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The world of love, de Yoon Ga-eun

Film sud-coréen de Yoon Ga-eun sorti le 6 mai 2026, avec Seo Su-bin, Jang Hye-jin, Kim Jeong-sik. 

L'histoire : Joo-in est une lycéenne espiègle et appréciée de tous. Un jour, un camarade de classe lance une pétition que tous les élèves signent, sauf elle. Son monde, en apparence paisible et insouciant, dissimule un passé douloureux auquel Joo-in est alors contrainte de faire face. Mais loin de se laisser enfermer, elle choisit d’avancer et de se réinventer.

Mon avis : Avec ce film, il faut accepter de se laisser porter sans trop savoir où l'on va. On suit Joo-in, jeune fille dégourdie et exubérante. Peut-être un peu trop parfois, au point de mettre certains mal à l'aise. Ce malaise ne va faire que s'amplifier, le scénario dosant parfaitement les moments dramatiques.

La jeune actrice crève l'écran, faisant vivre sa rage silencieuse dont on comprendra toute l'ampleur dans la deuxième moitié, avec une scène de lavage de voiture qui secoue jusqu'aux tripes. C'est fait sans jamais susciter la pitié à aucun moment. Et ça évoque magnifiquement et en tout délicatesse la reconstruction après un drame. Que chacun vit à sa façon, et que personne n'est autorisé à juger. Et qu'il existe une multitude de voies différentes pour continuer à avancer.

Jusqu'aux dernières paroles, mélangeant plusieurs voix et qui bouleversent et marquent durablement. Un film fort, à ne pas manquer !

La Terre verte [Alain Ayroles, Hervé Tanquerelle et Isabelle Merlet]

Les auteurs : On retrouve ici Alain Ayroles au scénario, qui avait déjà fait des merveilles sur Les Indes fourbes, cette fois accompagné par Hervé Tanquerelle, dessinateur de bande dessinée français né en 1972 qui a déjà mis en scène le Groenland dans un de ses précédents ouvrages, et Isabelle Merlet, coloriste de bande dessinée française qui a notamment collaboré avec Nury et Meurisse entre autres.

L'histoire : Aux derniers temps du Moyen Age, les ultimes descendants des Vikings tentent désespérément de survivre sur les rivages glacés du Groenland. Un homme au lourd passé, en quête d'une seconde chance, débarque parmi eux. Leur apportera-t-il le salut ou précipitera-t-il l'effondrement de la " Terre verte " ?

Mon avis : Après Les Indes fourbes, autant vous dire que mes attentes étaient hautes en entamant cette lecture. Est-ce pour ça que ça n'a pas fonctionné ?

Pourtant, sur le papier, tout devait fonctionner. Le récit épique d'un homme décidé à se construire par la conquête d'un royaume. La construction, hautement inspirée de Shakespeare puisqu'on suit Richard III qui aurait réchappé à la bataille de Bosworth, est découpée en cinq actes eux-mêmes découpés en scènes. Le personnage principal est égocentrique, bourré d'ambition, abject en tout point. Pourtant, il semble fasciner la population locale, j'avoue ne pas avoir compris pourquoi. Juste à cause de son armure ? Et si l'on n'accroche pas à ce personnage principal, la mayonnaise ne prend pas. D'autant que le côté théâtral est porté à l'excès, avec un flot de paroles grandiloquentes qui dessert le récit. Là où Ayroles faisait mouche avec De capes et de crocs, ici ça tombe à plat, pseudo-intellectualisant le récit et n'apportant aucune évolution au personnage de Richard qui continue de répéter les mêmes erreurs, encore et encore. 

Du coup, au lieu de proposer une aventure épique et rocambolesque, on assiste à une simple réécriture de la légende en terres groenlandaises et qui se perd dans une multitude de sujets juste évoqués : la folie, l'exil, la survie, la foi, la nature, le pouvoir... Tout ça pour ça !



