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30 janvier 2015

Le paradoxe de Fermi [Jean-Pierre Boudine]

L'auteur : Né en 1945 à Marseille, Jean-Pierre Boudine est professeur de mathématiques. Il participe à la publication de plusieurs revues, est le professeur Cosinus de Science et Vie Junior, créé le jeu-concours Kangourou des mathématiques (dire que j'y ai participé en mon temps !). Le paradoxe de Fermi est paru une première fois en 2002 et a été révisé et actualisé pour cette nouvelle édition.

L'histoire : Dans son repaire situé quelque part à l'est de l'arc alpin, Robert Poinsot écrit. Il raconte la crise systémique dont il a été témoin : d'abord le salaire qui n'arrive pas, les gens qui retirent leurs économies, qui s'organisent pour trouver de quoi manger ; puis qui doivent fuir la violence des grandes villes et éviter les pilleurs sur les principaux axes routiers.

Robert se souvient de sa fuite à Beauvais, de son séjour dans une communauté humanitaire des bords de la mer Baltique et des événements qui l'ont ramené plus au sud, dans les Alpes.

Quelque part dans le récit de sa difficile survie se trouve peut-être la solution au paradoxe de Fermi, à cette célèbre énigme scientifique : dans un univers aussi vaste que le nôtre, l'espèce humaine ne peut pas être la seule douée d'intelligence ; alors où sont les autres, où sont les traces radio de leur existence ?

Mon avis : J'avoue mon manque de références en littérature de science-fiction. J'en lis assez peu et depuis très récemment. J'ai commencé avec Hypérion et Endymion de Dan Simmons. Du coup, j'ai tendance à être assez exigeante et j'attends qu'on me surprenne et que le récit me questionne. Ça avait été le cas avec Je suis une légende de Matheson dont le récit en soit ne m'avait pas plus intéressée que ça, mais dont la fin et le changement de perspective induit me trotte encore aujourd'hui dans la tête. La marque d'un bon livre pour moi s'il me reste aussi longtemps à l'esprit. Et sur la fin, c'est ce qui s'est passé ici avec ce roman de Jean-Pierre Boudine.

Le début du journal de Robert Poinsot raconte qu'il fait partie des derniers humains vivants sur la Terre : une crise économique en 2022 qui provoque la chute du monde moderne, la fin de la civilisation puis celle de l'humanité, en l'espace d'une petite dizaine d'années. La narration du journal alterne la description des faits en 2022 et celle de la vie de Robert, ou plutôt de sa survie en 2027, réfugié au fond d'une grotte dans les Alpes. Le chaos règne et se nourrir est extrêmement difficile. Seul, Robert décide de témoigner et de fixer sa pensée sur papier. Pour qui ? Lui-même ne le sait pas. Ce début m'a fait pensé à Notre île sombre de Christopher Priest (qui a cependant une dimension plus politique) ou au film Le mur invisible qui posent tous les deux la question de la survie. Le paysage froid et gris rappelle également La route de Cormac McCarthy. Difficile pour l'auteur de se démarquer.

Pourtant, Jean-Pierre Boudine transforme doucement son récit d'un simple roman post-apocalyptique vers un conte plus philosophique. Je ne connaissais pas plus que ça Le paradoxe de Fermi. Et je n'avais jamais rien lu se penchant sur cette question, issue des sciences de la nature et des mathématiques, et qui ne trouve pas aujourd'hui de réponse par ces mêmes sciences. Seules les sciences sociales et humaines peuvent tenter une réponse. De la même façon, le récit de Jean-Pierre Boudine qui commence d'abord d'un point de vue très mathématique et factuel, aborde pleinement la question qui nous préoccupe et les réponses possibles à ce paradoxe. Ce qui n'est au départ qu'une histoire assez quelconque, expliquant les causes et les conséquences de cette crise économique, prend donc sur la fin un tournant philosophique beaucoup plus intéressant. Et j'adore quand on me fait me poser des questions qui me trottent dans la tête. Pari gagné !

"L'homme est trop intelligent pour exister durablement."

Merci aux éditions Denoël.

Le paradoxe de Fermi, de Jean-Pierre Boudine
Denoël
Décembre 2014

28 janvier 2015

Sheila Levine est morte et vit à New York [Gail Parent]

L'auteur : Auteur américaine et scénariste pour la télévision, Gail Parent est née à New York en août 1940.

