ShareThis

03 juillet 2017

Le jeu du chat et de la souris [A Yi]

L'auteur : Né en 1976 ans la province du Jiangxi, A Yi a été policier avant de démissionner pour devenir journaliste puis écrire des nouvelles. Le jeu du chat et de la souris est son premier roman.

L'histoire : « J’étais l’ange de la mort, j’avais un pouvoir illimité, je pouvais décider de la vie et de la mort de ces passants, et eux, eux qui pensaient que le monde suivait son cours, ne comprendraient pas cette chose absurde et désespérante qui leur arriverait. »

Par une journée ordinaire, dans une petite ville de la Chine provinciale, un adolescent tue de trente-sept coups de couteau sa camarade de classe. Il a méticuleusement préparé son geste, planifié sa fuite, organisé sa défense. Mais pour quelle raison ?

Mon avis : Un jeune homme, dont on ne saura jamais le nom, s’ennuie. Pour y remédier, il décide d’entrer dans un jeu du chat et de la souris avec la police, en commettant un crime puis en s’enfuyant. Chacun cherche à comprendre, à trouver une justification, car nul ne peut imaginer qu’il n’y en ait pas.

Rédigé d’après un fait divers de 2006 sur lequel l’auteur avait lu un article, il aura fallu plusieurs années pour que ce récit arrive à maturation. Et il forme un premier roman très dérangeant et étrange. La référence à Orange mécanique d’Anthony Burgess est évidente pour ce récit : pas de motivation précise, pas de jugement, un crime particulièrement violent et le lecteur qui suit la narration imposée par le criminel. Avec un style précis et détaché, A Yi nous livre tout à la fois une vision de la Chine moderne, coincée entre traditions et modernité, et celle d’un jeune homme qui ne s’intègre pas dans cette société. Il montre juste que liberté n’est pas toujours synonyme d’épanouissement. Ici, elle génère un ennui qui va entrainer le narrateur vers la plus terrible violence. Le personnage principal ne sait pas agir avec cette liberté, il ne sait pas en profiter, ne la dépensant qu’en frivolités dont lui-même se lasse instantanément. Il va chercher dans une course poursuite avec la police savamment orchestrée un sentiment de plénitude qu'il ne pense pouvoir trouver qu'ainsi. Il sera pourtant vite déçu.

Le lecteur est happé dans cette spirale, comme hypnotisé, tout comme le héros, si on peut dire, est dévoré par l'ennui dont il ne peut se défaire. Pour autant, l'auteur ne tombe pas dans le piège d’une explication psychologique qui plomberait le récit. Il réussit toujours à tenir son lecteur, malgré le sentiment dérangeant qui le parcourt au fur et à mesure des pages lues.

Un premier roman étonnant.

Le jeu du chat et de la souris, d'A Yi
Traduit par Mélie Chen
Éditions Stock pour Kindle
Avril 2017

2 commentaires :

c'era una volta a dit…

Hmmm il doit être intéressant ce roman... Son sujet.

L'ennui peut être mortel

... pour les autres.

La chèvre grise a dit…

@ C'era : en tout cas, il est surprenant !