Visuellement, c'est assez bon par contre. Le travail d'Hervé Tanquerelle, que je ne connaissais pas, est riche de détails, même si je n'ai pas aimé la tête des personnages bien qu'ils soient tout à fait expressifs. La couleur d'Isabelle Merlet rend à merveille la luminosité sombre de ces cieux nordiques, le contexte géographique et humain austère.


La Terre verte, d'Ayroles, Tanquerelle et Merlet
Éditions Delcourt
Avril 2025

Les guerriers de l'hiver [Olivier Norek]

Après 3 ans et ma dernière lecture d'un roman d'Olivier Norek, Dans les brumes de Capelans, j'ai emprunté ce nouveau titre de l'auteur.

L'histoire : Imaginez un pays minuscule. Imaginez-en un autre, gigantesque. Imaginez maintenant qu'ils s'affrontent.
Au cœur du plus mordant de ses hivers, au cœur de la guerre la plus meurtrière de son histoire, un peuple se dresse contre l'ennemi, et parmi ses soldats naît une légende. La légende de Simo, la Mort Blanche.

Mon avis : J'aime les romans historiques qui me font découvrir des anecdotes ou des périodes que je ne connais pas, ou mal. Et quand on peut y associer la plume d'un auteur que j'apprécie, c'est encore mieux. Mais Olivier Norek m'avait déçue sur mes dernières lectures, alors je suis allée vers ce roman avec quelques appréhensions, craignant que l'auteur, comme dans certains de ses romans, n'abordent le contexte que de façon superficielle.

Après lecture, j'ai quelques réserves, mais pas celles que j'imaginais. Ici le contexte historique est très travaillé, très documenté, au point qu'on se rapproche parfois plus d'un essai sur la Guerre d'Hiver plutôt que d'un roman. Le lecteur plonge littéralement dans cette tragédie de l'Histoire qui m'était totalement inconnue. C'est passionnant de bout en bout de voir comment un petit pays de 5 millions d'habitants à pu tenir tête à la grande URSS de presque 200 millions d'habitants, sur le papier mieux équipée et bien plus puissante. Fierté et orgueil sont des éléments à prendre en compte et qui peuvent peser lourd sur un champ de bataille. Staline voulait annexer une partie de la Finlande pour assurer ses arrières face à Hitler : il n'aura réussi, malgré quelques gains territoriaux, qu'à se montrer faible et inciter le dictateur à ouvrir un double front à l'Ouest et à l'Est. Sans cela, la face de la seconde guerre mondiale aurait été tout autre !

Quand on tourne les dernières pages, on ne peut, en tant que Français, qu'être révolté par la position de la France à cette époque. Et de comprendre pourquoi on l'étudie assez peu dans nos manuels scolaires ! Cela rappelle qu'en temps de guerre, tous les coups sont permis pour servir ses propres intérêts, peu importe les alliances passées. Et on y trouve un écho avec la situation que nous pouvons vivre actuellement et nous force à prendre un peu de recul et à nous montrer prudent. 

Mon seul bémol est que les descriptions de mouvements militaires sont un poil rugueuses et qu'il aurait été facile à mon sens d'adoucir tout cela en étant plus dans l'empathie avec les personnages, peut être en se concentrant sur l'un d'eux et en romançant davantage. Cela n'aurait rien enlevé à la richesse et à l'intérêt des personnages historiques ayant réellement existés.

Bref un roman riche et très intéressant qui nous apprend beaucoup.


Les guerriers de l'hiver, d'Olivier Norek
Éditions Michel Lafon
Août 2024

Séries #58

Our beloved summer


Des années après avoir tourné un documentaire viral au lycée, deux ex promis à ne jamais se revoir se retrouvent devant la caméra... et dans la vie l'un de l'autre.

