Le soleil rouge de l'Assam [Abir Mukherjee]

Après la lecture du troisième tome en février de l'année dernière, voici venu le temps du quatrième et avant dernier volet des enquêtes du capitaine Wyndham.

L'histoire : Venu se désintoxiquer de son addiction à l’opium dans un ashram au cœur de l’Assam, le capitaine Wyndham ne pensait pas, entre deux tisanes infâmes, prendre précisément des vacances. Cependant il ne pouvait imaginer qu’en ce mois de février 1922, à l’autre bout de la planète, un fantôme surgi d’un lointain passé londonien reviendrait le hanter. Un de ces sales types croisés du temps où, jeune policier à Scotland Yard, il faisait ses premières armes dans les quartiers populaires de l’est de Londres, là où dockers anglais, immigrés et trafiquants de tout poil ne faisaient pas bon ménage. Mais que peut bien faire cet escroc dans ce coin paumé où on ne trouve pas un whisky convenable à des miles à la ronde?

Mon avis : Encore une fois, cette lecture fut un véritable plaisir tant elle mêle habilement le contexte historique original de l'Inde à l'époque du mouvement non-violent mené par Gandhi, l'enquête criminelle et l'humour britannique pince sans rire. Pour ce nouvel opus, Abir Mukherjee nous livre sa propre version de l'énigme en chambre close. Par deux fois même, puisque les deux crimes perpétrés aux deux époques et dans deux pays différents utilisent ce procédé.

Cette fois, le capitaine Wyndham décide de faire face à son problème d'addiction à l'opium. Pour s'en débarrasser, direction un ashram dans le fin fond de l'Inde, dans la province de l'Assam. Sur le chemin, il croise la route d'un homme qu'il croyait mort depuis longtemps. Cela fait remonter des souvenirs et le lecteur de suivre en parallèle les souvenirs d'une enquête menée en 1905 par Sam alors qu'il était jeune brigadier à Whitechapel et la cure de désintoxication qu'il suit en 1922. Les fils finissent bien évidemment par se nouer à la fin et tout se met en branle. C'est réglé au millimètre.

En arrière plan, toujours une Inde rongée par les tensions de classe et sujette au rejet du sahib anglosaxon. L'emprise de l'empire britannique commence à y être contestée. Les flashbacks nous transportent dans les bas-fonds de Londres où la misère fait rage et où des Juifs fuyant la misère et les persécutions subies dans différents pays d'Europe tentent de trouver refuge. Colonialisme et antisémitisme primaires, il y a là de quoi faire des parallèle. Ces deux époques offrent un contexte riche et le lecteur aurait pu se perdre. C'est sans compter l'intelligence de l'auteur, qui manie parfaitement les rebondissements et l'humour pour tenir son lecteur en haleine sur la bonne route. Il passionne aussi le lecteur par ses descriptions de cette Inde coloniale et de tout ce qui commence à frémir, à s'agiter.

Ce qui me plait aussi énormément dans cette série c'est l'humour grinçant, parfois cynique dont use l'auteur. De la part de l'anglais Sam Wyndham ou du bengali Satyendra Banerjee, les deux étant de fins analystes de la situation. Ils ne s'excusent pas, mais sont tout à fait conscients des travers de la société à l'époque du régime colonial britannique.

Bref, si vous ne connaissez pas, foncez ! C'est indéniablement une valeur sûre.


Le soleil rouge de l'Assam, d'Abir Mukherjee
Traduit par par Fanchita Gonzalez Batlle
Éditions Liana Levi
Février 2023

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