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22 avril 2014

Melisande ! Que sont les rêves ? [Hillel Halkin]

L'auteur : Né en 1939 à New York, Hillel Halkin est un biographe, traducteur et critique littéraire juif américain, qui vit en Israël. A 73 ans, il publie ici son premier roman.

L'histoire : "Si nous n'avions qu'une vie à vivre ensemble, je la passerais avec toi dans la joie, en souhaitant encore davantage. Si toi et moi pouvions renaître encore et encore, je voudrais que ce soit toujours toi, toujours moi, pour qu'à chaque renaissance nous soyons toujours ensemble."

Dans le New York des années 1950, au club de littérature du lycée, Hoo, un adolescent timide, écoute avec ravissement la belle Melisande. Vingt-cinq années passeront, il ne cessera de l'aimer. Vingt-cinq années, de la chasse aux sorcières à la guerre du Vietnam, depuis que, le temps d'un été, ils formèrent avec le fougueux Ricky un inséparable trio...

Mon avis : Voici un roman sur lequel je suis tombée un peu par hasard, et que j’ai commencé je dois l’avouer sans grande conviction. Et pourtant, j’en ressors touchée par la prose poétique de l’auteur et par cette histoire si banale mais oh combien transcendée.

Car l’histoire, justement, est classique. C’est celle d’un triangle d’amis, deux garçons et une fille, qui va se transformer en triangle amoureux. Parce que Ricky est moins timide que Hoo, c’est avec lui que Mellie commence à sortir. Seulement Ricky, si adorable parce que fantasque et original, est difficile à vivre. Et un peu atteint du ciboulot. Il finit par passer par la fenêtre et Hoo et Mellie peuvent enfin se mettre ensemble. Malheureusement, un avortement mal pratiqué les empêche de devenir parents. Petit à petit, dans cet amour s’infiltre les regrets, l’amertume et la frustration. De famille ils deviennent amants avant tout, comme pour se protéger. Mais cela ne suffit pas.

Le récit se dessine sur fond de 25 ans d’histoire des Etats-Unis, où on retrouve la chasse aux communistes, le power flower, la guerre du Vietnam et le réveil de la jeunesse qui devient une société adulte piégée dans les contingences économiques et sociétales. Ils rêvaient de refaire le monde ; ils en sont les prisonniers.

C’est sous la forme d’une longue lettre de Hoo à cette femme qui donne un sens à son existence que l’auteur décide de nous rapporter cette histoire. Il entrecoupe son récit de flash-backs et de petits mots du quotidien que Mellie lui à laisser, donnant une construction qui se précise au fur et à mesure. Le tutoiement évite la distance que pourraient induire certains passages philosophiques et l’écriture d’Hillel Halkin est pleine de poésie et de tendresse. Malgré les erreurs, le récit ne véhicule aucune aigreur, juste une douceur empreinte de sagesse et de recul que l’âge apporte dans son regard sur la vie.

La forme et l'histoire d'amour m'ont fait pensé à La lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson, sans la campagne islandaise dépaysante, mais avec des personnages que j'ai trouvé bien plus attachants. Il faut dire que contrairement à Bjarni, Hoo vit sa vie et assume ses choix. Il peut les regretter mais espère pourtant reconstruire. Le roman se termine sur une note d'espérance folle, comme le moteur de toute vie.

De cette histoire banale Hillel Halkin a su faire une histoire poétique universelle, pleine de tolérance, une ode à l’acceptation de l’autre, à l’amitié et bien sûr à l’amour. Une jolie découverte.

Merci aux éditions Folio pour ce partenariat.

Je fais entrer cette lecture dans le challenge Petit Bac 2014 d'Enna, catégorie Prénom.


5 commentaires :

Kllouche a dit…

J'avais hésité à le demander... Mais l'histoire m'avait paru trop simple. Du coup je me dis que je tenterai bien quand même en le prenant à la bibli!

Alex Mot-à-Mots a dit…

Une bonne pioche, finalement.

La chèvre grise a dit…

@ Kllouche : j'ai moi aussi eu un peu peur, je l'avoue. Mais c'est une bonne surprise.

@ Alex Mot-à-Mots : Oui !

Cera una volta a dit…

Bonsoir. J'ai terminé ce roman il y a quelques jours. Tu en as rédigé une bien belle chronique et tu exprimes bien mieux que moi la beauté de cette histoire. Bravo!

La chèvre grise a dit…

@ Cera una volta : merci ! Et contente de voir qu'il t'a plu aussi.