ShareThis

06 janvier 2014

Exposition : 1925, quand l'art déco séduit le monde


Je n’avais jamais mis les pieds à la Cité de l’architecture et du patrimoine. Et pour tout vous dire, cette situation aurait pu durer longtemps si ce n’avait été l’affiche de l’exposition 1925, Quand l’art déco séduit le monde. Ma méconnaissance de ce mouvement artistique, la confusion habituelle avec l’art nouveau, une envie de sortir, et une occasion d’aller faire cette exposition gratuitement m’ont décidé à tenter l’expérience.

Tenture montrant les motifs classiques de l'art déco : jets d'eau et bouquets de fleurs
Les motifs de jets d’eau et de fleurs emblématiques de l’art nouveau sont repris et épurés dans l’art déco. Celui-ci regroupe les fleurs dans des bouquets et des corbeilles. L’art déco, c’est également une nouvelle façon de travailler, en équipe, autour d’un but commun. La femme travaille, depuis ses interventions dans les usines pendant la Première Guerre mondiale. Elle fume, boit, conduit. Elle coupe ses cheveux. La garçonne apparaît. Tamara de Lempicka.

Robes Jean Patou et flacons dessinés par Louis Süe
Si le corset disparaît, c’est au profit d’un autre dicktat de la mode : le corps doit être filiforme pour porter avantageusement les tenues dessinées par les couturiers comme Jean Patou. Il confie à son ami Louis Süe le dessin de ses flacons de parfum.

Photo de Suzanne Lenglen, en tenue dessinée par Jean Patou
La femme moderne travaille, fait du sport. Patou va prendre Suzanne Lenglen comme égérie. Il l’habille jusqu’au terrain de tennis, dessinant pour elle des modèles dans lesquels sont corps peut bouger.


 
Il ne faut pas oublier que c’est assez révolutionnaire car à cette époque, la femme doit obtenir l’autorisation de son mari pour travailler ou ouvrir un compte en banque. Elle doit donc se battre pour obtenir ce qu’elle veut, passer un brevet de pilote par exemple. Hélène Boucher multiplie les exploits de voltige.

Bouchons de radiateur reprenant les grandes égéries de l'époque
C’est l’époque des premiers salons de l’aviation et de l’automobile. Le monde change, va plus vite. Les efforts nécessaires pendant la Première Guerre mondiale se prolongent par des avancées technologiques. Elles-mêmes obligent les artistes et les architectes à relever de nouveaux défis. Les voitures deviennent plus fuselées, comme la Torpédo de Renault. Les bouchons de radiateurs célèbrent les mascottes de l’époque : Suzanne Lenglen, Maurice Chevalier, Le kid de Charlie Chaplin.

Le marchand Paul Guillaume commence le commerce de masques africains. C’est le début d’un engouement pour l’Afrique, d’autant que malgré la colonisation, la vie est plus facile pour les personnes noires à Paris. Joséphine Baker s’y installera d’ailleurs.

La coupole du Rex
Le cinéma abandonne le noir et blanc et passe à la couleur. On construit des salles de spectacles dédiées à cet art, comme le Rex à Paris.

Danseuse en porcelaine de Gauvenet
L’exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925 durera 6 mois et drainera près de 15 millions de visiteurs, allant du petit au grand Palais, en passant par le pont Alexandre III aménagé pour l’occasion avec deux rangées de boutiques de luxe. Et bien sûr, les pavillons. L’exposition est centrée sur la France et les pavillons étrangers sont assez rares. Ils sont tous construits spécialement pour l’exposition, en dur, puis démolis ensuite. Les grands magasins se montrent (Le Bon marché et sa collection Pomone, Les Galeries Lafayette et sa collection La maîtrise,…) comme le savoir faire français : les grandes manufactures de Sèvre ou des Gobelins ont également leur pavillon. Les jardins n’échappent pas à la mode : qu’ils soient à la française, dans le travail de la symétrie, ou à la maure, pour les espaces plus petits donnant plus d’importance à l’eau.

Le pavillon du tourisme, conçu par Robert Mallet-Stevens
Le pavillon du tourisme, conçu par Robert Mallet-Stevens, avec sa fausse symétrie, est un des plus représentatifs de l’exposition internationale. Il démontre bien la préoccupation grandissante de la société pour le tourisme, lié au développement des moyens de transport.

Paravent de New York, de Gaston Suisse, en laque noire enrichie de graphite et recouverte de feuilles d'argent
Bahut Elysée avec crépinette d'ivoire enserrant un corps d'amboine, de Ryhlmann

Boutiques et magasins diffusent l’art déco en attirant par les nouveaux matériaux et l’éclairage artificiel utilisé dans les vitrines. Les portfolios se passent de main en main et répandent les idées.


Portfolios
La poste, les télécoms et les services publics se développent. On voit apparaître des bâtiments siglés PTT. Grâce aux progrès de la médecine, les bâtiments hospitaliers regroupent dans un seul lieu tous les malades, au lieu de les regrouper en fonction de leur pathologie dans des pavillons.

Façade d'un hôtel

Cet art parti de Paris va se répandre dans le monde entier. La fin de l’exposition le montre par une succession de niches présentant les monuments art déco de différentes capitales, de façon très évidente dans les pays colonialisés par la France, mais pas uniquement. Ici à Shanghai.

Monument art déco à Shanghai
Une exposition plutôt riche et bien construite pour quelqu’un comme moi qui n’y connaissait rien. La circulation est fluide. Il faut dire que la Cité de l’architecture ne manque pas d’espace pour tout présenter ( plus de 1 000m2). On pourra regretter que l’accent soit davantage mis sur les dessins et illustrations en tout genre que sur les objets eux-mêmes. Et puis, un petit bémol également sur la distinction entre Art nouveau et Art déco qui n’est toujours pas très claire pour moi, même si je commence à avoir quelques pistes de lecture. En sortant, on regarde forcément d’un autre œil le palais de Chaillot qui habite la Cité de l’architecture et patrimoine, lui-même édifice art déco.


Informations utiles :

Du 16 octobre 2013 au 17 février 2014 (prolongation jusqu’au 3 mars 2014)
Du lundi au dimanche (sauf mardi) de 11h à 19h, le jeudi nocturne jusqu’à 21h

Cité de l’architecture et du patrimoine
1 place du Trocadéro 75016 Paris
tel : 01 58 51 52 00

Tarif normal : 9€
Tarif réduit : 6 €

Site de la cité de l’architecture et du patrimoine : ici

5 commentaires :

XL a dit…

bonjour, tu mérites bien ta citation dans mon top des blogues, j'aime tes articles où tu me rappelles combien j'ai aimé être parisienne ! (pas toujours, certains aspects je détestais)

Alex Mot-à-Mots a dit…

J'avais visité une expo sur l'art déco il y a deeeeeees années. Et j'ai appris à l'aimer. Je rotuve, depuis, dommage que l'on n'en trouve pas plus.

Nane a dit…

Très très très envie d'aller voir cette expo!

Petite Fleur a dit…

@ XL : Merci beaucoup ! C'est vrai que Paris a de gros défauts (je pense spontanément aux transports en commun) contre lesquels je râle beaucoup, mais le choix culturel est énorme !

@ Alex Mot-à-Mots : C'est la première pour moi. Je reconnais ma non-connaissance totale du sujet. Je craignais que ce ne soit trop haut niveau du coup. Mais non, j'ai appris et découvert pas mal de choses.


@ Nane : tu veux y aller en Février ?

Nane a dit…

Oui, pourquoi pas! Mais tu ne vas pas la refaire, non?