ShareThis

05 mai 2012

Drogues store [Arnaud Aubron]

L’auteur : Arnaud Aubron Rédacteur en chef des Inrocks, ancien de Libération et co-fondateur de rue89

L'histoire : Qui sait... que la noix de muscade est un hallucinogène puissant ? Que Steve Jobs fut un grand amateur de pétards et d'acide ? Que l'État français a vendu l'opium dans ses colonies ? Que certains Indiens se shootent à la morsure de serpent ? Que le premier trafiquant de cocaïne colombien était une femme ? Que George Washington cultivait du chanvre ? Qu'un joint désignait à l'origine une fumerie d'opium ?
Cannabis, alcool, cocaïne, caféine, tranquillisants... les drogues font partie de notre quotidien. De A comme Abstinence à Z comme Zoo, en passant par Boeing d'Air Cocaïne, Guerres de l'opium, Poppers ou, plus surprenant, Urine, Cucaracha, Herbe du pendu, Mitterrand, Deux feuilles, Pécho, etc., ce dicorock dresse un tableau complet de la planète drogues, sous ses aspects historique, scientifique, politique et philosophique.

Mon avis : Classées par ordre alphabétique, chaque entrée propose un focus sur des plantes, des procédés, des lieux ou des personnes, tous liés au monde de la drogue, au sens large. Bienvenu dans la planète drogue ! Au fur et à mesure d’anecdotes, on apprend le rôle du trafic de drogues dans certains conflits militaires, la position ambiguë de certains candidats à l’élection présidentielle (voir François Hollande).
Alors, c’est un dictionnaire, donc je ne vous cacherai pas que je ne l’ai pas lu comme un livre, une page après l’autre. Non, j’ai plutôt pris le parti de choisir les entrées qui m’intéressaient, sautant d’un mot à l’autre. Bizarrement, comme le fait remarquer à juste titre Livrogne dans son billet (avec qui je partage d'ailleurs mon avis général), certaines entrées attendues sont absentes : Cocaïne, Ecstasy ou Héroïne par exemple, alors qu’il en est tout de même largement question à d’autres endroits. Premier mot : abstinence ; dernier mot : zoo. Oui, ça peut surprendre. Mais c’est justement l’intérêt de ce dictionnaire, de bousculer nos idées reçues sur la drogue.
Des pointes personnelles apparaissent ici et là. On sent que l’auteur n’est pas un fervent opposant à la dépénalisation. Mais le ton, plutôt léger, a tendance à dédramatiser un peu trop parfois les ravages des drogues dures. Quid en effet de la misère humaine, de cette masse de drogués obligés à tout pour obtenir leur dose ?
Non, l’auteur s’attache à dégager un bilan très clair : la mafia se repaît de l’interdit. Si tout un monde criminel s’organise autour des drogues, et surtout les drogues dures, c’est bien parce que celles-ci sont interdites. Et surtout, surtout, l’hypocrisie des politiques au pouvoir, qui refusent de se mouiller sur une telle question relevant de la santé publique. Un exemple ? S’il est connu que Steve Jobs était un fervent adepte du LSD, il n’en est quasiment jamais fait mention nulle part. Au point qu’au moment de sa mort, Paris Match notera « A 17 ans, il goûte au LSD, mais l’effet le refroidit ». Et ce n’est pas que l’apanage du créateur d’Apple ; les fondateurs de Google ou d’Amazon trempent eux aussi dans les milieux de la drogue, participant régulièrement à des festivals où ces substances coulent à flot. Tant que ce n’est pas clairement affiché sur la voie publique, les gouvernements s’en moquent. Ils vont même jusqu’à participer à l’intoxication de masse, droguant les soldats au combat, prônant la répression avant la prévention. L’exemple du Letten, cette ancienne gare désaffectée suisse, est assez criant de l’absence de réflexion à long terme.
C’est une lecture intéressante, qui fait réfléchir. Mais peut être un peu trop orientée à mon goût. Je n’adhère pas à tous les partis pris de l’auteur. A lire avec un certain recul donc.

Merci aux Agents littéraires pour cette lecture. 

4 commentaires :

Alex Mot-à-Mots a dit…

François Hollande et la drogue ? Tu aiguises ma curiosité, là...

Petite Fleur a dit…

Nicolas Sarkozy a aussi son entrée. Même si à l'instant où je te réponds, il sort plutôt...

Noann a dit…

Tiens c'est bizarre..

J'ai dit exactement la même chose, dans le même ordre, deux mois plus tôt !

http://livrogne.com/2012/04/drogues-store-arnaud-aubron/

Petite Fleur a dit…

Billet corrigé avec lien vers votre billet car c'est en effet chez vous que jai tiqué sur le fait qu'il n'y avait pas d'entrée Cocaïne et Héroïne (vous ne parlez pas de l'Ecstasy). Nous avons le même ressenti pour le reste, mais vous ne parlez pas de l'interdit qui permet de générer autant d'argent dans la mafia, ni de la question de santé publique à laquelle les politiques refusent de se confronter. Nous soulignons tous les deux Steve Jobs, mais je le souligne essentiellement pour le côté hypocrite de la société. C'est d'autant plus marquant que ce livre est très actuel, très ancré dans les élections présidentielles à relever toutes ces petites anecdotes.
J'ai effectivement lu votre billet avant d'écrire le mien, et même avant de lire ce dictionnaire.