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24 février 2020

Mikado d'enfance [Gilles Rozier]

L'auteur : Né en mars 1963, Gilles Rozier est un écrivain et traducteur français, spécialiste de la culture yiddish. Il est également éditeur puisqu'il a fondé en 2015 avec Anne-Sophie Dreyfus les éditions de l'Antilope, première maison d'éditions spécialisée dans la littérature juive.

L'histoire : Quarante ans après les faits, le narrateur revient sur un épisode de son enfance : l'exclusion de son collège pour avoir adressé, avec deux camarades, une lettre antisémite à leur professeur d'anglais. Quelques années plus tard, il deviendra spécialiste de culture juive. Que s'est-il passé entre ces deux moments de son histoire ?

Mon avis : Avec ce roman, l’auteur nous offre une plongée dans sa jeunesse, à la rencontre d’un événement qui a fait de lui ce qu’il est aujourd’hui, qui l’a construit et lui a permis de rencontrer ce grand-père, disparu, assassiné dans le camp d’Auschwitz. Cet événement va mettre l’enfant qu’il est face à une dichotomie : moitié juif moitié goy, ni vraiment totalement l’un ni vraiment totalement l’autre, mais pourtant tout à la fois. Il en ressortira une individualité unique, la sienne

Gilles Rozier fait preuve d’une grande sensibilité aux mots et à l’importance qu’ils ont, d’autant plus importante d’abord parce que dans les années 1970, beaucoup d’euphémismes étaient utilisés, atténuant une réalité atroce. Importante également, car, alors qu’aujourd’hui on peut enfin affirmer haut et fort la réalité, notre société est bien trop oublieuse du poids que les mots peuvent avoir (on est bien trop prompt à jeter des injures au visage des gens pour s’excuser ensuite d’un piètre « non mais ce n’est pas ce que je voulais dire »). La nécessité de la parole des rares témoins encore en vie n’en est évidemment que plus grande.

C’est aussi un roman sur la tolérance, l’acceptation de l’autre, le non-jugement. Chacun fait avec les éléments dont il dispose, son vécu, les non-dits des parents. Et cela n’offre qu’une vision forcément parcellaire de la vérité, elle-même ne pouvant être que multiple. La solution passe alors par l’ouverture au monde et à l’extérieur, la curiosité intellectuelle, afin de construire un monde qui puisse se tenir.

Un beau roman sensible sans sensiblerie, comme on aimerait en lire plus souvent.

"J'avais plus de quarante ans, mais je ne l'avais pas attendu pour me mettre en route : vingt ans auparavant, j'avais suivi son étoile, mon étoile, et j'avais mis sa langue dans ma bouche." (p°180)

Mikado d'enfance, de Gilles Rozier
Éditions de l'Antilope
Mai 2019

14 février 2020

Séries #16

Chernobyl


26 avril 1986, l'histoire vraie de la pire catastrophe causée par l'homme et de ceux qui ont sacrifié leur vie pour sauver l'Europe du drame. L'explosion d'un réacteur à la centrale nucléaire de Chernobyl, en Ukraine, a de terribles conséquences aussi bien sur le personnel de l'usine, que sur les équipes de secours, la population et l'environnement.

Mini- série en 5 épisodes qui secoue en plongeant dans la plus grande catastrophe nucléaire de l'Histoire. Elle rappelle la puissance destructrice de l'Homme envers lui-même, parce qu'il ne maîtrise pas les outils qu'il utilise. C'est poignant, effrayant, terrifiant même. La mort plane en permanence, dès les premières images. Le spectateur sait la catastrophe inévitable, le cauchemar qui ne fait que commencer : les conséquences environnementales et sanitaires, les nécessaires robots technologiques et biologiques - autrement appelés liquidateurs. On pleurerait presque à voir ces pompiers se précipiter sur le site. Bref, une ambiance oppressante à souhait, qui nous rappelle encore à l'ordre. À voir absolument !


Too old to die young



Dans les bas-fonds de Los Angeles, le quotidien d'un officier de police endeuillé à la suite du meurtre de son coéquipier. Autour de lui, des tueurs à gages, des yakuzas, des cartels mexicains, la mafia russe et des gangs d'adolescents assassins.

