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18 mars 2011

Des éclairs [Jean Echenoz]

L'auteur : Jean Echenoz est un romancier français né en décembre 1947, lauréat du prix Médicis en 1983 et du prix Goncourt en 1999. Il a également participer à l'écriture de scénario.

Des éclairs est son 13e roman.

L'histoire : Gregor a inventé tout ce qui va être utile aux siècles à venir. Il est hélas moins habile à veiller sur ses affaires, la science l'intéresse plus que le profit. Tirant parti de ce trait de caractère, d'autres vont tout lui voler. Pour le distraire et l'occuper, ne lui resteront que la compagnie des éclairs et le théâtre des oiseaux.

Mon avis : Ce livre fait partie d'un triptyque dédié à la vie de 3 personnalités : Ravel sur le compositeur du même nom, Courir sur le célèbre athlète Zatopec et Des Eclairs sur le scientifique méconnu Tesla. Je n'ai lu que ce dernier mais il m'a donné envie de lire les précédents.
Ce récit est donc une fiction basée sur la véritable histoire de Nikola Tesla, personnage obscur dont le nom dira sûrement quelque chose à ceux qui ont étudié un peu le magnétisme, puisqu'une unité magnétique porte son nom. Cependant, on sait beaucoup moins que ce personnage génial a été à l'origine d'un grand nombre de découvertes révolutionnaires du XXe siècle : du courant alternatif au rayon X en passant par le néon, la radio, des turbines et des moteurs révolutionnaires. Pourtant, aucune de ces découvertes n'est associée à Tesla directement. Pourquoi ? Parce que, bien que génial il était quelque peu dérangé, mégalomane et incapable de profiter de ses découvertes. Ainsi fut-il soit spolier de ses innovations par des scientifiques ou hommes d'affaire peu scrupuleux, soit il les laissa de côté n'y voyant pas un intérêt suffisant. Dans cette dernière hypothèse, quelqu'un d'autre déclara la chose avant lui ou alors lui-même garda la découverte pour lui et celle-ci fut redécouverte 20 ou 30 ans plus tard.
Tesla eut une renommée mondiale au début du XXe siècle surtout parce que son caractère mégalomane l'amenait à faire des démonstrations publiques exhibant à coups d'effets plus spectaculaires les uns que les autres la puissance électrique, le tout associé à des annonces fracassantes plus ou moins délirantes sur ses futures découvertes. Ce côté prestidigitateur de foire le desservit beaucoup puisqu'on ne savait jamais s'il était un scientifique génial ou un charlatan. La communauté scientifique de l'époque ne l'aimait d'ailleurs guère.
En fait, ce personnage reste un mystère encore de nos jours puisqu'on n'arrive toujours pas à savoir jusqu'où il aurait pu aller s'il en avait eu les possibilités. À vrai dire, sa folie ne fit qu'augmenter tout au long de sa vie. Elle l'isola progressivement et ne lui permit pas de réaliser ses projets scientifiques dont la démesure ne faisait que grandir. Pour vous donner un exemple qui alimente le mythe de ces secrets perdus, il provoqua en 1898 un accident sismique à partir d'une petite machine qui fit entrer en résonance le bâtiment entier de son laboratoire en plein centre de New York. Les bâtiments voisins se mirent à trembler également et tout le quartier fut terroriser au point que Tesla dut quitter son laboratoire ensuite.
Echenoz nous fait donc le récit de la vie de cet homme en l'appelant Gregor. Ce n'est pas une biographie mais une fiction plus ou moins proche de la réalité. En particulier, au-delà des découvertes dont on ne sait pas vraiment s'il les a faites réellement, je m'interroge sur le caractère à la limite de l'autisme du personnage. Quelle est la part de vérité là-dedans ?
À mon avis, le style est remarquable : le récit est court, les chapitres concis, écrits de manière descriptive comme si un observateur objectif nous relatait des épisodes de la vie du personnage. Le style est direct, simple, les phrases ciselées avec un vocabulaire très recherché. Au final, le livre se lit d'un trait de façon très agréable et fluide. La destinée de ce personnage hors du commun est vraiment étonnante et triste car il fut certainement incompris en grande partie à cause de sa propre démesure. Le titre reflète sûrement très bien ce qu'il était : un être bien trop lumineux, énergique et fugace pour ne pas tout brûler sur son passage et ne laisser qu'un trace fumante derrière lui...
Merci M. Echenoz pour avoir fait revivre de cette manière cet homme qui mérite vraiment le détour !

2 commentaires :

choupynette a dit…

j'ai lu Je m'en vais quand j'étais à la fac, et je me suis ennuyée à mourir. La blague entre étudiants était de dire "he ben, casse toi!"

Gruikman a dit…

Pas lu celui-là, ça devait être à l'époque de Jospin quand il a dit qu'il quittait la politique vos blagues non?:D Mais ne serait-ce que pour connaître le personnage dont parle le livre, ça vaut le coup ;)