ShareThis

08 avril 2014

Mauvais genre [Chloé Cruchaudet]

L'auteur : Née en novembre 1976, Chloé Cruchaudet est une scénariste et dessinatrice de bande dessinée. Avec Mauvais genre, elle remporte le prix du public Cultura au Festival d'Angoulême 2014.

L'histoire : Paul et Louise s'aiment, Paul et Louise se marient, mais la Première Guerre mondiale éclate et les sépare. Paul, qui veut à tout prix échapper à l'enfer des tranchées, devient déserteur et retrouve Louise à Paris. Il est sain et sauf, mais condamné à rester caché dans une chambre d'hôtel. Pour mettre fin à sa clandestinité, Paul imagine alors une solution : changer d'identité. Désormais il se fera appeler... Suzanne. Entre confusion des genres et traumatismes de guerre, le couple va alors connaître un destin hors norme.

Mon avis : Mauvais genre est une bande dessinée terriblement d'actualité, traitant du sujet de l'identité sexuelle (en plein débat sur le mariage pour tous et la théorie des genres) et du traumatisme d'un soldat de la Première guerre mondiale (dont nous célébrons le centenaire). Je l'ai repéré avant tout pour les nombreuses critiques positives de la blogosphère et puis parce que je trouvais que les sujets étaient originaux pour une bande dessinée. Et c'est encore une fois grâce à l'opération La BD fait son festival de Priceminister que j'ai eu l'occasion de la découvrir.

La première chose que l'on remarque en ouvrant cette bande dessinée, c'est la qualité des dessins et le parti-pris chromatique : tout est en noir et blanc, à l'exception de quelques rares détails en rouge, qui apportent toute l'énergie vitale au récit. Le rouge est à la fois le symbole du sang et donc de la mort, mais aussi du désir et de la vie. Assez contradictoire, tout autant que ce personnage de Paul, qui développe tour à tour deux facettes : son côté masculin et macho lorsqu'il vit ouvertement avant de partir au front, puis son côté féminin et libertin lorsqu'il est déserteur.

Car c'est avant tout échapper au peloton d'exécution que Paul se travestit. Il ne doit sous aucun prétexte être reconnu, alors qu'un avis de recherche pour déserteur est placardé. Il va donc se déguiser, ce qui va lui permettre de sortir de la petite chambre où il était enfermé. Il redécouvre la liberté. Y prend goût. L'argent venant à manquer, il va chercher un travail. En tant que femme, il postule à un boulot de couturière. Et le lecteur découvre avec lui le harcèlement moral et sexuel enduré par les petites mains. Petit à petit, Paul va devenir littéralement Suzanne. Perdu entre sa personnalité première, la peur que la guerre et les atrocités subies lui ont vissée au corps et à l'âme, et une nature féminine qui n'est plus jouée mais complètement intériorisée, Paul ne sait plus qui il est.

Inspirée de faits réels, cette histoire s'appuie sur un dessin fort qui la sert merveilleusement, se faisant tendre par moment, plus âpre et cru à d'autres. Elle pose la question de ce qui fait le féminin ou le masculin en chacun de nous et de la quête d'une identité, le tout dans un décor posttraumatique. Un mélange détonnant.

Comme vous le savez, je ne donne pas de note à mes lectures, mais l'opération de Price Minister le demande, alors je mettrais un 17/20.

4 commentaires :

Theoma a dit…

un sacré sens de la mise en scène !

La chèvre grise a dit…

@ Theoma : tout a fait, c'est très bien mené. Et le graphisme, pfiouuuu !

Alex Mot-à-Mots a dit…

Une BD qui semble faire l'unanimité.

La chèvre grise a dit…

@ Alex Mot-à-Mots : Effectivement, et cela aurait tendance à me rendre sceptique. Mais pour cette fois, c'est une réussite.