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Les héritiers de la mine [Jocelyne Saucier]

Après le vrai plaisir que j'avais pris à la lecture d'Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier, je n'ai pas pu résister lorsque les éditions Denoël m'ont proposé de découvrir son deuxième roman, Les héritiers de la mine.

L'histoire : Eux, c’est la tribu Cardinal. Ils n’ont peur de rien ni de personne. Ils ont l’étoffe des héros… et leur fragilité.

Notre famille est l’émerveillement de ma vie et mon plus grand succès de conversation. Nous n’avons rien en commun avec personne, nous nous sommes bâtis avec notre propre souffle, nous sommes essentiels à nous-mêmes, uniques et dissonants, les seuls de notre espèce. Les petites vies qui ont papillonné autour s’y sont brûlé les ailes. Pas méchants, mais nous montrons les dents. Ça détalait quand une bande de Cardinal décidait de faire sa place.
– Mais combien étiez-vous donc?
La question appelle le prodige et je ne sais pas si j’arrive à dissimuler ma fierté quand je les vois répéter en chœur, ahuris et stupides :
– Vingt et un? Vingt et un enfants?
Les autres questions arrivent aussitôt, toujours les mêmes, ou à peu près : comment nous faisions pour les repas, comment nous parvenions à nous loger, comment c’était à Noël, à la rentrée des classes, à l’arrivée d’un nouveau bébé, et votre mère, elle n’était pas épuisée par tous ces bébés?
Alors je raconte...

Mon avis : C'est l'histoire d'une famille hors norme. Elle est magique. À tour de rôle, certains des enfants Cardinal vont raconter cette histoire. En commençant par le benjamin, surnommé LeFion. Il raconte le quotidien d'enfants élevés dans une région minière paumée du Canada, dans la ville de Norco. Le père est totalement absorbé par la mine de zinc. Le mère obnubilée par la logistique nécessaire pour nourrir toute cette fratrie. Du coup, les aînés vont prendre les commandes : LaPucelle jouera le rôle de mère de substitution. Malgré les bizarreries de ce collectif, une forme de bonheur existe, une liberté qui ne se trouve nul part ailleurs. C'est un joyeux bazar.

Jocelyne Saucier a en elle la magie des mots. Elle façonne ses personnages à l'image de leur environnement : ils sont secs, durs, et pourtant envoûtants. Aucune facilité ici. La douleur est présente, en permanence. D'abord, la douleur de perdre son innocence d'enfants, cette enchantement d'un temps à jamais révolu où les soucis n'avaient pas la même importance, aussi vite oubliés qu'arrivés. Ensuite, celle du drame qui se profile, drapé dans un voile d'ignorance fait pour protéger les plus faibles. Des choses sont tues. Un jour de juillet a été funeste. Que s'est-il donc passé qui nécessite tant de précautions ? Petit à petit, voix par voix, le voile va se lever. Et le lecteur de ressentir tout le déchirement et la perte d'un être cher. Car la fin de la mine, de la ville de Norco, va aussi sonner le glas de la famille Cardinal. Ce qui les unit va voler en éclats, suivis par des années d'incompréhension. Et la plume de l'auteur entraîne le lecteur toujours plus loin dans cet univers, ce monde qui se révèle à lui.

Au moment de les quitter, leur destin est entre leurs mains. À eux de savoir, à eux de choisir qui ils veulent être, séparément ou collectivement. Un très beau roman.

"Le bonheur, tu le sais, nous en avons longuement discuté, je n'en voulais pas. J'avais mieux à faire que d'être heureuse dans la vie. J'avais des rêves tellement grands que je ne pouvais pas en rêver. Le bonheur n'était qu'un encombrement, une mollasserie qui allait affadir le goût de mes rêves. Et la vie, dans l'un de ces revirements cruels dont elle a le secret, a fait que je me retrouve installée dans une sorte de bonheur aux confins des terres habitées alors que tu as été arrachée à ses promesses..." (p°64).

Les héritiers de la mine, Jocelyne Saucier
Denoël
Avril 2015

Résultat du concours - Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier

http://www.folio-lesite.fr/


Voici venue l'heure des résultats du concours Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier, avec les éditions Folio.

Mais, pour faire durer un petit peu le suspens, donnons d'abord la réponse à la question :

Dans quelle région du Canada se déroule l'histoire ? - See more at: http://nourrituresentoutgenre.blogspot.fr/#sthash.qZKRlBGx.dpuf
Dans quelle région du Canada se déroule l'histoire ? Elle se déroule dans la région de l'Abitibi-Témiscamingue, et non l'Ontario comme certains ont pu le croire. Encore une fois, désolée pour ce piège tout à fait involontaire, je n'ai compris que trop tard qu'il pouvait y avoir confusion.

Roulement de tambour et tirage au sort par la main innocente de mister... Les gagnants sont des gagnantes : Lelf et Jostein.

Merci de me donner vos coordonnées pour les envois (vous trouverez mon email dans le menu A propos). Et merci à tous les autres pour votre participation.

