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17 janvier 2011

L'élégance du hérisson [Muriel Barbery]


L'auteur : Muriel Barbery est née en mai 1969, à Casablanca, est une romancière française. Après son premier roman Une gourmandise en 2000, ce titre est son deuxième roman.

L'histoire : "Je m'appelle Renée, j'ai cinquante-quatre ans et je suis la concierge du 7 rue de Grenelle, un immeuble bourgeois. Je suis veuve, petite, laide, grassouillette, j'ai des oignons aux pieds et, à en croire certains matins auto-incommodants, une haleine de mammouth. Mais surtout, je suis si conforme à l'image que l'on se fait des concierges qu'il ne viendrait à l'idée de personne que je suis plus lettrée que tous ces riches suffisants.

Je m'appelle Paloma, j'ai douze ans, j'habite au 7 rue de Grenelle dans un appartement de riches. Mais depuis très longtemps, je sais que la destination finale, c'est le bocal à poissons, la vacuité et l'ineptie de l'existence adulte. Comment est-ce que je le sais ? Il se trouve que je suis très intelligente. Exceptionnellement intelligente, même. C'est pour ça que j'ai pris ma décision : à la fin de cette année scolaire, le jour de mes treize ans, je me suiciderai."

Mon avis : Je me suis plongée dans ce roman poussée par l'engouement qu'il a suscité sur la blogosphère et bien au delà. Et comme souvent dans ces cas là, j'ai été déçue. Tout ça pour ça ? Le premier tiers du livre est ennuyeux, autant le dire. Nous alternons les deux points de vue de Renée la concierge qui est bigrement érudite mais qui le cache (pourquoi ?) et Paloma, une petite fille de douze ans qui ne supporte au final personne de son entourage. L'auteur nous livre les réflexions de ces deux personnes sur le monde qui les entoure. Et les considérations philosophiques de Renée m'ont fatiguée, comme toute sa tirade sur la phénoménologie par exemple. Paloma n'est pas mieux : elle m'apparaît vite comme une petite fille prétentieuse et snob, qui se prend pour une victime. Comme elle le dit elle-même à la fin du roman "du luxe d'ado sans problèmes. De la rationalisation de petite fille riche qui veut faire son intéressante".
Il faut donc attendre l'arrivée d'un nouveau propriétaire au 7 rue de Grenelle pour que le livre trouve un peu d'intérêt : Monsieur Ozu va faire se rencontrer les deux personnages et pousser la concierge à comprendre qu'elle n'a aucune raison de se cacher. C'est lui qui est à l'origine des plus beaux passages, des moments de poésie et de douceur. C'est par son intermédiaire que la lumière entre dans la vie de Paloma et de Rénée, et dans ma lecture.
Je me suis amusée lors des jeux de phrases, des prénoms des chats, des faute de grammaire volontaires et involontaires, des référence à la littérature, notamment russe (ce qui continue à me donner envie de lire Tolstoï).
Alors oui, on dénonce ici l'hypocrisie ambiante, les faux-semblants, le snobisme, oui ce n'est pas dénué de mordant, oui il y a quelques trouvailles, oui ce livre nous pousse à réfléchir à la vie que nous menons, au regard que nous portons sur nous-même et sur les autres, oui, les plongées dans la littérature sont très agréable, mais pour moi, cela ne sauve pas le roman : il ne livre aucune réponse, ne donne aucun axe de réconfort et la fin me laisse croire que l'auteur se débarrasse de ses personnages car elle ne sait pas comment terminer son histoire. Pourtant, ce sont certainement ces dernières pages qui sont les plus belles, car, par le coup du destin, Paloma va enfin s'ouvrir à la vie.

Petit passage qui m'a plu : "... les hommes vivent dans un monde où ce sont les mots et non les actes qui ont du pouvoir, où la compétence ultime, c'est la maîtrise du langage. C'est terrible, parce que, au fond, nous sommes des primates programmés pour manger, dormir, nous reproduire, conquérir et sécuriser notre territoire et que les plus doués pour ça, les plus animaux d'entre nous, se font toujours avoir par les autres, ceux qui parlent bien alors qu'ils seraient incapables de défendre leur jardin, de ramener un lapin pour le dîner ou de procréer correctement. Les hommes vivent dans un monde où ce sont les faibles qui dominent. C'est une injure terrible à notre nature animale, un genre de perversion, de contradiction profonde." (p°62-63)

Ce roman est une lecture commune avec Loesha et correspond également à la rubrique Animal du challenge Petit Bac d'Enna !




