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06 avril 2020

Le chien de Madame Halberstadt [Stéphane Carlier]

Il y a longtemps maintenant, j'avais lu un premier roman de Stéphane Carlier et beaucoup apprécié son Grand amour. Il aura fallu une chronique dans le magazine Lire pour que je retrouve l'auteur avec son dernier roman, Le chien de madame Halberstadt.

L'histoire : Baptiste, écrivain, a connu des jours meilleurs. Son dernier roman a fait un flop, sa compagne l'a quitté pour un dentiste et, à bientôt 40 ans, il est redevenu proche de sa mère. Il passe ses journées à déprimer chez lui en culotte de survêtement molletonné... Jusqu'à ce que Madame Halberstadt, sa voisine de palier, lui demande de garder son chien quelques jours.

Mon avis : Baptiste est un écrivain raté, un anti-héros jusqu’à l’absurde, dont la vie va être totalement chamboulée par l’arrivée d’un carlin. Il va alors connaître l’amour, retrouver l’inspiration et découvrir le succès.

Le carlin, c’est Croquette. La voisine de Baptiste s’absente en lui laissant la bestiole sur les bras. Pas très enthousiaste, Baptiste accepte tout de même et se rend compte rapidement que, depuis la seconde où Croquette est entré dans sa vie, il voit les choses beaucoup plus positivement. Les rebondissements sont parfois improbables mais savoureux. Il faut dire que notre écrivain a un comportement atypique tout comme les personnes qui l’entourent Mais l’ensemble forme un mélange tendre et drolatique, avec une pointe d’acidité pour écorner au passage notre société obsédée par le succès et les réseaux sociaux. Chacun a connu des moments difficiles et chacun à son rythme tente de trouver sa voie pour en sortir. Pour Baptiste, un chien sera l’élément déclencheur : par sa simple présence ou par le biais de pouvoirs magiques ? Cela reste à définir et Stéphane Carlier fait osciller son lecteur entre les deux possibilités. En tout cas, rien ne se passe tout à fait comme prévu et c’est ce qui fait le sel de ce roman.

Alors vive Croquette !

Le chien de Madame Halberstadt, de Stéphane Carlier
Éditions Le Tripode
Printemps 2019

03 avril 2020

Séries #17

La fabuleuse Mrs Maisel



Dans le New York de 1958, Miriam “Midge” Maisel a tout ce dont elle peut rêver : un mari parfait, 2 enfants et un appartement élégant dans l'Upper West Side. Mais sa petite vie parfaite prend un virage inattendu lorsqu'elle se découvre un talent pour le stand-up.

Une série encensée par beaucoup mais que je n'ai pas su apprécier. J'y reconnais pourtant l'avènement d'un féminisme bien vu, loin de la figure de femme victime habituelle, et aussi le témoignage d'une époque. Les acteurs y sont fabuleux de justesse. Mais c'est d'un bavard qui m'a cassé la tête ! Et puis c'est bourré de références que je n'ai pas, qu'elles soient sur la religion ou les comiques américains et sa forme stand up. Bref, je suis allée au bout de la saison 2 mais je ne rempile pas.


The outsider



Le corps atrocement mutilé d'un garçon de onze ans est retrouvé dans une petite ville de l’Oklahoma. Les empreintes digitales et l’ADN présents sur les lieux du crime désignent aussitôt le coupable : Terry Maitland, l'un des habitants les plus respectés de la ville, entraîneur de l'équipe locale de baseball. L’affaire semble évidente à un détail près : Terry Maitland a un alibi en béton. Il était en effet à plusieurs centaines de kilomètres au moment où le meurtre a été commis. Le détective Ralph Anderson, proche de Maitland, est chargé de faire la lumière sur cette affaire pour le moins étrange. Et son explication pourrait bien dépasser l’entendement.

