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09 avril 2018

Certaines n'avaient jamais vu la mer [Julie Otsuka]

L'auteur : Née en mais 1962 à Palo Alto, Julie Otsuka est une écrivaine américaine d'origine japonaise. Elle a obtenu le prix Fémina étranger en 2012 et le PEN/Faulkner Award en 2011 pour Certaines n'avaient jamais vu la mer.

L'histoire : Japon, 1919. Un bateau quitte l’Empire du Levant avec à son bord plusieurs dizaines de jeunes femmes promises à des Japonais travaillant aux États-Unis, toutes mariées par procuration. À la façon d’un chœur antique, leurs voix s'élèvent et racontent leurs misérables vies d’exilées... leur nuit de noces, souvent brutale, leurs rudes journées de travail dans les champs, leurs combats pour apprivoiser une langue inconnue, l’humiliation des Blancs, le rejet par leur progéniture de leur patrimoine et de leur histoire... Une véritable clameur jusqu’au silence de la guerre. Et l'oubli.

Mon avis : Ce roman a beaucoup fait parler de lui lors de sa sortie en 2012. Je l'avais repéré et il a trainé longtemps dans ma PAL avant que je ne l'en sorte tout récemment. Et si je comprends bon nombre de critiques plutôt positives, j'avoue ne pas suivre le mouvement.

Le point positif essentiel selon moi, c'est l'éclairage que ce roman apporte sur un pan bien trop méconnu de l'Histoire américaine : celui de l'immigration japonaise du début du XXe siècle suivi par la déportation massive de tous ces migrants. Le récit commence avec la traversée éprouvante de femmes japonaises mariées à des concitoyens vivant aux États-Unis. Ce voyage est éprouvant et surtout peuplé de questions sans réponses sur le destin qui les attend de l'autre côté de l'océan. À l'arrivée, c'est la découverte de ces époux, la première nuit commune, la relation avec l'homme blanc, le travail forcé, que ce soit aux champs, comme domestique, prostituée ou blanchisseuse... Les hommes raffinés dont elles rêvaient se révèlent des bêtes de somme exploitées. Le rêve américain s'écroule, jusqu'à l'attaque de Pearl Harbor, la suspicion et l'enfermement dans des camps.

L'auteur choisit un point de vue narratif audacieux : elle opte pour un "nous" choral, emportant dans son sillage le nombre important de ces femmes dont la destinée nous est contée. Elle ne s'attarde pas à une seule histoire, elle en raconte des milliers, en multipliant les énumérations. Dans un premier temps, cela fait bien ressentir l'émotion de ses voix nombreuses et pourtant si peu entendues et donc connues. En connaissant les origines de Julie Otsuka, on se demande aussi dans quelle mesure ce "nous" n'est pas un "je" intergénérationnel, qui raconterait aussi d'où elle même vient. Et puis on peut y voir également un "nous" de nationalité comme un "nous" de genre, celui de toutes ces femmes livrées aux hommes pour les servir, sans voix, sans droit de décision sur leur destin, qu'il soit professionnel ou personnel (mariage, sexualité,enfantement...).

Malheureusement, ce choix narratif finit par être lassant. Je me suis fatiguée de l'énumération et, même si j'en comprends l'intérêt, j'aurais voulu par moment pouvoir m'attacher à une individualité. Une alternance des deux narrations aurait peut être eu plus d'impact. En tout cas, j'ai fini par lire en diagonale ce roman.

"Nous n'écrivions plus à notre mère. Nous avions perdu du poids et nous étions devenues maigres. Nous ne saignions plus chaque mois. Nous ne rêvions plus. N'avions plus envie. Nous travaillions, c'est tout."

Certaines n'avaient jamais vu la mer, de Julie Otsuka
Traduit par Carine Chichereau
Éditions Phoebus pour Kindle
Septembre 2012

4 commentaires :

Hélène a dit…

Je comprends ton point de vue, le point de vue est assez détaché...

dasola a dit…

Bonjour la Chèvre grise, c'est un roman qui m'avait laissée indifférente voire ennuyée à cause du procédé narratif. Bonne après-midi.

Lilly a dit…

J'en ai fait une lecture audio (idéal pour un livre choral comme celui-ci), et j'avais été très agréablement surprise. J'avais aussi trouvé que le roman était assez court pour ne pas qu'on se lasse. Apparemment, d'autres résistent moins que moi ;)

Alex Mot-à-Mots a dit…

J'avais beaucoup aimé ce roman choral.