ShareThis

29 novembre 2010

Le dernier de son espèce [Andreas Eschbach]

L'auteur : Andreas Eschbach est un auteur allemand de SF, né en septembre 1959. Il est considéré comme un écrivain majeur du genre et un des rares à avoir été traduit en plusieurs langues.

Il a notamment obtenu le prix Kurd-Laßwitz du meilleur roman et le prix allemand de la science-fiction en 2004 avec Le dernier de son espèce.

L'histoire : Dans un petit village de pêcheurs sur la côte occidentale irlandaise, un homme s'est retiré qui porte un lourd secret.
On lui avait promis l'avenir d'un surhomme : l'invalidité le guette aujourd'hui. Il se voyait devenir un héros : il est obligé de se cacher du monde. Il n'espère plus désormais que de vivre dans le calme et l'oubli le reste de son existence.
Or voici qu'un inconnu le recherche, que le passé brusquement lui surgit à la figure et que l'avenir s'obscurcit. Car le secret de Duane Fitzgerald c'est lui-même. Il est le dernier de son espèce.

Mon avis : Ce partenariat sort de l'ordinaire. J'ai demandé ce livre non pas pour découvrir mais pour retrouver son auteur dans son nouvel opus dans le domaine de la SF. Je continue mon immersion dans ce genre littéraire que j'avais délaissé ces dernières années parce que je ne trouvais rien de neuf qui me motivait.
Mais M. Eschbach occupe une place assez spéciale dans mon panthéon de la SF, avec son livre Des milliards de tapis de cheveux qui est une réelle curiosité. C'est un livre dans un univers très riche façon Dune avec un côté Jack Vance dans la découverte et la description. La narration et le rythme sont remarquables, mêlant une certaine langueur presque onirique à une étrange réalité très dépaysante. Surtout, Eschbach s'intéresse particulièrement à la description des sociétés qu'il imagine et de ses personnages, à leurs pensées, leur psychologie, leur histoire. Les événements aussi fantastiques soient-ils sont assez annexes finalement et ça en fait un écrivain unique de SF.
J'avais également lu de lui Jesus Video qui repose sur une idée amusante à propos du Christ et que je conseille également.
L'idée du Dernier de son espèce est toute bête : si un homme qui valait 3 milliards existait vraiment, qu'il avait été mis au rebut parce que coutant bien trop cher, qu'il devenait même gênant pour le gouvernement américain... Eschbach raconte la vie de cet homme, 10 ans après sa retraite anticipée et son histoire, ses motivations pour accepter de devenir ce pseudo-surhomme.
Notre héros, Duane, est un cyborg en retraite anticipée en Irlande, à Dingle, sur la terre de ses ancêtres. Il mène une vie d'ascète rythmée par ses repas liquides qu'il reçoit régulièrement par la poste puisqu'en tant que cyborg, il ne peut manger autre chose. Il ne fréquente personne, puisqu'il ne peut révéler ce qu'il est. Le seul être humain qu'il voit encore est un médecin, à qui il a dévoilé son secret : en vieillissant, sa mécanique se détraque un peu et il a besoin qu'on l'aide parfois. Il cache bien sûr ces choses à ses anciens supérieurs de l'armée, pour ne pas être renvoyé aux États-Unis. Il vit depuis plus de 10 ans à cet endroit mais ne connaît personne, à part la bibliothécaire. Il est secrètement amoureux d'une jeune femme qui tient un hôtel,ce contentant de l'observer en cachette, puisqu'il ne peut rien se passer.
Puis, un jour, il croise un avocat qui détient des documents secret-défense le concernant directement et qui voudrait ouvrir un procès en indemnisation contre les États-Unis d'Amérique. Comme par hasard, cet homme se fait assassiner et les documents sont volés. Alors, tout dérape : Duane commence à voir des hommes qui le surveillent, reprend contact avec ses anciens équipiers, cyborgs comme lui. La jeune femme va bien évidemment se retrouver mêlée à cette histoire et...je vous laisse découvrir la suite !
Tout ça pourrait paraître assez basique mais, sous la plume de Eschbach, ça en devient une histoire très intéressante et personnelle. Les événements servent à rythmer le livre. L'intérêt réside surtout dans le fait qu'Eschbach se met dans la peau de Duane Fitzgerald, cet homme à qui on a greffé tout un ensemble de dispositifs mécaniques, électroniques, qui en font une machine à tuer terrifiante. Mais une machine imparfaite, qui a vieilli de surcroît, qui tombe en rade parfois, un homme dont la vie n'a plus de sens et qui vit dans le passé. Ses états d'âme, ses souvenirs, sa vie tout simplement : pourquoi et comment il est arrivé là, voilà ce que nous raconte l'auteur.
Je me suis réellement attaché à cet homme qui ne peut plus vivre comme un être humain normal, qui ne sait même plus s'il peut aimer, s'il est encore un être humain. Eschbach place son histoire dans le contexte contemporain, la fin des années 90 semble-t-il, la guerre d'Irak et l'Irlande avec l'IRA déclinante mais encore présente.
C'est donc assez remarquable comment l'auteur part d'une histoire imaginaire qui pourrait vite tourner au film d'action bourrin et en fait une histoire humaine et personnelle tout simplement. Le style est très agréable, simple et il flotte une certaine mélancolie qu'on retrouvait dans Des milliards de tapis de cheveux, pourtant teintée d'espoir. L'auteur ne tombe jamais dans le travers des livres de SF qui ponctuent les phrases de termes techniques incompréhensibles.
J'ai donc beaucoup apprécié ce livre, je l'ai dévoré car il se lit très facilement et rapidement qui plus est. N'hésitez donc pas et un grand merci à Babelio !

6 commentaires :

choupynette a dit…

le synopsis ne m'avait pas tentée, mais ton billet donne envie!

Brize a dit…

Je n'ai pas apprécié "Des milliards de tapis de cheveux" donc il n'est pas certain que je récidive avec cet auteur, ou alors peut-être avec "En panne sèche"(déjà aperçu en bibliothèque mais c'est le nombre de pages qui m'a fait hésiter).

gruikman a dit…

@choupynette: ben écoute si ça peut servir à ça :)... Mais rien que pour le coup d'oeil, que tu aimes ou pas, Eschbach est assez unique dans ce genre. Et puis, tu verras l'homme qui valait 3 milliards sous un nouvel angle ;)

@Brize: je peux comprendre qu'on n'aime pas les tapis de cheveux, c'est assez curieux et déconstruit comme récit mais l'ambiance est tellement particulière que ça m'a marqué. "En panne sèche", je n'ai pas lu mais je le note et "Jesus Video" m'a fait passer un bon moment.

Loesha a dit…

Je note cet auteur pour ma petite liste SF... ça à l'air bien sympa à lire ton article ;)
Tu conseilles quel titre pour commencer ?

keisha a dit…

J'avais tellement aimé Jesus video que j'ai lu celui ci aussi, mais c'est un poil moins bien. Pour les tapis de cheveux, pas mis la main dessus!

gruikman a dit…

@loesha: si tu aimes la SF décalée, lis les tapis de cheveux. Si tu aimes les histoires un peu fantastiques mais dans la réalité, Jesus Video est marrant. Les autres je ne les connais pas.

@keisha: Jesus video j'ai apprécié mais je préfère bien plus les histoires vraiment SF pure et dure. Dans le Dernier de son espèce, j'ai bien aimé ce côté "histoire personnelle" plus que histoire de SF... Et puis, en cette période d'automne, j'ai bien aimé la petite virée en Irlande ;)