L'auteur : Né en juin 1984, Robert Jackson Bennett est un écrivain américain auteur de roman policier, de science-fiction, de fantastique et d'horreur.
L'histoire : Trois tireurs armés jusqu’aux dents lâchés dans un « environnement » public aléatoire délimité. Un but : abattre le plus de personnes possible. Une promesse : un énorme paquet de fric pour celui qui quitte les lieux indemne. Si l’une des « cibles » met hors d’état de nuire l’un des tireurs et survit, une part du pactole lui échoit. Des règles simplissimes, et des dizaines de drones qui filment le tout pour le plus grand bonheur de millions de spectateurs hystérisés, d’annonceurs aux anges et de John McDean, producteur et chef d’orchestre de Vigilance, le show TV qui a résolu le problème des tueries de masses aux États-Unis…
Mon avis : Il y a comme un air de déjà vu pour ceux qui ont déjà visionné American Nightmare ou lu Stephen King. Nous sommes dans un futur proche, et la peur a gangrené toute la société américaine. Dans la série de films, la catharsis prend la forme d'une nuit de cauchemars tous les ans. Dans le court roman de Robert Jackson Bennett, cela prend la forme d'une émission de télévision qui prend les gens par surprise : un lieu est choisi secrètement et des hommes déséquilibrés sont armés et lâchés pour massacrer le plus de monde possible, prime à la clé. L'auteur ajoute à cette histoire déjà connue une analyse assez fine des mécanismes de marketing et de communication, poussant le capitalisme à outrance.
Le récit de Robert Jackson Bennett est d'autant plus percutant qu'il n'est pas si éloigné que ça de notre réalité actuelle. La violence fait tous les jours la une des informations, la peur a contaminée toutes les couches de la société, le monde politique est polarisée et les relations diplomatiques sont tendues entre la Chine et les Etats-Unis. Tout est fait pour monétiser le moindre aspect de nos vies et de nous plonger dans une société du spectacle dont on essaie de nous tenir captif au maximum. Car l'économie de marché règne et étouffe toute velléité morale.
Ce qui convainc particulièrement, c'est le déclin de l'Amérique, mené tambour battant par des décisions politiques qui l'entraine toujours plus loin dans l'horreur et l'agonie : des méga-feux ravagent une partie du pays, tout le monde possède une arme, la jeunesse a fui vers des pays plus cléments et proposant un avenir plus prometteur... Et l'auteur de tirer la corde un tout petit peu plus loin, plongeant sa société dans une horreur absolue qui nous guettent peut être déjà.
"Tout tenait au fait que depuis toujours, l'Amérique est une nation qui a peur.
Peru de la monarchie. Peur des élites. Peur de perdre ses biens, par le fait du gouvernement ou d'une invasion. Peur qu'un voyou stupide ou un petit malin de la ville trouve un moyen légal ou non de voler ce qu'on a durement gagné à la sueur de son front.
Voilà ce qui faisait battre le coeur de l'Amérique : non le sens civique, non l'amour de son pays ou de ses semblables, non le respect de la Constitution... mais la peur." (p°32)
Vigilance, de Robert Jackson Bennett
Traduit par Gilles Goullet
Éditions Le Bélial






