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11 janvier 2016

Carnet de santé foireuse [Pozla]

L'auteur : Pozla a toujours évolué dans le monde du graffiti et de la peinture. Street artist, membre actif du collectif GM, il travail sur le dessin animé, réalisant clips et courts métrages, avant de se lancer dans la bande dessinée.

L'histoire : Pozla nous invite à nous plonger dans le témoignage brut d'une épreuve de vie, où le dessin, puissant analgésique, apporte un discours qui dépasse le verbal et où chacun peut retrouver ou entrevoir l'impact de la maladie sur le corps, la psyché, la vie. Une BD hybride et très personnelle, traitant de la maladie au quotidien, de ses absurdités et de son humanité, le tout saupoudré d'humour et d'autodérision.

Mon avis : Sur le papier, le sujet de ce « Carnet de santé foireuse » n’est pas très ragoutant, je vous l’accorde : Pozla nous raconte comment, après des années de maladie non diagnostiquée par les différents médecins consultés, une crise plus forte que les autres l’envoie à l’hôpital où on va enfin mettre un nom sur ce qu’il a : la maladie de Crohn. Et c’est là que commence un long parcours du combattant. Et vous, lecteur, auriez tort de ne pas tenter cette lecture, assez atypique j’en conviens, mais qui est un vrai coup de cœur.

D’abord, tout ceci est bigrement bien documenté et expliqué, qu’il s’agisse des causes ou des conséquences, pour autant que la médecine actuelle soit capable d’expliquer d’ailleurs. Pozla rend tout ça tout à fait compréhensible. Les médecins, si prompts à invoquer la somatisation ou le stress « tout ça c’est dans la tête », en prennent gentiment pour leur grade. C’est que leur incompétence crade aurait pu lui couter très cher à Pozla. Déjà que cette maladie s’accompagne de tabous compliqués à gérer en société : des toilettes pas loin sont nécessaires, où qu’il aille. Mais en plus, il va lui falloir passer sur le billard, prendre des médicaments, des tonnes de médicaments. Et qui dit hospitalisation dit aussi être coupé de sa famille.

Pour tenir, Pozla prend son petit carnet et dessine. C’est ce qui, une fois tout remis en ordre comme il faut, nous donne cette petite merveille qu’on dévore. À aucun moment l’auteur ne tombe dans le déprimant (et pourtant il a dû déprimer) ou le sombre. Bien au contraire, l’ouvrage est plein d’espoir et d’humour. L’émotion est là à chaque page. Le dessin, en noir et blanc, se charge davantage quand la douleur est plus intense. Parfois, la couleur prend le relai pour rendre tous les sentiments qui le parcourt. Car dessiner est pour lui un moyen de se réapproprier ce corps sur lequel il n’a aucun contrôle. Et c’est ce qui, avec le soutien de ses proches, va lui permettre de remonter la pente : être acteur, agir sur la maladie pour la contrôler.


Un album fort qu’il serait vraiment dommage de manquer !

Et un grand merci à Babelio pour cette découverte.

Carnet de santé foireuse, de Pozla
Éditions Delcourt
Septembre 2015

2 commentaires :

Lelf a dit…

Je lis ta chronique en ayant mal au ventre, ah ah. J'ai vraiment hâte de la découvrir (un jour ;) ).
Le côté "médecins qui disent que c'est dans la tête" me touche toujours beaucoup, c'est une des pires souffrances vis à vis de la maladie parce que tu te remets constamment en cause "peut être qu'ils ont raison" "mais en même temps ça n'a pas de sens" "mais quand même peut être qu'ils ont raison" "mais ils m'ont même pas écoutée !"... etc etc etc.
Mais bwref, c'est bien le genre de chose que j'ai envie de lire tiens pour le coup. Faudrait que je creuse voir pour d'autres réf intéressantes en BD ou essais ^^

lairbag a dit…

Lu ce week end, une vrai merveille!