes culturelles plus légères, de quoi s'instruire avec plaisir. Je vais forcément emprunter une autre réalisation de Guy Delisle à la bibliothèque.


Chroniques birmanes, de Guy Delisle
Delcourt, collection Shampooing
Novembre 2007

20 février 2017

Qui a tué Roger Ackroyd ? [Pierre Bayard]

L'auteur : Né en 1954, Pierre Bayard est psychanalyste et professeur de littérature française. Il est connu pour ses essais autour de la littérature.

L'histoire : Même s'ils n'ont pas lu le chef-d’œuvre d'Agatha Christie, Le meurtre de Roger Ackroyd, de nombreux lecteurs, surtout parmi les amateurs de romans policiers, connaissent le procédé qui l'a rendu célèbre et croient pouvoir affirmer : l'assassin est le narrateur.

Mais est-ce si sûr ? Comment se fier à un texte où les contradictions abondent et qui s'organise autour d'un récit unique, celui du prétendu criminel ? Et qui peut dire qu'Hercule Poirot, dans son euphorie interprétative, ne s'est pas lourdement trompé, laissant le coupable impuni ?

Roman policier sur le roman policier, cet essai, tout en reprenant minutieusement l'enquête et ne démasquant le véritable assassin, s'inspire de l’œuvre d'Agatha Christie pour réfléchir sur ce qui constitue la limite et le risque de toute lecture : le délire d'interprétation.

Mon avis : Sur ma lancée de lecture d'essai avec L'affaire Arnolfini de Jean-Philippe Postel qui m'avait beaucoup plu, je me suis tournée vers Qui a tué Roger Ackroyd ?, intriguée par la mise en abyme d'un mystère au sein même d'un roman policier. C'est donc plutôt confiante que j'ai entamé ma lecture.

Le début est très intéressant : Pierre Bayard décrypte les techniques utilisées par Agatha Christie pour tromper son lecteur, tout en lui donnant toutes les clés de compréhension : détournement et déguisement, selon le principe de Van Dine, les deux fonctionnant ensemble. C'est le genre de décorticage que j'apprécie, même si il est toujours préférable d'avoir bien en tête le roman avant de s'y plonger. Au-delà de l’œuvre d'Agatha Christie, car l'auteur va chercher bien plus loin que le seul roman dont il est essentiellement question, c'est tout une réflexion sur la lecture et les rôles d'auteur et de lecteur.

J'avoue par contre que l'essayiste m'a perdue dans sa contre-enquête, c'est-à-dire dans les deux dernières partie, notamment avec des phrases comme celle-ci :
"Ce qui apparaît clairement ainsi, c'est que l'indice est moins un signe déjà présent qu'un signe qui se constitue après coup dans le mouvement herméneutique de l'interprétation, laquelle, en proposant un sens définitif, hiérarchise les données et construit à rebours une structure textuelle plausible." (p°97)
C'est le genre de phrase que je dois relire plusieurs fois pour tenter de la comprendre, sans être jamais certaine d'y arriver d'ailleurs. Ça a le don de me gâcher complètement une lecture. J'aurais pu me douter cependant, vu la profession de psychanalyste de l'auteur, que la lecture ne serait pas aussi aisée tout du long. De plus, je n'ai pas été convaincue par sa théorie. L'auteur me semble ici victime lui-même de son délire d'interprétation qu'il dénonce si fortement dans les paragraphes précédents. Il tient tellement à son effet de manche qu'il en oublie qu'aussi tentante que soit son idée, elle est forcément biaisée par l'angle de lecture sous lequel il nous la présente.

Si j'aime comprendre les mécanismes de conception d'un roman, je n'en reste pas moins une lectrice qui s'attache au plaisir ressenti à la lecture d'un texte. Parfois j'arrive à mettre des mots dessus, pas toujours correctement. Mais, à chercher à tout analyser, on perd trop à mon goût de cette notion essentielle qui fait le bonheur de tout lecteur. Un essai que je conseille donc à ceux qui, avertis, auront envie de s'y frotter, car cela reste intéressant.

Qui a tué Roger Ackroyd ?, de Pierre Bayard
Éditions de minuit
Novembre 2013

17 février 2017

L'éléphant la revue, numéro 17

Une fois n'est pas coutume, c'est d'une revue de culture générale dont je vais vous parler aujourd'hui. Je l'avais croisé sur plusieurs média différents et elle m'avait toujours intriguée. Grâce à Babelio et son partenariat avec Scrineo, j'ai pu la découvrir.

