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09 juillet 2014

Une ville sur écoute [Jón Óttar Ólafsson]

L'auteur : Jón Óttar Ólafsson a étudié à Cambridge, où il a obtenu son doctorat en criminologie, avant de travailler plusieurs années au sein des forces de police d'Islande. Après l'effondrement du système bancaire islandais en 2008, il intègre le bureau en charge des enquêtes sur les crimes liés à la crise économique.

L'histoire : Décembre 2009. Peu avant Noël, le cadavre d'une femme est découvert à l'intérieur d'un cabanon de pêcheurs, dans un quartier résidentiel de Reykjavik. Si tout prête à croire à une overdose, l'inspecteur David Arnarson est catégorique : la thèse de l'ex-junkie qui aurait replongé ne tient pas la route.

Grâce à la mise sur écoute des proches de la défunte, la police démasque bientôt l'existence d'un trafic de drogue qui semble s'étendre des bas-fonds de la capitale aux hautes sphères d'une Islande traumatisée par la plus grave crise économique de son histoire.

Mais David est bien vite confronté aux rivalités qui l'opposent à certains de ses collègues et aux limites du système qui protège ses dirigeants. C'est en cavalier seul qu'il devra mener son enquête, quitte à faire tomber quelques têtes et à mettre la sienne en péril...

Mon avis : Après l'engouement que la France a connu il y a quelques années à la suite de la découverte de Millénium, les maisons d'éditions françaises ont bien compris le filon. Cela m'a valu de jolies découvertes, et de bons polars, souvent. Mais avec la palanquée de bons titres affluent également les moins bons. Ce roman en fait indubitablement partie.

En premier lieu, Une ville sur écoute souffre d'un manque d'originalité. L'histoire se résume en un imbroglio des différents services de police : la brigade de David enquête sur un suspect déjà suivi par la brigade des stups avant de se rabattre sur un autre suspect suivi cette fois par la brigade financière. L'auteur tente bien de positionner des rebondissements à chaque fin de chapitre mais l'élément qui lui sert de clé est bien trop convenu pour faire mouche et accrocher le lecteur. Ajoutez un personnage auquel on n'accroche guère, même si on sent bien une fêlure personnelle (très proche de celle de L'île des chasseurs d'oiseaux de Peter May, mais qui y est beaucoup mieux exploitée qu'ici !). Du coup, j'ai regardé David et Anna s'agiter sans vraiment partager leur fébrilité. A défaut de l'originalité de l'enquête, j'en attendrais du style mais j'ai trouvé les dialogues poussifs et les scènes clés lourdes. Le tout manque à mon sens terriblement de tenue et de corps.

Pour noircir encore un peu le tableau, j'ai bien trop vite noté les incohérences dont l'auteur veut se servir pour relancer son récit. L'exemple le plus flagrant est la mise sur écoute de l'appartement de Vignir, alors que celui-ci ne laisse entrer personne car sa femme le surveille à distance avec des caméras. Et comment sont entrés les policiers pour poser les micros alors ?! Du coup, l'effet de surprise ne fonctionne absolument pas.

Le parallèle entre l'expérience de l'auteur et le récit est évident. Je ne doute donc pas de la vraisemblance de l'enquête mais cela met bien en lumière qu'il faut un style pour raconter une histoire.

Merci à Babelio et aux éditions Presses de la Cité pour ce roman, même si c'est un essai raté.

Une ville sur écoute, de Jon Ottar Olafsson
traduit de l'islandais par Jean-Christophe Salaün
Presse de la Cité
Juin 2014

4 commentaires :

Nane a dit…

Eh bien, moi cherchais à élargir mes horizons islandais, ça ne sera pas avec ce titre!

Alex Mot-à-Mots a dit…

Ouf, un titre que je ne note pas !

Loesha a dit…

A te lire on dirait du sous-Indridason... Dommage :(

La chèvre grise a dit…

@ Nane : Non, autant allez voir ailleurs.

@ Alex Mot-à-Mots : autant pas :-)

@ Loesha : même pas, c'est surtout du cliché, sans le côté islandais. Car tout pays nordique pourrait correspondre au peu de descriptions et de contextualisation, sauf pour la partie expliquant comment la mise en place des écoutes est possible. Seule partie intéressante du coup (1 page sur plus de 300...)