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BD Express #44

Nepka, de Séverine Vidal 

L'histoire : Île d'Hokkaido. Les mots de sa mère résonnent encore. " C'est ta faute. Pars ! Et ne reviens qu'après l'avoir tuée. "Dans la forêt ancestrale, le vent s'accroche aux arbres, la nuit avale les bruits. La jeune Nepka avance, l'arc au poing, le cœur serré. C'est le début d'une traque qui durera quatre saisons. Dans cette histoire si ancienne et pourtant si proche de nous s'affrontent l'amour et la loyauté, naissent les peurs et les fantômes. Découvrez le destin de Nepka, contrainte à fuir pour comprendre qui elle est.


Mon avis : Dans cet album, on part à la découverte du peuple Aïnou, qui m'était totalement inconnu. On suit la jeune Nepka dans un conte initiatique : se voyant confier une oursonne destinée à un sacrifice rituel lorsqu'elle aura atteint l'âge voulu, la jeune fille ne peu se résoudre à l'abandonner le moment venu. Cela l'amène à entrer en conflit avec ses traditions, avant de se poser la question de son propre chemin de vie. Elle s'affranchit ainsi des attentes des autres et ne compte plus que sur elle même pour décider de ce qui est bon ou mauvais et de ce qu'il convient de faire.
Graphiquement c'est très beau, tout en teintes douces pour les moments introspectifs et en teintes plus soutenues pour les moments d'action. Malgré la beauté des planches, je n'ai pas complètement été emportée par le récit, somme toute assez classique et dont la poésie très présente, ne laisse que peu de densité à l'histoire racontée ici. Et puis, on en découvre bien peu sur la culture Aïnoue et c'est là un gros bémol à mon sens.



Pas mon genre, de Yatuu


L'histoire
:  Une bande dessinée sur la théorie du genre, les clichés et les stéréotypes, expliquant qu’il n’est pas facile de trouver sa place dans la société en étant une jeune fille ou une jeune femme qui n’aime ni la mode, ni les poupées, ni la danse, ni la couleur rose.

Mon avis : Une bande dessinée sans prétention qui explore les clichés sur les filles pour mieux les tourner en dérision. Ca se lit très facilement, ça fait sourire et réfléchir et toute femme se retrouvera à un moment donné. Les hommes aussi pourrait le lire et apprendre quelques trucs.

Après, je trouve que ça reste vraiment trop en surface, n'abordant pas par exemple l'aspect financier - les produits pour filles/femmes sont plus chers que ceux pour les hommes/garçons et ce pour la seule raison qu'on s'obstine à mettre du rose sur le paquet. L'autrice ne donne pas vraiment de clé pour en sortir. Alors bien sûr, la première étape est la prise de conscience et cet album fait donc œuvre éducative. Mais même sur cet aspect, Yatuu va parfois un peu trop loin de le caricatural, frisant le ridicule et perdant un peu le lecteur.



Lady of Shalott, de Ceppi

L'histoire
: La "Brigade des Affaires Réservées" (B.E.R.) est confrontée depuis quelques semaines à une série de crimes particulièrement sadiques, mis en scènes de façon à reproduire des œuvres picturales célèbres de Bacon, Picasso, Schiele, Goya… Un manuscrit découvert chez une connaissance de Stéphane Clément, elle aussi assassinée, démontre que les victimes sont toutes liées à des faits commis en 1971 aux Arts Décoratifs de Genève. Une course contre la montre s'engage. Qui veut solder des comptes vieux de 40 ans ?

Mon avis : Cet album semble être le 14e d'une série mettant en scène Stéphane Clément. Enfin, ici, on ne le voit pas beaucoup car il est un personnage secondaire, et si cela se sent, ça n'empêchera pas un nouveau lecteur de s'y retrouver.

Première chose à remarquer : les dessins sont hideux. Très sombres, les visages très marqués et pourtant pas si expressifs que ça ce qui les rend difficile à identifier. Les couleurs également ne sont guère alléchantes. Vraiment pas une réussite. Et encore moins quand elle empêche parfois, à cause d'ellipse dans la narration, de s'y retrouver. 
Quant à l'histoire, elle est brouillonne. Il y a de l'idée : un meurtrier reproduit des tableaux célèbres dans des mises en scène macabres pour se venger. Mais ce n'est pas très original, ça a déjà été vu

De l'origine des espèces [Kim Bo-young]

L'autrice : Née en 1975 en Corée du Sud, Kim Bo-young est une écrivaine de science-fiction. Elle a également travailler en temps que conseillère en scénario pour des films comme Snowpiercer, le transperce-neige.

