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Séries #59


La manche rouge


Le prince Yi San a fait le vœu d'être un seigneur bienveillant après que la cruauté a marqué le règne de son grand-père. Il tombe amoureux de Sung Deok Im, une servante du palais intelligente et pleine d'esprit. Yi San aimerait faire d'elle sa concubine, mais Deok Im sait qu'accepter ce titre reviendrait à perdre sa liberté et sa joie de vivre.

J'ai commencé le manhwa dont je vous parlerai bientôt. Le tome 1 à peine fini, je me suis précipitée en librairie pour acheter les 4 tomes suivants. Et j'ai entamé le visionnage de son adaptation en k-drama. Premier constat, le prince héritier est très bien interprété par Lee Junho, mais par contre Lee Se Young est catastrophique. Elle est soit trop soit pas assez expressive (même si on comprend bien qu'en temps que dame de la cour elle ne peut exprimer ses émotions à l'envie, il faudrait faire passer un minimum par le regard) voire complètement à côté de la plaque (comme quand elle doit tomber d'épuisement mais s'endort simplement comme si de rien n'était). Ca gâche passablement certaines scènes clés ce qui est bien dommage. Bon, hormis cela, j'ai dévoré cette série à une vitesse folle. Et avec tous les rebondissements, la vie de nos deux personnages principaux n'est pas un long fleuve tranquille, jusqu'au final bouleversant. Dans un cadre qui pourrait sembler idyllique mais s'avère plus une prison qu'autre chose, servi par une photographie somptueuse, cette histoire tirée de faits réels (mais énormément romancée quand même) secoue. Et rappelle que tout roi est aussi un homme.


Vincenzo


Profitant d'une visite dans son pays natal, un avocat mafieux italo-coréen s'attaque à un puissant conglomérat pharmaceutique et rend justice à sa manière.

Bon, j'avoue directement, après avoir aimé le personnage interprété par Song Joon-ki dans Descendants of the sun, j'ai cherché dans quelle autre production l'acteur avait joué et c'est comme ça que je suis tombée sur cette série. Et d'entrée, je me suis beaucoup amusée. Déjà pour l'accent italien, très rigolo à entendre pour un européen. Et puis pour l'histoire, même si elle est totalement tirée par les cheveux. Par contre, ça traine en longueur, avec clairement un creux de rythme au milieu. Le plus gros bémol : le côté méchant du personnage de Vincenzo est un beaucoup trop effacé pendant la majeure partie de la série, même si les premiers et derniers épisodes montrent bien qu'il n'est pas gentil. Cela provoque un côté un peu bancal au personnage qui est gênant. Mais je me suis aussi beaucoup amusée pendant certaines scènes, lorsque les personnages jouent au chat et à la souris.



Monstre : l'histoire d'Ed Gein


Dans une ferme isolée du Wisconsin, Ed Gein, un garçon perturbé, entretient une relation tordue avec sa mère dominatrice et s'enfonce peu à peu dans une folie terrifiante.

Cette série met en lumière la figure d'Ed Gein, tueur qui inspira le cinéma américain pour de nombreux films, à la fois Alfred Hitchcock pour le personnage de Norman Bates dans Psychose, ou encore Tobe Hooper pour Massacre à la tronçonneuse. Car au-delà de son histoire, c'est l'importance de son influence sur la société actuelle, notamment la culture. Si c'est très intéressant, c'est aussi profondément malaisant. Âme sensible s'abstenir ! Car c'est gore et rien n'est épargné au spectateur ; il y a des scènes particulièrement dérangeantes. Mais au final, cela en dit beaucoup sur notre fascination pour l'horreur. Et malgré quelques défauts et un peu de prétention, le tout est assez bien équilibré entre récit et analyse, sans oublier quelques touches d'humour, forcément un peu macabre.

Ichi the witch [Osamu Nishi et Shiro Usazaki]

Les auteurs : Née en avril 1992, Osamu Nishi et Shiro Usazaki née en décembre 1997 sont deux mangaka japonaises.