Une série tirée d'un manhwa en deux volumes qui a rencontré un franc succès. J'étais intriguée. Mais j'en ressors déçue, tant il ne se passe quasiment rien dans l'histoire. Les personnages n'ont pas évolué en dix ans, se morfondent toujours et passent les 16 épisodes à se poser des questions au lieu de se parler, imaginant ce que l'autre peut penser et savonnant ainsi la planche de leur relation amoureuse. Personne ne dit rien, tout est tellement en retenue qu'il ne se passe rien. Il n'y a même aucune confrontation dans les histoires secondaires. Trop lisse à mon goût.



Romance is a bonus book


Un auteur talentueux, le plus jeune rédacteur en chef de sa maison d'édition, se retrouve mêlé à la vie d'une ancienne spécialiste marketing prête à tout pour retrouver un travail.

A contrecourant de beaucoup de gens, j'ai trouvé cette histoire et les personnages assez insipides. L'univers de l'édition est pourtant intéressant, mais traité en dépit du bon sens, les collaborateurs étant tous plus préoccupés de bons sentiments et de sentimentalisme que de faire un réel travail viable de publication. Les acteurs ne sont pas bons tant ils sont monolithiques : mono expression, mono sentiment. J'ai cependant aimé la mise en lumière de l'impossibilité pour une femme de retrouver du travail après un long temps d'arrêt. Ce n'est certes pas spécifique à la Corée du Sud, mais cela semble prendre des proportions importantes chez eux. Bref, une bluette dégoulinante qui est totalement dispensable.


The king's affection




Après l'assassinat du prince héritier, sa sœur jumelle monte sur le trône tout en essayant de masquer son identité et ses sentiments pour son premier amour.

Ca commençait bien : un contexte historique qui me permet d'en apprendre un peu plus sur les us et coutumes, une histoire de pouvoir et de vengeance, un peu de romance... mais ça traine abominablement en longueur pour rien ! Faire autant d'épisodes, 20, ça oblige à être très attentif au rythme et à proposer un scénario qui tient la route. Alors oui, les k-dramas sont habituels des plans qui s'étirent, des caméras qui tournent au ralenti autour des personnages, des flashbacks de séquence déjà vu peu de temps auparavant. Mais là, ça en devient risible et le scénario n'est pas à la hauteur. Du coup, j'ai fini par m'ennuyer et par me demander quand allait arriver la fin. En espérant jusqu'au bout une surprise qui n'est pas venue. Quel dommage de gâcher ainsi une histoire qui mieux amenée aurait pu être palpitante.

La nouvelle Arcadie [Juanjo Rodriguez J.]

L'auteur
: Né à Tolède en 1969, Juanjo Rodriguez J. est un auteur de bande dessinée espagnol. Il a commencé en étudiant le droit avant de travailler dans des maisons d'édition spécialisée. Il ne commence à travailler comme auteur qu'à partir de 2015.

L'histoire :  “Dans un village où le temps semble s’être arrêté, certaines légendes refusent de disparaître...”
Fin des années 60. Prométhée Foiemangé, jeune employé d’une puissante multinationale, est envoyé dans un village méditerranéen pour acquérir les terrains afin d’y bâtir un ambitieux complexe touristique : La Nouvelle Arcadie. Les habitants y voient la promesse d’un avenir meilleur, sauf une famille : les Nomdedieu.
Le patron de Prométhée lui intime de briser l’unité de ladite famille, propriétaire du morceau de côte le plus précieux, de les diviser pour mieux les faire plier ! Il s’installe dans leur hôtel et commence une douce manœuvre de manipulation. Il les approche méthodiquement un à un et découvre un clan excessif, fascinant, explosif… et comprend que son projet touristique pourrait détruire bien plus qu’un vieux domaine en ruine.
Un parfum d’éternité flotte en effet dans l’air, et certaines forces, anciennes ou nouvelles, ne se laissent pas acheter facilement..

 
Mon avis : Le dessin s'annonçait sympathique et les couleurs évoquaient une histoire se passant en bord de mer sous un soleil de plomb, alors je me suis laissée tenter. Je ressors déçue de cette lecture.

