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21 août 2009

Ô Verlaine [Jean Teulé]

L'auteur : Jean Teulé est un romancier français né en février 1953. Il a commencé par la bande dessinée et a également touché à la télévision et au cinéma, que ce soit comme acteur ou comme scénariste et réalisateur pour l'adaptation de son premier livre, mais il ne se consacre désormais plus qu'à l'écriture. Son premier roman, Rainbow pour Rimbaud, est publié aux éditions Julliard en 1991.

L'histoire : Alcoolique phénoménal, amant frénétique et désordonné, bigame maltraité par ses deux compagnes, Paul Verlaine oscilla jusqu'au tombeau entre l'ignoble et le sublime. C'est à la toute fin de sa vie, au moment de la pire déchéance morale et matérielle, au moment où les gloires de l'époque l'accablaient de leur mépris, qu'une soudaine vague de sympathie naquit en sa faveur parmi les étudiants et la jeunesse du Quartier latin. En quelques semaines, il devint leur idole. Fol amoureux de ce personnage magnifique et terrifiant, Jean Teulé a choisi de raconter cette période extravagante à travers le regard du jeune Henri-Albert Cornuty - un adolescent de Béziers qui monta à pied à Paris dans le seul but de rencontrer Verlaine...

Mon avis : On retrouve le poète au moment de la publication de Bonheur, en 1891, soit 5 ans avant sa mort. Teulé nous décrit ici un homme à femmes, qui navigue d'une prostituée à l'autre et dilapide tout son argent dans la boisson, et plus particulièrement l'absinthe. Il sait se tuer à petit feu, mais n'en continue pas moins, cherchant visiblement à en finir avec lui-même. En même temps, et c'est tout le paradoxe du personnage, on le sent bon vivant, qui aime ce monde et n'a pas tant que ça envie de le quitter. Il est odieux avec tout le monde, jetant l'argent laborieusement rassemblé par ses amis, traitant les gens abominablement, mais en même temps tellement enfantin dans son comportement que les autres ne peuvent s'empêcher de l'aider et de le protéger. C'est un homme tout ce qu'il y a de plus humain que Teulé nous décrit ici : avec des défauts, des obsessions, des peurs ...
Pour autant, il est entouré d'amis fidèles (notamment d'un ange gardien sanguinaire) et de gens qui, d'une façon ou d'une autre, reconnaissent son talent. C'est d'ailleurs le moment où, bravant les conventions, la jeunesse parisienne et estudiantine reconnait la nouveauté de Verlaine, et s'éloigne de la versification académique.
On découvre également un Paris où les gens se connaissent, un Paris plus petit et plus convivial, un Paris qui n'existe plus de nos jours mais dans lequel on retrouve des noms familiers comme Le Procope ou la Fontaine Saint-Michel. Des odeurs qu'on imagine abominables aussi. Tout cela est bien écrit par Teulé.
On rencontre enfin des gens parfois connus, ou des métiers qui n'existent quasiment plus de nos jours. Mallarmé, qu'on sait être un ami de Verlaine et faire partie des "poètes maudits", apparaît, ainsi que le préfet Lépine (entre autres personnages).
Seul reproche peut-être sur l'écriture : sur le dernier quart, on se demande pourquoi la fin traine tant à arriver. Il y a quelques longueurs. Néanmoins, on sent que Jean Teulé a une réelle tendresse pour Verlaine, dans sa façon de croquer le personnage. Son livre est parsemé de poèmes de l'artiste, nous donnant envie de nous replonger dans son oeuvre.

Un livre que je sais, par les critiques que j'ai lues de différents lecteurs, moins horrible dans ses descriptions que beaucoup d'autres de Jean Teulé. Je m'essaierai sûrement à un autre pour pouvoir comparer.

3 commentaires :

pascal a dit…

Je n'ai pas lu celui-là encore mais il m'a l'air un peu dans la même veine que son précédent sur Villon que j'ai vraiment adoré et que je déconseille aux âmes sensibles pour son côté cru et ultra-réaliste dans ses descriptions de la fin du Moyen-Âge mais tellement imaginatif, jouissif et libre au final... Il va d'ailleurs y avoir un téléfilm sur ce livre de Teulé mais je doute qu'on y retrouve certaines scènes peu compatibles avec le service public à 20h30 :)... J'espère qu'ils garderont l'essence du personnage imaginé par Teulé...

Ys a dit…

Bon allez, c'est décidé, celui-ci sera mon cinquième Jean Teulé !

petite fleur a dit…

@ pascal : D'après ce qu'on m'a dit de celui sur Villon, celui-ci ne présente rien de dangereux pour les âmes sensibles. Mais il fait partie de sa série sur les poètes maudits, avec Rimbaud.

@Ys : 5e ! tu es une fan ! Je lirai surement dans quelques temps celui sur François Villon, et "Mangez le si vous voulez" me tente bien aussi.