L'histoire : Les majiks : des sortilèges qui se matérialisent sous la forme de mystérieuses créatures vivantes… Seules les femmes sont capables de les traquer et d'accomplir les rituels périlleux nécessaires pour les acquérir. Elles deviennent ainsi des sorcières, protectrices de l'humanité, dotées du don de maîtriser et de déchaîner le pouvoir de ces majiks. 
Après avoir été abandonné à six ans dans la montagne où il vit maintenant en solitaire, le jeune Ichi a développé un exceptionnel instinct de chasseur. La lutte pour la survie est une seconde nature chez lui, et il n'aime rien tant que remporter des duels à mort dans un milieu hostile. Alors, quand le majik maléfique Uroro menace le village voisin, il saute sur l'occasion de défier cette proie surpuissante ! Contre toute attente, il remporte le combat et devient ainsi le premier sorcier de l'Histoire… Mais un homme peut-il contrôler un tel pouvoir ? La magie ne s'apprend pas, elle se mérite ! 
Entrez dans l'univers d'Ichi the Witch, où les sorts sont des créatures extraordinaires et les sorcières d'intrépides aventurières !

Mon avis : J'ai pas mal croisé un peu partout Ichi the witch, ce qui a éveillé ma curiosité. Quand je suis tombée sur ce premier tome, je n'ai pu résister à l'envie de le lire. Et de partir pour un récit d'aventures, mâtiné de quelques touches d'humour et surtout tout un monde magique original, fait de sorcières et d'un seul sorcier, mais aussi de tout un tas de bestioles pleines de magie. Ca sent un peu la course folle à la récupération de tous les majiks, comme certains courraient après les Pokémon dans leur temps. 

Mon grand âge désormais fait que je n'accroche pas vraiment, d'autant qu'il me manque un vrai but principal pour Ichi, quelque chose qu'il doit accomplir et qui nous tienne en haleine. Mais je comprends bien ce qui peut plaire ici : de l'aventure, des personnages excentriques, du dynamisme. Même si ce tome est très introductif, il pose de quoi mener le lecteur vers de sympathiques moments de lecture, sous réserve que les autrices développent correctement leurs personnages dans les tomes à venir.


Ichi the witch, d'Osamu Nishi et Shiro Ysazaki
Éditions Ki-oon
Février 2026

Au cœur du Yamato tome 3 : Tonbo [Aki Shimazaki]

Après le premier tome Mitsuba et le deuxième tome Zakuro, je poursuis ma lecture du cycle Au cœur du Yamato avec Tonbo, de l'autrice canadienne Aki Shimazaki.

L'histoire : Après avoir travaillé sept ans pour la grande compagnie Goshima de Tokyo, Nobu s'est trouvé contraint de démissionner. Il a alors ouvert un juku, où il donne des cours complémentaires pour collégiens. Il réaliser ainsi le rêve de son père, professeur de lycée passionné par son métier, qui s'est suicidé il y a quinze ans. Un jour, l'un des anciens élèves de celui-ci le contacte et insiste pour le rencontrer.

Mon avis : C'est encore une fois avec plaisir que j'ai retrouvé le style d'une apparente simplicité d'Aki Shimazaki. Elle a su me sortir d'une léthargie de lecture qui me durait depuis des mois, me redonner un peu d'envie. Tout en pudeur, ses mots sont toujours précis et juste pour dire les émotions qui gouvernent ses personnages. Et alors que le deuxième tome ne m'avait pas emballée (peut être parce que j'en savais trop peu sur le contexte historique et que j'aurais aimé aller beaucoup plus loin), elle revient ici à un récit qui a su davantage me toucher par le côté un peu plus ordinaire du destin des personnages. La projection est donc plus aisée et on peut se laisser porter par la poésie de l'autrice sans que cela pénalise l'histoire puisqu'on peut plus facilement combler les vides.

Dans ce récit on retrouve Nobu, qui avait démissionné de chez Goshima suite à une mutation géographique qu'on voulait lui imposer. On découvre surtout ce qui est arrivé à son père, dont il poursuit le rêve : tenir un juku. Et on retrouve les thèmes traditionnels de la famille, du secret et des contraintes de la société japonaise, notamment le poids de l'entreprise. Pas de grande nouveauté donc, mais une lecture toujours agréable.


