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10 novembre 2011

La caverne des idées [J.C. Somoza]

L'auteur : José Carlos Somoza, né en novembre 1959 à La Havane, est un auteur espagnol. Il devient écrivain après des études de médecine et de psychiatrie.

L'histoire : Un éphèbe est retrouvé mort dans les rues d’Athènes. Des loups lui auraient dévoré le cœur. Son ancien mentor à l’Académie sollicite les services d’un fin limier : Héraclès Pontor, le Déchiffreur d’Énigmes. Le philosophe platonicien et cet Hercule Poirot à l’antique conduisent l’enquête tambour battant, entre vieilles familles aristocratiques, savantes Hétaïres et troublants nubiles.
Tous deux s’emploient avec passion à trouver la Vérité et, accessoirement, le coupable. Car la joute philosophique se superpose à l’investigation policière, tandis que les crimes s’enchaînent.
L’histoire de ces crimes est aussi l’histoire d’un manuscrit qu’un traducteur retranscrit sous nos yeux, ignorant qu’il en est un des personnages. Convaincu que le texte recèle une clé de lecture, il note ses réflexions en bas de page avant de se voir happé par les intrigues qu’il tente de mettre en lumière. Alors qu’il pense s’appuyer sur les vertus de la raison pour clarifier des faits rationnels, il est le jouet des mots : une créature de l’auteur qui vient établir la revanche de la littérature sur la philosophie, démontrer que seule la fiction contient toutes les vérités du monde.
Vie quotidienne dans la Grèce antique, propos philosophiques, littérature classique se conjuguent avec bonheur dans ce captivant polar… atypique.

Mon avis : Polar ? On pourrait se le demander. Alors, oui, il y a des cadavres et un enquêteur. Mais cela suffit-il ? Car il est surtout question de philosophie et de littérature, au sens d’un questionnement sur le livre, son auteur, son traducteur, son lecteur et les idées qu’il véhicule. Car l’auteur joue avec son lecteur. Dès la première phrase : toutes les notes du traducteur sont de l’auteur ! Eh oui, l’auteur prend la voix du traducteur, et s’adresse parfois à lui, ainsi qu’à son lecteur directement.
Si au début, c’est l’enquête sur la mort de Tramaque, jeune éphèbe retrouvé déchiqueté dans les rues d’Athènes, qui pousse à lire, au fur et à mesure que le traducteur se fait plus présent, c’est surtout sur lui que se porte l’intérêt du lecteur. Car le traducteur se trouve aux prises d’un texte ancien, La Caverne des idées, dont il cherche les images eidétiques (procédé sorti de la tête de Somoza et qui n’a aucune légitimité historique), c'est-à-dire cachées dans chaque chapitre, tirées des 12 travaux d’Hercule. Il fait donc part de ses réflexions au lecteur par l’intermédiaire de notes de bas de pages. Au cours de son travail, de drôles de phénomènes se produisent : des intrus entrent dans sa propriété la nuit, le personnage principal du texte sur lequel il travaille semble s’adresser directement à lui… Les notes deviennent de plus en plus nombreuses ; on sent le traducteur soumis au stress, devenir irrationnel. L’enquête d’Héraclès le Déchiffreur avançant doucettement, sans rebondissement, le lecteur s’inquiète de la santé du traducteur et de ce qui lui arrive. Jusqu’aux dernières lignes, en forme d’apothéose, ou tout est remis en question !
Alors, ce livre est loin d’être facile à lire, ce qui explique mon temps incroyablement long de lecture. Bourré de références en tout genre, avec deux histoires qui s’entremêlent, il faut prendre son temps, savourer les mots, les idées abordées. Il se déguste par petites bouchées, un peu fastidieuses peut être parfois, notamment vers la moitié du roman. Mais la fin lie totalement le lecteur au roman, avide de connaître le fin mot de l’histoire.

Une œuvre étonnante à plus d’un titre, et qui m’a permis de me replonger dans l’allégorie de la caverne de Platon, et qui pose beaucoup de questions sur le lecteur, son plaisir de lecture et son rapport au livre.

6 commentaires :

Leiloona a dit…

J'ai connu Somoza avec cette oeuvre, et j'avais été bluffée ! Un de mes coups de coeur à jamais !

pom' a dit…

j'aime bien cet auteur , il a une écriture et des thèmes différents

Petite Fleur a dit…

@ Leiloona : c'est aussi une découverte pour moi, un cadeau de Noël de ma cousine, même si j'en avais entendu parler sur la blogo bien sûr.

@ pom' : je regarderai d'autres titres de lui à l'occasion. Mais pas tout de suite, je repose un peu mes neurones :-)

Malorie a dit…

De cet auteur, je n'ai lu que "Daphné disparue", que j'avais beaucoup aimé. L'univers de l'auteur m'avait impressionné et franchement convaincu. J'ai très envie de lire, maintenant, le roman que tu nous présentes.

Manu a dit…

J'ai eu un véritable coup de coeur pour "La dame n°13" et je viens d'acheter "L'appât". J'ai aussi "Clara et la pénombre". Celui-ci me tente moins car je ne maîtrise pas du tout toutes ces histoires philosophiques.

Petite Fleur a dit…

@ Malorie : il est vraiment bien. Je te le conseille.

@ Manu : j'ai eu peur moi aussi au début. Je ne suis vraiment pas portée sur la philo et je ne connais rien au monde antique. Mais, là, ça passe vraiment bien. C'est une réflexion surtout portée sur l'art et la littérature, la place du lecteur dans l'oeuvre de l'écrivain. Bref, ce qui nous touche aussi nous quelque part, lectrices compulsives que nous sommes.