ShareThis

04 février 2013

Le singe de Hartlepool [Lupano et Moreau]

L’auteur : Wilfrid Lupano est un scénariste français né en septembre 1971 à Nantes et vous pouvez retrouver Jérémie Moreau le dessinateur sur son blog.

L'histoire : 1814, au large des côtes du petit village anglais de Hartlepool, un navire de la flotte napoléonienne fait naufrage lors d'une tempête. Au petit matin, sur la plage, les villageois retrouvent un survivant parmi les débris. C'est un singe qui jouait le rôle de mascotte à bord du vaisseau, et qui porte l'uniforme français. Or les habitants de Hartlepool DÉTESTENT les Français, même s'ils n'en ont jamais vu en vrai. D'ailleurs, ils n'ont jamais vu de singe non plus. Mais ce naufragé arrogant et bestial correspond assez bien à l'idée qu'ils se font d'un Français... Il n'en faut pas plus pour qu'une cour martiale s'improvise.
Inspiré d'une légende tristement célèbre du Nord de l'Angleterre, le Singe de Hartlepool est une fable tragi-comique qui parle de nationalisme va-t-en-guerre et du racisme ignorant qui ne connaît pas de frontières...

Mon avis : C’est Ys avec son billet qui m’a donné envie de découvrir cette BD, sélectionnée pour le festival d’Angoulême 2013 et j'espère que moi aussi, à mon tour, je vous donnerai envie.
Pauvre singe que celui-ci ! Voici un animal qui, de sa sortie de la jungle où il était heureux se retrouvera sur un bateau français où, vêtu d’un uniforme de soldat napoléonien, il devra amuser la galerie, avant de vivre un naufrage puis d’aborder les côtes anglaises pour son plus grand malheur. La bêtise humaine va se déchaîner contre lui. Le prenant pour un français (ils n’en ont jamais vu, ni de singe), les anglais vont le torturer pour obtenir des informations sur une possible invasion de Napoléon, avant de le pendre haut et court.
Quelle abominable scène que celle du rasage de ce singe pour qu’il fasse bonne figure à son procès ! Il y aura bien une âme un peu plus charitable que les autres pour tenter de prendre sa défense. Mais, acculé par la violence et l’envie de sang de ses coreligionnaires, à peine plus éveillé qu’eux, ce personnage devra vite se rendre à l’évidence : il ne peut rien contre la foule.
Ce récit présente donc, vous l'aurez compris, les pires aspects de la nature humaine mais n’est pas dénué d’humour. Barbizan est un personnage clé pour alléger quelque peu la lourdeur du propos par ses insultes hautes en couleur et savoureuses. Mais surtout, il faut attendre la fin pour que le lecteur sourie à nouveau avec ce clin d’œil du jeune héros, Charly, personnage assez particulier de l’histoire, comme vous le découvrirez vous-même je l’espère. Son père, médecin en voyage, et personnage éduqué est le seul, avec 2 des enfants (Philip et Melody), à faire preuve de tolérance et d’esprit d’analyse, de curiosité plutôt que de violence gratuite.
Notons que ce récit est tiré d’une histoire vraie,  et il est bon que les auteurs le précisent, car on ne peut que s’en étonner tellement elle est invraisemblable. Et tellement il est triste de voir à quel point l'homme peut être bête, méchant, pour ne pas être plus grossière. Car cette presque fable semble vraiment intemporelle sur son discours.
Quant à la qualité du dessin, je vais reprendre les mots d’Ys pour la décrire : « Le dessin naïf de Jérémie Moreau accentue l’aspect de fable de cette édifiante histoire. Ces villageois abrutis ont des « tronches » vraiment réussies, la caricature soulignant ici l’ampleur de la bêtise. Face à eux, la douceur du singe fend le cœur. »

Voilà, en deux mots : lisez le !

5 commentaires :

Ys a dit…

Ravie que cette BD t'ait plu aussi. En te lisant, je me dis que cette histoire est terriblement triste oui, mais le tour de force de cette BD, ce qui fait sa réussite, c'est que finalement, c'est très léger, pas sordide du tout. C'est en tout cas un très beau playdoyer contre l'ignorance.

Nane a dit…

J'ai également beaucoup apprécié cette BD, découverte à sa sortie.

Manu a dit…

Elle semble vraiment incontournable.

Loesha a dit…

Tant que ça ne tourne pas au carnage à la Jean Teulé... pourquoi pas !

Petite Fleur a dit…

@ Ys : tout à fait d'accord avec toi. Tu en re-conseilles d'autres aussi bien quand tu veux :-)

@ Nane : c'est malin ça de la connaître ! Ça m'arrange pas !

@ Manu : oui, et franchement, elle vaut le coup.

@ Loesha : c'est pas le même propos non plus. Et je te rassure, ils ne font pas cuire le singe ("Je, François Villon" like ;-))