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18 septembre 2019

Little Tulip [Boucq & Charyn]

Les auteurs : Après Bouncer, je retrouve François Boucq cette fois en collaboration avec Jérôme Charyn, romancier américain qui a travaillé le scénario. 

L'histoire : Emprisonné en même temps que ses parents, c'est à l'âge de sept ans que Pavel découvre l'enfer du goulag. Séparé des siens, il doit apprendre seul les règles qui régissent son nouvel univers : la violence permanente et la toute-puissance des chefs de gangs. 
Avec les années, Pavel devient peu à peu un combattant redoutable.
Mais c'est son talent pour le dessin qui fera de lui une légende.

Mon avis : Terriblement violent, mais passionnant et étonnamment beau, voilà ce que j’ai pensé de cet album à nouveau trouvé à la médiathèque totalement par hasard. De beaucoup de noirceur et d’un récit très sombre, les auteurs réussissent à faire émerger une belle lueur d’espoir.

En toile de fond, New York. Mais le lecteur va naviguer entre l’URSS de Staline et les Etats-Unis des années 70. En URSS, c’est la déportation vers le goulag, la découverte par le jeune Pavel de la Kolyma et des gangs auxquels il faut savoir se soumettre pour survivre. Le tatouage y dit beaucoup. Et savoir dessiner sur la peau est un grand pouvoir. À New York, Paul utilise ses talents de dessinateur pour aider la police à identifier les criminels. Ces deux histoires entrent en résonnance pour former le fil d’un destin exceptionnel.

Planche de Little Tulip, de Boucq et Charyn
Le dessin de Boucq est parfait pour ce genre de récit, avec de l’action et des temps plus contemplatifs où beaucoup de choses passent dans le regard. Conte initiatique qui montre la puissance du dessin et cet art créatif, créateur voire magique. La mise en abyme du dessin de corps eux-mêmes tatoués donne un effet assez hypnotisant. On se laisse embarquer et on ne lâche pas l’album avant de l’avoir fini, même si la fin est un peu tirée par les cheveux tant les connexions sont improbables.


Little Tulip, de Boucq et Charyn
Éditions Le Lombard
Novembre 2014

16 septembre 2019

Enfants de poussière [Craig Johnson]

Voici un an et demi que je n'avais pas retrouvé la plume de Craig Johnson pour conter les aventures de son shérif Walt Longmire. C'est réparé avec ce quatrième tome Enfants de poussière.

L'histoire : Absaroka, dans le Wyoming, est le comté le moins peuplé de l'État le moins peuplé d'Amérique, aussi y découvrir le corps d'une jeune Asiatique étranglée est plus que déconcertant. Le coupable paraît tout désigné quand on trouve, à proximité de la victime, un colosse indien frappé de mutisme en possession du sac à main de la jeune femme. Mais le shérif Walt Longmire n'est pas du genre à boucler son enquête à la va-vite. D'autant que le sac de la victime contient une vieille photo de Walt prise quarante ans plus tôt, et qui le renvoie à ses souvenirs de la guerre du Vietnam.

Mon avis : Craig Johnson mêle ici passé et présent pour mener de front deux enquêtes. La première se déroule lors de la guerre du Vietnam où on retrouve Longmire et Henry Standing Bear au coeur des conflits ; Walt engagé dans la police des Marines doit démanteler un trafic de drogues sur une base américaine. La seconde est à l'époque actuelle, alors que le corps d'une femme vietnamienne est retrouvé ; c'est avec cette découverte que les flash backs se déclenchent et nous en apprennent davantage sur le passé du shérif. Y aurait-il un lien entre les deux époques ?

En parallèle, sa fille Cady se remet doucement de leur aventure précédente à Philadelphie : taiseux, Longmire n'en est pas moins un père attentif et inquiet. Plus ancré sur les personnages et ce qui les façonne, les préjugés comme les rencontres, que sur la nature du Wyoming, ce roman est peut être un tout petit peu moins bon que les précédents : le jeu de double enquête, s'il lève un voile sur le passé du personnage principal, limite la plongée dans l'ambiance si agréable de ce petit coin de terre reculé. Mais permet de toucher une réalité qui m'était inconnue, celle de ces enfants de militaires de l'autre côté du monde, qui tentèrent de retrouvèrent leurs racines paternelles en venant aux États-Unis mais durent lutter pour rejoindre ce pays.

