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23 janvier 2011

Le Narcisse [Bertina Henrichs et Philippe Vauvillé]

Les auteurs : Bertina Henrichs est une scénariste et romancière allemande, née à Francfort en 1966, mais vivement actuellement en France et écrivant en français. Son roman La joueuse d'échecs a d'ailleurs été adapté au cinéma avec Sandrine Bonnaire.
Philippe Vauvillé quant à lui est un scénariste et réalisateur français.

L'histoire : En cet été caniculaire de 2003, la vie a priori sans histoire du guitariste Quentin Belbasse se trouve sérieusement bouleversée.
Pour dissiper les soupçons qui pèsent sur son vieil ami Moulin, suspecté d'avoir assassiné une inconnue dans les caves de son cabaret de transformiste, le voilà plongé dans une affaire de meurtre où rien ne semble être à sa place. Pourquoi la victime s'était-elle grimée en Daphné, l'une des artistes du cabaret ? Que cachent les autres ? Les habitants de l'immeuble mitoyen, le luthier de la ruelle ? Qui est réellement Moulin ? Et Nado, son amie, et ancienne nounou de Quentin ? Pour sa première enquête, Quentin a fort à faire...

Mon avis : Ce livre fait partie des livres que je n'aurais jamais acheté à la lecture de sa 4ème de couverture : un meurtre, une enquête tout ce qu'il y a de plus classique.
Je sors de la lecture de polars très denses, complexes et sombres tels Seul le Silence ou Tokyo Année Zéro. Après cette débauche de noirceur, Le Narcisse fait l'effet d'une comptine pour enfants et autant le dire tout de suite, ce n'est pas un grand polar même si il n'est pas désagréable à lire.
Ce qui m'a frappé tout de suite, c'est ce côté "téléfilm de France 2/3". On sent le métier de scénariste : les dialogues sont taillés pour le petit écran. Ça se passe dans le Paris de la canicule de 2003 à Montmartre et on a l'impression de suivre un épisode de Nestor Burma. J'avoue que cette langueur typique n'est pas forcément désagréable (merci pour l'analogie, Solène, c'est exactement ça). Je me vois bien regarder ça un dimanche après-midi vautré dans un divan devant la télé pour me détendre.
Tout démarre très calmement, avec des personnages somme toute normaux, pris dans une sale histoire. Mais le personnage principal commence à fouiner et on s'aperçoit que ce vernis se craquelle et on se dit que ça va se corser un peu. On attend le moment où tout va s'écrouler et sombrer mais au final, tout ceci reste assez entendu et il n'y a pas trop de descente aux enfers.
Alors l'intérêt du livre réside surtout dans la description du Montmartre/Pigalle de 2003 avec ce mélange iconoclaste de populations diverses : des travestis, des homos, des bobos, des artistes, des vieux qui ont connu le Pigalle des années 60 et des immigrés africains et maghrébins.
Pourquoi le personnage principal se lance dans cette enquête ? Pourquoi un musicien vivant en dilettante à Montmartre, travaillant à peine, passant sa vie entre restaurants et bars avec une mère artiste renommée assez déjantée, irait chercher pourquoi cette femme est morte ? Certes, il veut aider son ami et espèce de père de remplacement qui tient le cabaret mais est-ce suffisant ? En fait, on voit plus un homme sans réel but dans la vie qui s'en trouve un tout d'un coup, un homme avec une famille déstructurée qui se cherche des racines quelque part. Il arrête de se regarder le nombril (d'où le titre peut-être ?) et s'y accroche au point d'en mettre en danger tout son microcosme en ressortant le passé...
Les personnages manquent peut-être un peu de profondeur à mon goût comme si les auteurs s'étaient retenus de trop en faire. L'intrigue n'est pas non plus passionnante. Mais, au final, j'ai tout de même trouvé la lecture plaisante, un moment agréable de lecture avec une intrigue pas trop violente. Une sorte de Nestor Burma sans Nestor Burma ;)
Mais merci à Solène pour cette lecture que je n'aurais pas eue sinon ! On ne peut pas manger du foie gras tous les jours, on s'en lasserait et puis un petit pâté de foie tout simple, ce n'est pas si mauvais parfois ;)

5 commentaires :

Ys a dit…

"ce n'est pas un grand polar même si il n'est pas désagréable à lire" : c'est exactement ce que mon mari m'a dit après sa lecture, et aussi que ça le faisait penser au Poulpe... je ne crois pas que ça me plairait...

gruikman a dit…

Je n'ai jamais trop lu ce genre de livres à vrai dire! En général, j'aime bien ces ambiances un peu désuètes avec un personnage charismatique qui tient l'ensemble. Ca ressort très bien en téléfilm je trouve entre les Burma et les Maigret pour les plus anciens. Mais là il manque ce personnage charismatique même si ça reste agréable dans l'ensemble. Et puis, pour me répéter, je crois que je suis trop marqué par les grands polars américains et que je suis passé du côté obscur du genre.

Loesha a dit…

J'aime bien la métaphore charcutière à la fin de ton article tiens... je crois que je la ressortirai à l'occasion :D
Sinon typiquement le genre de livre que je fuis (trop de mauvaise série policière, trop de mauvais films adaptés de ce genre de roman...)

gruikman a dit…

j'aime bien aussi les citatins culinaires du genre:"ce livre est à la littérature ce que le bouillon cube est à la cuisine" mais elle est beaucoup plus vicieuse celle-là parce que le bouillon cube, ça rend bien des services ;)

Marie a dit…

Ah oui, mais il y a tellement de polars intenses à lire que du coup on devient plus difficiles !!! ;-)