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29 février 2012

La dame de fer, de Phyllida Lloyd

Film franco-britannique de Phyllida Lloyd, sorti le 15 février 2012, avec Meryl Streep et Jim Broadbent.

L’histoire : Margaret Thatcher, première et unique femme Premier ministre du Royaume-Uni (de 1979 à 1990), autrefois capable de diriger le royaume d’une main de fer, vit désormais paisiblement sa retraite imposée à Londres. Agée de plus de 80 ans, elle est rattrapée par les souvenirs. De l’épicerie familiale à l’arrivée au 10 Downing Street, de succès en échecs politiques, de sacrifices consentis en trahisons subies, elle a exercé le pouvoir avec le soutien constant de son mari Denis aujourd’hui disparu, et a réussi à se faire respecter en abolissant toutes les barrières liées à son sexe et à son rang. Entre passé et présent, ce parcours intime est un nouveau combat pour cette femme aussi bien adulée que détestée.

Mon avis : Ne connaissant pas assez le personnage (j’étais trop petite à cette époque), je ne peux pas juger de la véracité et de l’intérêt historique du film. Il est néanmoins évident qu’en se centrant sur la femme qui se donne toute entière à la vie politique plutôt que sur une époque historique difficile de la Grande-Bretagne, le point de vue est vite biaisé. On sent que la réalisatrice est fascinée par cette figure politique.
Il reste ici peu de choses de cette femme la plus haïe d’Angleterre. On nous présente une vieille femme, atteinte d’Alzheimer et qui, dans des hallucinations, discute avec son défunt mari. Elle a des flash-back de sa vie, depuis l’adolescente qui travaillait dans l’épicerie familiale et qui était sensible aux discours politiques jusqu’à son ascension au poste de Premier Ministre qu’elle occupera pendant 11 années. Forcément, pour couvrir une aussi large période en seulement 1h44 de film, les événements ne sont que survolés.
Ce qui étonne, c’est que son surnom de « dame de fer » ne transparait pas tant que ça. Certes, elle est intransigeante, refusant le compromis et la négociation, répétant à l’envi qu’elle ne négocie pas avec les terroristes, qu’il s’agisse de l’IRA ou des Argentins attaquant les Malouines. Mais le film ne décortique pas la prise de pouvoir ou comment, si dure avec ses collaborateurs, elle a pu rester aussi longtemps à la tête du parti Conservateur. On évoque fugacement son combat en tant que femme pour durer dans le monde de la politique. On évoque également sa vie de famille, et bien davantage l’amour qu’elle porte à son mari plus que son attachement à ses enfants. Elle ressemble davantage à un roc qui ose des choix audacieux, persuadée de son bon droit, habitée d’une mission difficile, sure d’elle et de ce qu’elle doit faire, ne doutant jamais et ne se remettant jamais en question. Où est la controverse ? Ou est la recherche du pourquoi cette femme a autant cristallisé sur sa personne ?
Deux choses ressortent au final de ce film : la performance époustouflante de Meryl Streep et l’envie de découvrir un peu plus cette femme majeure du XXe siècle. Pour le reste, c’est vraiment trop aseptisé pour un biopic et une figure aussi controversée.

3 commentaires :

Gruikman a dit…

Mais au final je trouve que ça fait s'interroger sur la femme au delà de son image d'Epinal qu'on lui a créé. Et puis ça m'a rappellé mes jeunes quelque part ;)

Marc a dit…

J'ai beaucoup d'admiration pour Meryl Streep, moins pour le personnage qu'elle incarne, mais je crois que c'est une vraie performance d'actrice, et puis, mordu d'histoire, cela m'intéresse de me replonger dans cette période. Je pense donc aller le voir...

volcan a dit…

J'ai trouvé la performance de Meryl Streep toujours aussi excellente. Cette femme est selon moi la meilleure actrice de nos jours. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si elle a reçu son 3ème Oscar pour "La dame de Fer"... Une performance d'actrice remarquable, une fois de plus...

Concernant le film en tant que tel, en effet, on est très loin du biopic, mais je ne pense pas que c'est le côté politique qui a intéressé la réalisatrice. D'ailleurs, elle dit elle-même à propos de son film : "Je n'ai pas voulu faire un film politique mais plutôt un film sur le destin d'une dirigeante, sur le pouvoir et la perte de pouvoir. Que se passe-t-il lorsqu'une vie trépidante consacrée au travail arrive à son terme ? Comment affronter l'âge et le handicap ? Si nous n'avons pas eu la vie de Margaret Thatcher, nous pouvons comprendre ce que représentent les relations de travail, la famille, le renoncement et le deuil."

Alors certes pour le biopic, il faudra repasser, mais ce que ce film défend de ce qu'est malheureusement la vieillesse d'aujourd'hui est, je pense, une triste réalité et, en dehors de toute considération politique ou de considération thatchérienne, il lève le voile sur la vieillesse en général.