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01 avril 2016

Le piano oriental [Zeina Abirached]

L'auteur : Zeina Abirached est une dessinatrice de bande dessinée et graphiste libanaise, née à  Beyrouth en 1981. Avec ce septième album, Le piano oriental, elle remporte le Prix Phénix de littérature 2015 et a été sélectionnée au Festival d'Angoulême 2016.

L'histoire : Beyrouth, années 60.
Le rêve d'Abdallah Kamanja de mettre au point un Piano oriental, et son ingénieuse tentative de rapprochement entre les musiques d'orient et d'occident, éveillent un écho dans la vie de Zeina Abirached.
Un récit double qui explore avec humour et tendresse le rapport de l'auteur à ses deux langues maternelles, le français et l'arabe.

Mon avis : Spontanément, ce qui étonne au premier abord, c’est déjà la qualité de l’objet. Il est grand, gros, lourd et chaque page est d’une qualité de papier assez importante. On comprend vite pourquoi quand on se rend compte que tout l’album est en noir et blanc, avec beaucoup beaucoup beaucoup de noir.

L’histoire est à la fois celle de l’auteur, bercée par deux langues, le français et l’arabe, et celle de son grand-père, arrangeur de piano dans les années 50 à Beyrouth, qui n’a de cesse de transformer son instrument pour lui permettre de jouer le quart de ton typique de la musique oriental. Langue et musique sont alors des ponts qui relient deux cultures, tissant des identités propres à chacun dans sa mixité. Abdallah Kamanja cherche à faire le lien entre la musique occidentale et la musique orientale ; Zeina Abirached veut se construire en tant que personne parlant aussi bien les deux langues, selon les situations, totalement bercée par cette double culture : « Je tricote depuis l’enfance une langue faite de deux fils fragiles et précieux ».
Planche du Piano oriental

Visuellement, tout ce noir n’est pas sans rappeler le travail de Marjane Satrapi. Mais la comparaison s’arrête là tant Zeina Abirached propose un graphisme riche dans les moindres détails. Les temps sombres de l’Histoire sont à peine évoqués et une lumière folle se dégage de ces pages. L’auteur s’inspire des rondeurs des notes de musique pour bercer à la fois le récit et son dessin. Celui-ci est fait d’arabesques, de cercles, de formes géométriques toutes douces. Seules les touches du piano y échappent, comme pour mieux frapper les esprits de leur musicalité. L’ensemble est très riche, terriblement foisonnant, parfois peut être un peu trop, notamment lorsqu’on passe de l’histoire d’Abdallah à celle de Zeina, mais en même temps poétique et doux.

Un magnifique album hors du commun, très surprenant, à découvrir !


Le piano oriental, de Zeina Abirached
Casterman
Septembre 2015

8 commentaires :

keisha a dit…

Découvert et aimé, quelle inventivité!

Alex Mot-à-Mots a dit…

Encore un billet qui me donne envie de découvrir cet album.

c'era una volta a dit…

Totale découverte ici de cet album. J'ai parfois du mal avec le noir total et intense en BD. Mais le contenu semble à la hauteur alors why not?
Merci de cette présentation :)

La chèvre grise a dit…

@ Keisha : effectivement, une belle surprise comme j'aime en avoir.

@ Alex Mot-à-mots : oui, je ne suis pas la seule à louer les mérites de cet album.

@ C'era : je ne suis pas une fan non plus de l'utilisation intensive du noir, mais là, à ma grande surprise, ça fonctionne parfaitement !

latetedansleslivres a dit…

Je ne lis jamais de BD quasiment, mais ça donne parfois envie quand je vois des avis sur les blogs comme celui-ci :)

Tamara a dit…

Si l'originalité de l'album me tente, j'avoue avoir un peu peur des pages qui m'ont l'air bien chargées... et de l'effet "yeux du serpent Kaa" dans Le Livre de la Jungle !

La chèvre grise a dit…

@latetedansleslivres : merci !

@ Tamara : j'ai eu un peu la même crainte au début et en fait non on s'y laisse bien prendre et ça ne colle pas mal au crâne

Anonyme a dit…

Je l'ai. Il me reste quelques pages à lire. J'adore cette BD et comme toi je suis séduite par son côté très qualitatif. L'histoire est belle, mais l'objet livre est également magnifique !
(AnaVerbania)