Une seule saison pour cette série réalisée par Nicolas Winding Refn. Il faut aimer le style de ce réalisateur car tout est dans l'esthétique et la lenteur, parfois extrême. Chaque épisode fait 75 minutes et il y en a 10. Autant dire qu'il faut prendre son temps. Si cela fascine sur les premiers épisodes, le scénario ne tient pas la route et patine un peu sur la seconde moitié, tombant dans les poncifs habituels d'un conflit entre voyous. Cependant, l'objet est fascinant tout autant que dérangeant. Une expérience à tenter.


Undone 



Après un accident de la route qui a failli lui coûter la vie, Alma se découvre un nouveau rapport au temps et se sert de cette nouvelle capacité pour découvrir la vérité sur la mort de son père.

Là encore, c'est surtout l'objet qui fascine : cette série est en animation rotoscopique, c'est-à-dire un style où on redessine par-dessus des prises en vues réelles, ce qui permet à la fois réalisme et latitude au réalisateur pour modifier ce que l'on souhaite. C'est très esthétique et ça met en scène un univers à la réalité malléable qui fascine et déstabilise tout en même temps. Alma est bouillante de vie. Persuadée de sa réalité, elle cherche à dépasser un deuil ancien au moment où sa sœur se construit une nouvelle vie. À la fois mystérieux et mystique, le scénario intrigue fortement et emporte assez loin alors que la saison n'est composée que de huit épisodes d'une vingtaine de minutes chacun. Deuil, famille, folie, relations humaines... énormément de thèmes sont abordés ici avec brio, sans jamais tomber dans une lecture manichéenne. Indubitablement à voir !

12 février 2020

Le secret de l'ange [Shiki Kawabata]

L'auteur : Shiki Kawabata est une mangaka japonaise qui a commencé en 2012 par des histoires courtes dans le magazine Bessatsu Margaret.

L'histoire : Lorsqu'elle était enfant, Asahi fréquentait la petite école de dessin de son quartier. Mademoiselle Yûki, professeure qui en assurait les leçons, fut assassinée dans d'étranges circonstances. Son camarade, surnommé "l'Ange", a été accusé du meurtre. Mais Asahi, aujourd'hui devenue lycéenne, n'a jamais accepté les conclusions de l'enquête. Aussi quand un jour, en se rendant sur la tombe de son ancienne enseignante elle rencontre Itsuki, le petit frère de cette dernière, ils décident ensemble de lever le voile sur les mystères qui entourent encore ce décès. Mais leurs intentions ne sont peut-être pas tout à fait les mêmes...

Mon avis : Ça pourrait être niais et raté, avec un trio amoureux assez fade et une héroïne très douce et fleur bleue, des personnages secondaires assez inintéressants et des dessins pas très réussis, en dehors des couvertures. Shiki Kawabata n'évite pas les clichés du shojo. Mais elle décide de pimenter cette construction assez classique d'une ambiance plus sombre, avec un crime qui a eu lieu cinq ans plus tôt. Elle va donc creuser l'aspect psychologique des personnages principaux : de quoi se souviennent-ils ? Comment cela les a marqué ? Où est le non-dit ?
Planche Le secret de l'ange de Shiki Kawabata
Et l'auteur s'en sort plutôt bien avec ce côté intrigue, levant le voile progressivement, jouant habilement des twists pour maintenir l'intérêt de sa lectrice. Elle alterne des ambiances intrigantes et plus joyeuses, des passages de questionnement et de romance, des sujets légers et d'autres plus graves comme la maltraitance ou l'isolement.

Le tout forme un ensemble assez inégal mais pas inintéressant. Une série courte, en 4 tomes, à découvrir à l'occasion.

Le secret de l'ange, 4 tomes, Shiki Kawabata
Éditions Akata
2018

10 février 2020

Mary Ventura et le neuvième royaume [Sylvia Plath]

L'auteur : Née en octobre 1932 et morte en février 1963, Sylvia Plath est une célèbre poétesse américaine, connue pour ses œuvres, très marquées par la mort de son père et ses tentatives de suicide, et promue au rang d'icône féministe. Elle a reçu à titre posthume le Prix Pulitzer en 1982. Mary Ventura et le neuvième royaume est une nouvelle écrite en 1952 lorsqu'elle étudiait au Smith College et n'avait jamais été publiée avant 2019.

