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22 juillet 2016

Le bleu est une couleur chaude [Julie Maroh]

L'auteur : Née en 1985 à Lens, Julie Maroh est auteur de bandes dessinées. Elle a obtenu avec Le bleu est une couleur chaude le Prix du Public au Festival d'Angoulême 2011, qui sera adapté au cinéma par Abdelatif Kechiche sous le titre La Vie d'Adèle (Palme d'Or au festival de Cannes 2013).

L'histoire : La vie de Clémentine bascule le jour où elle rencontre Emma, une jeune fille aux cheveux bleus, qui lui fait découvrir toutes les facettes du désir et lui permettra d'affronter le regard des autres.

Mon avis : Cette bande dessinée, je l'ai vu longtemps sur la blogosphère. Avec des avis assez largement positifs. Puis elle a été adaptée au cinéma par Abdellatif Kechiche. Le sujet ne m'inspirait pas plus que cela. Mais j'ai tout de même été intriguée par tout le tapage médiatique. Alors j'ai vu le film. Mouais. Et puis je suis tombée sur cet album à la bibliothèque et j'ai saisi l'occasion de découvrir l'origine de cette histoire.

Première chose : graphiquement, c'est assez réussi. Classique, pas forcément très original (après tout, la touche unique de couleur dans des planches en noir et blanc, Yslaire fait la même chose avec Sambre), mais ça fonctionne bien et ça se regarde sans déplaisir. Peut être bête à dire, mais ce n'est pas toujours le cas de certains albums que je lis.

Quant à l'histoire, ce qui frappe, c'est surtout qu'il n'y a aucun jugement. Tout est narré en toute innocence, celle de Clémentine qui se découvre, s'apprend et se confronte aux regards des autres, jeunes et adultes si prompts à mettre les gens dans des petites cases. Là où cette jeune fille s'ouvre à l'amour après un simple regard qui va la chambouler. Elle va analyser, essayer de comprendre ce qui peut à se point l'émouvoir. Avant d'oser puis d'assumer contre tous ceux qui restent enfermés dans leurs préjugés. Pourtant, Julie Maroh n'accuse pas la société pour autant, elle pointe juste du doigt la difficulté d'aimer pour certains de ses membres.

Au final, il y a peu de dialogues pour raconter cet amour. Mais beaucoup de regards et de pensées mis en images. Pour révéler les sentiments au plus profond de l'âme humaine. Et en faire naturellement un plaidoyer pour plus de droits. Un sujet délicat joliment abordé, peut être trop. Il m'aura manquer un réel engagement peut être pour être totalement convaincue.

Le bleu est une couleur chaude, planche
Le bleu est une couleur chaude, de Julie Maroh
Glénat
Mars 2010

20 juillet 2016

Kaysersberg

Kaysersberg, place de l'église

Kaysersberg est un des nombreux petits villages alsaciens qui ont un charme fou. On y croise des maisons à colombages colorées et, aux beaux jours, elles sont mises en beauté par des géraniums fleuris. Il fait bon déambuler dans ces petites ruelles, pour peu que le visiteur évite les journées d'été où la ville étouffe littéralement sous les touristes.

Kaysersberg et la Weiss, depuis le pont fortifié
La ville est traversée par la Weiss et dominée par une petite montagne sur laquelle le visiteur peut voir les ruines d'un ancien château.

Albert Schweitzer y est né. Un musée lui est d'ailleurs dédié dans sa maison natale.

Enseigne


18 juillet 2016

Dites aux loups que je suis chez moi [Carol Rifka Brunt]

L'auteur : Née en 1970 aux États-Unis, Carol Rifka Brunt est une américaine vivant dans le Dartmoor en Grande-Bretagne.

L'histoire : 1987, une banlieue new-yorkaise. Écrasée par une sœur aînée histrionique et des parents absents, June rêve d'art et de son oncle Finn, un peintre new-yorkais reconnu. Quand il meurt du sida, l'adolescente inconsolable se lie d'amitié avec un homme étrange, Toby, qui se présente comme "l'ami" de Finn. Confrontée au deuil, à la réalité d'une maladie encore honteuse et au malaise de sa famille, June bascule dans le monde des adultes et son hypocrisie.