L'histoire : Dans un futur lointain, l'humanité a sombré dans l'oubli et la Terre n'est plus habitée que par des robots. Kay, chercheur en chimie, rencontre Cécile, une androïde marginalisée à cause de son apparence. Inspirée par ses travaux, elle l'incite à s'aventurer dans le champ controversé de la biologie organique. Leurs recherches se heurtent à de vives résistances, d'autant plus que les plantes qu'ils s'efforcent de faire renaître dépérissent rapidement. Mais au fil des décennies, leur laboratoire s'agrandit et se mue en un lieu énigmatique dont aucun visiteur ne semble vouloir repartir.

Mon avis : Roman de science-fiction composé de trois récits écrits à un puis vingt ans d'intervalles, De l'origine des espèces est d'une modernité folle. On voyage dans le futur lointain de la Terre, de laquelle l'espèce humaine à disparue. Ne reste que les robots, qui se questionnent alors sur le pourquoi de leur existence. Certains, plus sensibles que d'autres, travaillent à la recherche universitaire, dans diverses branches. Kay, notre protagoniste principal, va être entrainé un peu malgré lui vers le domaine de la biologie organique, alors que son espèce à tout oublié des origines de sa création. Et de se poser l'éternelle question : qui a créé qui ?

Je dois avouer avoir eu un peu peur en lisant les premières pages, qui abordent des concepts un peu touffus. Mais cette impression se dissipe vite, une fois que Kay découvre le laboratoire dans lequel les chercheurs mènent des expériences visant à recréer une vie organique. Les réflexions sur les caractéristiques du vivant et sur l'encrage psychologique sont intéressantes. En effet, les robots, mus par des règles ancestrales qu'ils ne savent expliquer, développent des croyances religieuses. Et on donc, en plus de leur intégration des trois lois fondamentales d'Asimov,  une fascination pour un Dieu qu'ils incarnent dans les êtres humains. Kay, qui semble immunisé, s'interroge.

Et l'intelligence de l'autrice est de réussir à parler de nous en ne faisant que très peu apparaître d'êtres humains. Ce que nous faisons à la Terre, le désastre écologique qui s'annonce, notre prédisposition à la guerre et de la course à la technologie. Les robots ne sont pas mieux que nous et reproduisent à leur façon toutes nos dérives : racisme, xénophobie, conservatisme...

Bref, un roman passionnant, intelligent et divertissant. À ne pas rater ! 


De l'origine des espèces, de Kim Bo-young
Traduit par Pierre Bisiou et Choi Kyungran
Éditions Rivages
Mars 2026

Séries #57

Descendants of the sun


Un soldat appartenant aux Forces spéciales sud-coréennes tombe amoureux d'une belle chirurgienne. Cependant, leur romance est de courte durée car leurs professions respectives les séparent.

Une série qui m'a fait passé par un large spectre d'émotions : que ce soit de l'agacement au gros coup de cœur. Premier point, le couple à l'écran fonctionne parfaitement et j'ai trépigné d'impatience comme une midinette ! J'ai aimé l'humour pince sans rire de Yoo Si-jin, j'ai aimé les situations cocasses qui réunissent nos deux protagonistes principaux, j'ai aimé les questions qui se posent à eux en terme de philosophies de vie totalement opposées. J'ai apprécié qu'il n'y ai pas de placement produit pour une fois. J'ai été agacée par les erreurs grossières sur les soins médicaux (faire un massage cardiaque à quelqu'un qui est juste évanoui o_o), par les atermoiements de la demoiselle ou par la glorification militaire. Mais, malgré le manque de finesse sur certains points, il est bien difficile, une fois le dernier épisode visionné, de se séparer de ces personnages que j'ai adoré suivre.


Her private life


Une conservatrice d'art voit sa vie chamboulée alors qu'elle essaie de cacher sa passion pour une idole de la K-pop au nouveau directeur de sa galerie.

Je retrouve ici l'actrice qui jouait dans Qu'est-ce qui cloche avec la secrétaire Kim ? Elle jouait déjà un peu le même genre de rôle de femme compétente mais qui tombe amoureuse de son patron. Ici s'ajoute un côté un peu nunuche qui devient rapidement agaçant. Par contre, j'ai aimé découvrir le côté fangirl très poussé, qui n'est pas une spécificité coréenne mais qui peut prendre des proportions folles avec les chanteurs de K-pop.


