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18 janvier 2014

Les hauts de Hurle-Vent [Emily Brontë]

L'auteur : Emily Brontë est une romancière britannique, née en juillet 1818 et morte en décembre 1848, sœur de Charlotte et Anne. Wuthering Heights est son unique roman.

L'histoire : Les Hauts de Hurle-Vent sont des terres balayées par les vents du nord. Une famille y vivait, heureuse, quand un jeune bohémien attira le malheur. Mr. Earnshaw avait adopté et aimé Heathcliff. Mais ses enfants l'ont méprisé. Cachant son amour pour Catherine, la fille de son bienfaiteur, il prépare une vengeance diabolique. Il s'approprie la fortune de la famille et réduit les héritiers en esclavage.
La malédiction pèsera sur toute la descendance jusqu'au jour où la fille de Catherine aimera à son tour un être misérable et frustre.  

Mon avis : Je vous le disais déjà lors de précédents billets sur les romans des sœurs Brontë, mais je trouve fascinant que les trois sœurs aient la même qualité de plume, tout en ayant chacune sa spécificité : Anne est très moraliste (La dame de manoir de Wildfell Hall), Charlotte est plus romanesque (Jane Eyre) et Emily plus romantique (sombre et torturée par les sentiments). Dans ces Hauts de Hurle-Vent, en effet, il n’y a guère d’espoir. Ce n’est pas tellement l’histoire d’un amour impossible et qui transcenderait la mort, mais bien plus celle d’une vengeance qui pèsera sur plusieurs générations et plusieurs familles. Le vent souffle, la lande se dessine dans un coin perdu de l’Angleterre, l’atmosphère est oppressante.

Chacun des personnages a sa part de responsabilité dans l’histoire qui nous est révélée, qui trouve son fondement dans les caractères intransigeant, égoïste et emporté de Cathy et Heathcliff, qui n’acceptent aucune concession. Les interactions des personnages vont créer un huis-clos étouffant, une descente dans les recoins les plus sombres de l’âme humaine, une alchimie malsaine entre cette femme et cet homme. Si le roman a fait scandale, c’est bien aussi parce qu’il transgressait nombre de principes moraux de l’époque. Car ici, point de providence divine, les personnages sont responsables de leur sort, ce sont leurs agissements qui s’enchaînent pour former ce drame.

Nelly Dean s’avère le point central du roman, car elle a partagé la vie de tous les personnages principaux aux moments les plus cruciaux de cette saga familiale. C’est elle qui raconte, qui sait. C’est elle aussi qui choisit le découpage du récit, par flash-backs successifs. C’est elle enfin qui apporte la lumière et l’espoir : elle éclaire les personnages sous un jour parfois moins égoïste, cherchant des explications et, en dernier lieu, c’est elle qui influence Catherine Linton pour la mettre en meilleures dispositions vis-à-vis de Hareton. On peut dire que c’est donc Nelly, simple gouvernante, qui déjoue le machiavélisme d’Heathcliff.

Mr Lockwood figure un peu le lecteur : il se retrouve confronté à des personnages au comportement grossier et mystérieux et doit attendre les explications de Nelly, la gouvernante de Thrushcross Grange, la propriété voisine des Hauts de Hurle-Vent, qui appartient à la famille Linton. Les deux propriétés sont liées, passant de main en main au gré des liens tissés par les familles Linton, Earnshaw et Heathcliff.

Le roman, je l’ai dit, a fait scandale à sa sortie. Un lecteur moderne, s’il ne se remet pas dans le contexte, pourrait avoir du mal à le comprendre. D’autant que les relations charnelles entre époux ne sont jamais évoquées : pas de baiser, pas d’embrassade. Ainsi rien ne laisse-t-il supposer que Cathy est enceinte avant qu’elle n’accouche. Cela m’a particulièrement marqué comme une volonté délibérée d’effacer ces aspects d’une relation homme-femme si gênants et impudiques à l’époque.

Comme il s’agissait pour moi d’une relecture je savais le fin mot de l’histoire. Du coup, je me suis moins laissé porter par l’ambiance. Et puis j’avoue que je ne me suis attachée à aucun personnage en particulier. Mon coup de cœur reste indubitablement pour Jane Eyre, qui nous présente un personnage qui se redresse toujours malgré l’adversité.

4 commentaires :

Neph a dit…

J'hésite toujours à le relire, mais c'est définitivement, avec Jane Eyre d'ailleurs, un de mes romans préférés.

Fleur a dit…

Bien que j'ai apprécié la qualité de ce roman, il ne m'a pas autant plus que "Jane Eyre".
Outre l'obscurité de ce roman, ce qui le rend difficile à apprécier est l'absence de fin "moralisatrice".

Alex Mot-à-Mots a dit…

Un roman lu il y a des années, et dont j'avais beaucoup aimé l'ambiance, justement. Je préfère rester avec mon souvenir de lecture.

Nane a dit…

Coup de cœur de jeunesse de ma mère, celle-ci avait tenté, dans ma (trop?) petite jeunesse à moi, de me le faire lire. Peine perdue, je n'avais pas du tout accroché à ces pauvres âmes tourmentées que j'étais parfaitement incapable de comprendre. Depuis, ce livre attend patiemment dans ma très très longue PAL. Un jour, peut-être?