Lancée en 2013 par Jean-Paul Arif et Guénaëlle Le Solleu, L'éléphant est une revue trimestrielle au graphisme soigné, proche d'un livre avec ses 160 pages. Elle permet de compléter sa culture générale par le biais d'articles d'un ou plusieurs pages sur des sujets très divers : histoire, philosophie,  religion, politique, mathématique, arts en tout genre (littérature, musique, sculpture, peinture...)... et de tester ces nouvelles connaissances tout au long du parcours de lecture.

Les articles sont vraiment intéressants. Dans ce numéro j'ai en particulier été marquée par celui sur le jugement majoritaire comme système de vote, au milieu d'un dossier politique sur les élections présidentielles à venir, qui évoque assez largement le système de vote français donc mais aussi la fiabilité des sondages qui fait abondamment parler en ce moment. Même les sujets qui pourraient sembler ardus sont abordés intelligemment et simplement, avec même des touches d'humour bien trouvés (cf. les noms des candidats à la présidentielle donnés dans les exemples). Le but semble être de donner des premières clés de lecture pour qu'ensuite chacun, en fonction de ses centres d'intérêt, aille chercher des informations plus pointues.

Autre article intéressant, celui sur l'attention sous toutes ses formes, y compris les manques comme la cécité d'attention ou la cécité au changement, le syndrome du banquet ou l'effet cocktail party. Ce sont des phénomènes fascinants encore une fois clairement et simplement expliqués.

Selon les sujets abordés dans chaque rubrique, le lecteur trouvera toujours quelque chose qui pique sa curiosité. Je ne vais pas mentir, je n'ai pas tout lu. C'est que la revue est riche. Le format trimestriel me semble donc judicieux, à la fois pour donner assez de temps aux journalistes pour rédiger des articles e qualité, mais aussi pour laisser aux lecteurs le temps nécessaire pour la lire vraiment.

Car L'éléphant n'est pas de ces magazines qu'on lit en 20 minutes. On le prend, on lit un article ou un dossier en fonction du temps dont on dispose puis on le repose avant de le reprendre plus tard. C'est typiquement le genre de lecture que j'apprécie dans les toilettes, parce que c'est là que j'ai du temps et qu'on ne vient pas me déranger. J'ai donc toute latitude pour entamer une lecture enrichissante qui demande tout de même un minimum de concentration (comme le dit l'article sur l'attention, c'est du multitasking n'utilisant pas le même canal sensoriel).

J'avoue avoir été assez séduite par cette revue. Je pense aller acheter le prochain numéro et si mon intérêt se confirme, pourquoi ne pas m'abonner...

15 février 2017

Come prima [Alfred]

L'auteur : Alfred, de son vrai nom Lionel Papagalli, est né à Grenoble en mai 1976. Auteur de bandes dessinées français, il a gagné le Fauve d'or au festival d’Angoulême en 2014, pour l'album Come Prima.

L'histoire : Début des années 60. Suite à la mort de leur père, deux frères, Fabio et Giovanni, sillonnent les routes au volant d'une Fiat 500. Leur voyage, émaillé de disputes et de silences, de souvenirs et de rencontres, les conduira jusqu'à leur Italie natale, quittée depuis des années. Par bribes, le portrait de leur père se recompose et les amène à mettre en lumière leurs relations tumultueuses...

Mon avis : J'ai un peu de mal à comprendre l'engouement autour de cet album. Le décor pourtant est sympathique : sur les routes entre France et Italie, dans les années 60, le tout dessiné avec des tons ocres qui évoque facilement la chaleur.


Mais l'histoire de ces deux frères qui se retrouvent après dix années de séparation, dont on ne découvrira la raison que sur la fin, de ce retour au bercail pour Fabio, ne m'a pas plus émue que cela. Fabio est quelqu'un d'égoïste, qui s'est enfermé dans cette distance qu'il a lui-même creusée entre lui et sa famille. Si Giovanni ne venait pas le chercher, l'urne du père sous le bras, il ne saurait comment renouer le lien qu'il a lui même coupé. Pourtant il en souffre, mais ça il ne l'avouera jamais. Au fil du voyage en Fiat 500, les souvenirs vont affleurer, la colère va exploser, la tendresse pudiquement cachée. C'est l'histoire d'un passage à l'âge adulte que nous conte Alfred. Il n'aura pas été simple celui de Fabio et il a eu des répercussions sur toute sa famille, blessée. L'Homme fait des erreurs pour apprendre.

J'aime assez d'habitude qu'un auteur laisse des parts d'ombre, charge aux lecteurs de combler les trous un peu comme ils veulent. Sauf qu'ici, ça participe à la distance que j'ai gardé tout au long de ma lecture. Beaucoup voit dans Come Prima un hommage au cinéma italien des années 60, que je n'aime pas, trop introspectif. Du coup, c'est peut-être assez logique ! Alors, même si j'ai aimé le dessin et l'ambiance, même si le sujet pouvait me plaire également, c'est le traitement qui ne m'a pas du tout convaincue.


