Pas d'auteur pour ce récit qui fait partie de la tradition culturelle coréenne, adapté dans de nombreux formats (conte, poème, roman, pansori...) et qui a traversé les âges.
L'histoire : Yi Mongnyong, le fils du gouverneur, s’éprend de Chunhyang, fille unique d’une ancienne courtisane. Ils ont seize ans. Malgré la différence de classe sociale et à l’insu de tous, ils se marient et se jurent fidélité.
Mais leur amour est bientôt contrarié : Mongnyong part à la capitale où son père vient d’être nommé. La beauté de Chunhyang, connue de tous, attise la curiosité du nouveau gouverneur, cruel et autoritaire. Il fait tout pour s’attirer les faveurs et services de la jeune fille qui, fidèle à son serment, se refuse à lui. Chunhyang est battue et emprisonnée.
Mongnyong, devenu haut-fonctionnaire, se voit chargé d’une mission d’inspection et revient sillonner la province déguisé en mendiant…
L’histoire des amours contrariées de Chunhyang et Mongnyong est un enchantement : volupté du désordre amoureux, délices et tourments de la tragédie, de l’injustice et la cruauté, exaltation du dénouement…
Mon avis : Il faut bien comprendre qu'il s'agit ici d'une version possible du Chunhyangga, le récit de de Chunhyang. Ce récit est en effet tellement ancien qu'il s'est essentiellement transmis à l'oral, par l'art du pansori, avant que certains ne décident de le figer à l'écrit. Il existe ainsi un opéra, des poèmes, des chants, un roman, plusieurs films... Tout le monde en Corée connait les grandes bases de l'intrigue : une jeune courtisane se retrouve promise à un noble mais les deux tourtereaux sont séparés ; la convoitise d'un gouverneur met ensuite à l'épreuve la fidélité de la jeune fille.
Le récit aborde des valeurs confucianistes très traditionnelles : soumission de la femme à son époux, glorification de la fidélité, respect des aînés, de la hiérarchie et piété filiale a également des aspects moraux très intéressants. La justice vient à bout des méchants, même lorsqu'ils sont de classes sociales supérieures. Ainsi Chunhyang est-elle vengée des tortures qu'elle a subies par la déconfiture du gouverneur, tourné en ridicule et la corruption est dénoncée. De même, à force de travail, le jeune yangban finit-il par s'élever et comme la jeune demoiselle a fait preuve d'une vertu sans faille, toute la société ne trouve rien à redire à leur alliance mettant pourtant en œuvre une mixité sociale impossible.
Notons également les touches d'humour très présentes, qui font parfois fleurter le récit avec la farce. Notamment lors des scènes intimes, ce qui est très étonnant. Ca pourrait presque avoir des nuances rabelaisiennes pour le lecteur français, voire de Sade tant le récit oscille aussi parfois entre érotisme et sadisme.
Enfin, le récit lui-même est parsemé des compositions poétiques des deux amants, glorifiant parfois naïvement l'amour qu'ils éprouvent l'un pour l'autre.
Il existe des textes mythiques dans toutes les cultures. En France, nous avons Molière ou Les Fables de la Fontaine par exemple, que tout le monde connait plus ou moins bien. En Europe, on peut aussi parler du mythe de Roméo et Juliette. Et en Corée, il y a Le chant de la fidèle Chunhyang. Rien que pour ça, rien que pour s'ouvrir au monde, il faut lire ce texte.
Le chant de la fidèle Chunhyang
Traduit par Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet
Éditions ZulmaMars 2025

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