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18 novembre 2019

Celle qui n'avait pas peur de Cthulhu [Karim Berrouka]

L'auteur : Né en mai 1964, Karim Berrouka est un musicien français connu grâce à son groupe Ludwig von 88. Auteur de romans de l'imaginaire et ancien directeur de collection chez Griffe d'encre, Celle qui n'avait pas peur de Cthulhu est son cinquième roman.

L'histoire : À ma gauche, cinq sectes toutes plus barrés les unes que les autres (parmi lesquelles les hommes-poissons d'Innsmouth ou les pseudo-scientifiques du Jésus-Higgs Dieu-Boson Yog-Sothoth). À ma droite : Ingrid, une jeune fille bien sous tous rapports (ou pas) que les premiers poursuivent de leurs assiduités dans le but de la voir prendre la place au centre d'un pentacle dont dépend le retour de quelques grands anciens. Et au milieu, un dieu monstrueux des profondeurs à l'orthographe compliquée qui n'en demandait pas tant...

Mon avis : En 2017 on fêtait les 80 ans de la mort de Lovecraft. C’est peut-être pour cela qu’on a vu fleurir nouvelles éditions de ses œuvres et paralittérature reprenant son univers. Deux ans après, le soufflé n’est toujours pas retombé et j’ai donc décidé, toute newbie que je suis, de découvrir un peu plus ce monde dont me parle souvent Mister. L’opération Masse critique de Babelio en aura été la parfaite occasion.

Celle qui n’avait pas peur de Cthulhu est un roman fantastique un peu foutraque, plein d’humour dû essentiellement à son héroïne, Ingrid, qui ne connait pas l’univers dans lequel elle se retrouve plongée. Ingrid est plutôt du genre terre à terre, ce qui provoque bon nombre de décalages, sans pour autant tomber dans la parodie. C’est parce qu’elle y trouve son intérêt qu’elle accepte avec facilité d’être catapultée dans cette histoire de fous et de rencontrer les membres de cinq sectes fanatiques tous plus allumés les uns que les autres. Karim Berrouka utilise la mythologie lovecraftienne plutôt pour lui rendre hommage. Si le début et la fin sont enlevés, on pourrait reprocher que le milieu patouille un peu dans la semoule.

Le personnage principal n’étant pas une connaisseuse de Cthulhu, j’ai cru, à tort, pouvoir pleinement apprécier ma lecture sans en connaître moi aussi la moindre clé. Au final, si j’ai pu terminer ma lecture sans me lasser, je suis cependant certaines de ne pas avoir tout compris, tant les références et clins d’œil m’ont forcément échappés. Pour autant, j’ai apprécié les réflexions sur la religion et ses dérives qui parsèment le récit.

Bref un roman sympathique et sans autre prétention que de faire passer un bon moment au lecteur, même s’il est préférable que celui-ci connaisse Lovecraft.

Merci à Babelio et aux éditions J'ai Lu pour cette découverte !

"Les fois naissent parce que les hommes brûlent du désir inconscient de s'inventer des croyances puis de s'y soumettre, parce que rien d'autre ne peut justifier les lois contraignantes et absurdes qu'ils veulent imposer et qu'ils veulent s'imposer. Mais nous ne savons rien, nous ne comprenons rien. Nous interprétons tout."

Celle qui n'avait pas peur de Cthulhu, de Karim Berrouka
Éditions J'ai Lu
Septembre 2019

15 novembre 2019

Fleurs #63


Fleurs offertes le 11/10/2019

13 novembre 2019

Ada [Barbara Baldi]

L'auteur : Née en janvier 1976 en Italie, Barbara Baldi est une illustratrice et coloriste italienne, à la fois pour la bande dessinée et le cinéma, dont Pixar, Disney ou Marvel. Ada est son deuxième album.

L'histoire : Pour échapper à son quotidien de labeur et à son père, rustre et acariâtre, Ada n'a que la peinture, à laquelle elle s'adonne en secret. En cette année 1917, l'Autriche, comme toute l'Europe, est bouleversée par la guerre. C'est dans sa passion que la "fille des bois" trouve un sens à l'existence. Quand Vienne l'appelle, le fragile équilibre sur lequel tenait le fil de sa vie ne peut qu'être renversé.

Mon avis : Encore un emprunt non programmé à la bibliothèque et j'ai beaucoup aimé cet album. D'abord par les extraordinaires dessins de l'auteur, qui font merveille pour poser une ambiance à la fois hypnotique, par moment lourde et à d'autre pleine d'espoir. Il y a une belle puissance hypnotique et émotionnelle dans les planches de Barbara Baldi.