Enfants de poussière, de Craig Johnson
Traduit par Sophie Aslanides
Éditions Gallmeister
Mars 2014

13 septembre 2019

Midsommar, de Ari Aster

Film américain de Ari Aster, sorti le 31 juillet 2019, avec Florence Pugh, Jack Reynor et William Jackson Harper.

L'histoire : Dani et Christian sont sur le point de se séparer quand la famille de Dani est touchée par une tragédie. Attristé par le deuil de la jeune femme, Christian ne peut se résoudre à la laisser seule et l’emmène avec lui et ses amis à un festival estival qui n’a lieu qu'une fois tous les 90 ans et se déroule dans un village suédois isolé.
Mais ce qui commence comme des vacances insouciantes dans un pays où le soleil ne se couche pas va vite prendre une tournure beaucoup plus sinistre et inquiétante.

Mon avis : Ari Aster propose la description d’une secte par le biais d’une étude anthropologique, alors que son personnage principal, Dani, s’offre une renaissance via un trip cauchemardesque bercé par les substances illicites. Le scénario est prévisible, et les personnages globalement de vrais abrutis. A quand un réalisateur qui propose des personnages de film d’horreur qui ne se comportent pas comme des crétins ? (Du genre, je jette la carte alors que je suis perdue dans les bois). Une exception cependant, celle de Dani, magnifiquement joué par Florence Pugh, décidément à suivre après son travail dans la mini-série The little drummer girl et le film The young lady de William Oldroyd. Elle joue une belle palette d’émotions sans jamais tomber dans l’exagération, allant jusqu’à créer une opposition féministe avec les hommes qui l’entourent, tous lâches, manipulateurs ou idiots finis.

Les critiques parlent de scènes choc marquantes, je ne vois pas où. Alors oui, certaines scènes peuvent choquer dans l’absolu, sauf qu’on les voit tellement venir que le choc n’est plus. La description des coutumes, rappelons que ce festival a lieu tous les 90 ans seulement (il y a d’ailleurs des incohérences scénaristiques à ce propos), instaurent une longueur qui permet à la tension de monter crescendo. Et si les touches d’humour assez pince-sans-rire sont bien trouvées, elles font forcément retomber cette tension. La bande son aide cependant à vite retrouver l’ambiance malsaine à souhait.

En fait, le problème de ce film c’est qu’il ne va pas assez loin dans le délire. Souvent, les réalisateurs proposent quelque chose d’immédiatement compréhensible. Plus rarement, certains proposent quelque chose de beaucoup plus personnel, inventif, mais il faut accepter d’entrer dans l’univers, se laisser porter, lâcher prise. En tant que spectateur, on y arrive, ou pas. Personnellement, j’ai souvent du mal mais les rares fois où j’y arrive, c’est une expérience à part entière. Je repense toujours à Tree of life, qui m’a laissée en larmes. Ici, on sent que Ari Aster tente de faire une proposition originale d’un film trash, en se jouant des codes (sursaut, premier degré, effusion de sang…) mais c’est comme s’il se retenait de proposer au spectateur quelque chose de plus intime et dérangeant, restant alors à la surface. Un peu frustrant en fait.



Là où le film n’est pas clivant, c’est sur sa réussite esthétique. C’est beau : le cadre trouvé, les couleurs, la mise en scène, le souci du détail dans le décor ou la lumière… tout est pensé avec soin et d’une précision folle. Le site d’Harga est un véritable enfer dans un décor paradisiaque.

Bref, un film à voir pour la proposition originale, l’esthétique aux petits oignons et la performance d'une actrice à suivre.

11 septembre 2019

Capitaine Trèfle [Hausman et Dubois]

Les auteurs : Né en février 1936 et mort en avril 2016, René Hausman est un auteur et illustrateur de bande dessinée belge. Il avait travaillé avec Pierre Dubois, auteur et scénariste de bande dessinée français né en juillet 1945, pour mettre en image le roman de celui-ci Capitaine Trèfle, paru à l'origine en 1981 pour la jeunesse. 

