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14 février 2011

Le Prince des Ténèbres [Seio Nagao]

L'auteur : Seio Nagao est un auteur japonais né en 1955. Le Prince des Ténèbres est son deuxième titre traduit en Français.

L'histoire : C'est à la cour impériale, dans le Japon du VIIe siècle, que nous transporte l'auteur de Meurtres à la cour du Prince Genji, dans le tourbillon de querelles de succession entre souverains et dignitaires, au milieu des trahisons, des complots et du tumulte des assassinats.
On retient son souffle dans ce roman policier bouleversant de haine et de folie meurtrière où la magie noire se mêle au vacarme des armes, autour d'un démoniaque et mystérieux Prince des Ténèbres. Derrière la prêtresse Nukata, on entend le frôlement des traînes sur le plancher des palais, mais aussi les incantations des sorciers qui, au cours d'étranges cérémonies, nouent les rancœurs et les malédictions. Comme souvent dans le cinéma japonais, s'entrecroisent des scènes d'une grande douceur et d'une extrême cruauté. Et nous ne saurions trop recommander au lecteur, une fois ce livre refermé, de se purifier en lançant du sel devant sa maison comme le veut la tradition japonaise.

Mon avis : Je me suis mis dans la tête de lire 2 livres sur le Japon : un sur le Japon ancien impérial et un sur le Japon moderne juste après-guerre. Ce roman est donc le premier sur le japon ancestral quand l'empire du Soleil Levant n'était pas encore stabilisé. L'auteur, japonais, nous décrit ce Japon médiéval avec sa vision de très intéressante. Sur la couverture, on lit "roman policier" mais il s'agit plutôt d'un roman historique, relatant une période trouble avec une vision typiquement asiatique, un mélange de mythe et de réalité.
Le lecteur suit les luttes de pouvoir au sein de la famille impériale de l'époque, les nombreux massacres entre les clans pour gagner le pouvoir, les manipulations, les intrigues autour de ce fameux Prince des Ténèbres. La princesse Nukata est le fil d'Ariane qui va relier tous les événements entre eux.
Soyons franc, l'intrigue est un peu répétitive à force de massacre, trahison, contre-trahison, retournement de situation etc... Une sorte de Dallas médiéval avec des membres coupés, des têtes qui volent, des carotides qui giclent du sang à 1 mètre de haut et des gens qui vomissent leur tripe à cause d'un poison violent. Et tout d'un coup, le même prince qui découpait les gens en deux au sabre se met à rêver d'amour avec la princesse voire à philosopher. En fait, cette alternance de violence brute et de moments de grâce est vraiment typique parce qu'en Occident, on ne décrit jamais la violence de cette manière crue même si on n'en faisait pas moins, et on la mélange encore moins à des situations douces. N'oublions pas non plus cette notion exacerbée de l'honneur dans la culture japonaise, menant assez souvent à une fin tragique. Au travers de tout ça, on comprend très bien d'où vient l'ambiance si spéciale de ces films asiatiques en costumes comme Le secret des poignards volants pour la Chine ou les Zatoichi pour le Japon.
La magie est également très présente mais une magie qui tient plus de l'illusion, de la manipulation des esprits, de la crédulité des gens qu'une magie miraculeuse.
Il y a une présence importante des femmes de pouvoir, des femmes que les hommes possèdent sexuellement assez brutalement en général mais qui peuvent avoir des rôles politiques importants et qui n'ont rien à envier aux hommes en manipulation et en cruauté.
On découvre au final une période trouble : le Japon craignait le puissant empereur chinois et cherchait des alliances avec les princes de Corée. Sous les luttes de pouvoir, point une lutte religieuse entre l'ancienne religion Shintoiste, plus animiste, qui perd de l'influence face à la religion émergente, le Bouddhisme.
Si l'intrigue n'est pas ce qu'il y a de plus remarquable, on apprend beaucoup sur ce Japon méconnu et puis l'atmosphère et la manière de raconter sont vraiment dépaysantes et curieuses.

4 commentaires :

Ys a dit…

Je l'avais noté depuis un bout de temps celui-là, pour me plonger moi aussi dans le Japon médiéval, mais le côté Dallas m'effraie un peu...

gruikman a dit…

Rien que pour découvrir cette littérature et cette époque japonaise là, je le trouve intéressant. Il faut juste se dire que le côté intrigue dans la famille impériale est assez répétitif mais il y a les meurtres et les têtes coupées pour se divertir de temps à autre ;)

Alex Mot-à-Mots a dit…

C'est un peu le problème avec les "anciens classiques" japonais : beaucoup de batailles. Trop pour moi.

Gruikman a dit…

lis mon futur post sur le japon d'après-guerre: pas de bataille ni de têtes coupées mais c'est bien plus horrible je crois :)...