L'histoire : Les lèvres couleur sang, le soleil d’un orange inédit, les roues d’un train qui semblent dire «ta faute, ta faute, ta faute» : voilà quelques exemples des choses que Mary Ventura commence à remarquer, lors de son voyage en train vers le neuvième royaume.

«Mais qu’est-ce que le neuvième royaume ? » demande-t-elle à sa voisine, qui semble plus au courant. «C’est le royaume de la volonté pétrifiée. Il n’y a pas de voyage de retour.»

Mon avis : Voici un tout petit livre repéré chez Cachou qui semblait avoir été très troublée par ce récit. Effectivement, l’histoire commence de façon assez banale avant qu’une angoisse sourde ne s’installe doucement et prenne le dessus. Je n’en dirai pas plus pour ne pas gâcher votre lecture si vous êtes tenté.

Ce qui est troublant, c’est que chacun peut y voir beaucoup de choses. Personnellement et sur le coup, j’y ai vu la question de l’abêtissement des foules. Rétrospectivement, on y trouve aussi l’écho de la vie de Sylvia Plath, coincée entre conformisme étouffant et besoin vital de liberté. Et avec bien sûr, tous les thèmes de l’indépendance, du questionnement existentiel ou encore de la destinée. Et si le style n’a pas encore beaucoup de flamboyance, on est frappé par la maturité qui transparaît de cette si jeune personne.

Une première découverte donc de cette grande figure de la littérature et je serais assez intéressée par d’autres de ses œuvres.


Mary Ventura et le neuvième royaume, de Sylvia Plath
Traduit par Anouk Neuhoff
Éditions La table ronde
Mai 2019

07 février 2020

Exposition : Léonard de Vinci


Voici l'exposition qui a agité le monde culturel sur le deuxième semestre 2019. Il est encore temps d'y aller, si vous n'en avez pas eu l'occasion : elle ferme ses portes à la fin du mois ! En attendant, voici un petit aperçu et mes impressions.

Cette exposition fête les 500 ans de la disparition de Léonard de Vinci, né en 1452 et mort en 1519. Le peintre le plus iconique de la Renaissance italienne, rien de moins. Élève de Verrocchio à Florence, il s'établit à Milan vers 1482 où il conçoit la Cène qui le rend célèbre. De retour à Florence, à nouveau Milan, puis Rome, il va enchaîner les œuvres qui confirment son génie.En 1516, il quitte l'Italie à l'invitation de François Ier et finira ses jours en France.

L'exposition commence par montrer l'idée que l'espace et la forme sont engendrés par les jeux d'ombres et de lumières. On débute donc avec différents détails de draperies des ateliers de Verrocchio ou de Léonard lui-même, avant d'arriver sur une première pépite : le plus ancien dessin daté de de Vinci.

Paysage de la vallée de l'Arno, plume et encre brune, de Vinci, 1473

La suite s'attache à montrer que la liberté de l'esprit et de la main de l'artiste tend à saisir la forme vraie.

Étude pour une sainte Marie Madeleine, plume et encre brune, de Vinci, 1478-1480

Étude de perspective pour l'Adoration des Mages, pointe de métal, plume et encre brune, lavis brun, rehauts de blanc sur papier crème, de Vinci, 1480-1481
Dans l'exposition sont présentées certaines réflectographies infrarouges de plusieurs peintures, bizarrement non exposées à côté de la toile originale. Dommage car cela aurait grandement facilité la comparaison, puisque ces examens scientifiques permettent de révéler le dessin préparatoire que l'artiste à poser sur le support, avant les couches de peinture. Difficile de jouer au jeu des sept erreurs dans ces conditions !

La Vierge à l'Enfant, dite Madone Benois, huile sur bois, transposée sur toile, de Vinci, 1480-1482


Réflectographie de la Vierge à l'Enfant, dite Madone Benois de de Vinci. Elle montre des repentirs sur la position de l'enfant, que Léonard de Vinci a rapproché de sa mère.