Planche de Ada, de Barbara Baldi
Oscillant entre planche muette et planche où figurent quelques bulles,l'auteur nous conte l'histoire d'Ada, jeune fille opprimée par un père tyrannique, qui trouve son acte de résistance dans la peinture à laquelle elle s’exerce en secret dans un atelier au fond des bois. Elle semble communier avec la nature qui l'entoure. Celle-ci va même jusqu'à lui fournir les éléments nécessaires à la constitution de pigments de couleurs. La solitude est une bénédiction qui s'oppose aux échanges toujours violents qu'elle peut avoir avec son père. Jusqu'à une escapade à Vienne, où elle est parainé par rien de moins que Gustav Klimt et Egon Shiele. Cette rencontre va la pousser à s'émanciper, à oser pleinement. Le scénario pourrait être simple, mais associé aux magnifiques dessins et à l'importance que revêt le silence, il trouve une résonance profonde chez le lecteur.

Une très belle découverte, au point que je pense demander le premier album de l'auteur au père Noël !

Ada, de Barbara Baldi
Éditions Ici Même
Février 2019

11 novembre 2019

Le corbeau d'Oxford, une enquête de Loveday & Ryder [Faith Martin]

L'auteur : Faith Martin est un pseudonyme pour l'auteur Jacquie Walton, qui a écrit des romances et romans policiers se déroulant souvent à Oxford. Le corbeau d'Oxford est son premier roman traduit en français.

L'histoire : Oxford, 1960. Lorsque Sir Marcus Deering, un riche industriel de la région, reçoit plusieurs lettres de menace anonymes, il prend le parti de ne pas s'en inquiéter. Mais bientôt, un meurtre est commis, et les meilleurs éléments de la police d'Oxford sont mobilisés. La toute jeune policière Trudy Loveday rêverait de participer à une affaire aussi importante, mais ses supérieurs coupent rapidement court à ses ambitions. Écartée de l'enquête et chargée d'assister le brillant mais peu amène Dr Clement Ryder, médecin légiste, sur une affaire classée, elle se retrouve pourtant très vite au cœur d'une énigme qui pourrait bien la mener sur la piste du mystérieux corbeau d'Oxford...

Mon avis : Le corbeau d’oxford fait partie de ces petits romans policiers campagnards anglais qu’on apprécie un jour pluvieux autour d’une tasse de thé. Rien de très original mais le couple d’enquêteurs est attachant : un mentor et sa jeune apprentie qui nous livrent ici un whodunit classique et sympathique.

La jeune Trudy Loveday est ambitieuse. En cette année 1960, à peine âgée de 19 ans et toute jeune stagiaire à la police d’Oxford, elle doit lutter contre les préjuger de sa famille, sa propre mère étant plus intéressée par sa vie sentimentale que professionnelle, et de ses chefs, prompts à estimer qu’une femme ne peut être bonne qu’à servir le thé. Son détachement auprès du coroner Clement Ryder pourrait être l’occasion de faire ses preuves et d’apprendre. Car derrière ses abords un peu rudes, Ryder semble apprécier l’enthousiasme et l’intelligence de la jeune fille.

En voulant rouvrir une vieille enquête, c’est sur la piste toute chaude du corbeau qu’ils vont se lancer. Pas d’utilisation de technologies modernes mais des neurones qu’il faut faire chauffer pour résoudre une enquête. Ce que je trouve dommage, ce de ne pas avoir davantage exploité le contexte historique des années 60. Seule la question de l’ambition professionnelle de la femme est à peine esquisser, il y avait surement matière à faire plus.

Ce premier roman d’une probable série s’avère être surtout un roman de présentation des personnages. On imagine assez qu’une belle complicité pourrait se tisser entre les deux protagonistes enquêteurs.

Le corbeau d'Oxford, une enquête de Loveday & Ryder, de Faith Martin
Traduit par Alexandra Herscovici-Schiller
Éditions Harper Collins
Juin 2019

08 novembre 2019

Louvre #19 : La triade divine de Palmyrène

Découvert à Bir Wereb, en Palmyrène (Syrie), ce relief daté de la première moitié du 1er siècle après J.C. est en calcaire. Au centre du relief, on identifie le dieu suprême Beelshamên, à sa droite le dieu-lune Aglibôl et à sa gauche le dieu-soleil Malakbêl. Des graffiti ont été rajoutés ultérieurement entre ces personnages par des pèlerins.