On est dans une construction classique de Stephen King. Ça commence comme un polar normal : un meurtre, un enquêteur, un suspect bien vite inculpé. Sauf que, Terry Maitland ne pouvait physiquement pas être à deux endroits en même temps, malgré les preuves qui démontrent que c'est le cas. On bascule alors dans le fantastique, avec des personnages qui refusent d'accepter une explication autre lorsque le rationnel ne mène à rien. Si l'entrée en matière est très forte, le reste s'englue un peu dans du déjà vu côté scénario. Mais cette série reste prenante et j'ai regardé les dix épisodes sans rechigner.


Carnival Row



Dans un monde fantastique à l’époque victorienne, où les créatures mythologiques doivent cohabiter avec les humains, le détective Rycroft Philostrate et une fée réfugiée du nom de Vignette Stonemoss vivent une dangereuse relation au cœur d’une société de plus en plus intolérante.

Une mythologie construite de toute pièce qui aurait pu être intéressante si l'histoire qu'on nous propose ne se perdait pas dans une multitude de directions : histoire d'amour, complot politique, vengeance personnelle, intolérance, folie meurtrière, colonialisme et immigration, secte et gang. Du coup, on passe d'un personnage à l'autre, sans s'attacher à aucun véritablement. Certains aspects sont à peine abordés et laissés de côté. J'ai eu une impression inutilement confuse, pas du tout maîtrisée qui finit par donner le sentiment que l'ensemble est bien long pour seulement 8 épisodes. Les acteurs sont mollassons et peu convaincants là où la photographie est très belle mais ne peut, à elle seule, sauver cette série.

01 avril 2020

La propriété [Rutu Modan]

L'auteur : Née en 1966,  Rutu Modan est une auteur de bande dessinée israélienne. Après avoir assisté à des cours donnés par Art Spiegelman, elle décide de se lancer dans le 9e art alors très peu représenté dans son pays. Elle l'y fait connaitre. Avec La propriété, son quatrième album, elle a reçu le Prix Eisner du meilleur album en 2014 ou encore le Prix spécial du jury au festival d'Angoulême la même année.

L'histoire : “Avec la famille, vous n'êtes pas obligé de dire l'entière vérité et ce n'est pas considéré comme un mensonge."
Après la Mort de son fils, Régina Segal emmène sa petite fille, Mica, à Varsovie où elles espèrent récupérer une propriété familiale spoliée pendant la seconde guerre mondiale. Une histoire de famille, de secrets, et d'amour.

Mon avis : Disons-le tout net, j’ai eu du mal à me lancer dans cet album du fait du dessin, que je trouve vraiment moche. Des couleurs fades, un dessin en Ligne Claire mou et sans aucun caractère. Seul point positif, il est très expressif. Mais cet album faisait partie des recommandations d’albums de Davodeau dans Les ignorants. Je l’avais donc emprunté à la bibliothèque et je me suis dépêchée de le lire avant de refaire le plein pour le confinement qui s’annonçait.


Malgré cette réticence première, et étonnamment, une fois commencé, j’ai été totalement happée par les deux personnages principaux et leur relation. L’objectif annoncé : récupérer une propriété familiale qui a été spoliée par les Nazis. Dans les faits, la propriété est un prétexte, pour l’une à la recherche des traces de son passé et pour l’autre à la recherche de son histoire familiale qu’elle ne connait pas. L’une vit un retour douloureux sur les traces du souvenir du ghetto de Varsovie. A l’inverse, sa petite fille est jeune et insouciante. Entre douleur et légèreté, le récit est protéiforme : historique, policier, humoristique voire touristique…

Rutu Modan évite d’aborder de front les interrogations existentielles. Mais pourtant, la quête de Régina et de Mica renvoie aux émotions, aux cachotteries et aux vérités. Leurs émotions d’ailleurs sont pleinement montrées : les bons moments oui, mais aussi les querelles, quitte à dévoiler le caractère de cochon de Régina et la ténacité de Mica. Elles se retrouveront finalement une fois la vérité révélée, après une série de rencontres et de malentendus.

