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02 mars 2012

Lonesome Dove [Larry McMurtry]

L'auteur : Né en juin 1936 à Wichita Falls au Texas, Larry McMurtry est un romancier et scénariste américain. Avec ce titre, Lonesome Dove, il a obtenu le prix Pulitzer en 1986.

L'histoire : A Lonesome Dove, Texas, les héros sont fatigués. Augustus McCrae et Woodrow Call ont remisé leurs armes après de longues années passées à combattre les Comanches. En cette année 1880, pourtant, l'aventure va les rattraper lorsqu'ils décident de voler du bétail au Mexique et de le convoyer jusque dans le Montana pour y établir un ranch. Commence alors un périple inédit de plusieurs milliers de kilomètres à travers l'Ouest, au cours duquel le convoi affrontera de violentes tempêtes, des bandes de tueurs et d’Indiens rebelles... et laissera de nombreux hommes derrière lui.
Récompensé par un prix Pulitzer, Lonesome Dove est une fresque épique qui explore les mythes fondateurs de l’Amérique et nous fait vivre la quête désespérée de deux hommes qui, sans le savoir, tournent les pages du Dernier Western.

Mon avis : Attention grand livre (donc grand article... par la taille seulement) ! C'est un fait, Lonesome Dove est un de ces livres que je garderai dans mon panthéon des grands romans. Son prix Pulitzer n'est pas usurpé du tout. Ne soyez pas rebuté par la longueur du livre, il se dévore et on a beaucoup de mal à en décrocher. Pourquoi ? Parce que chaque page est un plaisir renouvelé, une surprise constante, des personnages nouveaux tous plus attachants les uns que les autres et qu'on perd parfois prématurément. En fait, j'ai été particulièrement surpris par cette capacité de McMurtry à toujours m'étonner au fil des pages. On ne sait jamais vraiment ce qui va se passer, les personnages prennent toujours des décisions inattendues, il leur arrive toujours des événements imprévus. Moi qui aime toujours anticiper la suite des livres, j'en suis arrivé à me laisser porter tout simplement et à savourer la découverte sans réfléchir.
J'ai été tout d'abord attiré par l'aspect western, assez rare finalement en littérature. Attention, on n'est pas dans la veine des westerns idéalisés des années 50 à la John Wayne. Certes, les deux personnages principaux, les capitaines McRae et Call auraient pu être joués par ce dernier mais il en aurait fait des personnages bien trop monolithiques et simplistes pour représenter ce qu'ils sont dans ce livre. Lonesome Dove n'est pas non plus un western surréaliste à la Sergio Leone. Mais on y retrouve cette même ambiance langoureuse, ces mêmes paysages infinis et arides, ces personnages soit très mauvais, soit un peu entre deux, ces femmes souvent fortes qui sont soit veuves soit prostituées, ces personnages secondaires souvent sales, lâches et violents, presque dégénérés. Ce roman serait donc plutôt un de ces westerns réalistes dans la veine des films de Clint Eastwood dans les années 80/90 (Impitoyable, Pale Rider) ou encore Appaloosa.
L'auteur décrit une époque difficile, violente, sans concession qui marque la fin d'une ère. Les Indiens se faisaient chasser, repousser mais ceux qui résistaient aux rangers ou à l'armée étaient souvent des meurtriers sadiques et impitoyables. Les grands troupeaux de bisons n'étaient plus qu'un souvenir. L'Ouest n'était pas encore totalement conquis.
On suit cette vie de cowboy et les difficultés pour gérer les troupeaux de bovins et de chevaux au milieu des déserts, des tempêtes de pluie, de grêles, de neige, des rivières à traverser. C'est aussi un magnifique voyage dans l'Ouest américain du Texas jusqu'au Montana. Je vous laisse regarder une carte pour voir la distance que cela représente. On passe des déserts texans et mexicains aux montagnes arides du Colorado, aux plaines torrides du Kansas puis verdoyantes du Montana. J'ai adoré la manière dont McMurtry retranscrit l'ambiance et les paysages avec cette langueur que j'aime tant dans les westerns. En fait, il alterne entre ces phases paisibles sur la psychologie des personnages et des chevauchées fantastiques et de l'action comme seule le far west pouvait en fournir.
Ce qui marque au fil du livre est l'omniprésence de la mort dans la vie quotidienne de ces hommes et femmes. Les gens souffraient mais acceptaient la mort comme un événement difficile mais naturel quelque part. Il faut dire que la nature n'était pas tendre dans le far west et les maladies mortelles nombreuses. Les gens vivaient dans une hygiène très relative, buvaient énormément de mauvais alcool et leurs activités quotidiennes étaient dangereuses. Mais le pire venait des relations des hommes entre eux car la vie ne valait pas grand chose. Pour vivre vieux il fallait une bonne dose de chance et de courage pour supporter les malheurs qui vous tombaient dessus.
La condition de la femme est aussi décrite de manière très crue. Mesdames, disons le franchement, il ne faisait pas bon être une femme dans le far west. Vous aviez le choix entre au mieux devenir une femme mariée (l'amour ne faisant que rarement partie des pré-requis), une veuve ou une prostituée. Les hommes étaient violents, sales et n'avaient comme seule optique que de se soulager sexuellement sur la première femme aussi jeune soit elle. Toutes les femmes dépeintes par McMurtry sont pourtant des personnages forts, qui supportent leurs vies difficiles avec un courage inouï et qui sont finalement les seuls réels points d'attache de ces hommes qui ne pouvaient se passer d'elles mais qui fuyaient dès qu'ils s'attachaient.
Tous les personnages de ce livre sont magnifiques, complexes, tous sans exception. Parlons tout de même des 2 principaux, les deux vieux capitaines McRae et Call que tout oppose mais que rien ne peut séparer : McRae le volubile, fantasque et philosophe ; Call le roc, taciturne et intransigeant. McRae dévore la vie à pleines dents sans se soucier du lendemain tout en jouissant de sa chance au quotidien. Call est un battant qui n'accepte aucune faiblesse, aucune erreur, qui retient toute émotion sauf quand il laisse exploser sa violence meurtrière. Tous deux sont des légendes des rangers, des tueurs qui sont encore en vie parce qu'ils ont toujours été plus rapides, plus durs ou plus malins que ceux qu'ils affrontaient. La différence entre eux et ceux qu'ils pourchassaient étaient qu'ils le faisaient au nom de la loi.
Ce roman est foisonnant en personnages et on passe de l'un à l'autre sans jamais se lasser. L'ensemble tient debout grâce à toutes leurs petites anecdotes savoureuses. On rit, on pleure, on vit avec eux et ça fait de ce roman un pur bonheur.
Enfin, des moments de poésie et d'onirisme parsèment le récit face à cette nature exceptionnelle. On comprend alors pourquoi ces hommes si durs ne pouvaient se passer de ces longues chevauchées solitaires.

