ShareThis

27 août 2018

Les filles au lion [Jessie Burton]

L'auteur : Née en 1982, Jessie Burton est une auteur et actrice anglaise. Les filles au lion est son deuxième roman. Elle a été reconnue dès son premier roman, Miniaturiste.

L'histoire : Londres, 1967. Arrivée des Caraïbes cinq ans plus tôt, Odelle Bastien se rêve écrivain mais peine à trouver ses marques. Sa vie bascule quand elle décroche un poste de dactylo dans une galerie d'art et rencontre la charismatique Marjorie Quick, qui lui redonne confiance. Puis arrive un jour un tableau représentant deux femmes et un lion, qui semble profondément troubler Marjorie. Intriguée, Odelle décide de percer l'énigme de cette toile.
Andalousie, 1936. La jeune Olive Schloss, fille d'un marchand d'art en exil, aspire à devenir peintre mais sa famille s'y oppose. Un artiste révolutionnaire, Isaac Robles, se présente un jour avec sa sœur dans leur propriété. Petit à petit, ils s'insinuent dans la famille Schloss et proposent à Olive un marché dont les terribles conséquences résonneront dans les décennies suivantes...

Mon avis : Si j’ai choisi ce roman dans la sélection Folio, c’est parce que j’avais vu et apprécié l’adaptation par la BBC du précédent roman de Jessie Burton, Miniaturiste. Il se dégageait une ambiance prenante et intrigante, un mystère mâtiné d’une peinture de la société hollandaise et plus précisément amsterdamoise de la fin du XVIIe siècle. J’attendais donc, avec ce nouveau roman, un peu le même genre d’impressions. Mais j’ai été quelque peu déçue car cela semble moins bien passer par les mots de l’auteur que par le visuel d’une adaptation.

Cette fois, l’auteur choisit de partir d’un tableau : « D’un côté, une fille tenant la tête sans corps d’une autre fille entre ses mains, et de l’autre, un lion, assis, hésitant à bondir sur cette proie ». On ne sait pas s’il existe une toile qui a inspiré Jessie Burton, tout comme la maison de poupée visible au Rijksmuseum lui inspira la trame de Miniaturiste. Mais c’est par cette œuvre que vont communiquer les deux parties du roman. La première en 1967 à Londres, où Odelle Bastien vient de trouver un poste dans une galerie d’art, après 5 ans à vendre des chaussures une fois descendue du navire qui l’amenait de Trinité et Tobago. La seconde en Andalousie en 1936 où la famille Schloss vient de s’installer, avec le père marchand d’art et la fille Olive qui aspire à peindre.

Ce qui m’a déçue, c’est que l’intrigue se sert fort peu des thèmes intéressants qui ne sont qu’effleurés : le génie créatif, la relation du créateur à son œuvre… Les éléments historiques sont eux aussi peu exploités, ce qui m’a davantage frustrée : le racisme, la misogynie, la guerre d’Espagne, les sixties ou l’époque colonialiste anglaise, rarement évoquée et qui m’aurait beaucoup intéressée.

Pour autant, Jessie Burton élabore minutieusement ses deux intrigues pour les mêler savamment. Elle se sert de l’acte de création comme ciment entre ces deux époques, entre Odelle et Olive. Si Odelle n’y connait rien en peinture, il est étonnant de la voir autant attachée à ce tableau. On devine les parallèles entre les deux protagonistes, Olive disant plus qu’Odelle les difficultés qu’elle éprouve. Mais les deux sont aux prises avec des contextes qui ne leur sont pas favorables et doivent se battre pour s’exprimer. Odelle manque de confiance en elle, même si elle a par moment des fulgurances où elle ose. C’est d’autant plus compréhensible que le racisme ambiant ne doit pas l’aider. Ce sont d’ailleurs surtout ses interrogations que nous suivons, d’autant que son récit est écrit à la première personne. Ses préoccupations qui pilotent le récit. Et là encore, j’ai trouvé étonnant de n’avoir qu’un portrait incomplet : on ne nous dit que peu de chose de sa vie de tous les jours, de ses difficultés quotidienne, du racisme ambiant, de sa relation avec Lawrie… Tout se passe dans les silences et par ellipse. Et je pense que c’est cela qui m’a surtout gênée : à force de vouloir travailler l’ambiance sans mettre clairement les mots dessus, on perd un peu le lecteur, qui doit combler les blancs. Lorsque le lecteur maîtrise bien le contexte, il est facile de lui faire deviner l’implicite. Mais lorsque le récit aborde des périodes historiques moins souvent utilisées, les choses se compliquent.


Les filles au lion, de Jessie Burton
Traduit par Jean Esch
Éditions Folio
Avril 2018

5 commentaires :

hélène a dit…

Déçue aussi par cette lecture !

Lilly a dit…

C'est ça, c'est un roman inabouti. Je commence quand même à me dire que la série BBC doit être intéressante.

maggie a dit…

Moi aussi, j'ai trouvé que certains thèmes intéressant n'étaient qu'effleurés alors que son intrigue est trop forcée ( hasards nombreux...)

Alex Mot-à-Mots a dit…

J'en garde un bon souvenir.

La chèvre grise a dit…

@ Hélène : bon, je suis rassurée de ne pas être la seule.

@ Lilly : elle l'est. Une vraie ambiance, des couleurs. J'ai un peu retrouvé ce que j'avais aimé dans "La jeune fille à la perle" : un monde que je ne connaissais pas.

@ Maggie : et une de plus qui me rassure :)

@ Alex Mot-à-mots : il faut bien des avis partagés :)