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07 novembre 2014

La moustache [Emmanuel Carrère]

L'auteur : Emmanuel Carrère, né en décembre 1957, est un auteur, scénariste et réalisateur français. Il commence sa carrière comme critique de cinéma et publie son premier livre en 1982. Depuis 1993, il n’écrit plus d’œuvres fictionnelles. La moustache, sorti en 1986, est donc un roman « de jeunesse ».

L'histoire : Un jour, pensant faire sourire votre femme et vos amis, vous rasez la moustache que vous portiez depuis dix ans. Personne ne le remarque ou, pire, chacun feint de ne l'avoir pas remarqué, et c'est vous qui souriez jaune. Tellement jaune que, bientôt, vous ne souriez plus du tout. Vous insistez, on vous assure que vous n'avez jamais eu de moustache. Deviendriez-vous fou ? Voudrait-on vous le faire croire ? Ou quelque chose, dans l'ordre du monde, se serait-il détraqué à vos dépens ? L'histoire en tout cas finit forcément très mal et, d'interprétations impossibles en fuite irraisonnée, ne vous laisse aucune porte de sortie. Ou bien si, une, qu'ouvrent les dernières pages et qu'il est fortement déconseillé d'emprunter pour entrer dans le livre. Vous voici prévenu.

Mon avis : Ce roman est ma première incursion dans l’univers d’Emmanuel Carrère, auteur français pourtant connu mais que je n’avais jamais eu l’occasion de découvrir. C’est chose faite aujourd’hui grâce aux éditions Folio que je remercie. Renouvellerai-je l’expérience ? Pas sûr. Non pas parce que le livre est mauvais, mais plutôt parce qu’il m’a mise vraiment mal à l’aise. Je m’explique.

Le narrateur, dont on ne connaîtra jamais le nom, décide, comme une blague, de se raser la moustache. Sauf que ni sa femme Agnès, ni ses amis et collègues ne semblent le remarquer. Si au début il pense à une machination montée par Agnès, très portée sur les blagues lourdingues et qui ne font rire qu’elle, il se rend compte très vite qu’il y a trop d’incohérences dans son quotidien. Les questions se multiplient, volent dans tous les sens, tournent en boucle alors que l’intégrité mentale du narrateur est en danger. Sa personnalité semble se déliter.

Sachez que vous n’aurez pas de réponses aux questions que vous vous posez pendant votre lecture. Cela ne m’a pas gênée (je le savais en entamant ma lecture) et j’ai même trouvé que c’était habile. Emmanuel Carrère laisse ainsi le lecteur seul juge de ce qui peut être vérité ou folie. Pour ma part, j’ai clairement opté pour une des deux solutions à la lecture des dernières pages. Mais je peux comprendre que certains ne sachent pas de quel côté pencher. Et encore une fois, cela créé un effet de miroir avec le personnage qui semble sombrer dans la folie : évidences et convictions n’existent plus ! La vérité existe-t-elle seulement ou n’est-elle qu’une perception totalement subjective ? Ces questions montrent à quel point la construction d’un être humain équilibré passe par le regard des autres.

Ce que je n’ai pas aimé me direz-vous ? Eh bien c’est justement le sentiment de malaise profond que cet effondrement des certitudes du narrateur a provoqué en moi. C’est super perturbant ! Le narrateur, et le lecteur à sa suite, n’a plus rien à quoi se raccrocher. Son quotidien est totalement chamboulé. Dans la deuxième partie du roman, le personnage prend en bateau et passe d’une rive à l’autre. Il reproduit inconsciemment un mouvement de balancier, miroir de ses propres pensées passant de l’acceptation de la folie au raisonnement le plus poussé pour démontrer sa santé mentale.En focalisant sur le narrateur Emmanuel Carrère génère une forte tension. Le sentiment de malaise qui m’a saisi est une preuve l’auteur a réussi son coup, c’est sûr.  Mais je n’aime pas beaucoup qu’on me fasse douter de ma santé mentale :)


La moustache, d'Emmanuel Carrère
Folio
Septembre 2013

5 commentaires :

Loesha a dit…

Ah j'ai cru que tu avais lu ce roman pour Movember... http://fr.movember.com/

Sinon à l'occasion je le lirai bien, j'aime les choses perturbantes :)

nane a dit…

Dans ma PAL avec L'Adversaire, depuis ma lecture de La Classe de neige.
As-tu vu l'adaptation au cinéma?

Alex Mot-à-Mots a dit…

De l'auteur, j'avais adoré "D'autre vie que la mienne".

Alison Mossharty a dit…

J'aimerais bien le tenter à l'occasion justement pour ce côté dérangeant mais je me préparais psychologiquement avant =)
Merci pour cet avis :D

La chèvre grise a dit…

@ Loesha : Non, non, ça aurait pu, mais je n'ai découvert l'opération que plus tard. Je te le prêterai si tu veux.

@ Nane : non, pas vu l'adaptation. Et du coup, pas sûre de vouloir la voir...

@ Alex Mot-à-Mots : je ne vais pas tenter d'autres titres de l'auteur tout de suite en tout cas. Mais plus tard, éventuellement. Je lui reconnais du talent.

@ Alison Mossharty : Ne te prépare pas trop non plus, il ne faut pas gâcher la lecture telle que la souhaite l'auteur.