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26 janvier 2014

La dactylographe de Mr James [Michiel Heyns]

L’auteur : Michiel Heyns est un auteur sud-africain, né en décembre 1943, ancien professeur d’anglais à l’université. La dactylographe de Mr James est son troisième roman.

L’histoire : En 1907, Henry James engage une nouvelle secrétaire, Theodora Bosanquet, qui demeurera à son service jusqu'à la mort de l'écrivain. Rebaptisée Frieda Wroth, elle est la voix de cet étonnant roman dont on ne sait plus vraiment qui est l'auteur, tant Michiel Heyns est un virtuose du style jamesien. Combinant faits et fiction, il recrée la petite ville de Rye et la société gravitant autour du Maître : la vie à Lamb House - la grande maison de brique où se croisent et se recroisent les domestiques imperturbables -, les invités bavards et indiscrets, la famille James (le docte professeur William, sa femme et leurs deux enfants), la redoutable meneuse des suffragettes, une médium et ses séances de spiritisme, les jeunes disciples mâles de James, sans oublier Max le chien - tous emportés dans une sorte de tourbillon.

Appréciée pour sa compétence, frustrée de n'être guère plus que la dactylographe du grand homme, qui la fascine mais qu'elle observe d'un œil critique, prise au centre d'une tragi-comique histoire de lettres compromettantes dont les principaux acteurs sont la terrifiante Edith Wharton et le beau Morton Fullerton, les deux amis de cœur de Mr James, Frieda, s'efforce, elle, d'obéir au dictum du Maître : «Profitez de la vie autant que vous le pouvez ; c'est une erreur que de ne pas le faire.» Mais vivre a aussi un prix... Amours, tromperies, jeux de dupes, subtilité des esprits, tout est réuni pour faire de ce roman un enchantement de lecture.

Mon avis : Souvent, quand j’accepte un partenariat, j’aime choisir des livres qui sortent de mon univers habituel, ou vers lesquels je ne me serais pas spontanément penchée. Peut être est-ce une erreur, car j’ai l’impression que je m’expose davantage à la déception. Mais j’ai l’espérance de découvrir un auteur, un genre, un style, un livre à côté duquel je serais totalement passée autrement.

En même temps, je me dis que j’ai peut être été un peu bête sur ce coup-là. Car ce livre, je l’ai accepté comme une façon de découvrir deux auteurs en un : l’auteur Michiel Heyns mais aussi Henry James, que je n’avais encore jamais lu. Sauf que, vu que je n’avais pas aimé ma seule lecture d’Edith Wharton, grande amie d’Henry James, j’aurais du me méfier !

Si l’exercice de Michiel Heyns était décrire « à la façon de… », je ne suis pas en mesure de juger ni de la réussite de l’exercice, ni de son style plus spontané, du coup, puisque je n’ai lu ni Henry James ni d’autre titre de Michiel Heyns. Beaucoup d'autres blogueuses ont estimé que c'était tout à fait bien exécuté.

Peu d’action, mais je m’en doutais. Toute la première partie était plutôt agréable. La jeune Frieda explique d’où elle vient : son éducation, le jeune homme coincé et conservateur qui lui fait la cour, sa décision de devenir dactylographe, son arrivée au service d’Henry James. Ce n’est qu’après que les choses se gâtent.

A croire que, en mal d’aventure piquante, tout non-événement est prétexte à décortication. Par ennui, probablement, par frustration aussi, Frieda choisit, contre toute morale, de mettre de côté ses devoirs envers son employeur pour plonger dans son intimité afin de lui dérober ces fameuses lettres. Seulement, ce fil conducteur est vite oublié, simple prétexte à entrer dans le quotidien du génie littéraire en plein exercice. J’ai aimé voir la façon dont l’auteur écrivait ses romans, ce travail minutieux sur le choix des mots, sur la ponctuation, si bien rendue par le point de vue narratif de la dactylographe, complètement au service de l’auteur, simple intermédiaire qui sait se servir de la machine.

C'est d'ailleurs ce statut d'opératrice de la machine, comme elle se décrit elle-même, qui finit par lui peser. Elle aussi voudrait écrire. Elle aussi voudrait vivre. Michiel Heyns nous offre une plongée dans sa pensée profonde, qu'elle ne laisse pas voir aux autres. Mais il est parfois difficile de nous repérer car Frieda ne nous explique pas tout sur le pourquoi de ses actes. Comme lorsqu'elle se donne à Morton Fullerton alors qu'elle sait qu'elle se fait manipuler par ce séducteur dans le seul but de récupérer des lettres compromettantes. Sa tactique pour convaincre la jeune fille vite accomplie, il repart pour Paris. Frieda, elle, retourne à Rye et s’imagine une connexion subliminale entre eux, permettant un dialogue que la machine va transcrire. Elle semble se construire une autre vie, où elle serait douée de pouvoir de médium. Cette fille qui apparaît dans un premier temps très terre-à-terre au lecteur plonge avec une déconcertante facilité dans les manipulations spirites.

Et c'est, je pense, ce qui m'a rebutée dans cette histoire : cette façon de faire une montagne d'un rien, de décortiquer le moindre mot prononcé. Encore une fois, je n'aime pas les romans où il n'y a ni histoire, ni personnage charismatique. J'ai l'impression de n'avoir rien lu de conséquent, si bien que ce roman ne me laissera pas de grand souvenir. C'est d'autant plus dommage que j'ai apprécié les références aux différences, parfois subtiles, entre les classes sociales ; aux suffragettes et à la place de la femme ; au spiritisme très  la mode à cette époque. Mais ces références, justement, ne sont que ça. Elles ne sont pas assez développées pour susciter mon intérêt.

Je ne doute pas que les fans d'Henry James apprécieront ce roman. Mais pour moi, il ne me fera pas me précipiter sur un  de ses titres !

Je remercie Entrée Livre pour ce partenariat !