16 commentaires :

Sandrine(SD49) a dit…

Je n'ai pas aimé jusqu'à l'arrivée du japonais et le film m'a fait la même impression.

Bouh a dit…

C'était l'un des livres que je voulais lire grâce à la blogo, mais ton avis me refroidit un peu !

Martial a dit…

J'avais lu ce livre à sa sortie qui avait fait un grand bruit... Mais, trop de bruit. J'avais été aussez déçu, l'histoire est sympa sans plus!!

choupynette a dit…

comme toi j'ai été déçue par ce roman. Charmée par la langue de Barbery, très belle, mais j'ai trouvé que le tout tournait en rond, ne devenait vraiment intéressant qu'à partir de la rencontre avec le japonais. Le film est bien mieux!

Alex Mot-à-Mots a dit…

Je l'avais bien aimé, sauf la fin, qui m'a déçue.

**Fleur** a dit…

Je fait partie des déçu(e)s qui ne comprennent toujours pas pourquoi un tel engouement ?!

enna a dit…

Ce roman m'avait prodigieusement irrité!!
Mon commentaire : http://ennalit.canalblog.com/archives/2008/12/19/11568399.html

Ori a dit…

C'est un peu le problème avec les lectures à succès, bon moi j'ai adoré, j'ai fini en larmes!

Petite Fleur a dit…

@ Sandrine (SD49) : à l'occasion, je regarderai bien le film tout de même, pour me faire ma propre idée et voir comment tellement de monologue intérieur a pu être mis en images.

@ Bouh : désolée de doucher ton enthousiasme. Mais tellement ont aimé...

@ Martial : mouais, même sympa me semble trop dans la mesure où je ne suis pas certaine de m'en souvenir dans quelques temps et que je n'ai pas pris plus de plaisir que ça.

@ choupynette : je me rends compte que finalement je ne suis pas la seule à ne pas être tellement enthousiaste :-)

@ Alex Mot-à-Mots : déçue oui, dans la mesure où j'ai eu l'impression qu'elle ne savait pas comment terminé. En même temps, comme on me l'a dit, comment terminer autrement une telle histoire... ?

@ **Fleur** : aaahhh, merci :-)

@ enna : bon, je n'irais pas jusqu'à dire qu'il m'a irrité. Mais je file lire ton avis !

@ Ori : oui, c'est toujours le même souci avec les succès quand on les lit longtemps après.

volcan a dit…

Hâte de le lire... :)

volcan a dit…

Je viens de l'emprunter à la bibliothèque. Je pense que c'est le suivant après "Le vieil homme et la mer" que je viens de commencer :)

Miss Alfie a dit…

Je l'avais lu car il m'avait été offert par une personne chère, mais au final, si certains passages sont intéressants et amènent à la réflexion, j'ai trouvé ce livre arrogant, pompeux et snob...

flou a dit…

je n'ai pas du tout aimé non plus! pourtant "une gourmandise" m'avait plu! grosse deception donc!

Marie a dit…

J'avais trouvé le début un peu ennuyeux mais ensuite j'avais beaucoup aimé ce roman ! Par contre, j'ai largement préféré Une gourmandise...

Fleur a dit…

C'est très intéressant de lire ton avis car il est très différent du mien. J'ai adoré ce roman, à tel point que c'était un de mes coups de coeur l'année dernière.

Camille a dit…

Je ne suis pas complétement d'accord avec toi. Je me suis amusée dès les premières pages. On m'avait parlé de longs passages philosophiques alors qu'il n'y en a que quelques pages (en effet, la partie sur la phénoménologie est un peu longue mais c'est bien la seule !).
Je trouve ce roman rafraichissant. Un vrai plaisir avec deux personnages hors du commun. Trop de stéréotypes c'est vrai mais ça fait le charme du texte.
Par contre, comme toi, je suis déçue par la fin et en effet cela donne l'impression que l'auteur bacle son roman. De plus, elle reproduit le shéma que la soeur de la concierge a connu alors qu'elle voulait prouver le contraire...
(d'ailleurs quand tu dis "pourquoi" elle veut cacher son érudition, c'est justement à cause de ce qu'a connu sa soeur)

http://aufildeslectures.wordpress.com/2010/06/07/lelegance-du-herisson/