La triade divine de Palmyrène
Palmyre, cité caravanière, était le point de rencontre entre la Syrie, la Mésopotamie et le désert, produisant un mélange entre les influences étrangères et les divinités locales. C'est dans ce contexte que se forme la triade divine ici représentée debout en costume militaire romain : cuirasse à lamelles et manteau romain retenu sur l'épaule droite par une fibule ; un glaive à la main gauche, tandis que leur main droite, manquante, serrait probablement une lance ou un sceptre ; calathos et ruban ornant la chevelure.
Le dieu central se distingue des autres par sa barbe, permettant d'identifier Baalshamîn, alors que Malakbêl et Aglibôl ont un nimbe radié et sont jambes nues, et par ses cheveux lisses.

Encore une fois, je suis bluffée par la finesse des détails impressionnante.


06 novembre 2019

BD Express #17

Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB : après la guerre, de Jacques Tardi

À son retour de captivité en 1946, René Tardi et sa femme ont un fils, Jacques. N’ayant pas trouvé de travail, René reste dans l'armée et est envoyé dans la zone d’occupation française... en Allemagne ! Bientôt, Jacques et sa mère l’y rejoignent et découvrent un pays en ruines, mais déjà en pleine reconstruction grâce à l’aide américaine. De Valence à Coblence, Tardi achève dans ce troisième tome le récit du périple de son père, du début à la fin de la Seconde Guerre mondiale, et ouvre pour la première fois une porte sur son enfance.

Mon avis : Ce troisième tome clos l'histoire de René Tardi lors de la seconde guerre mondiale. Je l'ai peut être trouvé un poil moins intéressant, car plus centré sur Jacques et ses premiers souvenirs d'enfance que sur ce que vit son père. Il n'y a plus les interactions entre ces deux générations, ce qui faisait le charme des deux tomes précédents. Il n'empêche que cet album reste intéressant à lire pour le point de vue qu'il offre sur la division d'une Allemagne multi-occupée et parce qu'il montre que la guerre ne s'est pas véritablement terminée en 1945 : les conséquences, parfois militaires, se firent sentir encore longtemps après.


Saga, tomes 8 et 9 de Fiona Staples et Brian K. Vaughan

La bibliothèque ayant enfin acquis les tomes 8 et 9 de Saga, je les ai empruntés. Anticipant la difficulté de me replonger dans l'univers, plus d'un an après la lecture du tome 7, j'ai aussi re-emprunté ce dernier. Je continue de trouver dommage que l'éditeur ne propose pas un petit récapitulatif des épisodes précédents en début de volume. Bref, j'ai beaucoup aimé ces deux nouveaux tomes, où on retrouve tout le charme des personnages et cette ambiance si particulière. Et surtout, le fait que tout ne se termine pas toujours bien : cette fois, Alana et Marko vont devoir faire face à plusieurs pertes.
Le tome 9 se termine sur un climax qui nous laissent terriblement frustrés de devoir encore attendre la suite. Les auteurs savent se renouveler et éviter l'ennui ou la répétition.


L'incal, de Jorodowksy et Moebius

Dans un futur lointain, une autre galaxie ou un autre espace temps, l'Incal et l'immense pouvoir qu'il confère exacerbent toutes les convoitises. John Difool, minable détective de classe R adepte d'homéoputes et de bon ouisky se retrouve embarqué malgré lui dans cette course à l'Incal. Il aura affaire à des mouettes qui parlent, des extraterrestres idiots, un empire dictatorial ultra violent, des rats de 15 mètres commandés par une déesse nue, une bataille mémorable dans une fourmilière, une secte adepte des trous noirs, et enfin une bataille intersidérale entre le bien et le mal.

Mon avis : Cette fois, ce sera un bref avis pour cause d'abandon. Je n'ai pas accroché au dessin de Moebius, vieilli autant par le crayonné que par les couleurs. Il faut dire qu'il s'agit de 6 tomes parus de 1981 à 1988. Je n'ai pas non plus aimé le personnage principal de John Difool (avec un nom pareil, je me demande toujours où est Doc), un peu beaucoup abruti sur les bords, ni sur l'univers proposé. Ceci dit, ce dernier m'intrigue et je vois bien le potentiel cinématographique qu'il y aurait à exploiter. Un jour peut être un réalisateur s'y frottera...

