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15 janvier 2011

Dehors les chiens, les infidèles [Maïa Mazaurette]

L'auteur : Née à Paris en juillet 1978, Maïa Mazaurette est à la fois écrivain, journaliste en presse écrite spécialisée (Newlook, Playboy, GQ) et blogueuse professionnelle.

L'histoire : "Dehors les chiens, les enchanteurs, les impudiques, les meurtriers, les idolâtres. Moi, Jésus, je suis l'étoile brillante du matin." Apocalypse de Jean, XXII, 15-16.
Quatre-vingts ans après la défaite des forces de la Lumière face aux Ténèbres, le monde ne connaît plus que la nuit éternelle. Seul espoir de voir un jour se lever le soleil : la Quête. Tous les cinq ans, un groupe de cinq adolescents, spécialement entraînés part à la recherche de l'Étoile du Matin, arme légendaire, seule capable de lever la malédiction divine qui frappe l'humanité.

Mon avis : Tiens, un livre de fantasy français dont l'auteur est une femme et qui tient en un seul tome : voilà une rareté !
Le titre n'est pas habituel de SF, il peut même rebuter par sa référence à un passage de l'Apocalypse auquel le livre est directement lié. La couverture un peu kitch également ne met pas forcément le contenu à son avantage.
Mais, j'avoue que c'est une bonne surprise. Je ne connaissais pas l'auteur et elle a un style plutôt fluide et efficace qui fonctionne très bien. Elle nous transporte dans un univers qui ressemble à nôtre Moyen-Âge plongé dans l'obscurité depuis 80 ans suite à la défaite des forces de la Lumière menée par le héros Galaad contre celles des Ténèbres menées par l'Anté-Pape. Certes le pitch peut faire craindre un mauvais téléfilm fait avec trois bouts de ficelle. Mais non, c'est beaucoup plus subtil que ça.
Tout d'abord, comme vous l'imaginez, dans l'obscurité, la nature a changé mais elle s'est adaptée tant bien que mal. L'humanité survit également mais la société décrite est dure, violente, pauvre et fortement féodale. Tout a été exacerbé par la catastrophe. En plus, de nombreux enfants naissent désormais avec des malformations toutes plus curieuses les unes que les autres et ces êtres différents sont évidemment rejetés comme des suppôts du Mal. La xénophobie est d'ailleurs un des thèmes principaux du livre.
Dans ce contexte, on suit une troupe de quêteurs, sortes de croisés du camp de la Lumière, infiltrés dans la capitale ennemie, l'Occidan Noir, pour retrouver la relique perdue de Galaad, l'Étoile du Matin censée ramener la lumière : une troupe de 5 jeunes gens envoyés dès leur adolescence en quête de cette relique perdue qui m'a fait penser au fabuleux livre de Damasio, La Horde du Contrevent. Les 5 quêteurs sont tous différents, attachants et mystérieux et en particulier la jeune guide, Spérance, et la guerrière inquisitrice, Astasie, qui rappelle immédiatement notre Pucelle nationale, le sang noble en plus. Nos deux jeunes héroïnes s'opposent sur presque tout et l'équilibre est maintenu par Vaast, le guerrier impitoyable, frère d'Astasie mais qui semble amoureux de Spérance, et Cyférien, l'étrange lettré dont le visage est toujours caché sous sa capuche.
La troupe va se retrouver prise dans un guet-apens qui va l'entraîner dans une folle course poursuite menant à des batailles et qui sait peut-être à l'Étoile du Matin...
Le début du livre est mené tambour battant, d'escarmouches en fuite effrénée, comme un bon roman de fantasy, avec une violence non feinte comme j'aime. Puis on entre dans une phase moins guerrière mêlant plus l'histoire des personnages, décrivant le pourquoi du comment de cette obscurité. On y retrouve de l'intrigue politique, religieuse, des trahisons, des meurtres, même des miracles. On découvre une noblesse décadente abrutie par un clergé manipulateur dont on se demande quel est le but. On pense bien sûr à la lutte des mondes chrétiens et musulmans de la fin du Moyen-Âge mélangés aux mythes du Graal et de l'Apocalypse : un problème aussi bien historique que moderne.
La découverte de l'univers m'a vraiment plu et il y a un certain souffle épique très sympathique. D'ailleurs en 400 pages, Mazaurette réussit à créer un univers assez dense et complet et j'aurais bien du mal à vous le décrire en quelques lignes. Les citations au début de chaque paragraphe renforcent cette structuration de l'univers.
La fin est amenée de manière trop lente et claire à mon goût, et l'énergie du début du livre se dissout un peu trop dans les luttes de pouvoir. Mais ça reste très raisonnable et la folie qui s'empare de ce monde au fil du récit nécessitait peut-être cela pour mettre en place les conditions du dénouement : la création d'un mythe.
Sous son air de livre de fantasy, l'auteur parle en fait de la folie des hommes, de leur soif de pouvoir, de la religion comme outil de manipulation et d'aveuglement, de la peur de l'autre mais aussi d'amour et d'espoir. La fin du récit traite de la naissance des mythes créés de toutes pièces et de manière absurde par les hommes.
Un vrai bon moment de lecture et d'aventure que j'ai dévoré. Madame Mazaurette, revenez-y quand vous voulez !

4 commentaires :

choupynette a dit…

En effet, de la SF en un seul tome, c'est rare! je note, cela a l'air fort sympathique à lire!

gruikman a dit…

bonne surprise en effet :)
la preuve qu'on peut faire de la fantasy sans faire 15tomes et sans vraiment sauver le monde ;)

Cachou a dit…

Mais est-ce que c'était de la fantasy à tes yeux. On a eu une grosse discussion entre lecteurs de la LC, et on a tous ressenti ce roman comme de la SF post-apo et pas comme de la fantasy, à part pour la trame de l'histoire (quête, etc.).

Autre point: je n'ai pas su réussir à m'attacher aux personnages, surtout à Spérance, agaçante de "perfection" (même si pas parfaite).

Gruikman a dit…

Je ne tente pas de faire rentrer les choses dans des boites à vrai dire! Mais oui c'est de la fantasy si on prend la traduction de mot anglais, ça correspond plutôt pas mal. C'est sûr, il n'y a pas de bisounours aux pieds velus et de jolies fées aux oreilles pointues ni de jeune adolescent qui doit sauver le monde aidé d'un vieux magicien un peu pervers.
Le côté post-apocalyptique bien sûr, la SF aussi mais dans un monde de fantasy :)... mais est-ce que La Route est de la SF? oui... de l'anticipation, oui... de la littérature, oui surtout ça!
Pour le personnage, Sperance n'est pas très maligne, c'est vrai et en fait j'ai surtout bien aimé l'espèce de Jeanne d'Arc et je me dis que la réalité des faits n'étaient peut-être pas si loin ;)