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04 juillet 2016

Et puis après [Kasumiko Murakami]

L'auteur : Kasumiko Murakami est une auteur japonaise, qui a été traductrice et journaliste à Paris pendant une vingtaine d'années. Rentrée au Japon, elle s'est engagée dans le soutien aux victimes du tsunami de 2011.

L'histoire : Ce matin-là, Yasuo, directeur syndical des pêcheurs du village, perçoit immédiatement l'inhabituelle violence des premières secousses. Tout près de lui sur la plage, les hommes penchés sur leurs filets sont inquiets. Et quand brusquement la mer semble reculer à l'extrême, quand Yasuo n'écoutant que son intuition se met à hurler, tous obéissent, le suivent, s'échinent à pousser leur navire sur le sable ; puis, comme lui, s'élancent, passent la vague encore accessible et atteignent ainsi l'au-delà du tsunami.
À près de dix kilomètres au large, Yasuo coupe le moteur, jette l'ancre et se retourne.
Le paysage qui s'offre à lui est effrayant. À l'endroit où s'étendait la plage se dresse maintenant un mur noir et luisant.

Mon avis : Voici un court roman dans le pur style japonais, où une situation grave est décrite avec délicatesse et retenue. Le lecteur suit Yasuo, homme d'un certain âge qui entraine avec lui plusieurs pêcheurs pour éviter la vague géante qui s'abat sur la ville ce jour-là. Lorsqu'ils reviennent tout a changé. Ils n'ont plus aucun repère. Les lieux, les bâtiments, les souvenirs, les hommes eux-mêmes, ceux qui sont restés sur terre, sont défaits.

Pourtant, la vie continue. Mais comment ? Comment vivre avec le sentiment de culpabilité ? Comment reconstruire quand on a tout perdu ? Quand on cherche dans les yeux de l'autre, victime lui aussi, une forme de réconfort ? Une forme d'apathie va gagner Yasuo dont il sera long à se débarrasser.

La mort n'apparaît qu'en filigrane. Au détour d'un récit, le lecteur prend conscience que le paysage qui lui est décrit est apocalyptique, jonché de cadavres. Au-delà du deuil, c'est la force de vie qui est ici célébrée. Cette pulsion qui pousse l'humain à s'accrocher et à reconstruire. Ici ou ailleurs, à l'identique ou différemment, cela dépend de chacun et de son ressenti du drame, qui est tout à fait personnel.

Un roman touchant et sensible sur une partie du drame qu'a connu le Japon il y a maintenant 5 ans.

"Cela faisait cinq mois. Au-delà de la brume matinale, les vagues fines comme de la dentelle venaient s’échouer sur la plage. Des gravats jonchaient encore le sable dans la lumière du petit jour mais en serpentant entre les amas, il arriva tant bien que mal à traîner son bateau, le Seiryômaru n°3, jusqu'à l'eau. Yasuo avançait avec précaution entre les débris de bois flottant. Le courant de marée était fort et si les hélices s'arrêtaient, le bateau pourrait être emporté. L'aurore ne perçait pas tout à fait dans le ciel, la nuit était encore présente et derrière l'obscurité on voyait pointer des étoiles çà et là, diffusant une faible lumière." (p°94)

Et puis après, de Kasumiko Murakami
Traduit par Isabelle Sakaï
Actes Sud
Mai 2016

3 commentaires :

Alex Mot-à-Mots a dit…

5 ans déjà !

Clara Et les mots a dit…

Toiu le monde est unanime sur ce récit.

Lewerentz S a dit…

Je dois absolument l'ajouter à ma liste !