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03 juin 2015

La part des flammes [Gaëlle Nohant]

L'auteur : Née en 1973, Gaëlle Nohant est un écrivain français. La part des flammes est son deuxième roman.

L'histoire : Mai 1897. Pendant trois jours, le Tout-Paris se presse rue Jean-Goujon à la plus mondaine des ventes de charité. Les regards convergent vers le comptoir n° 4, tenu par la charismatique duchesse d’Alençon. Au mépris du qu’en-dira-t-on, la princesse de Bavière a accordé le privilège de l’assister à Violaine de Raezal, ravissante veuve à la réputation sulfureuse, et à Constance d’Estingel, qui vient de rompre brutalement ses fiançailles. Dans un monde d’une politesse exquise qui vous assassine sur l’autel des convenances, la bonté de Sophie d’Alençon leur permettra-t-elle d’échapper au scandale ? Mues par un même désir de rédemption, ces trois rebelles verront leurs destins scellés lors de l’incendie du Bazar de la Charité.

Mon avis : Ce roman, il lui aura manqué la petite étincelle pour en faire un coup de cœur, un roman totalement haletant. Je n’ai pour autant rien de particulier à lui reprocher. Voyez plutôt.

Gaëlle Nohant nous plonge au cœur de la société aristocratique de cette fin du XIXe siècle. Ces privilégiés n’en ont plus que le nom. Surtout les femmes. Car leur voie est tracée d’avance : de filles, elles seront épouses puis mères. En dehors de ce destin, point de salut. Même le couvent n’est pas une option. Alors, pour toutes celles qui pensent et veulent être maîtresses de leur destin, c’est un chemin semé d’embuches qui s’offre à elles.

C’est dans ce monde que se croisent Sophie d’Alençon, Violaine et Constance. La première est la propre sœur de Sissi, l’impératrice d’Autriche. Elle trouve dans la foi et la dévotion aux pauvres les seules joies qui lui sont autorisées. Sa seule originalité ? Ouvrir les bras à qui lui plait, quel que soit les rumeurs. Car pour avoir espéré plus, elle a été brisée. Sophie d’Alençon est un personnage réel qui encre totalement le roman dans le cadre historique, même si l’auteur ne prétend pas à un roman véridique sur tous les aspects. Violaine de Raezal est une jeune veuve qui traine une réputation sulfureuse, une honte et une douleur qui l’empêche de se projeter sereinement vers l’avenir. Son mari, compréhensif, a bien tenté de lui ouvrir les portes de ce monde obtus, mais le chemin est encore long pour se faire accepter. Constance d’Estingel, elle, se pose des questions sur ce qu’elle veut vraiment, en dehors des pressions que lui font subir sa famille et la société toute entière. Elle rompt brutalement ses fiançailles avec le jeune comte de Nérac, sans aucune explication. Tous ces personnages vont se croiser au moment de l’incendie du Bazar de la Charité en mai 1897.

Tour à tour, nous allons suivre chacun de ces personnages et leur point de vue, avec parfois l’incursion de personnages secondaires qui apportent judicieusement un éclairage extérieur. La construction rappelle du coup terriblement un roman feuilleton du XIXe siècle justement. Et c’est vraiment bien adapté. Le lecteur est happé dans l’histoire, la petite comme la grande, et les deux se mélangent habilement.

L’auteur n’hésite pas à utiliser des coupures de journaux de l’époque et mêle habilement un vocabulaire d’époque, lorsque cela si prête. L’époque est donc rendue palpable pour le lecteur, tout en gardant suffisamment de modernité dans la narration pour ne pas le perdre. Sous les yeux du lecteur, ce monde où tout n’est qu’apparences, convenances et carcan vole en éclats. La condition féminine pour les hautes sphères n’est guère enviable. Certes, elles sont à l’abri du besoin mais demander un libre arbitre risque de les mener tout droit à l’asile. Car les aliénistes font fureur et ont pris le pouvoir sur ces aristocrates si imbus d’eux-mêmes. Le pouvoir est à la science, sans distinction de classe sociale. Et tant pis pour les abus. L’époque est au changement et au progrès : les inventions comme le cinématographe font leur apparition, les journaux font fureur, et certains privilégiés se mettent à travailler, comme le comte de Nérac qui s’essaie au journalisme.

Une plongée fascinante dans ce monde de l'avant Première guerre Mondiale.

La part des flammes, de Gaëlle Nohant
Editions Héloïse d'Ormesson
Mai 2015

7 commentaires :

Alex Mot-à-Mots a dit…

Lu en bord de plage ?

La chèvre grise a dit…

@ Alex Mot-à-Mots: tout à fait.

Brize a dit…

Très envie de le lire (même si j'ai aussi aperçu quelques billets moins positifs) !

La chèvre grise a dit…

@ Brize : ce n'est pas non plus le livre de l'année, mais j'ai passé un très bon moment et j'ai aimé me plonger dans cette période de l'Histoire.

Leiloona a dit…

Je n'ai lu que des avis positifs sur ce livre, suis bien tentée de la découvrir du coup.

Karine:) a dit…

Pour ma part, j'ai adoré! Mais je pense avoir un faible pour l'encre des rêves, du même auteur.

La chèvre grise a dit…

@ Leiloona : très sympa, moins léger qu'on ne pourrait le craindre, une vraie peinture de la société de l'époque, engoncée dans ses habitudes.

@ Karine :) : Il faudra que je découvre cet autre roman alors !