L'histoire : "Trouve un mari à la fac, après ce sera plus dur." Hélas, Sheila Levine, 30 ans, n'a pas réussi à respecter ce commandement familial. Après avoir cherché l'homme parfait, le bonheur, la minceur, elle capitule et jette ses dernières forces dans la préparation méticuleuse... de son suicide. La voilà qui se met en quête d'une concession avantageuse, d'un rabbin dévoué et d'une pierre tombale de qualité.

Mon avis : La quatrième de couverture annonçait un roman dans la lignée de Bridget Jones, ou plutôt son prédécesseur puisque ce roman a été écrit bien avant. En passant en librairie, un jour où j'avais besoin de légèreté, je me suis dit "pourquoi pas". C'est que je fais partie de ceux qui ont aimé Bridget. Malheureusement, la promesse n'est pas tenue et je me suis copieusement emm*rdéee (vous me passerez la grossièreté).

D'abord, c'est bourré de clichés sur les juifs : maman est omniprésente, fifille n'a comme objectif que de se marier avec le meilleur parti possible... Ça va un peu mais bon, je ne vois pas l'intérêt sur 270 pages.

Ensuite, Sheila n'est pas particulièrement sympathique. Elle passe son temps à se plaindre et tout tourne autour de sa petite personne. Certes, elle a quelques kilos en trop. Mais ça ne lui viendrait pas à l'esprit que de ne voir en un homme qu'un potentiel mari n'est pas sain ? Et que ça aurait plutôt tendance à faire fuir le sexe opposé ? Oui, une femme n'a pas besoin d'être mariée pour être accomplie et épanouie. Pourtant, Sheila s'enfonce elle-même. Elle accepte l'oppression de la société et souscrit totalement à ces normes sociales au lieu de lutter. Même une fois suicidée, elle continue à chasser le mari. Les aventures de la miss auraient pu être plus amusantes si elle avait pris un peu plus de recul sur la chose. Ici, c'est juste long.

Sous la forme d'une longue lettre d'adieu, Sheila retrace ce qui l'amène à se suicider, de son diplôme qui devrait lui offrir son indépendance (ce n'est pourtant pas si simple de couper le cordon avec les parents) à ses 30 ans. Ça en fait des années à ne songer exclusivement qu'à se marier. Et on pense alors aux aventures d'une Carrie Bradshaw juive dans un New York un peu plus populaire et un peu moins bling bling.

Seulement, comme je n'ai jamais aimé Sex and the city, je n'ai pas aimé ce roman.

Ce roman fait partie du Challenge Petit Bac d'Enna.



Sheila Levine est morte et vit à New York, de Gail Parent
Traduit par Renée Rosenthal
Rivages Poche
Mai 2014

26 janvier 2015

A most violent year, de J.C. Chandor

Film américain de J.C. Chandor, sorti le 31 décembre 2014, avec Oscar Isaac, Jessica Chastain et Albert Brooks.

L'histoire : New York - 1981. L'année la plus violente qu'ait connu la ville. Le destin d'un immigré qui tente de se faire une place dans le business du pétrole. Son ambition se heurte à la corruption, la violence galopante et à la dépravation de l'époque qui menacent de détruire tout ce que lui et sa famille ont construit.

Mon avis : Hiver 1981 à New York. Meurtres, cambriolages : la violence n'a jamais été aussi importante. Ceci, le spectateur ne le sentira guère qu’à travers la succession de faits divers énumérés à la radio.

Abel Morales a de l’ambition. Il veut réussir dans le monde du pétrole, mais en respectant les règles. Sauf que, entouré d’escrocs en tout genre, de son avocat à ses concurrents, il est dur de tenir la barre. Même sa femme, fille d’un escroc aujourd’hui en prison, regrette par moment les méthodes expéditives mais claires de papa. Abel contracte un emprunt pour acheter des réservoirs juste à côté de ses installations, qui lui permettront de grossir encore. C’est le début des ennuis. Le but, il ne le remet jamais en question. Il se contente de choisir le chemin pour y arriver, en préférant le chemin « le plus droit ». Ce qui veut tout dire. Cerné de toute part, il doit choisir comment se sortir de la mouise dans laquelle il est et qui risque de lui faire tout perdre.

