ShareThis

07 juin 2014

D'une vie à l'autre, de Georg Maas

Film germano-norvégien de Georg Maas, sorti le 7 mai 2014, avec Juliane Köhler, Liv Ullmann et Sven Nordin.

L'histoire : Europe 1990, le mur de Berlin est tombé.

Katrine a grandi en Allemagne de l’Est, et vit en Norvège depuis 20 ans. Elle est le fruit d’une relation entre une norvégienne et un soldat allemand pendant la Seconde Guerre Mondiale. À sa naissance, elle a été placée dans un orphelinat réservé aux enfants aryens. Elle parvient à s’échapper de la RDA des années plus tard pour rejoindre sa mère. Mais, quand un avocat lui demande de témoigner dans un procès contre l’Etat norvégien au nom de ces «enfants de la honte», curieusement, elle refuse.

Progressivement de lourds secrets refont surface, dévoilant le rôle de la STASI, les services secrets de la RDA, dans le destin de ces enfants. Pour elle et ses proches, quel est le plus important ? la vie qu’ils ont construite ensemble, ou le mensonge sur lequel elle repose ?…

Mon avis : Un ciné entre filles, deux places à utiliser avant la fin du mois, un horaire qui convient, et voilà comment on choisit très vaguement une séance, sans trop savoir ce qu'on va voir ni à quoi s'attendre exactement. Vous le savez maintenant, j’aime assez les récits sur deux périodes qui se construisent sous nos yeux en parallèle pour finir par un point de rencontre. Et j’aime assez la découvrir des faits historiques qui ne me sont pas familiers au détour d’une histoire habilement construite. Le film de George Maas propose ces deux aspects et avait donc, sur le papier, tout pour me convaincre.

Comme je le disais, la petite histoire de Kathrine rencontre la grande Histoire à cause d’un avocat qui souhaite mener une action auprès de la Cour Européenne des Droits de l’Homme afin d’obtenir réparation pour les familles séparées par le régime nazi d’abord, puis par le régime communiste de la RDA ensuite. Ce faisant, il met en danger cette mère de famille heureuse, entourée de son mari aimant, de sa fille un peu perdue avec son nouveau-né et de sa mère retrouvée après des années de séparation.

Le récit est construit comme un thriller psychologique, grâce à des flash-back qui laissent entendre que la situation n’est pas aussi simple qu’on pourrait le croire. Où se cache la vérité ? Quelle est la véritable identité de Kathrine et comment en est-elle arrivée à cette vie de famille équilibrée et à laquelle elle semble tant tenir ? Entre les années 60 et les années 90, le spectateur reconstruit brique par brique l’histoire de cette femme, issue d’un Lebensborn et recrutée par la Stasi. Malheureusement, pour ceux qui ne sont pas vraiment au fait de l’existence de ces institutions, il est difficile de tout comprendre : Où Ase a-t-elle accouchée ? Pourquoi et comment a-t-elle été contrainte à abandonner son enfant ? Où se situe le Lebensborn ? Quelle part de l’histoire se situe en Norvège et quelle autre part en Allemagne ? D’autant que les hommes de la Stasi veillent partout et pas uniquement en RDA. Le sujet est fort, touchant, provoquant parfois le malaise, mais la réalité historique n’est pas assez clairement décrite pour convaincre totalement. A vouloir jouer des mensonges et des complots, le côté pédagogique est trop vite oublié et donne un sentiment d’inachevé à ce film. La réalisation assez classique accentue ce sentiment.

Un mot sur les acteurs, que j’ai trouvé bons mais je n’ai pas été convaincue par deux personnages. Celui joué par Julia Bache-Wiig, si prompt au jugement et celui de l’avocat, si pressé et pressant pour obtenir ce qu’il veut, qu’importe s’il doit réveiller de douloureux souvenirs chez ses familles si difficilement reconstruites. Mais ce ne sont que des personnages secondaires. Le plus prenant est sûrement cette relation fille-mère qui se devine plus qu’elle ne se dit, tout en retenue et jouée magnifiquement.

Un film intéressant donc mais qui ne me convainc pas vraiment.