04 novembre 2019

Explosive eigtheen [Janet Evanovich]

Où je retrouve la série Stephanie Plum dans ce dix-huitième épisode, pour une parfaite lecture de transition sans prise de tête.

L'histoire : Before Stephanie can event step foot off Flight 127 Hawaii to Newark, she's knee deep in trouble. Her dream vacation turned into a nightmare, and she's flying back to New Jersey solo. Worse still, her seatmate never returned to the plane after L.A. layover. Now he's dead - and a ragtag collection of thugs and psychos, not to mention the FBI, are all looking for a photograph he was supposed to be carrying.

Only one person has seen this missing photo: Stephanie Plum. Now she's the target. An FBI sketch artist helps Stephanie recreate the person in the photo, but Stephanie's descriptive skills are lacking. Until she can improve them, she'll need to watch her back.

Over at the bail bonds agency things are going from bad to worse. Vinnie's temporary HQ has gone up in smoke. Stephanie's wheelman, Lula, falls for their largest skip yet. Lifetime arch nemesis Joyce Barnhart moves into Stephanie's apartment. And everyone wants to know what happened in Hawaii ?

Morelli, Trenton's hottest cop, isn't talking about Hawaii. Ranger, the man of mystery, isn't talking about Hawaii. And all Stephanie is willing to say about her Hawaiian vacation is... It's complicated.

Mon avis : Après la déception qu'avait été Poursuite au bout du monde, la nouvelle série de Janet Evanovich écrite à quatre mains avec Lee Goldberg, je me devais de revenir à ma série fétiche, Stephanie Plum.

Cette fois, contrairement à ce que le titre et les habitudes de la chasseuse de primes pourraient laisser croire, il n'y a pas d'explosion. Mais toujours des problèmes de voiture, de dangereux malfrats qui lui courent après, elle qui n'arrive pas à attraper même les petits délinquants. L'auteur ne change pas sa recette alors qu'elle avait le parfait prétexte pour le faire : à la fin du précédent épisode, Stephanie gagnait des billets d'avion pour Hawaï. On pourrait facilement s'en lasser, mais je continue de dévorer chaque épisode (à raison d'un part an) en le savourant comme une gourmandise et sans en attendre trop.

La petite surprise de ce tome vient d'une scène qui se passe avant qu'on n'entre dans le récit et que Stephanie, harcelée par Lula, finira par révéler pour notre plus grand bonheur.

Explosive eigtheen, de Janet Evanovich
St Martin's Paperbacks
May 2012

01 novembre 2019

Joker, de Todd Phillips

Film américano-canadien de Todd Phillips, sorti le 9 octobre 2019, avec Joachim Phoenix et Robert de Niro.

L'histoire : Le film, qui relate une histoire originale inédite sur grand écran, se focalise sur la figure emblématique de l’ennemi juré de Batman. Il brosse le portrait d’Arthur Fleck, un homme sans concession méprisé par la société.

Mon avis : C'est plus pour faire plaisir à Mister que je suis entrée dans la salle de cinéma. Si j'aime bien Batman, je n'ai pas vraiment été convaincue par les derniers opus et puis bon, les super-héros, ça va un moment mais on en mange un peu à toutes les sauces récemment.

J'ai eu un moment de doute au tout début, en voyant le gros plan sur le visage de Joachim Phoenix. Tout de suite, on se rappelle de la fabuleuse prestation d'Heath Ledger. Mais c'est oublié le grand talent de Joachim qui livre une magnifique prestation.

Son corps déjà, maigre, nerveux et pourtant souple, qui se métamorphose progressivement. Il inquiète mais provoque aussi la compassion. Son état d'esprit ensuite : il nous fait découvrir les fondements d'une instabilité qui, commençant par un simple désordre névrotique, va devenir folie meurtrière. Toutes les circonstances sont là, tous les éléments s’emboîtent parfaitement pour construire un vrai vilain, au final certainement bien plus intéressant que les gentils héros. Et en sortant de cette séance, on serait plus du côté du Joker que de Batman.

Au-delà du personnage, c'est toute une société pervertie, malade, gangrenée qu'on nous montre. Le spectateur a beau savoir où tout cela va mener, il reste fasciné par ce poison qui se distille doucement dans le cœur et le corps d'Arthur Fleck. On sent monter en lui le cri de rébellion face à la misère des plus vulnérables toujours plus humiliés qui finira par éclater des lèvres du Joker. 

C'est d'autant plus savoureux qu'on est loin des codes d'un blockbuster de super héros classique.