Twilight of the gods


Dans un monde inspiré de la mythologique nordique, Leif, un roi mortel, est sauvé sur le champ de bataille par Sigrid, une guerrière à la volonté de fer dont il tombe amoureux. Lors de leur nuit de noces, Sigrid et Leif survivent à la colère de Thor, qui les envoie en mission de vengeance, un véritable voyage vers l’enfer à travers des terres incroyables, des champs de bataille sanglants et des guerres menées contre les dieux et les démons.

Une série animée de Zack Snyder, j'étais curieuse. Le parti pris graphique est original, même si les dessins sont parfois un peu grossiers. Mais l'ambiance globale est sombre et sanglante à souhait. Côté histoire, là aussi, c'est très tentant sur le papier, et ça tient la route. L'antagonisme entre Thor et Loki est fort, loin de ce qu'on a l'habitude de voir dans les productions Marvel. Les dieux nordiques ne sont ni bons ni méchants, ils ne servent que leurs propres intérêts, en ce servant des humains. Mais le bas blesse sur un ou deux épisodes qui s'égarent un peu trop de la trame originale  (comme les scènes de sexe totalement dispensables), là où d'autres proposent une vraie réflexion sur la place de la religion (Odin face à Jésus, c'est fabuleux). Ca donne à l'ensemble une impression bancale un peu dérangeante.

Soli Deo Gloria [Jean-Christophe Deveney et Edouard Cour]

Les auteurs
: On a déjà croisé le travail de scénariste de Jean-Christophe Deveney sur ce blog pour sa collaboration avec Núria Tamarit pour Géante. Cette fois, c'est avec Edouard Cour, auteur français né en novembre 1986 en charge des dessins qu'il collabore pour cet album.

L'histoire : Nés sous le ciel crasseux du « Saint-Empire romain germanique », Hans et Helma étaient destinés à une vie de labeur et de pauvreté. Leur don et leur amour pour la musique s'offriront à eux comme un espoir, une lueur dans leur quotidien sombre et terreux.
Après la disparition de leur famille, ils vont être recueillis par un ermite musicien qui va leur faire découvrir la richesse des sons de la nature.
Accueillis ensuite dans un pensionnat religieux, ils vont apprendre les bases de la lecture et du solfège, leur permettant de déchiffrer les plus belles partitions de leur époque.
Adoptés par un margrave, seigneur de guerre, ils découvriront ensuite la beauté des instruments de musique.
Les palais de plusieurs villes européennes seront enfin les témoins silencieux de leur réussite et de leurs plus cruelles déceptions.

Mon avis : Cet album est unanimement salué par la critique et a reçu entre autres le prix BD FNAC France Inter 2026. On vante un récit initiatique grandiose de deux orphelins sauvés par la musique avec une mise en image d'une beauté folle. Personnellement, j'avoue être passée à côté.

Peut-être est-ce trop baroque pour moi ? Mais cette quête de l'absolu divin dans la musique, de l'accomplissement de l'artiste uniquement par ce chemin ne me parle pas. Je n'ai pas été sensible à cette histoire d'exaltation et d'ascension sociale par le biais de la musique. C'est torturé, violent et froid à mon goût. Le récit se perd aussi dans des considérations métaphysiques parfois plombantes sur le sens de la création tout en gardant une construction très linéaire et sans surprise : un lieu, une composition dans l'épreuve, un départ vers une autre ville. Ca parle en fait beaucoup mais donne assez peu à ressentir.

Les références artistiques sont nombreuses et j'ai trouvé dommage qu'elles soient cachées par des changements anecdotiques de noms (lieux et personnes historiques). Est-ce simplement pour donner une impression de conte intemporel ? Pour toucher à l'onirique voire parfois à l'horrifique ? Il y avait je pense moyen de ne pas user de cet artifice un peu artificiel. 


Le dessin est soigné, étonnamment lisible malgré le crayonné furieux à peine réhaussé parfois de pointes de couleur quand il y a des envolées lyriques, de plus en plus chatoyantes au fur et à mesure que le talent d'Helma et Hans grandit. Le fond est perpétuellement noir, rendant l'ambiance sombre. Il y a beaucoup d'idées et d'originalité ici, surtout quand ces volutes sortent des cases et brisent les lois de l'enfermement, traçant des ponts. J'ai véritablement été charmée par le travail d'Edouard Cour. 

Mais quand l'histoire ne vous captive pas, quand on reste trop à distance, le dessin seul ne peut pas contrebalancer la déception de lecture.