Mon avis : Oulala, qu'il est compliqué de rédiger un billet sur cette lecture. Pas tellement parce que je n'ai pas aimé, bien au contraire d'ailleurs, mais parce qu'au final, il ne se passe pas grand chose dans ce roman. C'est l'ambiance qui emporte le lecteur, qui le chamboule par la richesse des sentiments décrits.

June est une jeune adolescente qui vit tranquillement dans la banlieue de New York jusqu'à la mort de son oncle Finn. Pourquoi tout le monde semble-t-il si pressé de l'oublier alors qu'elle même ressent fortement la perte de cet être si cher à son cœur ? Finn était homosexuel et il est mort du sida. Dans les années 1980, on connait encore peu de choses sur cette maladie. Les gens, pétris d'ignorance et de honte, en deviennent méchants.

Au milieu des émotions qui la chamboulent, June analyse finement ce qui arrive. Elle grandit et découvre le monde des adultes, une société pleine d'hypocrisie qui guide les êtres qui la composent. Ses relations avec sa sœur et ses parents sont difficiles : Greta est égocentrique et leurs parents bien trop pris par leur travail. On cherche absolument à mettre une étiquette sur l'amour qu'elle portait à Finn, elle qui ne découvre que maintenant qu'il y a plusieurs sortes d'amour. June est pourtant la seule à refuser de se laisser enfermer dans les préjugés et à oser voir au-delà des apparences. Tenue par une promesse faite à son oncle, motivée par l'idée de retrouver une petite partie de lui en construisant une relation avec son compagnon Toby, elle va construire la future adulte qu'elle sera en tissant des liens avec cet inconnu.

Avec une plume sensible, toute pleine d'une violence contenue, Carol Rifka Brunt met à jour et à nu les sentiments de June magnifiquement. J'ai été emportée totalement par ma lecture. Un coup de cœur.

"Si l'on considère qu'une anecdote peut être comme un genre de ciment, celui qu'on met entre les briques, celui qui ressemble à un glaçage de gâteau pas encore durci, alors je me disais que je pourrais utiliser toutes les histoires de Toby pour maintenir Finn en place, pour le garder avec moi un peu plus longtemps." (p°114)

Dites aux loups que je suis chez moi, de Carol Rifka Brunt
Traduit par Marie-Axelle de La Rochefoucauld
Éditions 10-18
Juin 2016

15 juillet 2016

Ma révérence [Lupano & Rodguen]

Les auteurs : Je ne présente plus Wilfrid Lupano, le scénariste, qui est un classique sur ce blog. Par contre, quelques mots sur le dessinateur Rodguen qui l'accompagne pour cet album, Ma révérence. Né en mai 1969 en Picardie, il a travaillé dans l'animation notamment pour les studios Universal ou encore Dreamworks tout en continuant la bande dessinée. Ma révérence a obtenu le prix du Polar SNCF au Festival d'Angoulême 2014.

L'histoire : Depuis maintenant un mois, je bois mon café tous les matins à la brasserie des Sports, à côté de Bernard. Il est convoyeur de fonds...

Bernard, c'est mon ticket pour les tropiques. Un beau jour, j'ai pris la décision ferme et définitive de m'emparer de tout l'argent que contient son camion et de tirer ma révérence... et ce jour-là, ma vie a changé.

Mon avis : Vu les déceptions provoquées par mes dernières lectures de Lupano, je craignais un peu de commencer cette Révérence. Esprit de contradiction ? J'ai au contraire bien aimé cet album.

Certaines répliques font vraiment mouches et m'ont bien fait ricaner. L'histoire pourrait être violente - un braquage - mais le côté décalé du personnage de Vincent, le narrateur, un parfait loser qui va de tuile en tuile alors qu'il pense anticiper correctement, apporte un peu de légèreté. Et surtout, surtout, Gaby ! J'ai adoré Gaby. Il est terrible ! Il n'a aucune envie de faire semblant, de s'intégrer, et du  coup ça donne des dialogues savoureux ! Nos deux bras cassés forment un duo de choc comme il est rare d'en voir, et bigrement attachant les bougres.