Le personnage d’Abel Morales est vraiment bien construit. Sans mot, sans grande action, il est esquissé par l’intermédiaire de détails : il se tient, seul. Il écoute, impassible, la radio relayer l’attaque de ses camions et de ses chauffeurs. Il est travailleur, Abel, comme une araignée qui tisse doucement sa toile. Mais quelqu’un s’amuse à la détruire. Qui est-ce ? Le dandy cloitré dans son bunker et qui ne pense qu’au tennis ? Le grassouillet qui se fait coiffer chez Tommy ?

Rien à redire sur la réalisation. Les plans s’accordent à la photographie et aux couleurs choisies. Tout fonctionne parfaitement (sauf peut-être la vue sur New York où il manque, il me semble, deux tours jumelles présentes en 1981). Le réalisateur utilise des éléments de langage déjà vu. Une sorte d’hommage au cinéma presque. Le rythme aussi est là et le spectateur ne s’ennuie pas.

Mais… quoi, je ne sais pas trop. C’est un film bien fait mais de facture trop classique peut être. Rien de bien surprenant, pas beaucoup de relief. Les personnages me semblent trop convenus. Cela manque d’un soupçon de quelque chose, difficilement définissable, pour que l’alchimie soit là.

23 janvier 2015

La rivière noire [Arnaldur Indridason]

Voilà plus de deux ans que je n'avais pas lu un policier d'Indridason. Le dernier était Bettý. Pour entamer cette nouvelle année, j'ai voulu renouer avec le commissaire Erlendur et j'ai donc sorti sa 9e enquête de la PAL.

L'histoire : Le sang a séché sur le parquet, le tapis est maculé. Égorgé, Runolfur porte le t-shirt de la femme qu'il a probablement droguée et violée avant de mourir. Sa dernière victime serait-elle son assassin ? Pas de lutte, pas d'arme. Seul un châle parfumé aux épices gît sur le lit. L'inspectrice Elinborg enquête sur cet employé modèle qui fréquentait salles de sport et bars... pour leur clientèle féminine.

Mon avis : Donc,je pensais en ouvrant ce livre retrouver le commissaire Erlendur (comme le dit si bien l'Express : "commissaire aussi gai qu'une pierre de lave mais aussi attachant qu'un sparadrap"), sa mélancolie et ses questionnements sur son passé et l’avenir de ses enfants. En fait, Erlendur a pris des vacances et l’auteur nous laisse avec sa collègue Elinborg. Surprenant mais agréable.

Elinborg est un personnage un peu bizarre. Elle pourrait vite agacer le lecteur, tant on la ressent comme une épouse et une mère attentive, une inspectrice douée de flair, bref, une femme parfaite. Pourtant, quelques petits détails viennent gripper la machine. Son premier mariage a échoué, ses enfants s’éloignent d’elle, le fossé entre les générations se creuse et elle trouve refuge dans l’élaboration de nouvelles recettes de cuisine qu’elle publie dans un livre. Quant à l’enquête, elle mettra un certain temps pour s’atteler aux éléments qui ne collent pas et qui la mèneront à résoudre l’énigme. Enfin, elle-même reconnait que la police fait ce qu’elle peut, mais ne peut résoudre à coup sûr toutes les crimes.

Cette fois, au lieu de s’attacher à mettre en résonance le passé et le présent, Arnaldur Indridason décrit les règles morales et sociales sous-entendues qui régissent la vie dans un petit village du fond de l’Islande. Chacun sait mais ne dit rien. Et Elinborg aura bien du mal à découvrir la vérité. Enfin, c’est la place de la femme qui, en filigrane, est remise en question dans la société : comment prendre toute sa place quand les violences faites aux femmes ne sont guère punis ? Rester dans le silence n’est pas une solution et la culpabilité ronge la victime.

Avec l’absence d’Erlendur, c’est l’absence de plongée dans l’Histoire du pays. C’est dommage car c’est ce qui fait le charme des romans de l’auteur. L’histoire est donc un peu basique et pourrait avoir lieu n’importe où. Toujours ans course-poursuites et sans débauche d’actions, Indridason continue pourtant de nous faire découvrir son pays, son peuple et ses caractéristiques. Juste différemment et un peu plus classiquement. Peut-être pas le meilleur, mais cela reste un tome que j’ai bien aimé et dévoré.

