ShareThis

02 août 2014

Ainsi naissent les fantômes [Lisa Tuttle]

L'auteur : Née en septembre 1952, Lisa Tuttle est une écrivaine américaine de romans d'horreur et de fantastique. Féministe convaincue, elle a rédigé un ouvrage sur le sujet. Elle est assez peu traduite en français alors que reconnue comme produisant une œuvre d'importance. Elle a notamment travaillé avec G.R.R Martin. Ce recueil de sept textes a reçu le Grand Prix de l'Imaginaire en 2012.

L'histoire : Une petite fille séquestrée par un pervers parvient à lui échapper, mais personne ne la croit. Pour enfin parvenir à écrire, une femme s'aménage un bureau dans une pièce qui n'existe pas. Une génération entière d'enfants est dans l'incapacité d'apprendre à parler. Un homme féru d'alchimie fait un bébé d'un genre particulier à sa maîtresse. Une gravure mystérieuse semble surgie de nulle part. Sans trop savoir pourquoi, une étrange jeune femme, obnubilée par les dragons, refuse de se rendre en Angleterre. Une dame de quatre-vingt-seize ans se meurt paisiblement sur un lit d'hôpital à Houston, en pensant à son bon ami, le vieux M. Boudreaux.

Mon avis : Ce qui frappe dans ce recueil de nouvelles, et comme beaucoup d'autres lecteurs ont déjà pu le faire remarquer, c’est le cadre de la vie quotidienne que prend chacune, à l’exception peut-être de la première, qui reste assez à part, je trouve. On suit une femme dans sa volonté de se dégager du temps pour écrire son roman, ou bien un couple qui s’inquiète pour son enfant handicapé, ou encore une jeune femme tombée enceinte de son amant. Toutes ces histoires se situent dans un décor de foyer dans lequel le fantastique va survenir par un détail. La question pour le lecteur est de trouver ce détail qui représente la clé de lecture. Parfois, il n’est donné qu’à la toute fin du texte, ce qui fait que le lecteur doit se remémorer et le comprendre dans une perspective totalement différente. D’autres fois, il est bien donné dès le début mais le lecteur n’est pas à même de juger de son importance et de ses conséquences.

Ce côté familier, on le retrouve également sur deux autres points. D’abord sur la notion de corps (quoi de plus familier), chaque histoire se rapportant au corps de la femme, à sa sexualité ou à une grossesse. Et aussi dans l’histoire elle-même qui est racontée : rien de très novateur pour toute personne ayant déjà lu du fantastique ou faisant des cauchemars. Du coup, certains verront bien vite venir la conclusion quand d’autres seront plus étonnés, en fonction du vécu de chacun, mais tous auront un sentiment perturbant d’univers familier dans lequel quelque chose cloche.

Personnellement, j’ai eu plus du mal à apprécier ma lecture lorsque le fantastique était trop facilement accepté par le personnage principal. Typiquement, j’ai beaucoup aimé la découverte d’une pièce à soi dans L’heure en plus mais eu beaucoup plus de mal à me sentir concernée par les déboires de Bess dans Ma pathologie tellement elle ne se pose pas de question sur la santé mentale de son amant qui recherche la pierre philosophale. Et je me dis que, là encore, le format nouvelle me dérange : j’imagine que le point de bascule entre la rationalité de Bess et ce qui confine à la folie ou à l’endoctrinement serait amené de façon plus subtile dans un récit plus long. Souvent, lorsque le fantastique prend la place après être apparu de façon plus progressive, les personnages semblent plus enclins à l’accepter. Mais la temporalité du progressif du personnage n’est pas la mienne et cela créé un décalage dans ce phénomène d’acceptation. En tant que lectrice, et en plus assez sceptique, je ne suis pas embarquée.

Pour le reste, les ambiances sont très variées d’une nouvelle à l’autre : le lecteur passe du soulagement à l’horreur, de l’étonnement à la compréhension, parfois au malaise voire à l’horreur. Dans l’ensemble, je reconnais la qualité des idées à la base de chaque nouvelle mais j’adhère moins à l’exploitation qui en est faite. Peut-être encore une fois à cause du format qui décidément ne me convient pas.

Merci aux éditions Folio pour ce recueil et la découverte de l'auteur.

Ainsi naissent les fantômes, de Lisa Tuttle
Traduit par Mélanie Fazi
Folio
Mai 2014

2 commentaires :

Cachou a dit…

Sans avoir été totalement emportée, j'ai plus aimé que toi. Mais je me demande dans quelle mesure j'ai été influencée par l'enthousiasme général de la blogo SFFF dans une partie de mon apréciation. C'était (et c'est toujours dans une certaine mesure) LE recueil de nouvelles adoré par tous. On se laisse vite emporter par ce type d'enthousiasme...

La chèvre grise a dit…

@ Cachou : oui, plus la blogo encense, plus j'ai remarqué que je suis dubitative. Il faut alors que je trouve un moyen de laisser toute sa chance à un titre, le plus souvent en le laissant traîner sur les étagères pendant des mois :-)