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30 mai 2014

Guide à l'usage des jeunes femmes à bicyclette sur la route de la soie [Suzanne Joinson]

L'auteur : Suzanne Joinson est une britannique qui a travaillé dans le département littérature du British Council. Guide à l'usage des jeunes femmes à bicyclette sur la route de la soie est son premier roman.

L'histoire : Un carnet de notes, un héritage inattendu, la rencontre improbable de deux mondes...

Parce qu'elle cherche à fuir l'Angleterre de l'entre-deux-guerres et son carcan bourgeois, Evangeline, jeune femme éprise de liberté, décide de suivre sa soeur missionnaire jusqu'en Asie, emportant avec elle sa bicyclette.

Des décennies plus tard, Frieda, une Londonienne en perpétuel transit, apprend qu'elle est l'unique héritière d'une femme dont elle ignore tout. Débute alors pour elle un fabuleux voyage à travers le temps.

Mon avis : Peut-être parce que j’avais lu bon nombre d’avis de personnes déçues, je n’attendais pas grand-chose de cette lecture. Et j’ai du coup été plutôt agréablement surprise même si ce roman n’est pas pour autant dénué de défauts. Contrairement à ce que la couverture (très jolie) pouvait laisser craindre, il n’est pas du tout question d’une romance ici. Mais ce n’est pas non plus un roman d’aventures. Il s’agit davantage d’un carnet de bord dans lequel une jeune européenne, partie à l’aventure, va noter ses impressions et des répercussions de ce carnet dans la vie de Frieda, jeune anglaise moderne.

Deux récits s’entremêlent donc. D’abord, le récit principal, celui à la première personne d’Evangeline, jeune femme partie avec sa sœur missionnaire et son amie Millicent en direction de l’Orient. Élevées par un père diplomate, Evangeline et sa sœur Lizzie sont habituées à courir le monde. Lorsqu’elles reviennent s’installer à Londres, elles ne sont donc pas préparées à une vie plus monotone. À la mort du père, Lizzie devient missionnaire. Pour ne pas quitter sa sœur, Evangeline s’engage aussi. L’une emmène son appareil photo, l’autre sa bicyclette. Très vite, le drame s’installe. Evangeline se retrouve avec la responsabilité d’un bébé qu’une communauté musulmane est prête à tuer au nom des croyances locales. Si les trois jeunes femmes s’y opposent et sauvent l’enfant, cela n’est pas sans risque : la communauté, déjà peu encline à accepter des femmes, européennes, voyageant seules, ne peut tolérer qu’elles refusent leurs croyances. D’autant que Millicent n’oublie pas le but de son voyage : évangéliser ! Elle use de basses manœuvres, excitant les passions et les tensions dans cette ville de Kachgar, déjà largement instable vu le contexte du pays.

Le second récit est à la troisième personne. On suit le questionnement de Frieda, jeune femme un peu perdue entre un boulot qui lui faire parcourir le globe en tous sens et une famille instable qui ne l’aide pas à se poser et à construire sa vie. En rentrant chez elle après des semaines d’absence, elle trouve un courrier l’avertissant qu’elle est la seule héritière d’une certaine Irène, qu’elle ne connait pas. Elle découvre dans son appartement un carnet, celui qu’Evangeline rédige au fur et à mesure de ses pérégrinations. C’est ce carnet qui liera le destin de ces deux femmes que plusieurs décennies séparent.

J’ai bien aimé la construction du roman en deux récits qui permet, lorsque le lecteur s’essouffle sur un des récits, de s’appuyer davantage sur le second. J’ai aimé également l’ambiance qui se dégage, que ce soit la chaleur harassante du Turkestan, la défiance envers les femmes, l’amour de la vie qui pousse Evangeline ; ou les doutes qui assaillent Frieda, son incapacité à comprendre qui elle est et ce qu’elle veut. Le récit d’Evangeline prend souvent le dessus, d’autant qu’il est bien plus porteur d’exotisme pour le lecteur. Les personnages qui y sont croisés interpellent : ils ne sont guère attachants, notamment Millicent dont le comportement agressif envers une culture qu’elle ne connait pas ne peut que choquer. Mais il ne faut pas oublier qu’ils sont vu uniquement par le prisme d’Evangeline, qui va se découvrir petit à petit, se construire une identité forte et courageuse, malgré la blessure indélébile que ce voyage au bout du monde laissera. Car le sujet principal de ce roman reste celui de l’identité, ce qu’on est, comment on se construit, en fonction de notre famille et des blessures que chaque membre peut porter, de façon plus ou moins visible. Entre Evangeline et Frieda, chaque femme aura essayé de trouver sa voie, une façon de s’accomplir et de s’épanouir, sans grand succès. Le sentiment de plénitude, d’être chez soi, au bon endroit, n’arrive jamais. Chacune est perpétuellement à sa recherche mais l’envie de bouger est forte.

Malgré des qualités donc, le récit manque terriblement d’explications historiques sur le contexte politique au Turkestan, sur les expéditions missionnaires au début du XXe siècle, la condition des femmes, les récits de voyages. La carte en début de roman, retraçant le périple d’Evangeline, est une bonne idée, mais elle est loin de suffire. J’aurais également aimé bien plus d’informations sur cette route de la soie que les jeunes femmes empruntent, qui n’est au final qu’un détail. Les personnages ont parfois des comportements difficiles à comprendre, comme Lizzie si totalement accrochée à son Leica, ou le prêtre italien qui perd la tête.

Je retiendrai finalement bien plus une ambiance agréable qu’un récit vraiment prenant.


Une lecture commune avec Stellade, que je remercie de m'avoir aidée à sortir ce livre de ma PAL. Et je file voir son avis !

6 commentaires :

Fransoaz a dit…

Bonjour 'La chèvre grise'. Kind zimmer a quitté ma campagne bretonne et file tout droit jusque chez toi.
Il faut prendre le temps pour cette lecture essentielle. Bon week-end!

Manu a dit…

C'est dommage, ce récit avait tout pour plaire.

La chèvre grise a dit…

@ Fransoaz : merci !

@ Manu : Y a de bonnes idées dedans, mais ce n'est pas complètement abouti je trouve. Ça n'ose pas.

Gaby a dit…

J'ai ce livre mais les avis m'ont aussi dissuadé de plonger le nez dedans. Peut-être que je tenterai l'aventure cet été! Cela semble parfait pour voyager sans payer de billet!

La chèvre grise a dit…

@ Gaby : comme toi, il a traîné pas mal de temps dans ma PAL. Pas sûre que je l'aurais sorti sans l'optique d'une lecture commune.

Mariejuliet a dit…

L'ayant trouvé en occasion je me tâtais, mais les défauts que tu soulignes sont plutôt rédhibitoire, je vais donc passer mon chemin.