Ma révérence, planche (clic pour voir en plus grand)
L'intrigue s'avère complexe et habilement construite. Complexe, parce qu'il ne faut pas se perdre au début dans les circonvolutions du narrateur, qui ne prend pas le fil de l'histoire tout de suite dans l'ordre. Mais tout se remet vite en place, pas de crainte. On se doute bien sûr que tout n'ira pas comme sur des roulettes dès le début... mais impossible d'imaginer ce qui va se passer réellement. À la fois polar, critique de la société et drame intimiste, cet album vise large tout en restant vraiment pertinent.

Le dessin de Rodguen fait merveille ici. Un trait précis qui montre toute la complexité des personnage et sait les rendre expressifs au possible, sans être pour autant dénué d'une forme de tendresse. Il sait également insuffler le dynamisme qui correspond au scénario proposé par Lupano.

Ma révérence, de Lupano et Rodguen
Dargaud
Septembre 2013

13 juillet 2016

Le monde de Dory, de Andrew Stanton et Angus MacLane

Film d'animation américain de Andrew Stanton et Angus MacLane, sorti le 22 juin 2016.

L'histoire : Dory, le poisson chirurgien bleu amnésique, retrouve ses amis Nemo et Marin. Tous trois se lancent à la recherche du passé de Dory. Pourra-t-elle retrouver ses souvenirs ? Qui sont ses parents ? Et où a-t-elle bien pu apprendre à parler la langue des baleines ?

Mon avis : J'avais envie d'aller voir au cinéma un film sympathique, sans prise de tête, drôle, léger... bref, tout ce que pouvait promettre un Disney. J'ai donc profiter de contremarques pour aller voir Le monde de Dory.

À l'époque, j'avais adoré Le monde de Némo. C'est avec quelques craintes que cette suite ne soit pas à la hauteur que je suis entrée dans la salle de cinéma. En entraînant Dory à la recherche de ses parents, le film aurait pu suivre de trop prêt la trame du film originel. De plus, c'était joué avec un personnage secondaire qui avait déjà donné beaucoup de lui-même en suivant les nageoires de Marin. L'écueil est évité déjà en situant l'action dans un aquarium et en donnant la part belle à d'autres personnages secondaires. Certains ne sont pas très réussis, comme le béluga, et d'autres sont par contre une vraie réussite, comme Gérard ou encore Becky, l'oiseau qui aide Nemo et Marin à rejoindre Dory au Marine Life Institute.

Pas de temps mort, l'histoire est bien rythmée. C'est certes assez convenu et pas vraiment surprenant, mais ne boudons pas notre plaisir, c'est sympathique et agréable à regarder, tout en passant gentiment le message de l'acceptation de la différence. Quelques trouvailles font mouche et le spectateur en ressort content. Un poil moins émouvant que son prédécesseur, Le monde de Dory reste un joli film qui se laisse bien voir. Avec une mention spéciale pour Gérard l'éléphant de mer qui m'aura déclenché un beau fou rire.

11 juillet 2016

Arslan [M.J. Engh]

L'auteur : Mary Jane Engh est une auteur américaine née en 1933, qui connait la renommée en 1976 avec Arlsan.

L'histoire : Ancien président du Turkestan, général moitié ouïghour moitié ouzbek, Arslan a conquis le monde. Pour une raison obscure, c'est dans l'insignifiante petite ville américaine de Kraftsville, Illinois, qu'il a décidé de fêter sa victoire finale.

Dès lors, le plus important n'est pas tant qu'Arslan ait conquis le monde, mais ce qu'il va faire avec. Une perspective effrayante... quand on voit les nouvelles règles qu'il impose aux habitants de Kraftsville.

Mon avis : Voici un roman bien étrange. Sa première moitié a su me séduire largement, malgré le sujet grave et sombre. Arslan, général dictateur, a envahi le monde et s'installe dans la petite ville de Krafstville. Le lecteur ne saura pas vraiment comment ni pourquoi, en tout cas dans l'immédiat. Ce qui intéresse ici l'auteur c'est d'imaginer la difficile cohabitation entre le vainqueur et les soumis. On passera sur quelques défauts comme le manque d'explication visant à faire du directeur d'école l'interlocuteur privilégié du dictateur.

