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19 février 2014

Pietra viva [Léonor de Récondo]

L’auteur : Léonor de Récondo est une violoniste, notamment baroque, née en 1976. Pietra Viva est son 3e roman.

L’histoire : Michelangelo, en ce printemps 1505, quitte Rome bouleversé. Il vient de découvrir sans vie le corps d’Andrea, le jeune moine dont la beauté lumineuse le fascinait. Il part choisir à Carrare les marbres du tombeau que le pape Jules II lui a commandé. Pendant six mois, cet artiste de trente ans déjà, à qui sa pietà a valu gloire et renommée, va vire au rythme de la carrière, sélectionnant les meilleurs blocs, les négociant, organisant leur transport. Sa capacité à discerner la moindre veine dans la montagne a tôt fait de lui gagner la confiance des tailleurs de pierre.

Lors de ses soirées solitaires à l’auberge, avec pour seule compagnie le petit livre de Pétrarque que lui a offert Lorenzo de Medici et la bible d’Andrea, il ne cesse d’interroger le mystère de la mort du moine, tout à son désir impétueux de capturer dans la pierre sa beauté terrestre.

Au fil des jours, le sculpteur arrogant et tourmenté, que rien ne doit détourner de son œuvre, se laisse pourtant approcher : par ses compagnons les carriers, par la folie douce de Cavallino, mais aussi par Michele, un enfant de six ans dont la mère vient de mourir. La naïveté et l’affection du petit garçon feront resurgir les souvenirs les plus enfouis de Michelangelo.

Parce qu’enfin il s’abandonne à ses émotions, son séjour à Carrare, au cœur d’une nature exubérante, va marquer une transformation profonde dans son œuvre. Il retrouvera désormais ceux qu’il a aimés dans la matière vive du marbre.

Mon avis : C’est suite aux avis positifs obtenus lors des Matches de la rentrée littéraire que je me suis intéressée à ce roman. Et grâce à Stellade qui l’a fait venir jusqu’à moi, j’ai pu le découvrir.

Effondré par la disparition d’un jeune moine, modèle de beauté, Michelangelo Buonarroti quitte Rome pour se rendre à Carrare. Fait d’autant plus douloureux qu’on devine que Michel-Ange en était certainement amoureux. Les sentiments de l’artiste le poussent à se questionner sur la beauté et l’art. Il retourne aux fondements, cette pierre de marbre dont il doit choisir les meilleurs blocs pour créer une œuvre d’autant plus magnifique que son matériau et son artiste relèvent eux aussi du magnifique. Ses obsessions sont à la fois celles de tout le monde et uniques. Celles de tout le monde quand il cherche à renouer le fil de la mémoire par delà le deuil et le temps, pour retrouver le visage de sa mère. Uniques quand elles touchent à la créativité, à l’inspiration de ses œuvres qui en ont fait un artiste de renom.

Michelangelo est un être renfermé, solitaire. Difficile pour lui de communiquer avec les vivants, alors qu’il n’aime rien tant que s’abandonner à son art, à la création, entendre le bruit du ciseau contre la pierre. Un petit enfant un peu pot de colle sur les bords, et un doux-dingue se prenant pour un cheval vont l’aider à sortir de sa coquille, lui permettre de retrouver le souvenir oublié de sa mère, source de sa colère et de son amertume. Lentement, doucement, au fil des semaines qui passent alors que les blocs de marbre sortent de la carrière, la mémoire se reconstruit. Jusqu’à son retour à Rome, l’esprit plus tranquille. C’est bien à un voyage intérieur que nous convie Léonor de Récondo.

Une sorte de poésie se dégage de l’écriture de l’auteur, mélange de simplicité et de précision. Est-ce son métier de violoncelliste qui la rend si sensible à la musicalité des mots ? Le lecteur a l’impression qu’ils coulent sans obstacle, déroulant la pensée de Michel-Ange et ses tourments intérieurs. J’ai repensé à Pour seul cortège de Laurent Gaudé car on retrouve le même souci de précision du verbe, ce souffle de vie qui parcourt le roman.

Ce roman porte sur le deuil et la mémoire, sur un génie qui apprend à s’ouvrir aux autres. Si au départ Michelangelo veut rendre la pierre vivante, lui insufflant la vie, ramenant les morts parmi les vivants par le truchement du marbre, il finit par comprendre que la réalité est inverse : les souvenirs le hantent pour qu’il les fige, les transformant en « des souvenirs millénaires fossilisés ». La chair devient pierre.

Comme j’aime si souvent dans les romans, j’ai également croisé des personnages réels qui m’ont poussé à aller chercher un peu plus de quoi il était question. Nous croisons donc ici le pape Jules II et sa commande d’un tombeau sur lequel Michelangelo travaillera pendant 40 ans, sans lui donner au final la forme prévue. On revient également sur l’épisode florentin du règne de Savonarole et son fameux bûché des vanités, dans lequel Boticelli brûla quelques toiles.
source
Un roman intéressant, qui emporte le lecteur. Après, le petit bémol que j’aurai à formuler est qu’autant j’ai apprécié cette lecture sur le moment, autant je ne suis pas sure de pouvoir m’en souvenir d’ici quelques mois. Ce n’est pas le genre de romans qui fait une grande impression sur moi dans le long terme en général. Il n’empêche que je conseille tout de même de le découvrir.

5 commentaires :

dasola a dit…

Bonsoir Petite fleur, dans ma PAL depuis peu car le sujet m'intéresse. J'espère qu'il me plaira. Tant qu'à m'en souvenir après, je verrais bien. Bonne soirée.

Alex Mot-à-Mots a dit…

Au moins, tu as passé un bon moment.

La chèvre grise a dit…

@Dasola : un vraiment bon roman, j'espère aussi que tu sauras te laisser porter.

@Alex-Mot-à-Mots : Oui tout à fait. Après, ce n'est qu'une question de mémoire de poisson rouge :-)

Philisine Cave a dit…

Nous avons le mê^me ressenti et j'aime aussi ta façon de corréler ce texte à celui de Gaudé : bien vu et surtout mêmes impressions ! bises

La chèvre grise a dit…

@ Philisine Cave : Merci !