Come prima, d'Alfred
Delcourt
Octobre 2013

13 février 2017

Territoires [Olivier Norek]

Je termine la trilogie d'Olivier Norek avec l'épisode deux, Territoires.

L'histoire : À Malceny, dans le 93, on est habitué aux règlements de comptes. Mais un nouveau prédateur est arrivé en ville et, en quelques jours, les trois plus gros caïds du territoire sont exécutés. Le capitaine Coste et son équipe vont devoir agir vite, car leur nouvel ennemi s'implante comme un virus dans cette ville laissée à l'abandon, qui n'attend qu'un gramme de poudre pour exploser. Une ville où chacun a dû s'adapter pour survivre : des milices occultes surentraînées, des petits retraités dont on devrait se méfier, d'inquiétants criminels de 12 ans, des politiciens aveugles mais consentants, des braqueurs audacieux, des émeutiers que l'État contrôle à distance de drone. Et pendant ce temps, doucement, brûle la ville.

La dernière affaire du capitaine Coste ? Elle se passe en enfer...

Mon avis : Territoires est à l'exacte image des deux autres tomes de l'auteur, Code 93 qui le précède et Surtension qui le suit. Dès les premières lignes, le lecteur plonge dans l'univers qu'Olivier Norek propose. Un univers sombre mais très réaliste, ici celui des trafiquants de drogues et des magouilles des politiciens. L'écriture est toujours aussi fluide, sans fioritures inutiles et addictive : on entre dans ce monde et on n'a aucune envie de le quitter sans connaître le fin mot de l'histoire. Je vous laisse donc imaginer ma frustration lorsque le RER arrivait à ma station de métro et m'obligeait à refermer le roman !

En multipliant les points de vue, Olivier Norek donne au lecteur toutes les clés pour parfaitement saisir les tensions monter inexorablement. Le rythme soutenu du style aide d'autant à voir devant nous la ville brûler, les flammes habilement attisées dans une lutte de pouvoir qui fera des victimes. Jusqu'à ce que tout bascule. De petites zones d'ombre sont intelligemment maintenues pour que le suspense fonctionne à plein.

Pour alléger la tension, on peut compter sur les personnages qui forment l'équipe du capitaine Coste, tous différents et tous sympathiques. Qui se serrent les coudes, sortent parfois un peu du cadre légal et évitent ainsi le cliché, s'envoient des vannes sans méchanceté qui font sourire le lecteur même dans une situation tragique. Pas de super héros ni de héros perdu. Et puis la découverte des relations entre services policiers est ici un vrai plus : les différents groupes Crim' de la SDPJ, les Stups, la Canine, le groupe d'intervention...

Que dire de plus que ce que j'ai déjà pu vous dire sur cet auteur : il est doué et ses romans sont toujours de vrais plaisirs de lecture. Foncez le découvrir ! De mon côté, je n'ai plus qu'à m'armer de patience en espérant un tome 4 aux aventures du capitaine Coste.

Territoires, d'Olivier Norek
Pocket
Avril 2016

10 février 2017

La la land, de Damien Chazelle

Film américain de Damien Chazelle, sorti le 25 janvier 2017, avec Ryan Gosling et Emma Stone.

L'histoire : Au cœur de Los Angeles, une actrice en devenir prénommée Mia sert des cafés entre deux auditions.
De son côté, Sebastian, passionné de jazz, joue du piano dans des clubs miteux pour assurer sa subsistance.
Tous deux sont bien loin de la vie rêvée à laquelle ils aspirent…
Le destin va réunir ces doux rêveurs, mais leur coup de foudre résistera-t-il aux tentations, aux déceptions, et à la vie trépidante d’Hollywood ?

Mon avis : Je suis allée voir La la land intriguée par ce qui pouvait provoquer ce torrent de bonnes critiques. Mister n'aimant pas les comédies musicales, il a fait l'impasse. De mon côté, sans être une fan, je n'y suis pas allergique, donc direction le cinéma.

Le film commence bien : visuellement, c'est indéniablement très beau et la scène d'ouverture est magnifiquement chorégraphiée. Damien Chazelle réussit l'exploit de rendre hommage à un genre oublié tout en étant très moderne dans sa réalisation. Le spectateur reste surprit alors même qu'il connait par cœur les codes du genre et j'ai été étonnée de prendre autant de plaisir pendant les scènes musicales. Même lors des morceaux de jazz, moi qui n'aime vraiment pas ça, car Sebastian sait faire passer son amour de cette musique. Il y a cependant un gros bémol sur un numéro de claquettes qui ne s'entend pas ! Quel dommage de gâcher cette séquence qui aurait autrement pu être très belle.