L'histoire : Le Capitaine Trèfle fit, de trois revers, une quarte et deux moulinets, siffler son épée et jura au rondon de la Lune de ne jamais mourir...

Mon avis : Un album noté depuis longtemps dans la liste de ceux à emprunter à la bibliothèque mais pour lequel j’avais des doutes. C’est qu’il était classé en jeunesse et je craignais une histoire trop simpliste. Alors certes, l’histoire n’est vraiment pas compliquée voire naïve, mais ce qui fait le charme de ce Capitaine Trèfle ce sont les dessins magnifiques de René Hausman et la verve de Pierre Dubois. Il y a dans le ton employé par le scénariste, qui adapte ici son propre roman effectivement jeunesse, un je ne sais quoi qui fait penser à De cape et de crocs d’Ayroles et Masbou dont je vous parlerai un jour.

Planche de Capitaine Trèfle
Pierre Dubois nous emmène donc dans un monde imaginaire peuplée de toutes les créatures légendaires : licornes, lutins, fées, sirènes, kraken, pirates, vaisseau fantôme, sorciers… Le Capitaine Trèfle sauve un pauvre lutin des épées de la bande d’un pirate sanguinaire. A partir de là, la course poursuite est lancée pour sauver ces peuples opprimés par le tyrannique homme à la jambe de bois. Tous les personnages s’entremêlent dans ce récit fait de la voix d’un conteur époustouflant. On est loin des albums modernes, on est dans un classicisme parfaitement assumé et qui est un bonheur à chaque page. D’autant que les aquarelles d’Hausman font merveille ici, donnant une dimension supplémentaire à cet univers, celle d’une poésie et d’une douceur sans pareilles, où chaque détail compte.

« Nous vivions par de-ci de-là en nos maisons-champignons, en nos châteaux de fleurs, en nos manoirs-montagnes, en nos palais d’eau et de corail… Heureux… Et puis… Et puis, l’homme est venu… Venu déranger, bousculer, chasser, troubler les rivières, ensabler la mer, abaisser les cimes, remonter les vallées, déboiser les forêts, mettre l’envers à l’endroit tout sens dessus dessous. »

À ne surtout pas manquer !

Capitaine Trèfle, de Hausman et Dubois
Éditions Le Lombard
Septembre 2014

09 septembre 2019

Couleurs de l'incendie [Pierre Lemaître]

J’avais adoré Au-revoir là-haut. L’engouement suscité par la sortie de cette suite, qui peut tout à fait se lire de façon indépendante, pour grande partie du au succès de ce premier tome, m’a freinée dans mon envie de découvrir ces Couleurs de l’incendie. Et c’est un peu contrainte par l’envie de rendre ce livre à son légitime propriétaire que je l’ai commencé, avant de plonger complètement et de dévorer à nouveau ces plus de 500 pages en un temps record.

L'histoire : Février 1927. Le Tout-Paris assiste aux obsèques de Marcel Péricourt. Sa fille, Madeleine, doit prendre la tête de l'empire financier dont elle est l'héritière, mais le destin en décide autrement. Son fils, Paul, d'un geste inattendu et tragique, va placer Madeleine sur le chemin de la ruine et du déclassement.

Face à l'adversité des hommes, à la cupidité de son époque, à la corruption de son milieu et à l'ambition de son entourage, Madeleine devra déployer des trésors d'intelligence, d'énergie mais aussi de machiavélisme pour survivre et reconstruire sa vie. Tâche d'autant plus difficile dans une France qui observe, impuissante, les premières couleurs de l'incendie qui va ravager l'Europe.

Mon avis : Après l’arnaque au monuments aux morts, c’est à la vengeance d’une femme que s’attaque Pierre Lemaître. Celle d’une femme qui a tout perdu, son argent comme sa position sociale privilégiée, et qui va se servir des ambitions politiques des uns, économiques des autres pour remonter la pente. La crise de 1929 est presque là, les fascismes montent en Europe et fascinent les intellectuels, le nazisme s’installe en Allemagne alors qu’en France on peine à panser les plaies de la grande boucherie que fut la guerre de 14-18.