Ce roman fait partie du Challenge Petit Bac d'Enna.



La rivière noire, d'Arnaldur Indridason
Traduit par Éric Boury
Points
Mai 2012

21 janvier 2015

Fontaine de la place Saint Michel

Fontaine Saint-Michel à Paris

Construite en 1860 par l’architecte Gabriel Davioud, la fontaine Saint-Michel se situe près du pont Saint Michel, à l’angle entre le boulevard Saint-Michel et la place Saint-André-des-Arts, dans le 6e arrondissement de Paris. Commandée par Haussmann sous Napoléon III, elle le représente l’archange Michel terrassant le diable. Les deux chimères fontaines (on n’en voit qu’une seule sur ma photo) ont elles été sculptées par Henri-Alfred Jacquemard et le bronze central par Francisque Duret. Chaque élément est effectivement l’œuvre d’un artiste différent.

Tout en haut du monument, 4 statues de bronze figurent les vertus cardinales : la tempérance, la justice, la force et la prudence. La fontaine fait 26m de haut pour 15m de large.

Cette fontaine est notable car c’est la dernière fontaine-mur à Paris. Toutes les fontaines postérieures seront isolées au centre de places ou de squares.

19 janvier 2015

Nom de code : Verity [Elizabeth Wein]

L'auteur : Née en octobre 1964, Elizabeth Wein est une auteur américaine.

L'histoire : Je n'ai plus que deux semaines à vivre. Après, vous m'exécuterez. Car la mort est le sort que les nazis réservent à leurs ennemis, n'est-ce pas ? Et j'ai été prise en flagrant délit d'espionnage... Je n'ai pas d'autre choix que de livrer tout ce que je sais. Je ferai tout, absolument tout pour éviter un nouvel interrogatoire du capitaine SS von Linden.

Tout a commencer le jour où j'ai rencontré mon amie Maddie. C'est elle, le pilote qui m'a conduite jusqu'ici. Folles que nous étions, nous avons tenté d'envahir la France à nous deux.

Nous formions alors une équipe du tonnerre.

Mon avis : Deux jeunes femmes britanniques font connaissance, se lient d'une très forte amitié et vont vivre l'aventure de la seconde Guerre mondiale ensemble. L'opération Verity va être particulièrement difficile. L'auteur fait le choix de nous la raconter en deux parties, tenues comme un journal. La première par Queenie, jeune aristocrate qui parle parfaitement plusieurs langues et devient donc un agent sur le terrain en France ; la seconde par Maddie, une pilote qui combat à sa manière, en transportant les agents d'un point à un autre de l'Angleterre. Par un concours de circonstances, elle va devoir transporter son amie jusqu'à Ormaie, en France.

Premier souci, le côté littérature de jeunesse est un peu trop perceptible : les violences subies par Queenie sont très (trop ?) légèrement évoquées, les horreurs des camps et de la Gestapo également.  Du  coup, à moins de savoir exactement de quoi il est question, il est difficile de sentir la pression et la douleur subies par les deux amies. Et comme Queenie est du genre à cacher sa souffrance derrière une façade d'optimisme et de joie de vivre, il peut être compliqué pour un jeune lecteur de comprendre ce qui se passe en réalité.

Ensuite, la première partie, qui représente tout de même près des deux-tiers du roman, est assez longue et pleine de détails qui semblent souvent inutiles au lecteur. Cela alourdit passablement la lecture. Des éléments trouvent leur justification, et pour certains, j'ai même trouvé que c'était un peu trop évident et facile (comment von Linden peut-il ne pas tiquer aux bizarreries typographiques de Queenie ?). D'autres, comme les détails sur tous les avions, sont beaucoup plus secondaires. On sent bien que l'auteur a une passion pour ce sujet mais elle est maladroitement transmise au lecteur.

La seconde partie est beaucoup plus intéressante : on suit Maddie dans sa lutte quotidienne avec des membres de la Résistance. Maddie est un personnage attachant. Elle doute, mais elle est plus forte qu'elle ne le croit. Par amour pour son amie, elle va se dépasser et prendre des responsabilités qu'elle était loin d'envisager.