Vous l'aurez compris, c'est un livre à dévorer sans retenue !

À noter que Lonesome Dove a été adapté en téléfilm en 1988 avec 2 grands acteurs, Tommy Lee Jones et Robert Duval. Je n'ai vu que des bribes de ce téléfilm sur lequel j'ai bien l'intention de me pencher davantage.

5 commentaires :

keisha a dit…

Dans mes bras, cow boy!j'ai adoré ce roman et depuis dévore les nouvelles parutions de l'auteur (ou rééditions) . A savoir La dernière séance et Texasville. En fouinant j'ai découvert qu'il existait un roman se déroulant avant Lonesome Dove, et un autre après. Evidemment il me les faut, car une des caractéristiques de McMurtry c'est qu'on s'attache à ses personnages...

Alex Mot-à-Mots a dit…

Après le désastre de "Pétrole !" j'hésite à me replonger dans les sagas. Mais le contexte des cow-boys a l'air plus sympa.

Nane a dit…

Grande admiratrice de la plupart des parutions chez Gallmeister série Totem, il me reste encore à découvrir ce duo de livres. J'ai beaucoup aimé l'ambiance de La Dernière Séance et il me tarde de retrouver la plume de Mc Murtry. Cet article me conforte dans mon impatience.
Ne pas hésiter à piocher dans les autres titres de la série Totem (Rick Basse, Tom Robbins, Howard Mc Cord et David Vann entre autres)!

Nane a dit…

J'oubliais également Pete Fromm, à lire absolument!

Léa TouchBook a dit…

J'adore Gallmeister, il faut absolument que je les lise :) !!!