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13 février 2015

Il pleuvait des oiseaux [Jocelyne Saucier]

L'auteur : Née au Nouveau-Brunswick en 1948, Jocelyne Saucier est une romancière québécoise. Elle a obtenu de nombreux prix avec Il pleuvait des oiseaux, son quatrième roman.

L'histoire : Trois octogénaires épris de liberté vivent selon leur propre loi en forêt profonde dans le nord de l'Ontario. Non loin de là, deux hommes, l'un gardien d'un hôtel fantôme et l'autre planteur de marijuana, veillent sur l'ermitage des vieillards. Leur vie d'hommes libres et solitaires sera perturbée par l'arrivée de deux femmes. D'abord une photographe en quête du dernier survivant des grands feux qui ont ravagé la région au début du XXe siècle. Puis une deuxième visiteuse, très vieille celle-là, Marie-Desneige, un être aérien et lumineux qui détient le secret des amours impossibles. La vie ne sera plus la même à l'ermitage.

Mon avis : Enquêtant sur un survivant des Grands Feux de Matheson, qui ont ravagé la région de  l'Abitibi-Témiscamingue, une photographe, découvre deux petits vieux, Charlie et Tom, installés au fond des bois. La plume poétique de l’auteur fait immédiatement merveille pour décrire un lieu, sauvage et pourtant beau, que sont ces forêts canadiennes. Chaque vieillard dispose de sa propre cabane et d’un lit fait de fourrures accueillantes qui permettent de repousser le froid. Charlie et Tom savourent leur liberté retrouvée, après tant d’années passées à se plier aux convenances. Ils ne sont pas faciles d’abord, comme la nature qui les environne, mais avec un peu d’effort… Jusqu’à l’arrivée d’une petite vieille, Maris-Desneige, qui va tout remettre en cause.

Il faut accepter, au début du roman, de se perdre dans les différents personnages présentés et dont le lecteur ne sent pas forcément tout le potentiel. Certains conserveront d’ailleurs leur part d’ombre : certains ne dévoileront pas leur prénom, d’autre leur vie de famille… Seul les « petits vieux » seront exposés en pleine lumière. L’auteur ne cherche pas à donner une réponse à tout. Ainsi le lecteur abandonne-t-il sur le chemin Steve et Bruno, sans savoir trop ce qu’il en adviendra. Mais la délicatesse du roman se dévoile peu à peu, laissant de côté la vie rude au fond des bois pour découvrir une émotion partagée entre tous les protagonistes. C’est l’intervention de Marie-Desneige qui fait tout le charme de cette histoire : comme un lutin des bois, elle vient réveiller ses vieillards quelque peu endormis pour les ramener à la vie.

Le récit tendre fait par Jocelyne Saucier est un mélange agréable et réussi : sur l’histoire de ces Grands Feux (que je ne connaissais absolument pas, qui eurent lieu en 1916 et coutant la vie à 223 personnes), les rêves de liberté, les sacrifices, l’amour, l’amitié, la vieillesse et la mort. Sur beaucoup de choses habillement mêlées. Les personnages sont justes, tout en finesse, et terriblement attachants. Et les descriptions sont belles, notamment celles, presque hypnotiques, de l'incendie de Matheson :

« En fait de folie, il y a plus insidieux, une sorte de fascination qui naît dans le déploiement des flammes, leur force, leur toute-puissance, leurs couleurs éblouissantes dans la fumée, une contemplation horrifiée qui se poursuit tout au long de la course pour la survie et qui se charge au fur et à mesure qu’on compte les morts d’un besoin irrépressible d’aller toujours de l’avant pour éprouver son état de vivant ; » (p°95)

En bref, un livre lumineux sur le crépuscule de la vie.

Merci aux éditions Folio pour ce roman magique, qui s'inscrit également dans mon challenge Petit Bac d'Enna, pour la catégorie Pronom personnel sujet.

Il pleuvait des oiseaux, de Jocelyne Saucier
Folio
Janvier 2015

11 commentaires :

Nane a dit…

Lu il y a quelques années, ce roman me trotte encore dans la tête...

Nadael a dit…

Un roman que je souhaite lire depuis longtemps... Tu enfonces le clou avec ton billet, il faut absolument que je me le procure!

La chèvre grise a dit…

@ Nane : je me demandais justement si tu le connaissais, j'étais prête à le faire arriver jusqu'à toi sinon.

@ Nadael : pour ma part, j'étais complètement passée à côté, alors si ça peut aider certain(e)s à le découvrir, je suis ravie.

Marie-Claude Rioux a dit…

Ah! Je suis contente que tu l'aies aimé. Dommage, les autres romans de Saucier ne sont pas aussi inspirants!
http://hopsouslacouette.blogspot.ca/2015/01/la-vie-comme-une-image-un-roman-odorant.html

nathalie a dit…

Je l'ai archi-noté, faut que je le lise...

Alex Mot-à-Mots a dit…

Le titre me disait quelque chose, mais je ne l'ai pas lu. Pas encore.

Albertine a dit…

Un roman fort !

Léa TouchBook a dit…

Je ne connaissais pas, merci de la découverte :)

La chèvre grise a dit…

@ Marie-Claude Rioux : j'ai vu ton billet, effectivement !

@ nathalie : comme souvent chez nous, hein :)

@ Alex Mot-à-Mots : il va falloir y remédier. Et oui, c'est un titre qui a pas mal tourné sur la blogo, ce qui ne m'a pas empêchée de ne pas tomber dessus à l'époque.

@ Albertine : tout à fait.

@ Léa TouchBook : c'est un plaisir !

Stellade à la page a dit…

Un roman qui attise ma curiosité.
Merci pour ce bel article.

Nane a dit…

Je te conseille Les Héritiers de la mine, du même auteur. Captivant!