On retrouve la famille Péricourt sept ans après le suicide d’Edouard, pour assister aux obsèques de son père. La cérémonie va virer au drame. Et Madeleine va se retrouver toute seule avec un enfant handicapé, prise au piège de la finance, de la politique et de la presse. Chaque personnage de ce roman est parfaitement ciselé, tous en noir et gris, car Pierre Lemaître ne joue pas sur la corde sensible facile, sur une sympathie évidente, en faisant de son personnage principal une pauvre victime innocente. L’intrigue prend son temps à se mettre en place mais c’est pour mieux vous attraper dans ses filets et pour parfaitement camper le décor historique. Avec talent, l’auteur prend la matière historique pour la travailler, s’écartant parfois de la véracité, mais toujours en pensant à l’équilibre de son récit. Ca donne encore une fois un roman qui se dévore. Et comme apparemment il s’agit du deuxième tome d’une trilogie, on attend maintenant la suite avec impatience !

"Des manifestations s'organisèrent. Dans la seconde quinzaine d'août, la France en compta pas moins de quarante-quatre, auxquelles se mêlaient ici ligues de jeunesse patriotique et anciens combattants, là, syndicats et corporations, ailleurs, des antirépublicains militants, partout des mécontents, des révoltés qui s'estimaient spoliés, dépossédés, volés. Le grand coupable, c'était l'impôt. Le grand ennemi, c'était l'Etat." (p°379)

Couleurs de l'incendie, de Pierre Lemaître
Éditions Albin Michel
Janvier 2018

06 septembre 2019

Fleurs #61


Fleurs offertes le 03/05/2019

04 septembre 2019

Juger Pétain [Philippe Saada et Sébastien Vassant]

Les auteurs : Né en août 1980, Sébastien Vassant est un auteur français de bande dessinée. Il a travaillé avec le documentariste Philippe Saada pour réaliser l'adaptation de son propre film diffusé en 2015 sur France 5.

L'histoire : Le procès le plus retentissant du XXe siècle Paris, le 23 juillet 1945. Au beau milieu de l’été, un an après la libération de la capitale par les troupes du Général Leclerc, c’est sous une chaleur harassante que la foule s’agglutine devant les portes du Palais de Justice. Et pour cause, c’est aujourd’hui qu’a lieu le procès du maréchal Pétain. Le procès d’un vieux monsieur de 89 ans, que l’on dit sénile et dont on a du mal à croire qu’il fut tour à tour sauveur de la République puis meneur de l’ignoble Collaboration. Seulement 3 mois après la capitulation finale de l’Allemagne nazie, c’est le procès retentissant de l’un des personnages les plus controversés de l’histoire de France qui commence...

Mon avis : Il y a dans mes centres d’intérêt actuels comme une thématique autour de la première Guerre mondiale. Visite de Verdun, lectures de romans et ici d’une bande dessinée qui retrace la fin du maréchal de France qui de sauveur de la Nation devint tortionnaire. Encore une fois, je suis tombée par hasard sur cet album à la bibliothèque. Le format, le sujet assez original et le graphisme m’ont tentée. D’autant que le maréchal Pétain revenait cette été sur le devant de la scène avec les actes de profanation de sa tombe.

Il s’agit à la base d’une série documentaire sur le procès de Pétain, diffusée en 2015. Dans la foulée, le documentariste Philippe Saada travaille avec Sébastien Vassant pour l’adapter. C’était risqué mais les deux hommes s’en sortent très bien et rendent cet album très intéressant.

Vassant opte pour des digressions qui cassent le rythme lassant des minutes du procès et des pointes d’humour sont bienvenues pour alléger l’ambiance et mettre en scène des respirations tenant en haleine le lecteur. Il insère par moment des pleines pages, change l’ordre de lecture pour passer de la ligne à la colonne, propose des intermèdes comiques sous forme de saynètes ou de prospectus touristique. Sur un fond gris vert qui rappelle celui des uniformes, le dessin à l’encre à un côté un peu vieillot qui colle très bien au récit.