Soli Deo Gloria, de Jean-Christophe Deveney et Edouard Cour
Éditions Dupuis
Octobre 2025

Les carnets de l'apothicaire tome 4 [Natsu Hyûga]

La saison 2 des Carnets de l'apothicaire est sortie sur Netflix, l'occasion pour moi de revoir la première, de me replonger pleinement dans cette ambiance et d'avoir une furieuse envie de renouer avec ces personnages. J'ai donc ouvert le tome 4.

L'histoire : Que de changements ! Dame Gyokuyo a été sacrée impératrice et Mao Mao ne travaille plus à la cour intérieure. En effet, la jeune fille est retournée au quartier des plaisirs reprendre l'herboristerie de son père adoptif, Luomen. Quant à Jinshi, il n'est plus l'intendant du hougong. Impossible pour lui, après avoir mené la bataille visant à mater la rébellion du clan Shi, de continuer à se cacher derrière sa fausse identité d'eunuque. Si la situation semble s'être apaisée à la capitale impériale, les ennuis continuent de suivre Mao Mao et cette fois, tout le pays est menacé. Lorsque l'apothicaire est sommée de prendre part à une rencontre diplomatique entre l'empire et ses voisins occidentaux, elle n'a d'autre choix que d'obéir. Mais le voyage vers l'Ouest ne sera pas de tout repos...

Mon avis : Petite baisse de qualité sur ce tome-ci que j'ai trouvé moins mordant que les précédents. Est-ce parce qu'il faut relancer les intrigues qui ont toutes ou presque été soldées lors du time 3 ? Peut-être. 

Ici donc, voici Mao Mao exclue du hougong, dont on ne saura rien des agitations qui y ont lieu. On se concentre sur une nouvelle intrigue basée sur une épidémie à venir de sauterelles, entraînant avec elle la famine. En parallèle, Jinshi ne peut plus se cacher derrière un costume d'eunuque et doit pleinement assumer ses responsabilités de fils cadet impérial.  Dans ce contexte, un voyage dans les terres de l'Ouest est décidé. On se doute que la route ne sera pas de tout repos.

Mao Mao est-elle totalement incapable de concevoir ce qui se passe entre elle et Jinshi ? J'avoue être agacée de ne pas savoir ce qu'elle en pense réellement alors qu'on sait tout de ses pensées sur les autres sujets. A écouter les autres autour d'elle, elle si fine en général, ne peut pas ne pas savoir que Jinshi lui porte un intérêt qui dépasse sa simple utilité comme pion politique. Ca donne un côté bancal au récit qui est désagréable au bout d'un moment et rend peu crédibles certaines situations. Elle s'obstine dans son incompréhension et ne progresse absolument pas, dans un sens ou dans l'autre. Un peu rigide la demoiselle !

La relation entre les deux prend d'ailleurs des aspects "red flag" (je passe sur la polémique de traduction initiale proposée par la maison d'édition). Ce n'est pas dérangeant en soit puisqu'on s'imagine bien à l'époque que le consentement de la femme n'était pas au cœur des préoccupations de ces messieurs. Juste que le récit étant adressé à de jeunes lecteurs, il faudrait peut être prendre quelques précautions pour reposer le contexte.

J'attends de voir sur le prochain tome si la psychologie de Mao Mao progresse pour savoir si je continue ou non la série des romans.


Les carnets de l'apothicaire, tome 4, de Natsu Hyûga
Traduit par Jean-Baptiste Flamin et Sasha Boucheron
Éditions Lumen
Août 2024

Love on trial, de Kôji Fukada

Film franco-japonais de Kôji Fukada sorti le 25 mars 2026 avec Kyoko Saito, Yuki Kura, Erika Karata.

L'histoire : Jeune idole de la pop en pleine ascension, Mai commet l’irréparable : tomber amoureuse, malgré l’interdiction formelle inscrite dans son contrat. Lorsque sa relation éclate au grand jour, Mai est traînée par sa propre agence devant la justice. Confrontés à une machine implacable, les deux amants décident de se battre pour défendre leur droit le plus universel : celui d’aimer.

Mon avis : Vous l'aurez peut être remarqué, je suis dans une phase où je m'intéresse à la culture asiatique : Japon, Corée et Chine. Je ne suis pas au même niveau sur ces trois pays. Mais, que ce soit au Japon ou en Corée, le phénomène des idoles me laisse complètement insensible. Quand je vois le déferlement d'excitation qu'a suscité la sortie du dernier album de BTS par exemple, j'avoue ne pas du tout être concernée. J'ai essayé, mais je n'accroche pas du tout à leur musique. 