Emma Stone et Ryan Gosling, couple charmant à l'écran, livrent une excellente performance, en campant deux personnages portés par leur passion, le cinéma et le jazz, passion pour laquelle ils vont tout donner. Le destin les fait se croiser et s'attarder quelques instants ensemble. Leur rencontre, loin d'un coup de foudre, nous laisse espérer de beaux moments, qu'on espère décalés, tendres ou drôles, mais qui ne viendront malheureusement pas.

J'ai beaucoup entendu parler dans les critiques d'ode à l'amour et à la vie, de film qui vous donne envie d'être heureux. J'avoue ne pas du tout avoir ressenti cela. Certes, c'est beau et mignon, mais j'ai trouvé l'ensemble terriblement neutre au niveau des sentiments. Déjà peut être parce que le scénario prend trop son temps pour installer l'histoire. J'ai regardé évoluer Sebastian et Mia sans déplaisir mais sans réel intérêt. Leurs émotions ne m'ont pas touchée et ne sont pas particulièrement servies par les chansons qui devraient pourtant les exalter. Je n'ai pas vu le romantisme ni la particularité de cette histoire d'amour, au final très convenue. Il manque clairement le petit grain de folie qui aurait pu emporter tout ça, dévoiler une intensité fait terriblement défaut.

Bref, une déception suite au battage médiatique qui a été fait sur ce film, joli mais peu passionnant.

08 février 2017

Bone tome 1 : la forêt sans retour [Jeff Smith]

L'auteur : Né en février 1960, Jeff Smith est un auteur de comics américain, surtout connu pour Bone, série de fantasy qu'il a auto-publié de 1991 à 2004

L'histoire : Chassés de Boneville, les trois cousins Bone pénètrent dans une forêt qui ne figure sur aucune carte. Ils y découvrent un monde peuplé d'incroyables créatures, alors qu'une guerre ancestrale est sur le point de reprendre. Durant leur exil, ils font la rencontre d'un dragon fumeur de cigarettes, de rats-garous mangeurs de quiches, de la jolie Thorn mais aussi de sa grand-mère, capable de battre un troupeau de vaches à la course... De surprises en surprises, leur périple se transforme en une fantastique épopée.

Mon avis : C'est Lelf qui n’arrêtait pas de parler de Bone comme étant sa lecture BD doudou, en en vantant tous les mérites, qui m'a donné très envie de découvrir ce comics. J'ai pu emprunter le premier tome à la bibliothèque.

J'avoue que les premières planches m'ont déstabilisée. D'abord, je ne m'attendais pas au classement jeunesse, pensant qu'il y aurait un côté sombre peu adapté au jeune public. Et pourtant, effectivement, le début est assez simpliste, l'ambiance plutôt joyeuse. Il faut attendre quelques pages pour qu'un début de noirceur apparaisse et qu'un adulte y trouve pleinement son compte (sans pour autant que cela ne fasse trop peur à la jeunesse).

Ce qui fait avant tout le charme de ce premier tome, c'est l'humour et l'aventure, partout présents. Grâce à Fone Bone d'abord, le gentil héros pas très intelligent mais avec un cœur énorme et beaucoup de courage. Le dessin tout en rondeur en fait un personnage parfait dont nous allons suivre les péripéties. À ces côtés, ses cousins Phoney Bone, gripsou et égoïste au possible qui provoque les rebondissements, et Smiley Bone, un peu benêt sur les bords mais parfois étonnamment de bons conseils. Ils flirtent à la limite de la caricature mais sans jamais tomber complètement dedans. Autour d'eux, la galaxie de personnages secondaires est tout à fait savoureuse : le dragon fumeur de cigares, Mamie Ben et Thorn, les rats-garous...


Il y a clairement l'influence du dessin animé (type Disney) dans ces personnages, et cela ajoute au côté très accessible de l'histoire, tirant sur la fantasy (un monde et des êtres fantasmés) et l'aventure avec finesse et humour. Mais aussi un peu de noirceur, car pour l'instant le personnage de Thorn reste très mystérieux et dans le premier tome le lecteur ne comprend pas encore très bien ce qui se joue entre les différentes forces présentes dans la forêt. Jeff Smith propose ici un vrai univers, bien construit, dans lequel il emmène son lecteur avec habileté, et avec parfois même un brin de poésie.
Ce premier tome m'a bigrement donné envie de découvrir la suite. Je pense même sérieusement à m'acheter l'intégrale.

Bone tome 1 : la forêt sans retour, de Jeff Smith
Éditions Delcourt
Janvier 2007