Il s'agit d'une réécriture du mythe de Prométhée, où l'on voit les dieux grecs former une famille bien à part dans la petite ville balnéaire de Chagrin-sur-Mer. Pas encore envahie de touristes, mais cela ne saurait tarder puisqu'un promoteur veut y installer tout un complexe. Tout en étant engagé, le propos se veut aussi léger. Mais cela manque terriblement de matière, tout est bancal, comme si l'auteur ne savait pas vraiment ce qu'il cherchait à écrire : une fable mythologique moderne, un récit écologique - ni comment : humour, gravité ? Là aussi, on oscille entre des gags assez évidents et une forme de gravité liée à la tragédie grecque qui se joue sous nos yeux en déchirant cette famille, qui ne s'avère pas vraiment soudée quoi qu'on en dise.

Tous ceux qui connaissent un peu leur classique sauront d'ailleurs immédiatement comment tout cela peut finir, enlevant ainsi tout effet de surprise. La narration qui commence sur la transaction immobilière finit par occulter complètement cette aspect pour se concentrer quasi exclusivement sur la découverte des membres de la famille Nomdedieu.

Reste donc les dessins qui eux sont de qualité : des visages expressifs, un choix de couleur qui évoque la douceur méditerranéenne... Cela n'est cependant pas suffisant pour investir dans une bande dessinée qui a tout de même un prix conséquent.


La nouvelle Arcadie, de Juanjo Rodriguez J.
Éditions Bamboo Grand Angle
Janvier 2026

Ajisaï [Aki Shimazaki]

Après la déception de Zakuro d'Aki Shimazaki en début d'année, j'ai voulu changer un peu de cycle et je me suis tournée vers sa dernière oeuvre, Ajisaï.

L'histoire : Shôta est étudiant en littérature et rêve de devenir écrivain. Lorsqu’il apprend que sa famille, qui l’a toujours aidé, se heurte à des difficultés financières, il doit chercher une solution pour subvenir seul à ses besoins. Alors qu’il se résout à cumuler les emplois, se présente à lui la chance inespérée d’occuper une dépendance de la maison de campagne d’un couple marié. C’est là qu’il rencontre madame Oda, la propriétaire, musicienne troublante avec qui il va retrouver le goût du piano – une rencontre digne des plus beaux romans d’amour.

Mon avis : Voici un roman qui entame un nouveau cycle et c'est peut être ce qui perturbe un peu ici. Pourtant, j'ai déjà lu d'autres romans inauguraux de l'autrice sans avoir cette sensation. Mais ici, je n'ai pas vraiment compris ce qu'elle voulait nous raconter. 

Sa plume est pourtant toujours aussi juste et précise, délicate même. Shôta, après que sa famille ait connu des déboires financiers l'empêchant de financer ses études, se retrouve à prendre un travail de gardien d'une maison. Cela s'avère être comme une parenthèse dans sa vie, qui va lui donner l'inspiration et l'impulsion dont il a besoin pour se lancer pleinement dans son destin.

Roman d'amour et d'inspiration, j'avoue ne pas avoir été vraiment touchée par Shôta et sa retenue, ni son aventure avec madame Oda. Sa découverte du sentiment amoureux, son questionnement face à ce qu'il imagine impossible m'ont laissée de marbre. Il ne se passe pas grand chose au final, alors que j'attendais l'habituel retournement de situation. La mise en lumière de la difficulté des universitaires et des chercheurs à trouver leur voie professionnelle n'est pas une particularité de la société japonaise. Elle a donc une portée universelle qui n'est pas ce que je cherche dans les romans d'Aki Shimazaki. Cet opus manque de consistance à mon goût, et peut être d'inspiration. Il faut dire qu'écrire un roman par an complique forcément les choses.


Ajisaï, d'Aki Shimazaki
Éditions Actes Sud pour Kindle
Mai 2025