Ça se lit bien et agréablement. Après, ça manque de profondeur à mon goût. Il faut dire qu'il aurait été difficile d'aller plus loin dans la description du ghetto de Varsovie et de garder ce ton d'humour qui fait aussi le charme de l'ouvrage.


La propriété, de Rutu Modan
Traduit par Rosie Pinhas-Delpuech 
Éditions Actes sud BD
Septembre 2013

30 mars 2020

Protocole gouvernante [Guillaume Lavenant]

L'auteur : Diplômé de l'INSA et un master en lettres en poche, Guillaume Lavenant partage son temps entre son métier d'ingénieur et sa passion pour le théâtre au sein du collectif nantais Extra Muros. En parallèle, il écrit son premier roman Protocole gouvernante.

L'histoire : Une jeune femme sonne à la porte d'une maison dans une banlieue pavillonnaire coquette et tranquille. Le couple aisé qui l'accueille lui donne quelques recommandations concernant leur fille Elena, dont elle aura la charge. La gouvernante sourit, pose les mains bien à plat sur ses genoux, module sa voix, les met à l'aise... En suivant à la lettre le protocole imaginé par l'étrange Lewis, elle saura se rendre indispensable. Elle deviendra la confidente et l'objet de tous les désirs enfouis par cette famille en apparence idéale.
Mais cette gouvernante n'est pas seule. Ils sont nombreux comme elle à s'être infiltrés à divers endroits de la société. Les motos vont rugir. Une action d'envergure se prépare et, dans l'ombre, tous y concourent.
Alors que le vernis craque et que l'emprise de la jeune femme grandit, la tension se fait de plus en plus palpable. Jusqu'au grand jour.

Mon avis : Une jeune femme, dont on ne connaîtra pas le nom, est embauchée en tant que gouvernante pour s’occuper de la petite dernière. C’est un élément perturbateur qui vient troubler le quotidien d’une famille modèle. Petit à petit, sous son influence, tout se dérègle. Seul le fils aîné, Charles, semble s’apercevoir de quelque chose. Mais rien ni personne ne sera en mesure d’empêcher ce qui s’annonce.

La narration intrigue forcément : paragraphes brefs et un narrateur qui s’adresse au personnage principal par un vous et l’utilisation du futur. La gouvernante lit et respecte à la lettre un protocole qui a été écrit pour elle, dans la situation où elle se trouve. Une suite de consignes donc, de choses à faire ou à dire. Le style étonne donc, mais lasse aussi au bout d’un moment tant la vie au sein de cette famille est monotone et que tout est énoncé sur le même ton. Il est difficile de distinguer ce qui pourrait sortir de l’ordinaire et le lecteur se retrouve bercé dans une routine. Et, comme à aucun moment nous ne sommes dans la tête des personnages, tout est en distance, empêchant de s’attacher. Si je comprends le procédé narratif comme un parfait reflet de ce qui se déroule dans la maison familiale, il n’en demeure pas moins que la lecture n’est pas toujours très enthousiasmante.

Ce qui tient le lecteur par contre, c’est que le roman est court et que la tension monte. On sent le drame se préparer sans qu’on en comprenne exactement la teneur. On se demande qui sont Lewis et Strand dont les noms reviennent régulièrement, comme des incartades dans la rédaction si précise et minutée de ce protocole. Quel est donc ce livre de contes que la jeune femme offre à la petite Elena ? Quel est cette mission dont semble être investie la jeune femme ?

Sur les dernières pages, tout se dévoile. Enfin, disons qu’on comprend un peu plus le pourquoi, qui s’avère essentiellement politique. La fin en elle-même n’a guère d’importance, le but étant surtout de dénoncer, quoi ? Nos petites vies bourgeoises bien confortables ? Chacun y trouvera ce qu’il a envie. Mais au final, tout ça juste pour ça ?

