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17 novembre 2015

Quand le diable sortit de la salle de bain [Sophie Divry]

L'auteur : Née en 1979 à Montpellier, Sophie Divry est une auteur française, qui a été journaliste à La décroissance. Quand le diable sortit de la salle de bain est son quatrième roman.

L'histoire : Dans un petit studio mal chauffé de Lyon, Sophie, une jeune chômeuse, est empêtrée dans l'écriture de son roman. Elle survit entre petites combines et grosses faims. Certaines personnes vont charitablement l'aider, tandis que son ami Hector, obsédé sexuel, et Lorchus, son démon personnel, vont lui rendre la vie plus compliquée encore. Difficile de ne pas céder à la folie quand s'enchaînent les péripéties les plus folles.

Mon avis : De l'auteur, j'avais entendu parler de son roman La cote 400 mais je n'en savais guère plus. C'est donc une totale découverte pour moi que la justesse de la prose de Sophie Divry. Dans ce roman, l'auteur nous conte de façon assez libre et drôle les tribulations d'une journaliste en mal de boulot. Elle compte les jours jusqu'à l'arrivée de l'allocation libératrice, et l'arrivée d'une facture-surprise va remettre détruire l'équilibre déjà précaire de son porte monnaie. Dans l'impossibilité de se nourrir, elle va chercher par quels moyens faire un repas : tromper sa faim, retourner chez sa mère, rendre visite à une voisine, vendre les rares objets superflus au rabais... contempler le plafond et pleurer.

Comme une bonne plumitive qu'elle est, Sophie Divry manipule avec aisance les mots et introduit de nombreuses digressions, bien menées : le diable qui apparaît et intervient, les objets qui parlent, les énumérations à n'en plus finir mais aussi la typographie, bien particulière par moment, comme possédée et agitée. La narration est elle aussi loin d'être classique : les personnages, impudemment, interrompent le fil de l'histoire pour commenter le texte ou faire des demandes à l'auteur quant à leur devenir.

C'est vraiment original, oui, mais ça vire parfois un peu trop à l'exercice de style. Notamment lors de ces fameuses listes et autres énumérations à n'en plus finir, où l'auteur m'a un peu perdue. Je n'ai pas non plus goûté les élucubrations sexuelles récurrentes, qui peuvent être prises pour du racolage. Il reste néanmoins la description très juste d'une situation difficile, de l'importance du travail pour le lien social, sans jamais tomber à aucun moment dans la noirceur et le désespoir.

"Il était minuit passé quand je rentrai chez moi et je n'avais, pendant six heures, pas touché terre. Après des années à errer sans contraintes dans d'interminables heures, dont chacune me rappelait la précarité de ma situation, je redécouvrais à quel point le travail, a fortiori le travail physique, est un excellent moyen de chasser l'angoisse. Rien de plus addictif que ce sentiment de suspension de soi. Fini les monologues en huis clos, fini le vague à l'âme. Devenir un outil dans une chaîne, efficace et rapide. Enfin, il y avait la satisfaction d'être utile. Avant de finir chez Jules&Juliette un soir où ils avaient un besoin urgent de personnel, j'avais subi deux entretiens d'embauche dans d'autres établissement. Ils étaient restés sans suite. À cette époque, pour servir des limonades, les patrons recevaient une cinquantaine de CV de filles hyper-qualifiées. J'avais éprouvé, après ces échecs, un sentiment de chagrin, d'humiliation et de honte. Devoir garder par-devers soi mon énergie heurtait une valeur profondément inscrite dans mon organisme. Du coup, reprendre un travail me donna une vitalité nouvelle ; tout en étant dix fois plus fatiguée qu'auparavant, je sentis mes forces décupler. Un fierté bêtasse ne me quittait plus. J'étais capable de m'acquitter d'une mission. Je pouvais répondre à la question qui énervait tant Hector : "Qu'est-ce que tu deviens ?" Je voyais partout les signes d'une activité frénétique. Camionnettes d'électricien, boulangers lève-tôt livreurs speedés, toute la ville m'apparut engagée dans une grande valse laborieuse, valse qui devenait visible à l'instant même où j'y prenais part, tant il est vrai que le point de vue que nous avons sur le monde dépend de la place qu'on nous y fait." (p°276)

Quand le diable sortit de la salle de bain, de Sophie Divry
Noir sur Blanc
Mai 2015

3 commentaires :

keisha a dit…

Il me suffit de l'emprunter à la bibli quand il reviendra! Mais sans urgence, je sais qu'il y a quelques bémols.

Alex Mot-à-Mots a dit…

Jolie vache sur la photo !

La chèvre grise a dit…

@ keisha : à voir, beaucoup on apprécié bien plus que moi.

@ Alex Mot-à-Mots : elle est belle ma tirelire, hein ! :)