Ceci étant dit, le phénomène m'intrigue. Dans ma jeunesse, j'ai connu les boys band comme les NKOTB et leurs dérivés britanniques (Boyzone, Take That) ou français et je n'ai pas l'impression qu'on était aussi extrémiste dans l'attachement qu'on portait à ces chanteurs. Au Japon, c'est ce que va nous montrer le film, tout est fait pour brider la vie privée de l'artiste afin que le fan puisse s'imaginer occuper une place privilégiée dans sa vie, et donc permettre au merchandising de jouer à plein. L'agence récoltant au passage beaucoup d'argent.

Quant à la manière de filmer, c'est juste, sans sentimentalisme ni dramatisme excessif, laissant toute sa place à la plaidoirie dénonçant parfaitement le fantasme créé de toute pièce qui broie au passage des êtres humains. Et de s'ouvrir alors plus largement sur la question de la liberté individuelle et du prix à payer pour en jouir pleinement. Le réalisateur joue l'équilibriste pour ne pas tomber dans l'acidité, la romance niaise ou la facilité. La sobriété est parfois un peu excessive, presque sans musique d'accompagnement.

Un beau film, bien réalisé et percutant.

Demain, de l'autre côté [Tina Cho & Deb JJ Lee]

Les autrices : Tina Cho est une enseignante et autrice de livres pour enfants américaine. Elle a vécu plus de dix ans en Corée du Sud. Elle s'associe avec Deb JJ Lee, illustratrice et autrice américano-coréenne de bande dessinée.

L'histoire : De nombreux Nord-Coréens ont appris que rester peut être aussi mortel que de tenter de fuir... presque. Ne jamais savoir où trouver de quoi manger, éviter les soldats qui les guettent à chaque coin de rue...
Tel est le quotidien de Yunho et Myunghee. Aussi, lorsqu'ils décident chacun de fuir le sombre avenir qui les attend, ils savent qu'ils risquent de connaître un sort pire que la mort. Yunho espère retrouver sa omma, qui a traversé la frontière en cachette il y a des années. Myunghee cherche la liberté à tout prix. Ils ne se connaissent pas, mais le destin entremêle leurs chemins.
Réunis par l'espoir d'un avenir meilleur, ils affrontent une route semée de serpents venimeux dans la jungle et de soldats corrompus. Chaque jour est une épreuve pour ne pas laisser la peur d'être découverts et emprisonnés gagner. Mais à chaque pas vers la liberté, l'espoir grandit. Parviendront-ils à se mettre à l'abri sans se perdre l'un l'autre ?

Mon avis : Yunho et Myunghee rêvent de liberté mais vivent en Corée du Nord. Ils décident de partir, le même jour, et leurs chemins se croisent à la frontière avec la Chine. Un parcours difficile et périlleux dont ils ne sont pas certains de sortir indemnes.

Graphiquement, le travail de Deb JJ Lee est remarquable de poésie et de beauté. Les aquarelles font la part belle aux couleurs douces, évitant la débauche de violence. Cependant, le dessin n'est pas toujours très lisible et ne rend pas l'atrocité de la situation, qui reste du coup assez éloignée du lecteur. Ce qui me fait dire que cet album s'adresse peut être plus à un jeune public qu'aux adultes.


Narrativement, je déplore le choix d'alterner les points de vue toutes les trois pages. Ca morcelle atrocement le récit et empêche toute empathie avec les deux personnages principaux. C'est dommage pour cette histoire forcément très touchante par le sujet qu'elle aborde. Je retiens cependant un point qui m'a particulièrement intéressée, c'est celui du passage entre la Chine, le Laos et la Thaïlande. Si vous vous souvenez, je vous disais justement dans Deux coréennes que je déplorais le manque d'explication sur la sortie de Chine. Ici, on suit de bout en bout le parcours qui va mener Yunho et Myunghee jusqu'en Californie. Il me manque cependant encore quelques explications géopolitiques (pourquoi passer par le Laos et pas le Viêtnam par exemple ?).

Bref, un bel album qui sensibilisera en douceur le jeune public à la situation en Corée du Nord mais qui décevra les adultes un peu plus au fait.


Demain, de l'autre côté , de Tina Cho et Deb JJ Lee
Éditions Akileos
Septembre 2025