Concours - Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier

Je vous parlais il y a quelques jours du roman Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier, que j'ai a-do-ré. Les éditions Folio m'ont gentiment proposé de vous faire gagner deux exemplaires de ce roman.

http://www.folio-lesite.fr/Folio/accueil.action



Alors, comment participer ?

  • Le concours est limité à la France, la Suisse et la Belgique.
  • Je dois vous connaître, soit parce que vous avez déjà laissé un commentaire ici, soit sur Twitter, soit sur Livraddict. Pensez dans ces deux derniers cas à me signaler votre pseudo.
  • Et il faut répondre en commentaire à la question suivante :
Dans quelle région du Canada se déroule l'histoire ?

Vous trouverez un indice sur mon billet ici.Au vu des premières réponses que j'obtiens, faites bien attention, il y a peut être un piège, tout à fait involontaire.

Vous pouvez, si vous le souhaitez, relayer ce concours sur les réseaux sociaux, mais cela ne donne pas plus de chance. C'est juste bonus pour moi :)

Vous avez 5 jours, soit jusqu'au lundi 16 mars 2015 à minuit ! J'annoncerai les résultats mercredi 18 mars 2015.

Il pleuvait des oiseaux [Jocelyne Saucier]

L'auteur : Née au Nouveau-Brunswick en 1948, Jocelyne Saucier est une romancière québécoise. Elle a obtenu de nombreux prix avec Il pleuvait des oiseaux, son quatrième roman.

L'histoire : Trois octogénaires épris de liberté vivent selon leur propre loi en forêt profonde dans le nord de l'Ontario. Non loin de là, deux hommes, l'un gardien d'un hôtel fantôme et l'autre planteur de marijuana, veillent sur l'ermitage des vieillards. Leur vie d'hommes libres et solitaires sera perturbée par l'arrivée de deux femmes. D'abord une photographe en quête du dernier survivant des grands feux qui ont ravagé la région au début du XXe siècle. Puis une deuxième visiteuse, très vieille celle-là, Marie-Desneige, un être aérien et lumineux qui détient le secret des amours impossibles. La vie ne sera plus la même à l'ermitage.

Mon avis : Enquêtant sur un survivant des Grands Feux de Matheson, qui ont ravagé la région de  l'Abitibi-Témiscamingue, une photographe, découvre deux petits vieux, Charlie et Tom, installés au fond des bois. La plume poétique de l’auteur fait immédiatement merveille pour décrire un lieu, sauvage et pourtant beau, que sont ces forêts canadiennes. Chaque vieillard dispose de sa propre cabane et d’un lit fait de fourrures accueillantes qui permettent de repousser le froid. Charlie et Tom savourent leur liberté retrouvée, après tant d’années passées à se plier aux convenances. Ils ne sont pas faciles d’abord, comme la nature qui les environne, mais avec un peu d’effort… Jusqu’à l’arrivée d’une petite vieille, Maris-Desneige, qui va tout remettre en cause.

Il faut accepter, au début du roman, de se perdre dans les différents personnages présentés et dont le lecteur ne sent pas forcément tout le potentiel. Certains conserveront d’ailleurs leur part d’ombre : certains ne dévoileront pas leur prénom, d’autre leur vie de famille… Seul les « petits vieux » seront exposés en pleine lumière. L’auteur ne cherche pas à donner une réponse à tout. Ainsi le lecteur abandonne-t-il sur le chemin Steve et Bruno, sans savoir trop ce qu’il en adviendra. Mais la délicatesse du roman se dévoile peu à peu, laissant de côté la vie rude au fond des bois pour découvrir une émotion partagée entre tous les protagonistes. C’est l’intervention de Marie-Desneige qui fait tout le charme de cette histoire : comme un lutin des bois, elle vient réveiller ses vieillards quelque peu endormis pour les ramener à la vie.

Le récit tendre fait par Jocelyne Saucier est un mélange agréable et réussi : sur l’histoire de ces Grands Feux (que je ne connaissais absolument pas, qui eurent lieu en 1916 et coutant la vie à 223 personnes), les rêves de liberté, les sacrifices, l’amour, l’amitié, la vieillesse et la mort. Sur beaucoup de choses habillement mêlées. Les personnages sont justes, tout en finesse, et terriblement attachants. Et les descriptions sont belles, notamment celles, presque hypnotiques, de l'incendie de Matheson :

« En fait de folie, il y a plus insidieux, une sorte de fascination qui naît dans le déploiement des flammes, leur force, leur toute-puissance, leurs couleurs éblouissantes dans la fumée, une contemplation horrifiée qui se poursuit tout au long de la course pour la survie et qui se charge au fur et à mesure qu’on compte les morts d’un besoin irrépressible d’aller toujours de l’avant pour éprouver son état de vivant ; » (p°95)

En bref, un livre lumineux sur le crépuscule de la vie.

Merci aux éditions Folio pour ce roman magique, qui s'inscrit également dans mon challenge Petit Bac d'Enna, pour la catégorie Pronom personnel sujet.

Il pleuvait des oiseaux, de Jocelyne Saucier
Folio
Janvier 2015