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13 janvier 2013

Lettre d'une inconnue [Stefan Zweig]

Et voici une nouvelle œuvre de Stefan Zweig que je découvre, après Le joueur d'échecs, Amerigo et Les très riches heures de l'humanité.

L’histoire : « C’est depuis cette seconde que je t’ai aimé. Je sais que les femmes t’ont souvent dit ce mot, à toi leur enfant gâté. Mais crois-moi, personne ne t’a aimé aussi fort – comme une esclave, comme un chien –, avec autant de dévouement que cet être que j’étais alors et que pour toi je suis restée. Rien sur la terre ne ressemble à l’amour inaperçu d’une enfant retirée dans l’ombre ; cet amour est si désintéressé, si humble, si soumis, si attentif et si passionné que jamais il ne pourra être égalé par l’amour, fait de désir, et, malgré tout, exigeant, d’une femme épanouie. »

Mon avis : Je ne pouvais pas rester sur l’échec des Très riches heures de l’humanité. Alors, j’ai choisi cette fois une histoire construite pour retrouver Stefan Zweig, avec Lettre d’une inconnue. Et quelle œuvre que voici !
Comment ne pas être émue par ce récit de la vie d’une femme si éperdument éprise qu’elle va en perdre la vie ? La vie tout entière de cette inconnue dont nous ne saurons pas le nom est construite autour d’un seul être, qui ne se préoccupera jamais d’elle, qui ne la reconnaîtra même pas. Elle qui observe si consciencieusement tous les détails qui font la vie de cet homme, allant jusqu’à le connaitre peut-être mieux que lui-même, ne fait que survoler la sienne. Elle fait le sacrifice consentant de sa propre vie pour n’être qu’une ombre de celle de son amour. Seul la naissance de son fils, qu’elle considère comme une version bien à elle de cet amour, la forcera à s’éloigner un temps de ce don total d’elle-même, à retourner parmi les vivants pour subvenir à ses besoins. Alors que lui vit dans le réel, elle reste obstinément dans le fantasme. Leurs deux mondes ne font que se croiser de façon passagère.
On pensera forcément un peu à Freud et le sujet s’y prête bien ; dans quelle mesure ne s’agit-il pas là d’une pathologie ? J’ai aussi pensé à Mademoiselle Else d’Arthur Schnitzler, surement pour le côté féminin dans les années 20 et parce qu’il s’agit également d’un auteur autrichien. L’œuvre est touchante dès les premiers mots : « Mon enfant est mort hier ». Le lecteur sait alors dès le commencement que la fin ne pourra pas être heureuse. L’histoire commence par de bien trop sombres mots. Mais petit à petit, apparaissent devant nos yeux tous les sentiments les plus innocents d’abord, avant de devenir enflammés, d’une jeune femme pourtant sur le point de disparaître. Ce sont les tréfonds du sentiment amoureux que Zweig décrit ici. De ce qu’il a de plus beau mais aussi de plus ravageur. C’est un vrai cri de vie pourtant que cette inconnue pousse dans cette lettre, son « dernier souffle de vie ».
Je ne suis pourtant pas du genre à aimer les histoires de femmes qui se sacrifient ou qui attendent. Mais celle-ci… Est-ce dû à la plume si vivante de Zweig ? Je ne sais. En tout cas, notre inconnue est tout de même maîtresse de son destin. Elle décide de vouer sa vie à cet homme. Elle décide et ne reste pas passive, elle est partie prenante des moments de leurs rencontres. Sans ressentir de réelle empathie pour elle, je me suis retrouvée à admirer son choix et sa volonté de le tenir jusqu’au bout.
C’est triste mais qu’est-ce que c’est beau !Un coup de cœur !

3 commentaires :

Irrégulière a dit…

Ce texte est une petite merveille !

Coeur de livres (Alcyone) a dit…

Il est sur ma LAL, et je l'ai réservé à la bibliothèque! J'ai hâte de le lire^^

Alex Mot-à-Mots a dit…

Un roman que j'avais beaucoup aimé.