Par contre, le rendu de la relation qui se tisse entre ces deux personnages m'a fascinée : entre respect et haine, fascination et rejet. Car Arslan a un plan. Il n'a pas conquis le monde comme ça, par passion du pouvoir. Et c'est au cours de ses échanges avec Franklin J. Bond que tout l'intérêt du roman se trouve à mon sens. Car sous une extrême brutalité, et avec la mise en place d'un système dictatorial, la logique d'Arslan est parfois compréhensible : empêcher l'homme de détruire l'humanité et diminuer le niveau de civilisation en revenant à de petites communautés auto-gérées et auto-suffisantes. On pourra parfois reprocher que c'est un dialogue assez convenu entre un dictateur habité par sa mission et un pur Américain adepte du libéralisme.

Tout Européen y verra aussi la question de la collaboration : jusqu'où collaborer avec l'envahisseur pour sauver tout ce qui peut l'être, sans se renier pour autant ? Certains membres de la communauté préfèreraient faire acte de résistance. D'autres préservent au maximum leur petite personne, dans une vision très individualiste et mesquine. M.J. Engh ne juge pas les personnages et reste très objective dans sa narration. Et la petite communauté s'arrange assez bien de se retour au Moyen-Âge. Franklin porte la résistance mais elle ne prend que peu de part dans la narration qu'il nous offre. Comme si la présence d'Arslan était une menace suffisante pour tout suspendre.

À la moitié du livre, l'auteur décide de changer de point de vue, et adopte celui du jeune Hunt, première victime d'Arslan, pour l'exemple. Après l'avoir détruit, Arslan va le façonner. Entre haine et fascination, le jeune garçon va devenir un homme complexe et ambigu. J'ai été perdue par trop de ressenti, de découpage de sensations. Le rapport du tortionnaire et de sa victime est assez malsain. Je ne savais plus exactement quel était le sujet du passage et l'histoire que le narrateur cherchait à raconter. Et je n'ai pas réussi à raccrocher les wagons quand nous retrouvons le point de vue de Franklin.

La temporalité a aussi été difficile à suivre. Dans un même paragraphe, il peut se passer plusieurs mois quand à d'autres moments l'auteur focalise pendant plusieurs pages sur quelques heures. Mais les ellipses ne sont jamais très claires et ce n'est qu'au bout de plusieurs pages qu'on réalise que les saisons ont passé, que des années même parfois se sont écoulées.

Enfin, je plussoie la remarque de BlackWolf dans son billet sur la place de la femme. Tous les personnages féminins sont effacés et soumis, soit servante soit prostituée, sans voix propre, sans levier possible sur la situation. En cela, le roman sent son époque (rappelons qu'il a été écrit dans les années 70). On pourra aussi se dire que la situation est donc bien l’œuvre des seuls hommes. Mais c'est vraiment dommage. Et bizarre sachant que l'auteur est une femme.

Arlsan, de M.J. Engh
Traduit par Jacques Collin
Denoël
Mai 2016

08 juillet 2016

J'aurais adoré être ethnologue [Margaux Motin]

L'auteur : Margaux Motin est une illustratrice française née en juillet 1978. Elle travaille aussi bien pour la presse, l'édition et la publicité. Et elle est connue pour son blog.

L'histoire : J'aurais adoré être ethnologue...

...j'aurais étudié la symbolique de la chaussure à talon chez les pygmées, observé la fréquence d'épilation des femmes en Amazonie, établi une typologie du bébé morue dans les sociétés inuit, j'aurais même probablement appris à construire une pirogue avec une bretelle de soutif et une tong, et pris des cuites à l'alcool de manioc. La vie aurait été une course folle, une nuit d'ivresse interminable, un vaste champ de possibles ! Mais je suis une grosse feignasse, je vomis quand je suis soûle et j'ai peur des guêpes. Et puis, de toute façon, tout ce que je sais faire, c'est dessiner...