Au cœur du Yamato tome 3 : Tonbo, d'Aki Shimazaki
Éditions Actes Sud
Février 20215

Exposition : We are [still] here



Après une belle exposition We are here au Petit Palais en 2024, qui mettait à l'honneur les street artistes dans un cadre unique, l'opération a été reconduite cette année pour mon plus grand plaisir. Je vous préviens tout de suite, il reste 2 jours encore pour la visiter !

Plus loin que l'horizon, de Maye (2016)

Logan Hicks

Marchal Mithouard, alias Shaka

200 oeuvres et 75 artistes, français ou internationaux, ont pris leur quartier dans les différentes salles du Petit Palais, accessibles gratuitement. Ouvrant le dialogue entre l'architecture des lieux, les collections permanentes et les oeuvres éphémères proposées. Enfin, éphémères, ce n'est pas dit : Invader laisse une mosaïque flashable et Seth a vu sa Tour de Babel intégrer le parcours permanent.

Kusillo 2, d'INTI (2021)

Airmès, de Maxime Siau (2025)

Seth d'ailleurs présente en plus une Marianne qui se décline à différents endroits : une petite fille au bonnet phrygien et queue de cheval qui émeut.

La Petite Semeuse, de Seth (2024) - sculpture en bronze

Des pièces sont créées spécialement pour l'exposition, facilement repérables par le dialogue qu'elles engagent clairement avec les pièces qui les entourent.

Memento Viveri, de D*Face (2025) en marbre de Carrare.

Comme lors de l'exposition précédente, le clou du spectacle se trouve dans la Salle Concorde, où les oeuvres inondent les murs, en référence au Salon des refusés. 

Salle Concorde



Informations utiles :

Du 20 juin 2026 au 20 septembre 2026
Du mardi au dimanche de 10h à 18h

Petit Palais
Avenue Winston Churchill
75008 Paris

Tarif : Gratuit

Site ici

Gen aux pieds nus, tome 1 [Keiji Nakazawa]

L'auteur : Né en mars 1939 à Hiroshima et mort en décembre 2012, Keiji Nakazawa est un mangaka japonais. Gen aux pieds nus a été initialement publié de 1973 à 1985. Traduite en 1983 pour la première fois, cette oeuvre fait de Nakazawa l'un des premiers mangakas traduit en français.

L'histoire :  Dans le Japon en guerre, le jeune Gen Nakaoka et sa famille survivent, tant bien que mal, entre la faim et les persécutions dues au pacifisme militant du père, dans une ville curieusement épargnée par les bombardements, jusqu'au matin du 6 août 1945, lorsque l'enfer nucléaire se déchaîne soudain sur Hiroshima...

Mon avis : L'oeuvre Gen d'Hiroshima (titre initial mais le titre actuel est la traduction littérale du titre japonais) est très fortement autobiographique. Keiji Nakazawa a 6 ans lorsque la première bombe atomique tombe sur sa ville et que sa soeur, son petit frère et son père meurent. De son expérience personnelle, il devient farouchement anti-guerre et anti-nucléaire, ce qui transparait dans toutes ses oeuvres et particulièrement dans celle-ci.

On suit en effet un père, farouchement opposé à la guerre, accusé de traitrise, mis au ban de la société, ce qui accroit encore les difficultés de sa famille pour subvenir à ses besoins dans une ville déjà aux bords de la famine. Si l'explosion de la bombe Little boy n'intervient qu'à la toute fin de se premier tome, l'auteur pose ici toutes les bases d'un récit qu'on sait tragique dès les premières planches : la guerre, la famine, la propagande militaire écrase toutes les individualités et ne laissent place à aucune liberté. Réduit à une vie de misère, la famille Nakaoka est pourtant bouillonnante de vie et cherche sa place, en tant que pacifiste, dans une société où l'endoctrinement fait florès. Le Japon sacrifie sa population dans une vaine course à une victoire plus que douteuse.