Il s’agit donc à mon sens plus d’un exercice de style que d’un réel roman.

Protocole gouvernante, de Guillaume Lavenant
Éditions Payot & Rivages
Juin 2019

27 mars 2020

Journée du patrimoine 2018 : Jardin d'agronomie tropicale

Oui, je sais, j'aurais pris mon temps pour rédiger ce billet. Il faut dire que jusqu'ici j'avais toujours un autre billet plus d'actualité à publier ou pas assez de temps. Les circonstances actuelles ne permettent plus les billets sur le cinéma ou les expositions. Alors, je replonge dans les billets mis de côté et je m'attelle au travail.

Or donc, je voulais vous parler du jardin d'agronomie tropicale que j'ai eu l'occasion de visiter grâce à une visite guidée lors des journées du patrimoine 2018.

En 1860, Napoléon III concède le bois de Vincennes à la ville de Paris. L'Empereur veut que ce domaine forestier de près de 1000 hectares devienne un lieu de promenade et de détente pour les populations ouvrières de l'Est parisien. En lisière de Nogent-sur-Marne, 16 hectares sont attribués au Muséum national d'Histoire naturelle de Paris pour y installer une annexe. En 1899, le Muséum accepte la création d'un jardin d'essai colonial pour accroître la production agricole dans les colonies françaises. En 1907, il accueille une Exposition coloniale qui rencontre un grand succès auprès du public. D'ailleurs, au détour des allées, le promeneur tombe régulièrement sur des édifices et pavillons construits à cette époque.

Porte chinoise à l'entrée du Jardin d'agronomie tropicale de Paris

La porte chinoise fut installée en 1906 dans l'exposition coloniale du Grand Palais avant de rejoindre le Jardin d'agronomie tropicale en 1907 pour l'exposition. Si on ignore sa provenance exacte, tous ses éléments décoratifs sont d'origine asiatique. Elle a été dégradée fortement par la tempête en 1999. En 2011, on restaure sa toiture et démonte les personnages sculptés pour les remettre en état.

Monument aux Cambodgiens et aux Laotiens morts pour la France

Détail du pont menant au monument aux Cambodgiens et Laotiens morts pour la France

Pendant la Première guerre mondiale, bâtiments et personnel non mobilisé sont mis à la disposition d'un hôpital militaire pour y soigner les blessés des troupes coloniales. Après la guerre, plusieurs monuments commémoratifs sont érigés sur le site. Lorsque la Seconde guerre mondiale éclate, le Jardin survit difficilement et l'enseignement agronomique déserte le site pour Paris. À la fin de la guerre, quelques initiatives voient le jour pour relancer le Jardin : Centre Technique Forestier Tropical en 1949, création de l'Institut de Recherches Agronomiques Tropicales en 1960, du Centre de coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le développement en 1984.


Vestiges de la bambouseraie du Jardin d'agronomie tropicale

En 2003, la Ville de Paris prend possession des 4.5 hectares de la partie paysagée du Jardin et l'ouvre au public. Aujourd'hui, la végétation est essentiellement naturelle où seuls les édifices et les allées sont dégagés. La végétation y est essentiellement endémique à l'Île-de-France avec seulement quelques espèces tropicales. Malheureusement, par manque d'entretien et suite à des dégradations, les édifices restant sont très délabrés.

Temple du souvenir Indochinois

Après le pillage et l'incendie du vrai temple en 1984, un nouveau est construit grâce à une souscription en 1992. C'est ce nouveau temple que voici, transformé depuis en monument aux Vietnamiens morts pour la France.

Esplanade du Dinh

Pour le pavillon de la Tunisie, la végétation tropicale laissée à l'abandon a fait place à une végétation endémique. La bâtisse elle-même tombe en ruines. Depuis août 2019, un projet de reconstruction et de réhabilitation vise à en faire un espace de restauration et un centre de ressources pour le CIRAD. Livraison prévue début 2020 mais je n'ai pas encore eu l'occasion d'aller voir cela.

