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13 août 2014

Mister Babadook, de Jennifer Kent

Film australien de Jennifer Kent, sorti le 30 juillet 2014, avec Essie Davis, Noah Wiseman et Daniel Henshall.

L'histoire : Depuis la mort brutale de son mari, Amelia lutte pour ramener à la raison son fils de 6 ans, Samuel, devenu complètement incontrôlable et qu'elle n'arrive pas à aimer. Quand un livre de contes intitulé 'Mister Babadook' se retrouve mystérieusement dans leur maison, Samuel est convaincu que le 'Babadook' est la créature qui hante ses cauchemars. Ses visions prennent alors une tournure démesurée, il devient de plus en plus imprévisible et violent. Amelia commence peu à peu à sentir une présence malveillante autour d’elle et réalise que les avertissements de Samuel ne sont peut-être pas que des hallucinations... 

Mon avis :  Une envie d'aller au ciné, un billet de Cachou sur ce film, se dire "un film d'horreur, tiens, ça fait longtemps" et voilà comment je me retrouve dans une salle obscure à visionner Mister Babadook. Mon billet risque d’être très court car je suis totalement d’accord avec tout ce que dit Cachou sur ce film, qui aura obtenu beaucoup de récompenses au festival de Gérardmer de cette année, notamment le prix du jury.

Voilà 6 ans que Amelia a perdu son mari dans un accident de voiture, alors qu’il l’emenait à la maternité pour accoucher de son fils Samuel. Voilà 6 ans que cette mère courage élève seule son enfant, à la fois le meilleur d’elle-même, sa chair et son sang, mais aussi le pire. L’anniversaire de son fils correspond à la mort de son mari. Difficile d’oublier et d’avancer dans ces conditions. D’autant que Samuel est perturbé par des terreurs nocturnes qui ne laissent aucun répit à sa mère et l’empêche de faire une seule nuit complète. Image même de la mère courageuse, Amelia va peu à peu être poussée à la limite de la folie et de l’infanticide.

Samuel est une véritable horreur à lui tout seul : stressé, stressant, hyperactif, bruyant, agressif… Jennifer Kent dresse, au travers de la relation mère-fils, une réflexion sur la maternité : ce petit être tellement chéri qui dévore sa propre mère. Elle l’aime mais elle le hait et n’en peut plus. À toujours faire passer les besoins de son fils avant les siens, Amelia est au bout du rouleau. Forcément, on pense à un Rosemary’s Baby et je me suis demandée si tout ceci n’était pas une simple création mentale de la mère, victime de stress post-traumatique mâtiné de baby blues. Ou bien est-ce le pouvoir de Samuel que de concrétiser ses peurs les plus atroces ? Fan de magie, Samuel possède un costume qui n’est pas sans rappeler la parure de Bababook : cape, doigts effilés, chapeau,… seule la couleur les distingue.

La maison elle-même est un personnage à part entière. Glauque à souhait, elle est pleine de recoins, vieille et grinçante, sombre, propice aux cachettes. Et le lieu de scènes étranges comme ce repas en famille, glacial, où le fils et la mère se font face et mangent en silence dans une cuisine assez dénudée.

Toute la première partie est vraiment bien construite. La peur s’installe petit à petit. Si à mon âge je sais bien qu’aucun monstre ne se cache sous le lit, l’ambiance sombre et les terreurs nocturnes de l’enfant me poussais cependant à craindre ce que j’allais voir lorsque Amelia ouvrait les placards. J’ai passé une bonne partie du film recroquevillée dans mon siège, la tête de côté, la main devant la bouche, tellement l’angoisse montait au fur et à mesure. Les références sont classiques et ultra connues (Rosemary’s Baby ou Candyman avec son méchant dont la simple répétition du nom suffit à le matérialiser, L'exorciste aussi sur la fin), mais la mise en scène est plutôt habile : pas d’effets spéciaux, un minimalisme plutôt bienvenu, notamment avec l’astuce de ce livre popup qui donne une réalité au monstre sans trop en montrer. L’angoisse augmente sans que le spectateur ne voie rien, ne subisse rien. Il entend au travers de la porte, il regarde dans les coins en même temps que la mère et l’enfant, il sent une présence sans pouvoir l’identifier.

Dommage que la fin vienne presque ruiner l’ensemble. Dès que Babadook prend forme, les choses se gâtent. Comme souvent, la suggestion fonctionne bien mieux que la matérialisation. Jusqu’à la scène finale en trop, apothéose qui vient gâcher ce qui était jusqu’alors un pari réussi par une vraie justesse.

7 commentaires :

Cachou a dit…

Tu soulignes un truc dont je n'avais pas parlé mais qui rentre dans mon interprétation du film, que le costume du gosse soit similaire à celui du Babadook ;-p. La maternité, c'est juste effrayant (et je ne rigole pas en disant cela)...

La chèvre grise a dit…

@ Cachou : oui, c'est clairement flippant ! Entre l'envie que tu as de baffer le gamin dès le début et le fait qu'il absorbe littéralement toute goutte d'énergie de sa mère, ça donne pas super envie d'en faire :-)

choupynette a dit…

le dernier film d'horreur (si on peut l'appeler ainsi?) que j'ai vu au ciné c'est Le projet Blair Witch! ça fait donc un sacré bail. par contre, j'en regarde de temps en temps à la maison, et j'ai vu Dark skies récemment, plutôt pas mal d'ailleurs.

La chèvre grise a dit…

@ choupynette : ah, Blair Witch, je m'en souviens encore. Ca avait bien fonctionné sur moi. Moins on en montre, plus j'ai peur :-)
Je n'ai pas vu Dark Skies, faudra que j'y remédie.

LaLoreleï (ex-Neph) a dit…

Brrrr, on m'en dit beaucoup de bien, et tu en rajoutes ! Je crois que je vais me laisser tenter, parce que J'ADORE frissonner au cinéma :)

Loesha a dit…

C'est vrai que la fin est peut-être un peu décevante (comme souvent dans les films d'horreur), mais cette métaphore du deuil et de la maternité est plutôt bien vue...
Je n'avais pas vu le rapport entre le costume de magicien et celui de la créature, mais en revanche j'avais noté le costume de violoniste du père... réel ou imaginaire ?

Pour Babadook, je me suis tapé un délire sur le titre du livre après la séance ("Dadbook" ? le livre de papa ?)

Sinon je suis la seule à qui la fin fait penser à celle de "Shaun of the dead"... ? :)

La chèvre grise a dit…

@ LaLoreleï : oui, un bon film, assez classique mais efficace. Il faut juste ne pas trop attendre de la fin.

@ Loesha : je ne peux pas te dire, je ne connais pas Shaun of the dead :-) Mais bien trouvé pour le Dadbook, je n'y avais pas pensé. On peut en fait y voir un tas de trucs dans ce film !