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24 mai 2014

Une saison à Longbourn [Jo Baker]

L'auteur : Jo Baker est une romancière anglaise. Une saison à Longbourn est son quatrième roman mais le premier traduit en français.

L'histoire : Sur le domaine de Longbourn, vivent Mr et Mrs Bennet et leurs vénérables filles, en âge de se marier.

À l’étage inférieur veillent les domestiques. Personnages fantomatiques dans le célèbre roman de Jane Austen, Orgueil et préjugés, ils deviennent ici des êtres de chair et de sang qui, du matin au soir, astiquent, frottent, pétrissent et vivent au rythme des exigences et des aventures de leurs bien-aimés patrons. Mais ce que les domestiques font dans la cuisine, sans être observés, pendant qu’Elizabeth et Darcy tombent amoureux à l’étage, relève d’eux seuls… Une histoire d’amour peut en cacher une autre, et qui sait quel secret enfoui risque de ressurgir.

Mon avis : Si j'ai été tentée par ce roman, c'est parce que j'ai vu fleurir des avis plutôt positifs qui promettaient de retrouver l'ambiance si cher à tout fan d'Orgueil et préjugés mâtinée d'un peu de la série Downton Abbey. Comment résister ? Le problème, c'est qu'il y a eu mévente. Le fait de situer l'action dans la domesticité ne suffit pas à être un gage de qualité.

Mon billet sera sous l'influence de celui de Cachou qui a largement dit ce que je ressens suite à ma lecture. D'abord en ce qui concerne la lecture de toute austenerie : oui, il est plus que séduisant de retrouver une situation, des personnages, une ambiance tant aimé. Mais forcément, cela se termine trop souvent en déception car les auteurs de fan fiction ont rarement le talent de Jane Austen qui avait su si habilement doser romance et peinture de mœurs dans la société anglaise du début du XIXe siècle.

Ici, l'histoire est centrée sur Sarah, jeune femme de chambre au service de la famille Bennett. Un jeune homme arrive et se fait embaucher comme valet, à une période où tous les hommes jeunes et valides sont envoyés combattre Napoléon sur le continent. Sarah, bien qu'elle s'en défende, va tomber sous le charme et espérer plus qu'une vie de servitude. Elle va ouvrir les yeux et regarder le monde qui l'entoure, plus précisément cette famille qui l'emploie. Jo Baker semble vouloir accentuer les défauts de tous les membres de la famille, où seules Mary, perdue au milieu de ses sœurs, et Mrs Bennett, qu'on apprendra usée par des grossesses successives potentiellement non souhaitées mais imposées dans l'espoir d'avoir cet héritier tant attendu, semblent trouver grâce. Tous les autres Bennett ne trouve grâce à ses yeux, ainsi que les personnages qui les entourent perdent toute nuance et saveur : Jane est belle et se tait ; Elizabeth est parfois hautaine et supérieure ; Wickham, abîme de "glauquitude", s'intéresse à des domestiques mineures ; Darcy est snob et je ne vous dévoile pas le lourd secret de Mr Bennett. Chacun en prend largement pour son grade et j'ai eu l'impression que l'auteur donnait systématiquement dans la surenchère. Alors si vous êtes attaché à tout ce petit monde, vous pouvez passer votre chemin. Jo Baker m'a fait regretter l'attachement de Jane Austen pour ses personnages, qu'elle savait moquer tout en les aimant.

On aurait pu attendre alors une réelle étude de la vie de domestique à cette époque, les choix et les sacrifices que cela comporte, les petits plaisirs et les souffrances cachées. Seulement cet aspect n'est que très légèrement abordé, l'histoire s'axant très rapidement autour des désirs de Sarah, de son amour pour James, de la vie de celui-ci. J'avoue avoir eu du mal à finir le livre car on sait comment tout ceci va se terminer et je n'ai pas trouvé Sarah particulièrement attachante. À vouloir ratisser large, l'auteur perd le fil de sa narration. Et son lecteur au passage.

Un récit qui manque de finesse et de profondeur, mettant l'accent sur une romance convenue qui plombe le récit au lieu de l'enrichir. Un roman totalement dispensable.


2 commentaires :

Alex Mot-à-Mots a dit…

Quelle déception !

La chèvre grise a dit…

@ Alex Mot-à-Mots : carrément !