Pavillon de la Tunisie
Du pavillon de la Réunion ne demeure qu'un petit kiosque caché au milieu de la végétation.

Kiosque du pavillon de la Réunion

Globalement donc, la question des bâtiments est au cœur de ce Jardin. Si le sujet du colonialisme est forcément délicat, laisser ces vestiges complètement à l'abandon ne semble pas satisfaisant. Un travail de restauration est en cours mais il prend beaucoup de temps, n'étant clairement pas une priorité pour la Mairie de Paris qui n'alloue pas les fonds nécessaires. Même les serres sont laissées à l'abandon.

Serres du Jardin d'agronomie tropicale




Un jardin dans lequel il fait bon déambuler et se laisser surprendre, même si on apprécierait beaucoup de voir des bâtiments en bien meilleur état.

25 mars 2020

Hibakusha [Barboni & Cinna]

Les auteurs : Thilde Barboni, née en décembre 1956, est une traductrice et psychologue clinicienne  belge de formation, auteur de plusieurs nouvelles, de pièces de théâtre et de feuilletons radiophoniques. Pour adapter sa nouvelle "Hiroshima, fin de transmission", elle s'est associée à Olivier Cinna, dessinateur et coloriste français né en décembre 1972 et mort en mars 2019.

L'histoire : C'est une histoire d'amour. Pas au bon moment, pas au bon endroit. Ludwig est Allemand, elle est Japonaise. Ils se lient pour l'éternité en 1945 à Hiroshima. Depuis cette date, "hibakusha" est le nom donné aux survivants des attaques nucléaires américaines sur les villes de Nagasaki et Hiroshima. Témoins éternels de l'horreur.

Mon avis : Ce qui m’aura attirée dans cet album, c’est sa couverture et certaines planches, tout à fait superbes. Malheureusement, l’histoire n’est pas vraiment à la hauteur.


A la base, il s’agit d’une nouvelle de Thilde Barboni, que l’auteur adapte avec l’aide d’Olivier Cinna. Un fonctionnaire nazi est envoyé par le régime au Japon, où il a passé une bonne partie de son enfance, pour traduire des documents hautement confidentiels. Il laisse à Berlin femme et enfant, avec une pointe d’inquiétude mais sans grande déchirure pour autant. Arrivé à Hiroshima, il se lance dans sa traduction et rencontre une jeune femme.

Le problème, c’est que l’album est trop court : on survole l’insatisfaction de Ludwig dans son couple et son principe de neutralité qui lui permet de vivre presque sereinement sa collaboration avec le régime nazi, on survole son arrivée au Japon et son travail de traducteur, on survole aussi l’histoire d’amour et la rédemption de Ludwig. Tout manque de profondeur pour qu’on s’attache à cette histoire. La guerre n’est qu’une toile de fond, un lien entre les différents moments abordés et le questionnement sur ce qu’il reste d’un homme après sa disparition est bien trop fugace.

Il reste parfois de très belles planches superbement mises en couleur et la découverte du terme "hibakusha" qui désigne les personnes qui ont été affectées par la bombe atomique.


Hibakusha, de Thilde Barboni et Olivier Cinna
Éditions Dupuis Aire Libre
Mai 2017

23 mars 2020

Le cerbère blanc [Pierre Raufast]

J'avais laissé Pierre Raufast avec son quatrième roman Habemus Piratam, encore un très bon cru, il y a tout juste un an. Pour son cinquième roman, Le cerbère blanc, il change de maison d'éditions et quitte Alma pour Stock. Serait-ce révélateur d'un changement de style ?

