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28 août 2010

La machine à différences [William Gibson et Bruce Sterling]

Les auteurs : William Gibson est un auteur américain, né en mars 1948.
Bruce Sterling, également américain, né en avril 1954.
Ils sont tous les deux des figures emblématiques du mouvement SF cyberpunk.

L'histoire : Imaginez des ordinateurs en plein XIXe siècle, des ordinateurs composés de roues dentées, de bielles et de leviers, mus par la vapeur. Des Machines à Différences, imaginées par Charles Babbage, aidé de Lady Ada Byron, la fille de Lord Byron lui-même, oui, le Premier Ministre de Sa Majesté la Reine Victoria.
En 1855, l'Histoire a pris un autre cours. Les industries se développent avec frénésie. Des transports sous-terrestres sillonnent Londres en proie à la pollution, aux courses automobiles et au chômage technologique. L'Empire britannique, gouverné par les scientifiques et les industrialistes, est plus soucieux de technologie que d'aventures outrer-mer.
Edward "Leviathan" Mallory, explorateur des terres sauvages d'une Amérique du Nord divisée par les guerres, se voit remettre par Lady Ada un mystérieux paquet de cartes mécanographiques. Dès lors sa vie est en danger. Avec l'aide inattendue de Sybil Gerard, femme déchue, fille d'un célèbre agitateur qui poussait à la destruction des Machines et mort sur l'échafaud, et de Laurence Oliphant, diplomate ou plutôt espion de la reine, il va commencer à comprendre quel est le sens de ces cartes. Un enjeu planétaire, le contrôle de l'Information.

Mon avis : Voici un livre considéré comme la référence d'un genre assez rare, que j'affectionne particulièrement, le "steampunk" : vous savez, ces romans d'aventure SF qui se passent en 1800-1900, à l'ère de l'explosion industrielle, dans lesquels les romanciers imaginent que la technologie était beaucoup plus avancée que ce qu'elle a été, tout en conservant les moyens de l'époque (cf la vapeur "steam"). Jules Verne en a sûrement été l'inspirateur et cette Machine à différences en est le digne successeur. Remarquez également que William Gibson n'est autre que l'auteur d'un autre monument de la SF, Neuromancer, à l'origine d'un autre "type" de SF : le cyberpunk.
Concernant La Machine à différences (notez que le titre n'a pas été déformé à la traduction pour une fois), le mot qui me vient à l'esprit est "foisonnant" vu la quantité de détails, de lieux, d'anecdotes, l'énergie déployée par les personnages, le rythme effrénée de certains passages. Ça me fait penser à certains films d'aventure façon Indiana Jones, où on va d'un endroit à l'autre en suivant une trame plus ou moins claire. Certes, l'histoire n'est pas un modèle de clarté et de cohérence. Mais c'est aussi lié au parti pris des auteurs qui semblent avoir conçu les chapitres en partant d'un fait réel ou d'une photographie réelle d'époque (ou plutôt un daguerréotype) et d'y appliquer ce concept de "différence". C'est là que réside la force du livre à mon avis : la description d'une réalité qui n'est pas tout à fait la réalité de l'époque mais qui aurait pu exister.
C'est assez perturbant d'ailleurs parce qu'on n'arrive plus à discerner le vrai du faux. Les auteurs ont dû abattre un travail de titan pour accumuler toutes ces informations sur l'époque et construire ce miroir déformant de la réalité si cohérent et méticuleux ! Par exemple, au début du livre, il y a une carte du monde de l'époque mais attention à ne pas la mettre dans un manuel d'histoire, elle n'est pas très vraie... Tout en n'étant pas totalement fausse ! Autre exemple : tout le long du livre, on parle de "kinotrope" mais un "kinotrope", ça n'a jamais existé et d'ailleurs les auteurs ont l'art de décrire la machine sans vraiment la décrire, laissant le lecteur s'en faire une idée vague à partir de son imaginaire personnel.
Tout est tellement entremêlé que j'en suis arrivé à étudier un peu l'histoire de l'époque pour discerner le vrai du faux. Conclusion : les auteurs ont apparemment déformé l'histoire à partir de 1824 en prenant des personnages réels et en changeant leur destin. Byron n'est jamais devenu Premier Ministre, Babbage n'a jamais réellement fait marcher sa machine, Lady Ada Lovelace (fille de Lord Byron) a réellement été celle qui a inventé le premier langage informatique, Oliphant était bien un diplomate/journaliste, Marx n'a jamais créé la Commune de Manhattan (ça aurait pu être drôle), la Grande Puanteur de Londres a réellement existé, les luddites ont vraiment créé des émeutes en Angleterre durement réprimées, les ultralibéraux ne sont jamais devenu fous, Edward Mallory n'a jamais existé et Darwin a bien prouvé qu'on descendait du singe...
Pour finir, et parce que je pourrais en parler des heures, je dirais que c'est un étrange et très intéressant objet de littérature. On est réellement transporté dans le Londres de 1850 et on se dit que ça devait être vraiment sale, puant et dur à vivre, mais également fou. Tout était possible. Pourtant, ce décalage constant à la réalité provoque un léger tournis comme lorsqu'on regarde un miroir déformant. La machine à différences opère alors son œuvre et on se retrouve emporté dans ses milles d'engrenages...

PS: moi aussi, j'ai un peu déformé la réalité dans cet article mais où???

Merci aux Editions Robert Laffont et à BoB pour cette lecture.

9 commentaires :

Lystig a dit…

Une uchronie qui me botte !!!!
Je note !

gruikman a dit…

Tout de suite les grands mots ;)... Mais c'est vrai que c'est une uchronie! Mon uchronie top niveau, ça reste "Le Maître du Haut Chateau" de P.K.Dick... Bonne lecture!

le blÖg d'Ötli a dit…

Un blog de livres à lire... parfait !

Et efficace... la preuve, je pense que je vais tenter de trouver ce bouquin rapidement...

gruikman a dit…

"de livres à lire... et à manger aussi"... C'est cool si ça te donne envie, c'est le but inavoué! Tu as même le droit de ne pas être d'accord avec moi après l'avoir lu!!!

wakinasimba a dit…

Voici un genre que je ne connais pas, même de nom. Alors s'il faut commencer avec un bouquin, pourquoi pas celui-ci.

gruikman a dit…

c'est un peu comme dans la musique, il y a des genres dont tu ne soupçonnes même pas le nom! Mais le steampunk, c'est un concept assez intéressant à vrai dire... D'ailleurs, je me faisais une réflexion, des séries comme les Mystères de l'Ouest, ce n'était pas si éloigné que ça de l'idée ;)

Loula a dit…

D'après certains, le steampunk est un sous-genre de l'uchronie... Tu as vu que je faisais un swap steampunk?

gruikman a dit…

Non je n'avais pas vu! Je vais aller jeter un oeil pour voir de quoi il retourne ;)...

gruikman a dit…

Je viens de me rappeler d'un roman steampunk très sympathique et écrit à 4 mains également par 2 auteurs français: Confessions d'un automate mangeur d'opium de Mathieu Gaborit/Fabrice Colin... je le conseille pour les amateurs d'uchronie à vapeur et aux curieux de tout poil;)