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17 octobre 2013

Exposition : Désirs et volupté à l'époque victorienne


J'adore les romans de Jane Austen. Quel est le rapport me direz-vous ? Eh bien, je possède les romans de la dame, en édition 10/18, présentant sur les couvertures des détails de tableau de Dante Rossetti. Peintre de l'époque victorienne. Alors, forcément, en voyant l'affiche de cette exposition, je n'ai pu résister. Un samedi,  j'ai décidé de tenter, bien que craignant la foule. D'autant que mon expérience de l'exposition sur Fra Angelico au musée Jacquemart-André m'avait montré la difficulté de circulation, surtout quand le succès est au rendez-vous. Mais, heureusement, il n'y avait pas trop de monde.

Crenaia, la nymphe de la rivière Dargle - Frederic Leighton
L'exposition invite à découvrir les artistes les plus célèbres de l'Angleterre sous le règne de Victoria, soit de 1837 à 1901. Ils s'inscrivent dans un contexte économique et social fortement bouleversé par la révolution industrielle, une société patriarcale et un puritanisme qui cotoie la fascination pour les sciences occultes ou le regain d'intérêt pour les civilisations anciennes : la Grèce, l'Egypte, la Rome antique... Associer cette exposition avec le nom de Victoria, reine très puritaine, bourgeoise, même si elle mène l'empire britannique de main de maître, ne va guère de soi. Un contraste saisissant donc.

Les roses d'Héliogabale - Sir Lawrence Alma-Tadema

La reine Esther - Edwin Long

Pourtant, c'est bien à cette période que des peintres tel que Sir Lawrence Alma-Tadema, Frederic Leighton ou John William Waterhouse se lancent dans le culte de la beauté formelle. Sous couvert de retour à un âge d'or disparu, la femme est libérée de ses corsets, devient un objet d'admiration, délicate, mélancolique, vertueuse et douce, toute de passion sage, prête à mourir pour l'être aimé comme l'Elaine de Strudwick, qui périra d'attendre son Lancelot, parti badiner ailleurs.

Elaine - John Melhuish Strudwick

Enchanteresse, magicienne, femme fatale, la femme préraphaélite revit sous la main de Waterhouse, mais empreinte d'une douceur, séduisante presque malgré elle.

La boule de cristal - John William Waterhouse
La femme n'est bien vite qu'un corps, sublimé et loin de la violence de la passion. Dès lors, si l'oeuvre semble transgressive, on y retrouve pourtant les codes de la morale victorienne : la femme est une maîtresse de maison accomplie, qui n'embarrasse pas son époux, et doit paraître douce et vertueuse, ne vivant ses passions qu'en rêve, regardant au loin par la fenêtre.

Un nuage passe - Arthur Hughes

Pour la simple pression d'une main disparue - Charle Edward Perugini

La couronne de l'amour - John E. Millais

Après avoir connus une forte notoriété à l'époque, les artistes dont les œuvres sont ici présentées sont petit à petit tombés dans l'oubli. Cette exposition leur rend hommage.

Les jours passent - John Melhuish Strudwick
Notons tout de même qu'il s'agit ici d'une vision totalement masculine de la femme. Les œuvres présentées sont celles de peintres masculins (il semble qu'il y ait un seul tableau réalisé par une femme, Emma Sandys) et les informations distillées dans l'exposition renforcent cette impression : pour remettre en contexte, on nous parlera de littérature, mais exclusivement masculine. Si Jane Austen se situe dans l'époque romantique, n'oublions pas Mary Elizabeth Braddon, Anne et Charlotte Brontë (Emily mourra juste avant l'ère victorienne), Elizabeth Gaskell ou encore Frances Eliza Hodgson Burnett et son célèbre petit lord Fauntleroy.

Une exposition agréable, même si je m'attendais à voir davantage d'oeuvres de Dante Gabriel Rossetti. Il n'y a pas beaucoup de tableaux, une cinquantaine au maximum, mais cela permet de de se pencher pleinement sur chacun.

Informations utiles :

Du 13 septembre au 20 janvier 2014
Ouvert tous les jours de 10h à 18h, nocturnes les lundis et samedis jusqu'à 20h30

Musée Jacquemart-André – 158 Boulevard Haussmann - 75008 Paris
Tel : 01 45 62 11 59


Tarif : 11€ (accès exposition et musée)
Audioguide : 4€

Site du musée Jacquemart-André : ici