L'histoire : Choyé par les siens, Mathieu vit une enfance idyllique dans la vallée de Chantebrie, jusqu'au jour où il perd ses parents dans un accident tragique. C'est décidé, il consacrera sa vie à défier la mort. Il quitte sa vallée et Amandine, sa fiancée, pour suivre des études de médecin à Paris. Là, il travaillera pour un taxidermiste dont la plus belle pièce est un mystérieux cerbère blanc...
Mais peut-on vraiment tirer un trait sur son passé ?
Tiraillé par ses démons, ses regrets et son ambition, Mathieu ira d'aventure en aventure jusqu'à ce lieu ultime, interdit, duquel il reviendra transformé.

Mon avis : Retour donc dans la vallée de Chantebrie pour faire cette fois la connaissance de Mathieu et Amandine, deux enfants nés à deux jours d’intervalle, dans des familles amies, devenus inséparables. Leur destin était tracé. Pourtant, rien ne va se dérouler comme prévu. Car Pierre Raufast sait raconter des histoires où tout est chamboulé.

L'auteur oublie pour la première fois ses astuces de construction, ses histoires gigognes, au profit d’un arc narratif plus classique mais dans lequel il continue de faire preuve de son merveilleux talent de conteur. De petits clins d’œil aux précédents romans sont aussi dispersés ici ou là. Il choisit de nous parler de choix, de lâcheté et de courage, de deuil, de vanité, de vengeance et de pardon. Avec un ton assez léger il aborde pourtant des sujets graves. Bref, tout ce qui fait la nature humaine en somme. Ce roman fait une peu plus réfléchir là où les précédents étaient davantage sur le divertissement. Il n’empêche, c’est avec beaucoup de plaisir que j’ai suivi les aventures de Mathieu et d’Amandine. Car ces personnages que l’on va suivre du début à la fin prennent du coup plus d’épaisseur et de subtilité.

Un roman dans lequel il faut se laisser porter pour expérimenter, à nouveau, un vrai plaisir de lecture.

"Avant l'acte, l'homme ne pense qu'à son plaisir ; après, il ne pense qu'à sa réussite.
Soit il pense trop bas, soit il pense trop haut. La femme, elle, vise bien mieux : juste au milieu, le cœur." (p°51)

Le cerbère blanc, de Pierre Raufast
Éditions Stock
Mars 2020

20 mars 2020

Louvre #21 : Frise des archers et Frise des lions



La Frise des archers faisait partie du palais de Darius Ier, à Suse, vers 510 avant JC. C'est un décor en briques à glaçure colorée qui évoque une armée avec un nombre de soldats très conséquent. Les pans de frise présentés au Louvre sont impressionnants. On y voit des hommes portant des lances, des arcs et des carquois.

Ce qui est impressionnant dans ces murs de briques, c'est la richesse du décor qui combine bas-relief et couleur grâce à l'emploi de glaçures vertes, brunes, blanches et jaunes. Ces militaires semblent défiler, vêtus d'une grande robe perse galonnée et plissée sur les jambes, barbus et coiffés de boucles retenues par un diadème de feuillage.



On s'interroge aussi sur l'interprétation de cet ensemble colossal : il pourrait peut-être s'agir des Immortels, une garde d'élite de 10 000 soldats de l'empire perse qui servait de garde personnelle au roi perse soit dans son palais, soit sur le champ de bataille. Leur nombre restait constant car blessés et décédés étaient rapidement remplacés. Ils se sont notamment illustrés lors de la bataille des Thermopyles.

La Frise des lions faisait elle aussi partie du palais de Darius Ier et se trouvait dans la cour. Avec la symbolique du lin, c'est évidemment une déclaration politique de puissance,qui entourait une inscription trilingue.


Ils sont représentés menaçants, gueule ouverte et crocs visibles. À nouveau, le visiteur est impressionné par la richesse des détails et des couleurs : les muscles du museau, la pupille de l’œil, ils avancent calmement mais vigilants, au milieu d'éléments de décor végétaux.


Les briques utilisées pour cette frise sont deux fois plus hautes que celles de la Frise des archers.