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30 juillet 2009

Terreur [Dan Simmons]

L'auteur : Je vous avais déjà parlé de Dan Simmons ici. Avec ce livre, il délaisse la science-fiction pour offrir sa version d'un fait réel. Publié en 2007 Aux États-Unis et septembre 2008 en France, ce roman à obtenu le prix Bob Morane 2009.

L'histoire : Au milieu du XIXe siècle, deux navires de la Marine royale anglaise se retrouvent coupés du monde, pris au piège des angoissantes ténèbres arctiques. Vétéran de l’exploration polaire, l’orgueilleux Sir John Franklin était pourtant convaincu de réussir à découvrir le mythique passage du Nord-Ouest, et d’assurer ainsi à l’Empire britannique une domination totale des mers. Mais l’entreprise, mal préparée, tourne vite au désastre : les navires Erebus et Terror sont faits prisonniers des glaces et Sir John meurt dans des circonstances dramatiques. Son second, le valeureux capitaine Francis Crozier, hérite alors du commandement d’une expédition en péril. Isolé dans cet enfer blanc, l’équipage est en butte aux assauts incessants d’une mystérieuse créature qui transforme la vie à bord en cauchemar…

Mon avis : Contrairement à ce qu'on pourrait croire, ce n'est pas un livre de terreur comme d'autres livres de Dan Simmons (Nuit d'été, les Feux de l'Eden ou Les Fils des Ténèbres). Ce n'est pas non plus une saga comme l'Echiquier du Mal ou les cycles d'Hypérion et Endymion. Il s'agit plutôt d'un roman d'aventures, inspiré d'un fait historique, avec quelques traces de fantastique et de mythologie inuit.
Ce roman se présente sous la forme d'une alternance entre des extraits de journaux de bord écrits par plusieurs protagonistes de l'histoire et des chapitres purement narratifs. On retrouve tous les basiques de Dan Simmons : une histoire vue par différents personnages plus ou moins importants ou éphémères, une fluidité de lecture, des sentiments à fleur de peau, des scènes d'action ciselées, sanglantes, brutales et impitoyables, un réalisme des descriptions qui traduit une recherche énorme sans pour autant occulter l'histoire, et, bien sûr, un peu de surnaturel, de religieux et de mythologie.
Tout part de la tristement célèbre expédition Franklin, qui lève l'ancre dans les années 1840 pour découvrir le passage du Nord-Ouest permettant de rallier l'océan Atlantique au Pacifique, en passant par le nord du Canada. Cette expédition fut la plus grosse catastrophe des expéditions arctiques/antarctiques de la Royal Navy et on ne sait toujours pas vraiment où, quand et comment ses hommes et ses bateaux ont tous disparu corps et âmes. Différentes théories sont avancées, encore de nos jours (il y a 5 ou 6 ans, un chercheur aurait même retrouvé des ossements ayant pu appartenir à des marins disparus). Mais je vous laisse faire vos recherches parce que, personnellement, après avoir lu le livre, j'ai eu envie d'en savoir plus. En cherchant sur GoogleMaps l'île Beechey j'ai d'ailleurs pu me rendre compte qu'il reste encore des zones presque non cartographiées sur notre bonne Terre.
Dan Simmons s'inspire donc de cette expédition et, dès la première page, il plante le décor : 2 bateaux avec 130 marins pris dans la glace par -50°C pour la deuxième année consécutive, un capitaine irlandais alcoolique, une inuit qui ne parle pas et une créature inconnue qui tue les marins au hasard sans laisser de trace. On entre dans la vie de ces hommes au milieu de nulle part, tentant de survivre avec quelques rations, du charbon et du rhum (un peu de whiskey aussi), le tout en quantité limitée. Sans dévoiler quoi que ce soit, la créature est un des acteurs du drame mais pas forcément sa finalité, plutôt une sorte de catalyseur, d'exacerbant de toutes les idées du livre (un peu comme le Gritche dans Hyperion).
Je me suis alors laissé emporter par ces tranches de vies précaires; je me suis vraiment attaché aux personnages, des plus humains aux plus immondes et j'ai dévoré ce livre comme la créature dévore les marins. J'ai appris énormément de choses sur les conditions de vie totalement délirantes de ces expéditions arctiques et sur l'arrogance de ces explorateurs, qui ne voyaient les autochtones que comme des sauvages débiles, alors qu'ils avaient tant à en apprendre d'eux pour survivre (ce que certains explorateurs ont compris après d'ailleurs).
J'avoue m'être trouvé transporté sur la banquise, avec ces marins, dans le froid qui nécrose la chair en quelques secondes; dans cette promiscuité puante et désespérante au coin du fourneau sur lequel on réchauffe à peine les repas de porc salé moisi, les boites de conserve douteuses, les biscuits pleins de charançons; avec les cales pleines de charbon et de rats qui dévorent tout et ces hommes qui veulent survivre à tout prix ou qui se laissent mourir plus ou moins volontairement; les ravages totalement immondes du scorbut et de la tuberculose; la volonté farouche de maintenir un esprit de corps coûte que coûte; la folie des hommes sous toutes ses formes; Dieu et la mort présente à chaque seconde. Ajoutez à cela une bonne dose de surnaturel, d'ésotérisme, de chamanisme et d'onirisme par dessus tout ça et je suis parti en voyage sur la banquise...
Je vous laisse savourer ce gros esquimau bien trop glacé, qui vous laisse la langue collée dessus, avec en guise de bâton une petite clavicule humaine ou un morceau de péroné !

signé Gruikman