Par contre, j'ai particulièrement apprécié la référence faite aux familles de ces hommes et femmes qui partaient, ces êtres qui attendent le retour de leurs proches, sans rien savoir du risque qu'ils courent. L'image de la mère de Queenie gardant en permanence la fenêtre de la chambre de ses enfants ouverte m'a émue. On parle assez rarement de ce pan de l'Histoire, de ces parents qui ont donné la vie de leurs enfants pour une cause. J'ai aussi aimé le rapport à l'écriture : à la fois témoignage, journal, vision réelle ou trafiquée, moyen de rester vivant avant tout.

En bref, l'histoire est au final assez cousue de fil blanc. Je pense cependant qu'elle saura toucher les plus jeunes lecteurs, qui auront moins de références. Il ne faudra d'ailleurs pas hésiter à se renseigner davantage sur certains éléments historiques comme le fameux statut "Nacht und Nebel" et le camp de concentration peu connu de Natzwiller-Struthof. Et merci à Lelf qui m'a fait gagné ce roman.

Nom de code : Verity, d'Elizabeth Wein
Traduit par Marianne Durand
Castelmore
Juillet 2014

16 janvier 2015

Carmilla [Sheridan Le Fanu & Isabella Mazzanti]


L'auteur : Sheridan Le Fanu est un écrivain irlandais né en août 1814 et mort en février 1873. Publiée en 1872 dans le recueil In a Glass Darkly, Carmilla est une nouvelle fantastique.

Isabella Mazzanti est une illustratrice italienne née en 1982.

L'histoire : Dans un château de la lointaine Styrie, au début du XIXe siècle, vit une jeune fille solitaire et maladive.

Lorsque surgit d'un attelage accidenté près du vieux pont gothique la silhouette ravissante de Carmilla, une vie nouvelle commence pour l'héroïne. Une étrange maladie se répand dans la région, tandis qu'une inquiétante torpeur s'empare de celle qui bientôt ne peut plus résister à la séduction de Carmilla... Un amour ineffable grandit entre les deux créatures, la prédatrice et sa proie, associées à tout jamais "par la plus bizarre maladie qui eût affligé un être humain".

Mon avis : Voici un texte classique du XIXe siècle, un classique de la littérature vampirique puisqu'il semble que Bram Stocker lui-même s'en soit inspiré pour écrire son Dracula. L'ambiance est gothique à souhait et le cadre d'un vieux château autrichien simplement parfait pour les événements que l'auteur se propose de nous conter.

Carmilla fascine car elle est une figure féminine bien plus séduisante qu'effrayante. La dimension érotique et saphique est assez évidente tant les baisers et les témoignages d'affection et d'amour pleuvent dans la relation entre Laura, la narratrice, et Carmilla. D'autant que la prédatrice s'attaque uniquement à des jeunes filles, là où le Dracula de Bram Stocker est une figure masculine s'attaquant au sexe opposé. Et je me demande comment une telle histoire a pu être autorisée à l'époque. Les hommes sont quasi inexistants, ne reprenant le devant de la scène que pour tuer le monstre sanglant. La femme ultime, Carmilla, est décrite toute en beauté, qu'il s'agisse de ses traits ou de sa chevelure. Tout est fait pour séduire. Seul le lecteur résiste aux charmes de la belle brune puisqu'il est prévenu par les paroles de Laura. Il est à même de détecter la cruauté derrière la délicatesse et la volupté qui se dégagent de Carmilla. Et puis, le lecteur moderne sait reconnaître les signes laissés par un vampire. L'angoisse qui monte en lui n'est donc pas celle qui surgit face à l'inconnu mais bien davantage celle face à un grand danger bien connu qui ne peut se solder que par la mort.

J'ai tout de même été étonnée qu'aucune poursuite ne soit lancée contre la mère supposée de Carmilla qui participe grandement aux complots visant à fournir des victimes à sa fille.

Côté visuel, ce qui est l'avantage de l'édition que j'ai choisie, les couleurs en dégradé de noir et en rouge s'accordent parfaitement avec l'ambiance sombre et sanglante. Les illustrations sont vraiment belles mais pourtant elle s'accordent rarement avec le texte présenté en vis à vis.


Une lecture qui entre dans la catégorie Prénom du Challenge Petit Bac d'Enna.

Carmilla, de Sheridan Le Fanu et illustré par Isabella Mazzanti
Traduit par Gaïd Girard
Soleil Productions
Octobre 2014

14 janvier 2015

Fleurs #27



Fleurs offertes le 07/12/2014