Saint Jérôme pénitent, huile sur bois de noyer, de Vinci, 1480-1482. Parfait exemple de la tendance à l'inachèvement du maître, conséquence de sa liberté créatrice

Portrait d'une dame de la cour de Milan, dite La Belle Ferronnière, huile sur bois de noyer, de Vinci, 1490-1497

Réflectographie de La Belle Ferronnière de de Vinci.

Impossible de célébrer Léonard de Vinci sans parler science. Car pour un maître du dessin, le moyen est évident pour exprimer des relations entre les formes, questionnant le monde qui l'entoure. Observations, réflexions, recherches, expériences se font jour par un mélange d'écriture et de dessin. Et ce, sur n'importe quel type de support, de la grande planche au tout petit carnet. Manqueront à l'exposition la présence de certaines des machines conçues par le maître.

La quadrature de la couronne du cercle. Essais de quadratures diverses, plume et encre brune, de Vinci, 1505

Léonard conteste la règle de division d'une fraction par une fraction, plume et encre brune, de Vinci, 1497-1502/1504
Compas, dispositifs et considérations diverses, sanguine, de Vinci, 1493-1494

Anatomie, Crâne sectionné, plume, encre brune et lavis brun sur papier, de Vinci, 1489
Technologie, Char et Hélicoptère, plume et encre brune, de Vinci, 1487-1489

L'homme de Vitruve, pointe métallique, plume et encre burne, lavis brun sur papier préparé blanc, de Vinci, 1489-1490

Tête de femme, dite La Scapiliata, Terre d'ombre, rehauts de blanc sur bois, de Vinci, 1500-1510

Réflectographie de la Tête de femme, dite La Scapiliata, de de Vinci

Salvator Mundi, huile sur bois de noyer, de Vinci, 1505-1515

Réflectographie du Salvator Mundi, de de Vinci

Pour ceux qui sont des habitués du Louvre, ou qui ont eu l'occasion de voir l'exposition en 2012 sur sa Sainte Anne, les seules nouveautés seront donc, en plus des réflectographies, essentiellement les croquis scientifiques et la présence de deux tableaux d'exception : "L'homme de Vitruve" et le "Savator Mundi". Autrement, il faut reconnaître que la foule rend le parcours difficile dans les différentes salles et les choix de scénographie sont vraiment étonnants de la part d'un si grand musée et pour une exposition qu'on savait tous soumise à une forte affluence bien avant son ouverture !


Informations utiles :

Du 24 octobre 2019 au 24 février 2020
tous les jours de 9h à 18h, sauf le mardi et nocturnes les mercredis et vendredis jusqu’à 21h45

Musée du Louvre, Hall Napoléon
Tel : 01 40 20 53 17

Tarif : Accès avec le billet d’entrée au musée 17€
Site du musée du Louvre : ici

05 février 2020

Il était une fois en France [Nury et Vallée]

Les auteurs : Où je retrouve une collaboration Nury & Vallée qui date d'avant celle sur Katanga. Cette série de 6 tomes a obtenu de nombreux prix, dont le prix de la série au festival d'Angoulême en 2011.

L'histoire : Orphelin. Immigré. Ferrailleur. Milliardaire. Collabo. Résistant. Criminel pour certains, héros pour d’autres... Joseph Joanovici fut tout cela et bien plus encore.

Mon avis :Cette fois, Nury, accompagné de Vallée, s’attaque à la vie de Joseph Joanovici, ferrailleur juif roumain devenu pendant la Seconde guerre mondiale à la fois collaborateur et résistant qui a réellement existé. Si les auteurs annoncent clairement prendre de larges libertés, l’ensemble des 6 tomes forme une histoire très cohérente et crédible, celle d’un profiteur, d’un homme prêt à tout pour sa propre survie. Joseph Joanovici change de visage au gré des nécessités, passant du monstre le plus abject au sauveur qui pourrait mériter un titre de Juste parmi les Justes. Mais chez lui, tout est calculé, visant uniquement son profit tout à fait personnel. Il sacrifie sa famille et va jusqu’à participer à l’exécution de résistants pour s’enrichir toujours plus.