Planche de Juger Pétain de Saada et Vassant

Tout cela permet de prendre de la hauteur et de comprendre le point de vue de chacun des protagonistes : celui de De Gaulle et du pouvoir en place, qui ne pouvait pas ne rien faire ; celui de Pétain et de sa défense ; celui de ses accusateurs enfin. Si les férus d’Histoire n’apprendront certainement pas grand-chose, c’est par contre une magnifique opportunité pour tous les curieux de découvrir les tenants et les aboutissants des décisions prises entre 1940 et 1945 : la signature de l’Armistice, et non de la défaite ; l’envahissement de la zone nono ; la collaboration… jusqu’au pourquoi de ce procès qui se tient dans un contexte très particulier et une ambiance pesante à souhait fort bien rendue.

Je me suis retrouvée embarquée dans cet album presque à mon corps défendant, fascinée par ce moment d’Histoire qui se déroulait sous mes yeux. Je conseille !


Juger Pétain, de Philippe Saada et Sébastien Vassant
Éditions Glénat
Septembre 2015

02 septembre 2019

Entre deux mondes [Olivier Norek]

Après avoir totalement adhéré à la plume d'Olivier Norek dans les aventures de son capitaine Coste, il était évident que je poursuivrais mes lectures de l'auteur. Voici qui est chose faite avec son quatrième roman, Entre deux mondes.

L'histoire : Adam a découvert en France un endroit où l'on peut tuer sans conséquences.

Mon avis : Toujours sur un volet social, Olivier Norek s'intéresse cette fois plus particulièrement à un sujet d'actualités brûlant : les migrants. Il va plonger le lecteur dans l'histoire d'Adam, parti de Syrie direction l'Angleterre, et qui va échouer à Calais, au bout de l'enfer. Pourquoi, comment, je vous laisse le découvrir. Car ce roman va bien au-delà de l'aventure vécue par le personnage principal. Il met en lumière une situation déchirante, où chaque partie est perdante. Les migrants sont bloqués dans la Jungle, sans possibilité d'atteindre ce fantasme d'eldorado, ce pays qui se trouve pourtant si près, de l'autre côté de la mer. Pour eux, les politiciens ont créé un statut bâtard, celui de potentiels réfugiés. Du coup, impossible de les déloger, de les aider, de leur proposer la moindre solution. Impossible aussi d'exercer la moindre justice dans ce camp, qui devient une zone où la violence règne.

Travail totalement schizophrène demander aux policiers de Calais, qui une fois pris leurs fonctions, ne pourront jamais en changer. Les mutations sont impossibles. Car personne ne voudrait venir s'il connaissait les conditions : ils ne font que panser ce qu'ils peuvent, avec des moyens dérisoires. Sans illusions, usés jusqu'à la corde. Témoins du désespoir des migrants comme de celui des riverains, qui voient le tourisme s'évaporer, le commerce impossible tant tout est focalisé sur cette Jungle. Deux mondes qui se télescopent. Et entre les deux, les forces de l'ordre dont on ne sait comment elles tiennent ; dont on comprend, sans excuser nullement, comme elles peuvent en arriver à des bavures tant elles sont elles aussi abandonnées de tous.

Avec une écriture d'une simplicité effrayante, passant d'un point de vue à l'autre, Olivier Norek suscite chez le lecteur des émotions fortes, passant de l'espoir au désespoir en un claquement de doigts, mais toujours avec beaucoup d'humanité. Il appuie pile sur le problème : ce désastre flagrant qui se tient aux portes de l'Angleterre, sur le territoire français, et dont tout le monde détourne les yeux, espérant qu'en l'ignorant, la situation ne pétera pas. Et surtout, il ne fait que donner des faits, à chacun d'en faire ce qu'il veut.

Ce roman devrait devenir un film d'ici l'année prochaine. En espérant que cette adaptation saura toucher autant les spectateurs que cette lecture a été forte pour moi, montrer à quel point derrière cette horrible situation, se cache toujours des personnes dont il ne faut pas nier l'humanité.


"Des gamins, des jeunes, des adultes. Uniquement des hommes. De la pauvreté. De la misère. De la dignité pourtant. Pas de tristesse." (p°138)

Entre deux mondes, d'Olivier Norek
Éditions Michel Lafon
Octobre 2017