Dans cette ambiance qui pourrait être terriblement pesante, les pitreries de Gen et de son petit frère sont des instants d'innocence et de jeunesse qui détonnent d'autant que le drame est déjà là, et se profile encore plus atroce. Une façon d'apporter un peu d'humanité dans cette horreur déclenchée par l'Homme. On sent, dès ce premier tome introductif, toute la puissance de l'histoire et on comprend pourquoi cette série est devenue culte. Certainement le tome le plus léger de ce qu'on peut pré-sentir de la suite.

Côté dessin, celui-ci est classique, un peu daté. Il faut aimer le genre du récit historique et apocalyptique dont Nakazawa est certainement le meilleur représentant. On pourrait croire faussement à un récit pour les enfants tant le trait est rond, énergique, mettant en scène le mouvement et accordant peu de place au décor.

Un récit dur mais nécessaire. Une série à découvrir certainement, surtout si on ne connait pas ce point de vue.


Gen aux pieds nus, tome 1, de Keiji Nakazawa
Traduit par Vincent Zouzoulkovsky et Koshi Miyoshi
Éditions Le Tripode
Octobre 2025

Vigilance [Robert Jackson Bennett]

L'auteur : Né en juin 1984, Robert Jackson Bennett est un écrivain américain auteur de roman policier, de science-fiction, de fantastique et d'horreur.

L'histoire : Trois tireurs armés jusqu’aux dents lâchés dans un « environnement » public aléatoire délimité. Un but : abattre le plus de personnes possible. Une promesse : un énorme paquet de fric pour celui qui quitte les lieux indemne. Si l’une des « cibles » met hors d’état de nuire l’un des tireurs et survit, une part du pactole lui échoit. Des règles simplissimes, et des dizaines de drones qui filment le tout pour le plus grand bonheur de millions de spectateurs hystérisés, d’annonceurs aux anges et de John McDean, producteur et chef d’orchestre de Vigilance, le show TV qui a résolu le problème des tueries de masses aux États-Unis…

Mon avis : Il y a comme un air de déjà vu pour ceux qui ont déjà visionné American Nightmare ou lu Stephen King. Nous sommes dans un futur proche, et la peur a gangrené toute la société américaine. Dans la série de films, la catharsis prend la forme d'une nuit de cauchemars tous les ans. Dans le court roman de Robert Jackson Bennett, cela prend la forme d'une émission de télévision qui prend les gens par surprise : un lieu est choisi secrètement et des hommes déséquilibrés sont  armés et lâchés pour massacrer le plus de monde possible, prime à la clé. L'auteur ajoute à cette histoire déjà connue une analyse assez fine des mécanismes de marketing et de communication, poussant le capitalisme à outrance. 

Le récit de Robert Jackson Bennett est d'autant plus percutant qu'il n'est pas si éloigné que ça de notre réalité actuelle. La violence fait tous les jours la une des informations, la peur a contaminée toutes les couches de la société, le monde politique est polarisée et les relations diplomatiques sont tendues entre la Chine et les Etats-Unis. Tout est fait pour monétiser le moindre aspect de nos vies et de nous plonger dans une société du spectacle dont on essaie de nous tenir captif au maximum. Car l'économie de marché règne et étouffe toute velléité morale.

Ce qui convainc particulièrement, c'est le déclin de l'Amérique, mené tambour battant par des décisions politiques qui l'entraine toujours plus loin dans l'horreur et l'agonie : des méga-feux ravagent une partie du pays, tout le monde possède une arme, la jeunesse a fui vers des pays plus cléments et proposant un avenir plus prometteur... Et l'auteur de tirer la corde un tout petit peu plus loin, plongeant sa société dans une horreur absolue qui nous guettent peut être déjà.


"Tout tenait au fait que depuis toujours, l'Amérique est une nation qui a peur.
Peru de la monarchie. Peur des élites. Peur de perdre ses biens, par le fait du gouvernement ou d'une invasion. Peur qu'un voyou stupide ou un petit malin de la ville trouve un moyen légal ou non de voler ce qu'on a durement gagné à la sueur de son front.
Voilà ce qui faisait battre le coeur de l'Amérique : non le sens civique, non l'amour de son pays ou de ses semblables, non le respect de la Constitution... mais la peur." (p°32)


Vigilance, de Robert Jackson Bennett
Traduit par Gilles Goullet
Éditions Le Bélial