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03 mars 2014

Dallas Buyers Club, de Jean-Marc Vallée

Film américain de Jean-Marc Vallée, sorti le 29 janvier 2014, avec Matthew McConaughey, Jennifer Garner et Jared Leto.

L'histoire : 1986, Dallas, Texas, une histoire vraie. Ron Woodroof a 35 ans, des bottes, un Stetson, c’est un cow-boy, un vrai. Sa vie : sexe, drogue et rodéo. Tout bascule quand, diagnostiqué séropositif, il lui reste 30 jours à vivre. Révolté par l’impuissance du corps médical, il recourt à des traitements alternatifs non officiels. Au fil du temps, il rassemble d’autres malades en quête de guérison : le Dallas Buyers Club est né. Mais son succès gêne, Ron doit s’engager dans une bataille contre les laboratoires et les autorités fédérales. C’est son combat pour une nouvelle cause… et pour sa propre vie.

Mon avis :  Voici un film dont on parle beaucoup ces temps-ci car les deux acteurs ont reçu un Golden globes et sont nominés aux Oscars. C’est également un biopic sur un personnage fort qui témoigne de la bêtise humaine et d’une aberration du système de santé américain dans les années 90.

Ce film ne fait pas dans le sentimentalisme. En même temps, le personnage passablement macho, misogyne et homophobe de Ron Woodroof ne s’y prête absolument pas. Pur redneck, fan de rodéo, il alterne entre filles de joie, arnaques, coke, bières et de temps en temps il va tailler la bavette avec ses collègues au boulot. Lorsqu’on le découvre, sa santé n’est déjà plus suffisante pour qu’il monte lui-même sur le taureau. Un jour de 1986, après un évanouissement, les médecins lui annoncent qu’il est atteint du sida et ne lui donne plus que 30 jours. Le temps de régler ses affaires. La première réaction de Ron est de refuser la situation et de continuer comme avant. Mais la question est là, lancinante : et si c’était vrai ? À travers lui, c’est aussi l’histoire de l’évolution de la société : une prise de conscience que le sida n’est pas une maladie qui ne touche que les homosexuels, qu’il faut sortir du tabou et du puritanisme. Le sida a déjà fait des milliers de victimes mais tout le monde s’en fout puisqu’il s’agit d’homosexuels. Croit-on. Car non, la maladie ne fait aucune distinction et remet tout le monde sur un pied d’égalité.

Ron va se lancer dans des études, mi-médecine, mi-droit, afin de comprendre la maladie et d’essayer de la contrôler. Quels sont les traitements efficaces ? Pourquoi ne peut-on les trouver sur le sol américain ? Et comment les y faire venir ? Refusant de se laisser enterrer par les médecins sans combattre, refusant de se périr sur l’autel des intérêts des grands groupes pharmaceutiques, Ron met toute son énergie à combattre système et maladie, qui ne font plus qu’un. Il vivra encore sept ans.

Si Ron n’est pas un gentil pour lequel on ressent au début beaucoup d’empathie, le regard du réalisateur se fait petit à petit plus affectueux. Pourtant, je me demande si la maladie peut à ce point changer une personnalité, lui apprendre la compassion et la tolérance. Car il me semble que le moteur essentiel de Ron, là où il trouve son énergie, c’est bien sa propre survie avant tout. Puis, l’envie de faire de l’argent : il a la marchandise, il sait où trouver la clientèle, il a besoin de Rayon, transexuel joué par Jared Leto, pour l’atteindre. Si une complicité se dessine petit à petit entre les deux, j’ai senti qu’une forme de répugnance se manifestait encore chez Ron sur la fin, même s’il se fait violence.

Ce qui frappe, dès le début, c’est la perte de poids spectaculaire de Matthew McConaughey. Yeux et moustaches lui mangent le visage. Son corps, terriblement marqué, est un élément dramatique à part entière, qui relègue parfois le jeu de l’acteur au second plan tellement il obnubile le spectateur. Lorsqu’il connait une période de rémission, son visage reprend des rondeurs. Lorsqu’il n’a pas les médicaments adéquats, les os apparaissent toujours plus saillants, les joues fondent, les cernes se creusent, donnant l’impression d’un mort-vivant.

Jared Leto est beaucoup plus lumineux et tout en finesse dans son jeu. L’humour, dont ce film n’est pas dénué malgré le sujet grave, vient essentiellement des petits accrochages et répliques entre Rayon et Ron, issus de deux mondes tellement différents que rien ne poussaient à se croiser. Ils forment alors tous les deux un couple improbable qui attendrit.

Ce film est bon et aborde un sujet dont il faut parler. Il reste cependant de facture assez classique et ne révolutionne rien. Le réalisateur mise beaucoup sur l’émotion qu’il va susciter chez le spectateur par le biais de l’histoire elle-même plutôt que sur la réalisation assez consensuelle. Cachou soulignait également qu’à aucun moment le spectateur n'a à se questionner sur quel est le bon côté. Tout de suite, on lui présente les bons d’un côté, les méchants de l’autre. Tout est clairement posé et rien ne vient bouleverser l’ordre établi. Un peu trop facile donc. Mais cela n'en reste pas moins un film intéressant et agréable que j'ai apprécié.

3 commentaires :

Tiphanie a dit…

J'espère que mon cinéma (qui a toujours un peu de retard) le programmera parce que j'ai vraiment envie de le voir!

Loesha a dit…

Effectivement on voit rapidement qui sont les méchants et les gentils, même si le personnage principal est loin d'être un tendre...
Enfin c'est toujours bon de se rappeler que l'industrie pharmaceutique ne fait pas dans le social, mais est bien un business...

Perso je ne savais pas de quoi le film allait traiter en t'accompagnant, et j'ai été surprise dans le bon sens du terme :)

La chèvre grise a dit…

@ Tiphanie : il est resté plus d'un mois ici, donc je pense qu'avec les oscars en plus, il devrait être visible encore quelques temps.

@ Loesha : je n'avais en y allant que la trame principale, et c'est effectivement très bien ainsi. On se laisse surprendre par le film comme ça et on y va sans a priori.