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14 octobre 2011

Ocean's song [Olivier de Kersauson]

L'auteur : Olivier de Kersauson est un navigateur français mais également un chroniqueur et écrivain, né en juillet 1944.

L'histoire : Olivier de Kersauson a décidé de raconter sa géographie maritime. Il fait le portrait de ses mers comme il pourrait dresser le portrait d'une femme. Il nous révèle, surtout, son destin singulier de skipper d'exception. Pour la première fois peut-être, dans Ocean's Song, il se dévoile.

Mon avis : Quelqu'un que j'apprécie m'a mis ce petit livre (en taille) entre les mains et m'a dit : "Tiens, lis le, c'est vraiment très bien !". On a l'image pas toujours reluisante de Kersauson dans l'émission Les Grosses Têtes de RTL, ce côté marin bourru, macho qu'il cultive volontiers. Mais il y a toujours un côté malin derrière les horreurs qu'il peut balancer (qui peuvent s'avérer très drôles parfois) et toujours enrobées d'une culture indéniable et un jugement toujours net et assumé. Cet homme est entier et personne ne pourra lui enlever ça, c'est une évidence.
Ocean's Songs est une sorte d'autobiographie qu'il appelle sa "géographie" car il a parcouru tous les océans du globe et connu dans ses escales toutes les côtes du monde. Comme on peut l'attendre, ce livre est tout d'abord un hymne aux océans et c'est un pur régal de lire les descriptions de ces (voire ses) mers qu'il aime ou déteste, qu'il personnifie car, comme tout marin solitaire, l'océan devient vite une personne avec laquelle on a des relations plus ou moins difficiles. Le vocabulaire est simple, personnel et beau dans ces textes courts.
C'est aussi un récit de voyageur car Kersauson en est l'expression la plus pure. Son port d'attache c'est le Finistère (après avoir traversé la mer d'Iroise bien sûr). Il y revient pour mieux repartir car rien ne le retient nulle part. C'est un voyageur à l'ancienne qui arrive par la mer et accoste au port. Il ne cherche pas à poser ses valises ni à s'imposer : il est silencieux, observe, se nourrit de l'ambiance et des gens. D'ailleurs, il hait les touristes et ce qu'ils imposent aux autochtones qui doivent les supporter pour gagner leur pitance. On s'aperçoit de son amour des gens vrais, simples. Quand on imagine ce bonhomme bourru, on se dit qu'il ne doit pas être facile d'accès. Mais visiblement, les autochtones se rendent compte qu'il n'est pas là pour les emmerder et l'acceptent d'autant plus. D'ailleurs la Polynésie est devenue son autre port d'attache : il trouve visiblement un équilibre qui le satisfait et c'est là qu'il habite de plus en plus. Mais ne lui parlez pas du continent, il n'aime pas trop s'éloigner des côtes et il n'aime pas trop les grandes villes trépidantes.
Au final, on se dit vraiment :"mais quelle vie étonnante a vécu cet homme, quelle chance il a eu !". Oui, Monsieur Kersauson n'est pas encore mort mais il a déjà beaucoup vécu et rencontré des gens extraordinaires partout dans le monde, de ces gens qu'on ne voit que dans les livres. Je suis toujours étonné (presque jaloux) par ces personnes qui partent sur un coup de tête, débarquent au milieu de nulle part et tombent sur un personnage exceptionnel (parfois très connu) et qu'en plus ils se prennent d'amitié. Parfois, ils se retrouvent même au milieu d'une situation qui marquera l'histoire. Quand ça n'arrive qu'une fois, on se dit que c'est le hasard mais quand ça se reproduit, on se dit qu'il y a quelque chose chez ces hommes qui le provoque. Je pense que Kersauson a ce caractère totalement libre et aventurier qui fait qu'il attire à lui les autres aventuriers et tous ces gens sont en général assez exceptionnels (en bien ou en mal).
On retiendra bien sûr sa relation avec la légende des marins modernes, Eric Tabarly, disparu en mer comme un "con de parisien", comme on dit, tellement bêtement qu'on se pose encore des questions à ce sujet. Ces deux hommes allaient bien ensemble visiblement, le maître et l'élève puis coéquipier. Jamais Kersauson ne parle de lui comme son ami car leur relation n'était peut-être pas celle-là. Si j'ose dire, Tabarly était le granite, le minéral, imperturbable, rude, silencieux et Kersauson, le goéland épris de liberté mais avec un sale caractère quand même. Il semble que le goéland soit venu se poser sur le roc par hasard : étonnante relation, vraiment !
Pour finir, je ne saurais trop conseiller la lecture de ce livre. Cet homme est un des hommes les plus libres et entiers que j'ai pu voir et il a vécu tout simplement la vie qu'il voulait, là où il le voulait. D'ailleurs il le sait et le rend bien à la vie. Mais il sait aussi le prix à payer car on sent qu'il n'a pas d'attache réelle, peu de gens autour de lui (il en a perdu quelques uns aussi) et il en est persuadé, il finira sa vie en solitaire quelque part entre le Finistère et Tahiti. Peut-être, c'est même ce qu'il veut...

2 commentaires :

Irrégulière a dit…

J'avais lu "mémoires salées" il y a très longtemps, j'avais beaucoup aimé.

Gruikman a dit…

Ben tu peux remettre ça alors, celui-là n'est pas mal non plus! Etonnant monsieur mine de rien!