Pourtant, malgré la noirceur du personnage, le lecteur est fasciné par Joseph Joanovici dont la force de vie est impressionnante. On oscille entre compassion pour une victime (ses parents sont massacrés devant ses yeux au nom du tsar) et dégoût face à un homme absolument prêt à tout pour survivre. Cette ambiguïté tient du début à la fin. On passe de tome en tome sans pouvoir lâcher ce récit. Grâce au talent de scénariste de Fabien Nury. Grâce au découpage des cases, qui donne beaucoup de dynamisme. Grâce aussi à l’ancrage historique dramatique, allant de la guerre à l’après-guerre, celui des profiteurs et des trafics jusqu’aux plus hautes sphères de l’Etat. Et grâce enfin au travail de Sylvain Vallée qui a le talent de dessiner des trognes de truands aux petits oignons.

Il était une fois en France, 6 tomes, de Fabien Nury et Sylvain Vallée
Éditions Glénat
2007 - 2012

03 février 2020

Unité 8200 [Dov Alfon]

L'auteur : Né en 1961, Dov Alfon a grandi entre la France et Israël. Ancien officier des services de renseignement israéliens, il a été grand reporter, responsable des enquêtes puis rédacteur en chef d’Haaretz. Unité 8200 est son premier roman.

L'histoire : Le passager israélien fraichement débarqué à Roissy ne pensait pas que sa mauvaise plaisanterie allait si mal tourner. La blonde qui servait d'appât ne savait pas à quelle danse macabre elle participait. Les Chinois chargés d'orchestrer l'enlèvement n'avaient pas la moindre idée du guêpier dans lequel ils se fourraient. ni qu'un grain de sable s'était glissé dans les rouages bien huilés de la grande machine du crime organisé. Mais au fait, qui est aux commandes ? Mafias, services secrets, gouvernements ? Entre Paris et Tel-Aviv, Washington et Macao, les vingt-quatre heures les plus folles qu'un commissaire français, un gang chinois, un officier israélien désabusé et son intrépide adjointe aient jamais connues.

Mon avis : Voici un roman repéré dans une émission radio de France Inter, écoutée totalement par hasard un jour dans ma voiture. Et en entamant ma lecture, je savais que l’action se passait d’en plusieurs lieux. Je n’avais cependant pas vraiment anticipé le côté frénétique de ces bonds de Tel-Aviv à Paris, de Jérusalem à Macao, entrainant le lecteur au-delà des frontières géographiques, dans différents services de renseignement sur le pied de guerre pendant les vingt-huit heures de course contre la montre que va être la recherche de Yaniv Meidan, israélien tout juste débarqué à Roissy qui a disparu en suivant une belle blonde toute de rouge vêtue qu’il venait à peine de rencontrer.

Pour dépoussiérer le roman d’espionnage, Dov Alfon choisit deux enquêteurs de l’unité « 8-200 », illustre section de renseignement militaire israélien spécialisée dans l’interception des communications. L’auteur la connait bien pour y avoir fait son service militaire en tant qu’officier et va donc pouvoir la décrire, en montrer fonctionnement et dysfonctionnement, tout comme les rivalités qui peuvent la ronger. A l’autre bout de la chaîne, une police française fatiguée. Entre les deux la mafia chinoise et le spectre de la Russie pour manipuler tout ce petit monde.

L’originalité vient également du duo entre le lieutenant Oriana Talmor et son colonel Abadi, qui sont géographiquement séparés et communiquent assez peu ou de façon très succincte, écoutes obligent. Un peu d’humour pince sans rire par moment, des personnages parfois désabusés mais intrigués.

Tout cela participe à la création d’un roman qu’on ne peut pas lâcher une fois commencé. Les droits ont été cédé pour une adaptation série et une suite serait au programme. J’ai hâte de voir ce que ça peut donner.

Unité 8200, de Dov Alfon
Traduit par Françoise Bouillot
Éditions Liana Levi
Avril 2019

31 janvier 2020

Fleurs #64



Fleurs offertes le 22/11/2019