Mon avis : Il fut un temps où je suivais pas mal les blogs d'illustratrices. Dont celui de Margaux Motin. J'avais donc suivi la parution de son premier album. Mais comme souvent pour ce genre de sortie, je craignais le côté répétitif par rapport à ces billets. Je n'avais donc pas craqué. Puis le temps à passé, je suis bien moins les blogs d'illustratrices et, au détour d'un passage dans ma bibliothèque municipale, je suis tombée dessus et je me suis dit "pourquoi pas ?".

Planche, J'aurais adoré être ethnologue


J'ai retrouvé avec plaisir le graphisme de l'auteur, précis et énergique, plein de peps. Les situations, sur une ou plusieurs planches, sont parfois vraiment drôles. D'autres fois touchantes. Rarement à côté de la plaque. C'est clairement girly, orientée jeune mère trentenaire parisienne. Ça décomplexe au possible, tout en jouant de la caricature.

Ce n'est pas forcément très différent des autres illustratrices blogueuses qui sortent un album, mais n'empêche que ça fait mouche. Petit bémol, que je faisais aussi au blog de l'auteur : c'est parfois un peu trop chargé en vulgarité.

J'aurais adoré être ethnologue, de Margaux Motin
Marabout
Octobre 2010

06 juillet 2016

Love and friendship, de Whit Stillman

Film franco-irlando-néerlandais de Whit Stillman, sorti le 22 juin 2016, avec Kate Beckinsale, Chloë Sevigny et Tom Bennett.

L'histoire : Angleterre, fin du XVIIIe siècle : Lady Susan Vernon est une jeune veuve dont la beauté et le pouvoir de séduction font frémir la haute société. Sa réputation et sa situation financière se dégradant, elle se met en quête de riches époux, pour elle et sa fille adolescente.

Épaulée dans ses intrigues par sa meilleure amie Alicia, une Américaine en exil, Lady Susan Vernon devra déployer des trésors d'ingéniosité et de duplicité pour parvenir à ses fins, en ménageant deux prétendants : le charmant Reginald et Sir James Martin, un aristocrate fortuné mais prodigieusement stupide…

Mon avis : Voici longtemps que je n'étais pas allée au cinéma. Autre chose à faire mais aussi pas grand chose d'intéressant. Je suis tombée sur l'affiche de ce Love and friendship fin juin, annonçant un adaptation assez libre du court roman épistolaire de Jane Austen, Lady Susan. J'ai profité d'une soirée en solitaire, par ces premiers jours de chaleur, pour trouver refuge dans une salle obscure et voir ce film.

Déjà, je ne me souvenais guère de l'intrigue. Et ce qui déroute au premier abord, c'est que Whit Stillman adapte ce roman épistolaire en faisant parler abondamment ses personnages. Ça devient très très verbeux. Lorsqu'on y ajoute le style ampoulé de l'époque pour s'exprimer, le spectateur est à la limite d'être saoulé d'entrée. Je n'ai pas non plus été emballée par la présentation des personnages, tous ensemble, que je n'ai pas retenus et se sont mélangés, avant de retrouver progressivement leur juste place en apparaissant au fil de l'histoire.

Pour le reste, le charme opère toujours avec les personnages de Jane Austen. Qui surprend cette fois en s'attachant aux pas d'une femme manipulatrice et totalement antipathique, campée magnifiquement par Kate Beckinsale. Nous sommes loin des jeunes filles très candides habituelles. Ici pourtant, lady Susan Vernon est aussi une formidable observatrice des moeurs de son temps et se joue de l'hypocrisie habituelle grâce à son merveilleux don de conviction. Elle sait utiliser la parole comme personne, ne rechignant pas à dire tout et son contraire dans une même phrase sans que son auditeur n'y voit goutte. Refusant de se soumettre et d'endosser son rôle de faible femme imposé à chacune à cette époque, elle trouve dans le cynisme ce qu'il faut pour gagner son indépendance, même si c'est au prix d'un mariage sans amour, tant qu'il y a de l'argent.

Les décors et la mise en scène sont classiques, les costumes aussi, mais les dialogues font mouche et le public éclate de rire plus d'une fois.

Un film avec des défauts donc, surtout au début, mais qui m'aura au final bien amusée et donné envie de relire ce premier roman de Jane Austen. Je le recommande, même pour la gente masculine, qui pourrait être surprise.